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Forum : Fisher King, le roi pêcheur

Sujet : Chacun son Graal


De DelaNuit, le 30 juin 2015 à 17:47
Note du film : 5/6

Formé à l’école des Monty Python et de leur Sacré Graal, Terry Gilliam n’hésite pas à marier le burlesque et même le loufoque au merveilleux dans des films qui ne se prennent pas au sérieux mais contiennent pourtant des choses profondes que leur légèreté met d’autant mieux en valeur. En témoigne ce roi pêcheur qui replace des thèmes de la légende arthurienne et de la quête du Graal en plein New-York contemporain et nous invite à une réflexion sur ce qu’est la réussite dans la vie d’un homme. S’agit-il seulement d’argent, de gloire, de pouvoir, de célébrité… d’une Rolex comme disait récemment je ne sais plus quel homme d’affaire ? Ou est-il permis de chercher dans sa vie plus d’humanité, de respect et d’attention à l’autre, un sens autre que matériel ?

Jack (Jeff Bridges), le héros de cette histoire a tout de l’arriviste « bling-bling » puant. Animateur vedette d’une émission de radio célèbre, il répond chaque soir avec une ironie cinglante et condescendante aux âmes en peine qui cherchent un peu de réconfort et quelques secondes de célébrité sur les ondes. Il est promis à un brillant avenir car la télévision elle-même lui ouvre ses bras en lui proposant une émission grâce à laquelle il ne sera plus une simple voix mais aussi un visage que les foules décérébrées pourront idolâtrer. Il n’en peut plus, Jack, entre grosse tête et chevilles qui enflent.

Seulement voilà, le Destin en a décidé autrement. Un de ses auditeurs quotidiens a pris à la lettre sa dernière remarque ironique sur la haute société méprisante ennemie du simple mortel et ne méritant que destruction… Fusil en main, le type a fait irruption dans un club classieux et froidement descendu plusieurs convives avant de se faire sauter la cervelle. On ne parle pas de terrorisme quand un américain qui se fournit une arme dans le magasin d’à côté où elles sont en vente libre fait un carton parce qu’il est mentalement fragile et en a marre d’être un laissé pour compte d’une société inéquitable. Mais le résultat est le même. Et Jack, considéré comme responsable, découvre à ses frais que la roche tarpéienne est proche du capitole, comme disaient les romains. Le voici tombé de son piédestal et réduit à jouer les loueurs des cassettes dans le vidéo-club d’une copine qui a eu pitié de lui. Mais il déprime et songe à en finir avec ce qu’il considère comme une vie de merde. Un gang de loubards qui lui tombe sur le dos estime d’ailleurs qu’une bonne grillade à grands flots d’essence serait une sortie plus spectaculaire qu’un banal saut dans l’Hudson.

Contre toute attente, le voici sauvé in extremis par Parry (Robin Williams, cabotin comme il sait l’être), un clochard haut en couleur, looser flamboyant qui lui parle de fraternité, d’entraide mais aussi de ses visions de petits êtres ailés parlant à ses oreilles, d’un cavalier rouge (tout droit sorti des Quatre cavaliers de l’Apocalypse de Minnelli) qui le poursuit dans les rues de New-York, et de sa quête du Graal. D’abord agacé par cet ami encombrant, Jack découvre que l’homme en question n’a pas toujours été SDF mais a sombré le jour où la jolie tête de sa fiancée a explosé sous ses yeux dans un certain night-club…

Rongé par la culpabilité, Jack va tenter d’améliorer le sort de cet homme pour se racheter et sortir lui-même de son impasse. Mais au contact de ce personnage aussi attachant que déconcertant, c’est toute sa vision du monde qui se trouve ébranlée et il pourrait bien se trouver lui-même en cherchant le Graal légendaire. Et d’ailleurs qu’est-ce que le Graal ? Que recouvre sa forme symbolique de gobelet ou de calice ?

Bien-sûr, tout cela fleure les bons sentiments à la Capra, on sent l’influence de La vie est belle et autres films vantant les mérites des petites gens face au système social clivant. Tout cela n’est pas nouveau sur le principe, mais après tout, quand l’Amérique est capable de se remettre en question, quand les laissés pour compte nous rappellent qu’ils ont une âme et une utilité sociale dans un monde où les inégalités ne font que grandir et le règne de l’apparence croit tel l’idole du Veau d’or, c’est le genre de film qui fait du bien. Un peu, pour rester dans le thème arthurien, comme une baignade dans la fontaine de Jouvence ou de Barenton sous les feuillages de Brocéliande avant de retourner gagner sa croûte parmi les zombies et les requins. Certes, il suffit parfois d’un faux pas pour que le plus assuré d’entre nous glisse de son pinacle… Mais le plus simple d’entre nous peut aussi se rêver en chevalier pour peu qu’il ait des valeurs à défendre ou une quête à entreprendre. Bon, de là à se balader à poil sous la lune dans Central Parc comme les héros du film pour mieux ressentir les énergies telluriques et sa liberté, ma foi, chacun son truc, mais c’est à vos risques et périls !


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