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Sujet : Belmondo à contre-emploi ?


De David-H, le 30 juin 2005 à 19:24
Note du film : 5/6

Pour certains, imaginer Belmondo jeune prêtre prêterait plutôt à sourire, puisque la génération actuelle garde de lui le souvenir – trop simpliste – du cascadeur ridé des années 70 ou 80 (sic !). Or, dans « Léon Morin », réflexion hautement intéressante sur la religion, y compris pour le plus authentique des athées, Belmondo à contre-emploi excelle en donnant la réplique à la troublante Emmanuelle Riva, l'héroïne du classique Hiroshima mon amour, actrice qui ne connut pas une carrière très fameuse ensuite au cinéma, bizarrement (voyez toutefois « Vénus Beauté » en 99).

Le ton spirituel employé par « Bébel » en soutane surprend, autant que le contenu de son discours captive, tout au long de cette histoire (presque…) d'amour retranscrivant par ailleurs bien l'ambiance particulière d'une petite ville alpestre durant la seconde guerre mondiale. Un film savoureux à revoir et à montrer aux plus jeunes, tant l'image de ce métier en voie de disparition en sort considérablement rehaussée, même s'il date de 1961. Et pour nous surprendre davantage encore, la réalisation de ce film fut signée par le roi du polar en France, Jean-Pierre Melville, qui retrouvera bientôt l'acteur dans un rôle plus conforme à son image, l'année suivante, dans Le Doulos.


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De Melville, le 2 mai 2006 à 19:31

Un style fin, subtil, sensible, réaliste, profond, nuancé, intelligent, sobre, dépouillé, délicat, original !

Du grand art !


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De jipi, le 22 novembre 2007 à 16:35
Note du film : 5/6

Une athée orgueilleuse adorant le commandement offert à une jeune femelle au visage rayonnant de lumière noire vient titiller sur ses terres un jeune prêtre pseudo anti conformiste mais aux argumentations vieillottes à l'aide d'une phrase assassine venue d'Orient.

De longues conversations théologiques faisant suite à une absolution guidant des premiers pas vers la foi s'établissent entre un rhétoricien incorruptible et une jeune veuve soumise aux attirances féminines sur toile de fond de ville alpestre occupée ou seul l'enfance et l'uniforme parviennent encore à se blottir l'un contre l'autre en s'inondant de sentiments purs.

Des Juifs se baptisent afin d'échapper à la déportation, des chaussures peintes en noires respectent le souvenir d'un disparu pendant que dans une chambre close des propos et des livres s'échangent en se commentant.

« Dieu est incommunicable ». C'est atroce s'écrie un esprit sur le point de déposer les armes et de se convertir.

Cette soumission ressemble à une conquête de la chair en ces temps sans hommes, ceci est incompatible avec un missionné programmé pour sauver des âmes et qui malgré l'apport intime de quelques confidences qu'il faut savoir interpréter reste profondément attaché à son sacerdoce. La pensée virtuelle d'un unique baiser libére momentanément des tortures de la chair une jeune femme rongée par l'impossibilité de conclure sa passion en temps réel.

« Léon Morin Prêtre » est une œuvre défaitiste, auto flagellatoire. Une femelle vaporisée par des perceptions amoureuses interdites détruit une pensée primordiale athéise en adoptant une conversion tactique lui permettant d'espérer vainement l'amour impossible d'un ecclésiastique uniquement proche de ses semblables que par la formation.

La fin est datée, morose, décevante dans son processus que les intellects de l'époque soumis aux bonnes consciences n'ont pas la force de modifier. Chacun tout en contestant les rigueurs moralistes de son temps en subit les méfaits plus ou moins volontairement.

Par manque de déterminisme des potentiels de destins en communs sont brisés laissant encore plus désemparée une entité prisonnière de ses sens à contre courant. L'amour sous toutes ses formes subit de plein fouet un réalisme cinglant.


