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Joli conte


De Impétueux, le 7 juin à 17:01
Note du film : 3/6

Il faut être assez sûr de soi et même assez gonflé pour réaliser son premier long métrage avec une structure de récit aussi complexe. On saurait gré de son audace à Jaco van Dormael si Toto le héros était une parfaite réussite, parce qu'il est vraiment bien sympathique qu'un jeune metteur en scène (34 ans lors de la présentation du film) ait de l'ambition et sorte des sentiers battus et rebattus des sujets de société qui font les soirées dominicales des chaînes de télévision majeures. Mais pour partir dans la grande aventure il me semble qu'il faut avoir un peu mieux préparé son havresac et y avoir savamment réparti les masses pour l'équilibrer.

L'étrange Belgique a permis l'éclosion de cinéastes de grande qualité ; jadis Jacques Feyder, Albert Valentin, André Delvaux, Harry Kümel ou Gérard Corbiau ; depuis lors les frères Jean-Pierre et Luc Dardenne, Benoît Mariage, Lucas et Rémy Belvaux, Bouli Lanners et j'en oublie sûrement beaucoup. Étrange Belgique qui aime à la fois les galimafrées et les histoires fantastiques de Michel de Ghelderode, Georges Rodenbach ou Jean Ray (et j'en oublie encore davantage). Jaco van Dormael possède de fait, le sens et le don de la singularité.

Thomas Van Hasebroeck (Toto) est un vieil homme qui a toute sa vie vécu dans la conviction absolue qu'on lui a volé son destin et que, lors de l'incendie d'une pouponnière, dans la panique, il a été confondu avec son voisin de berceau, Alfred Kant. Les parents d'Alfred sont de très opulents commerçants, ceux de Toto ont une existence plus modeste mais les deux familles sont voisines. Aucune ressemblance pourtant avec La vie est un long fleuve tranquille ; avant tout parce que la rancœur de Toto est absolue et va lui ronger l'existence.

Nous allons, tout au long du film, voyager dans trois âges de Toto, que vit ou se remémore le vieil homme reclus dans une maison de retraite, alors interprété par Michel Bouquet. Famille aimante et unie ; le père (Klaus Schindler) est pilote d'un petit avion et effectue des courses à la demande ; la mère (Fabienne Loriaux) s'occupe des trois enfants : la grande sœur Alice (Sandrine Blancke), Toto (à ce moment là Thomas Godet) et le petit frère, trisomique (Karim Moussati et plus tard Pascal Duquenne, qu'on reverra dans le film suivant du réalisateur, Le huitième jour).

L'enfance de Toto est marquée par l'envie, la jalousie qu'il éprouve envers son voisin Alfred (Hugo Harold Harrison) mais aussi par les rêveries où il s'imagine tout puissant et vengeur de l'injustice. Et davantage encore par l'affection sans mélange et réciproque qui le lie à sa grande sœur Alice, affection qui frôle souvent l'attirance incestueuse. Puis un jour, le père, envoyé par son riche voisin Kant (Didier De Neck), le père d'Alfred, dans une mission en Angleterre, par une nuit d'orage, ne revient pas. Haine familiale pour le père Kant, accusé d'avoir envoyé à la mort son voisin en lui faisant prendre des risques inconsidérés.

Allers-retours des flashbacks. Toto n'est plus un enfant dévoré de chagrin, désormais il est Thomas (Jo De Backer), sorte de bureaucrate à la vie terne. Alice est morte très jeune, on ne saura pas ni quand, ni pourquoi, ni comment. Et le vieil homme replonge dans le maelström des souvenirs, repasse et revient sans cesse. S'étale lorsque Thomas adulte croit retrouver en Evelyne (Mireille Perrier) la sœur morte et toujours adorée.

C'est à partir de ces moments-là que l'on se dit que Jaco Van Dormael ne maîtrise plus tout à sa fait son mustang qui s'emballe : les séquences sont souvent intelligentes, intéressantes, réussies mais leur liaison et surtout leur mobilité perpétuelle commencent à sentir le procédé ; cette impression s'établira de plus en plus au fil des minutes. Le film n'est pas long (moins de 90 minutes) mais, comme souvent, la fin part en bouillie alors qu'elle veut élégante et habile.

