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Sujet : Très zoli


De Impétueux, le 28 juin 2016 à 14:51
Note du film : 1/6

C'est un grand mal du cinéma français d'aujourd'hui que de négliger complètement ce qui était, dans le cinéma français d'hier, une force et souvent un enchantement : les seconds rôles qui donnaient chair et substance aux œuvres. Désormais, dirait-on, l'orientation constante est de mettre le paquet sur un sujet (en négligeant souvent de le développer vraiment et de le traiter correctement), de choisir un acteur vedette qui fera venir un peu de monde devant les écrans et d'entourer tout cela d'images décoratives tournées dans de beaux endroits.

C'est exactement le cas de ce Renoir de Gilles Bourdos. Une grande vacuité d'inspiration, un grand acteur – Michel Bouquet – sur qui on place toute la mise, un joli cadre et une photographie chatoyante. Et comme sujet un épisode (réel ou inventé) de la vie d'une grande célébrité française, que tout le monde connaît pour avoir vu ses chromos sur une foultitude de calendriers des Postes et de boîtes de chocolats. Auguste Renoir, vieilli, le corps déformé par l'arthrite, égoïste, indifférent aux siens, riche à millions, entouré d'une kyrielle de femmes, jeunes et vieilles, à lui toutes dévouées, anciens modèles rassis ou rejetés dans l'attente de la nouvelle toquade…

Andrée Heuschling (Christa Theret) devient modèle et muse du vieux peintre, au grand dam de toute la maisonnée, à l'exception de ses deux derniers fils, Jean (Vincent Rottiers), le futur cinéaste et Claude, dit Coco (Thomas Doret), le cadet, qui deviendra céramiste. Tout le film est prétexte à montrer nue la jeune femme et à réaliser de jolies images dans une propriété magnifique, balcon sur la Méditerranée. C'est d'une insignifiance absolue.

Et il ne faudrait pas me pousser beaucoup pour me faire écrire (voici une figure de style, la prétérition, qui est un peu faux-cul, n'est-ce pas ?) que l'insignifiance du film est à la mesure de la peinture de Renoir, une des plus considérables fausses gloires de la peinture française, producteur forcené de toiles bariolées qui rassurent tout le monde par leur réconfortante capacité d'endormissement de l’œil. Comme Camille Corot, comme Claude Monet et bien avant Pablo Picasso, Auguste Renoir a été un de ces produits marketing lancés par des marchands d'art (quelle expression significative !) dans la production de masse. Plus de 4000 tableaux à son actif…

Savez-vous combien il y a d’œuvres reconnues de Vermeer de Delft ? Entre 35 et 50…. Ça dit sinon tout, du moins beaucoup sur l'imposture…


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De poet75, le 30 juin 2016 à 07:08
Note du film : 6/6

Peut-être aurait-il fallu imaginer un autre titre à ce film, ou lui adjoindre un sous-titre? Plutôt que de se contenter d’un banal « Renoir », on aurait pu donner comme titre « Le patron se meurt ». Ce serait rendre hommage à Michel Bouquet, formidable interprète d’Auguste Renoir, comme il l’est, sur les planches, du roi Bérenger 1er, dans la fameuse pièce d’Eugène Ionesco, « Le roi se meurt ». Car il y a des points communs entre ce film et l’oeuvre d’Ionesco. Auguste Renoir, que tout le monde appelle « patron », n’est plus qu’un vieillard perclus de rhumatisme lorsqu’éclate la guerre en 1914. Il mourra bientôt et il le sait, mais, comme au début de la pièce d’Ionesco, Renoir nie cette fatalité, et l’on fait tout, dans son entourage, pour la nier avec lui. Pourtant, elle est à l’oeuvre, dans le corps de Renoir qui a de plus en plus de mal à peindre, et sur les champs de bataille. Mais Auguste Renoir fait comme si rien n’avait changé. Son fils Jean, le futur grand cinéaste, revient blessé du front. Mais le peintre ne veut rien changer à son oeuvre, il ne veut peindre que des scènes heureuses car il ne faut pas ajouter du malheur à ce monde. Et ce bonheur éclate d’autant plus qu’il tombe sous le charme d’Andrée, une jeune fille qui se présente à lui pour être modèle et qu’il est ravi d’accepter et de peindre. Le bonheur, rien que le bonheur, dans ce petit paradis bien protégé qu’est le domaine des « Collettes ». Pendant ce film, je songeais quelque peu à la belle exposition qui s’est tenu au Centre Pompidou de Metz l’été dernier et qui présentait des oeuvres, et en particulier des peintures, réalisées en 1917. En voyant cette expo, on pouvait, d’une certaine façon, diviser les artistes en deux camps: ceux qui avaient tenu à rendre compte, dans leurs oeuvres des horreurs de la guerre et ceux qui, comme Renoir, n’en tenaient aucun compte et peignaient comme ils avaient toujours peint. A la fin de ce film, lors d’une scène de repas champêtre, des soldats improvisent un chant, mais Auguste Renoir s’insurge: « Est-ce un repas de fête ou un repas funèbre? », demande-t-il. Ce qui importe, c’est de continuer à peindre jusqu’au bout et sans se laisser troubler par rien, même pas par la guerre!


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