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De Impétueux, le 16 octobre 2016 à 23:42
Note du film : 4/6

Jean-Pierre Grumbach, qui choisit de s'appeler Jean-Pierre Melville dans la Résistance, en hommage à l'auteur de Moby Dick, après avoir rejoint la France libre en 1942, a réalisé trois films sur cette époque dramatique de notre longue histoire. D'abord, en 1947, le silence de la mer, dont je pense beaucoup de mal, histoire guindée d'un amour impossible et ennuyeux. Et, bien plus tard, L'armée des ombres, la geste épique de l'Armée secrète, d'une beauté grave d'acier bleui. Et, entre les deux, en 1961, Léon Morin, prêtre, qui se déroule dans une petite ville des Alpes, où les horreurs du conflit sont un peu (un tout petit peu) atténuées.

Mais on pourrait presque dire que le tableau de la France occupée n'est que le cadre du propos du cinéaste et qu'il est à peine nécessaire à ses vrais sujets. Parce que, pour obtenir les fonds nécessaires au tournage, Melville s'était engagé auprès des producteurs à respecter scrupuleusement le récit à résonance autobiographique de Béatrix Beck, qui avait obtenu le Prix Goncourt en 1952, récit qui relatait un épisode de la vie d'une jeune veuve. À mon sens, l'adaptation fidèle d'un roman n'est que rarement possible et encore moins rarement souhaitable au cinéma : affaire de différence dans les modes et dans le rythme d'expression ; les meilleurs films issus d’œuvres littéraires sont souvent des trahisons intelligentes.

À vouloir trop se conformer à l'écrit, le cinéaste s'éparpille. Un critique, France Roche écrivait à la sortie de Léon Morin, prêtre : Le film n'est pas construit. Il se déroule chapitre par chapitre. Certains sont remarquables, d'autres souvent plus creux. C'est exactement mon point de vue. Des vignettes qui ne s'imposaient pas (les mésaventures du vieux professeur juif (Marco Béhar), l'amitié entre la petite fille (Patricia Gozzi) et le soldat allemand (Gérard Buhr), par exemple) alourdissent, ralentissent, affadissent l'orientation du film qui devrait être concentrée sur deux sujets.

D'abord la frustration sentimentale et sensuelle de femmes privées de mâles à la suite des circonstances. C'est une situation assez classique ; c'est celle du Diable au corps, notamment. Ces femmes affrontent la frustration en abdiquant leur dignité (la fille qui a cinq amants, dans la Milice, la Résistance, l'armée allemande…) ou se subliment en se soumettant à l'influence d'un homme d'autant plus séduisant qu'il est inaccessible. L'afflux des pénitentes dans la chambre de l'abbé Morin montre, d'ailleurs, les deux orientations.

Et pourtant, dans ce que ressent Barny (Emmanuelle Riva, remarquable) pour Léon Morin (Belmondo, éblouissant) au delà de la séduction, il y a la stupéfaction devant quelqu'un qui a choisi consciemment célibat, pauvreté matérielle et ouverture perpétuelle à l'autre ; comment se fait-il qu'un mec choisisse ça (surtout s'il a du charme, mais ceci n'est pas le plus important) et en soit si serein et apaisé ? C'est ce mystère qui agace Barny, qui est très attirée par les autres femmes mais surtout qui est athée et veuve d'un Juif communiste ; et peut-être bien que ça agaçait, que ça bouleversait un peu aussi Melville

Est-ce que ces interrogations sont bien traitées, avec toute la subtilité qu'elles méritent ? J'en suis beaucoup moins sûr que je ne l'étais lors de mes précédentes visions du film. Que la Grâce spirituelle puisse frapper où et quand Elle veut, c'est une affaire entendue depuis Charles de Foucauld et André Frossard en passant par Paul Claudel ; mais faire passer ce mystère confondant devant les yeux du spectateur me paraît une gageure impossible à tenir.

On a bien raison de dire que les voies de Dieu sont impénétrables.


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