Voilà donc ce qui arrive lorsqu'on veut être trop intelligent et s'approcher trop près du risque. Depuis notre camarade Icare, rien de nouveau.


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De fantorro, le 21 avril 2006 à 11:16
Note du film : 6/6

je me permet de revenir sur ce film. Il existe toute une tradition de fantastique poétique dont est imprégnée la production artistique belge, et que l'on désigne par "Fantastique Réel" ou par "Réalisme Magique". André Delvaux a été, à une époque, le chef de file de ce cinéma belge du "Réalisme Magique".

Ainsi, "Toto le héros" se distingue également par son fantastique poétique et inquiétant.

Généralement, le Fantastique se définit par des phénomènes étranges ou d'apparence irrationnelle qui s'immiscent à l'intérieur de la Réalité quotidienne et tranquille. Ces phénomènes "bizarres" remettraient en cause la logique rationnelle de la Réalité et sa tranquilité quotidienne. Le Fantastique s'inscrit alors dans une dualité entre la réalité rationnelle et un monde irrationnel ou improbable, et dans laquelle est confrontée le héros tourmenté. Il s'agirait de savoir si ces phénomènes "irrationnels" ou "étranges" ne résulteraient que d'une perception déréglée de la réalité de la part du héros torturé et s'ils ne seraient donc qu'une apparence entretenue par le biais de coincidences troubles rencontrées avec le monde réel.

Ces phénomènes étranges ne seraient-ils qu'à l'image de l'univers intérieur tourmenté du héros aux nerfs généralement usés? Ces évènements "bizarres" et "insolites" ont-ils une explication toute rationnelle, ce qui confirmerait à nouveau le caractère cartésien de la Réalité? Celle-ci reprendrait alors ses lois rationnelles qui se trouveront encore plus renforcées après la dissipation du doute qui s'était installé.

Il s'ensuit alors une interrogation: Le héros projetterait-il ses angoisses dans la réalité qui s'en trouverait déformée à ses yeux, ou alors le héros, incompris et seul, disposerait-il d'une intelligence et d'une grande acuité qui le permettrait de mieux saisir le vrai sens de la réalité, inconnu de la plupart?

Ici, dans ce film, il ne s'agit pas de dualité entre la Réalité rationnelle et des phénomènes étranges ou irrationnels, mais entre la Réalité et le monde intérieur du héros tourmenté, ressassant son passé et ses souvenirs. Le film use de procédés qui font justement naître, donc, des coïncidences entre la réalité telle qu'elle est et la vision du monde toute personnelle du héros. Des tangeantes se tracent entre le monde intérieur et psychologique du héros et le monde extérieur, la Réalité.

Le spectateur est alors libre de s'interroger sur ce qui reléverait de la Réalité ou de l'univers névrosé du héros. Il y a bien une ambiguité et un conflit qui perdurent.

Le réalisme magique procède du fait que la réalité quotidienne, à l'origine anodine et banale, prend alors une tournure inquiétante et étrange sous son appproche par le héros et par des processus narratifs cinématographiques. Des événements tout à fait communs s'avèrent soudain angoissants car ils pourraient dévoiler un tout autre sens à la Réalité. Celle-ci apparaitrait alors bien moins paisible si ces événements-là confirmaient les doutes du héros. Il ne s'agirait pas forcément que la Réalité se dévoilerait autrement, mais qu'elle se révèlerait plus complète qu'au départ, en englobant et le monde extérieure et le monde intérieure du héros. Un dépaysement de la Réalité s'effectue, alors que rien n'a changé, rien n'a bougé. Tout celà crée une ambiance fantastique, onirique, irréelle et inquiétante dans ce film qui s'inscrit pleinement dans la réalité sans effets surnaturels ou paranormaux.

A noter au passage, Jaco van Dormael a été l'élève d'André Delvaux dans une école de cinéma en Belgique.


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