« Ce fut une guerre d'hommes. Sans doute la dernière. » (André Malraux)

, Espoir
met en images son ouvrage paru sous le titre "L'Espoir" en décembre 1937. C'est une oeuvre poétique plus que politique, qui s'inspire très concrètement de l'expérience de son auteur au sein des Brigades internationales qu'il a rejoint à la fin de l'année 1936, mais pour en faire une étrange parabole paradoxalement un peu désincarnée.
L'engagement de Malraux
contre le fascisme ne date pas de la guerre d'Espagne. Celui qui s'était volontairement fait réformer en 1923 prend, dès 1933, la défense de Dimitrov, accusé de l'incendie du Reichstag, devant les membres de la première réunion de l'Association des écrivains et artistes révolutionnaires présidé par André Gide. La même année, son roman "La Condition humaine" reçoit le prix Goncourt. Il est proche, en effet, de ce que l'on qualifiait à l'époque de Gauche révolutionnaire ; il rencontre Trotski, Staline, Gorki, Eisenstein
, et Pasternak entre 1933 et 1934. En 1935, il publie"Le Temps" qu'il dédie aux victimes du nazisme. Il retrouve également Eisenstein
pour travailler à une adaptation cinématographique de "La Condition humaine".

apporte son soutien au gouvernement Front populaire dès son élection en mai 1936 et, dès le coups d'état des militaires mené notamment par Franco et déclenché le 18 juillet, il intervient comme intermédiaire entre Léon Blum et Manuel Azaña, le président espagnol, pour la fourniture d'avions aux républicains. Puis il participe sur place, jusqu'en février 1937, à plusieurs opérations : combats aériens à la tête de l'escadrille España qu'il a organisée, bombardement d'une colonne nationaliste à Medellín et destruction d'un terrain d'atterrissage à Olmedo.
Le tournage du film commence en juillet 1938 à Barcelone, puis à Tarragone et dans la sierra de Montserrat. En janvier 1939 , l'équipe doit évacuer Barcelone, investie par les nationalistes (on ne les appelle pas encore des franquistes). Il leur faudra terminer le tournage en France (Joinville et Villefranche de Rouergue). Ce qui n'a pas pu être tourné est remplacé par des cartons, comme on le faisait à l'époque du muet. Le film sera projeté trois fois pendant l'été avant d'être censuré en septembre par Daladier, à la demande de Pétain, ambassadeur de France à Madrid sous le gouvernement nommé par Franco. Son interdiction ne sera levée qu'après la guerre, en 1945.

tente de dépeindre l'Histoire, celle du peuple espagnol dans une guerre fratricide. L'influence du cinéma russe est manifeste et il y a comme un avant-goût du néoréalisme qui sera l'apanage des films, italiens notamment, d'après-guerre. Mais il y a aussi une démarche symbolique, quasi métaphorique que l'on peut également qualifier de littéraire et qui donne un charme singulier à Espoir
, renforcé par la surprenant partition de Darius Milhaud
. L'auteur et réalisateur a voulu faire souffler, souvent maladroitement, un lyrisme qui a du mal à s'imposer. Les conditions de tournage et l'inexpérience font qu'il manque une certaine unité de ton. D'autre part, si le rapport de force est correctement traduit entre républicains et fascistes, on peut regretter que Malraux
n'ait pas pu ou voulu souligner la cause essentielle de la défaite de la démocratie, à savoir la division au sein de la gauche au pouvoir puis résistante entre communistes et membres du parti ouvrier d'unification marxiste (P.O.U.M.). Cependant, la lucidité reste de mise et "l'espoir", évoqué par le titre, ne va pas sans une certaine ambiguïté tragique, en particulier dans cette scène de procession finale d'une foule, vêtue de noir, et le suicide annoncé du milicien allemand, grièvement blessé, qui demande un revolver.

réalisé par Ken Loach
en 1995 sur le même sujet.
Enfin, intéressant ouvrage de Marcel Oms : "La Guerre d'Espagne au Cinéma".

