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Forum : Exodus : Gods and Kings

Sujet : Des rois et des dieux


De DelaNuit, le 19 janvier 2015 à 14:11
Note du film : 4/6

Ca y est, j’ai vu Exodus, Gods ans Kings, le dernier péplum de Ridley Scott, nouvelle version de l’histoire de Moïse. Ayant toujours beaucoup aimé Les dix commandements, je me demandais comment Scott allait adapter cette histoire dans le style et avec le regard de notre époque.

Alors pour la forme, rien à dire, les images sont comme d’habitude chez ce cinéaste somptueuses et les effets spéciaux à la hauteur. On retrouve toute la magnificence de l’Egypte des pharaons, mais aussi des scènes crédibles et réalistes pour les plaises d’Egypte ou le passage de la mer rouge.

Côté scénario, le film ne dure que 2 h 30 soit une heure de moins que Les dix commandements, ce qui ne laisse pas à Scott le temps de développer autant d’éléments (exit le panier sur le Nil, l’orgie du veau d’or réduite à une image rapide) et de personnages secondaires. La version longue nous permettra peut-être d’en voir plus. En attendant, si le vieux pharaon Séthi 1er et Séphora , l’épouse bergère de Moïse, sont bien (rapidement) présents, d’autres tels la mère adoptive de Moïse, sa sœur Myriam, son frère Aaron, le tailleur Josué ou la reine Nefertari ne sont qu’esquissés. Cette dernière n’occupe pas la place délicate et poignante de princesse écartelée entre les deux personnages principaux qui était la sienne dans Les dix commandements et qui ajoutait une émotion humaine au film. En revanche, on découvre Sigourney Weaver en reine mère et Ben Kingsley en vieux sage hébreu. Enfin, on les découvre très rapidement… Car le film est essentiellement centré sur l’opposition de Moïse et Ramsès.

J’ai apprécié l’interprétation de Christian Bale, qui campe un Moïse humain empli de doutes et de questionnements, plus subtil que ne l’était Charlton Heston. Face à lui, Joel Edgerton est un peu fade en Ramsès, en tout cas bien loin du charismatique Yul Brynner. Peut-être est-ce fait exprès… Vu qu’il était difficile d’égaler celui-ci, il valait peut-être mieux choisir une autre voie et montrer, ainsi que le dit Séthi 1er au début du film, combien les hommes les plus acharnés à obtenir le pouvoir sont souvent les moins doués pour l’exercer…

Pour les aspects spirituels de l’histoire, je me demandais comment Scott allait nous présenter les choses, vu qu’il se définit comme athée mais place pourtant volontiers la question de l’existence de Dieu ou d’un créateur, ou encore la notion d’âme au coeur de ses films. Avec la présence de ce petit garçon qui s’adresse à Moïse et que lui seul peut voir, on est dans l’ambiguïté sur toute la ligne. On ne sait pas s’il s’agit de Dieu lui-même ou d’un messager, on ne sait même pas s’il existe vraiment ou s’il est le fruit de l’imagination de Moïse, peut-être consécutivement à sa chute sur le mont Sinaï, où un rocher a heurté son crâne… Pas de vérité toute faite donc, on reste dans le questionnement, ce qui rend le film plus en phase avec l’époque actuelle. Il semble que pour Scott, l’homme soit avant tout lui-même l’auteur de son destin. Le film en tout cas, suscite des questionnements et ouvre les discussions, ce qui n’est pas si fréquent dans les histoires issues des traditions monothéistes, qui ont plutôt l’habitude d’asséner une vérité incontestable.

Ceci étant dit, quand on s’intéresse à l’histoire des civilisations, il est toujours agaçant de voir l’extraordinaire et fascinante civilisation de l’Egypte antique évoquée pour la énième fois non pour elle-même mais pour servir de faire valoir à une spiritualité qui n’est pas la sienne. Il n’est pas étonnant de ce point de vue que ce film soit interdit en Egypte, compte tenu de la mauvaise image qu’il en donne et comment il rabaisse encore une fois l’un de ses grands héros nationaux, le pharaon Ramsès II. D’autant que l’esclavage des hébreux en Egypte n’est nullement attesté par les historiens, puisque les pharaons faisaient appel au peuple d’Egypte lui-même pour les travaux publics, y compris les plus extravagants tels que les palais et tombeaux… (les constructeurs gagnaient à ce pénible travail la conviction de vivre éternellement dans l’autre monde aux côtés du pharaon. On est donc loin de l'idée de confier pareils travaux à des esclaves ayant une religion différente)

Enfin, au-delà de son intérêt et de ses qualités, difficile de revoir cet épisode biblique sans m’interroger sur la place d’un tel film aujourd’hui. A l’époque des Dix commandements, le monde occidental était de spiritualité ou tout au moins de culture essentiellement judéo-chrétiens. Aujourd’hui, nous vivons dans une société autrement plus mélangée… Est-il bien nécessaire de rappeler à grands renforts spectaculaires qu’un peuple se considère comme l’élu de Dieu, affirmant a contrario aux autres peuples qu’ils ne le sont pas, alors que cette question a provoqué les pires violences depuis des siècles et continue à le faire aujourd’hui, jusque sur notre sol ?

Ce n’est certes pas la préoccupation des producteurs hollywoodiens ! Encore moins celle des groupes fondamentalistes américains qui les encouragent à grands renforts de dollars à faire réaliser des films d’inspiration biblique pour contrer le paganisme qui s’est répandu dans le cinéma depuis les années 70 et leur contre-culture avec des gros succès tels que les Star Wars, Harry Potter, Seigneur des anneaux et autres Avatar. Dogmes ou libre spiritualité ? Comme toujours, le cinéma sert de miroir à nos sociétés et à ses questionnements…


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De droudrou, le 21 janvier 2015 à 18:55

Je rattrape mon retard ! Merci DelaNuit pour cette étude ! J'attends la sortie bluray de ce film en espérant que les 4 heures d'horloge prévues soient respectées ce qui en donnerait une version très différente encore que je me méfie de plus en plus du cinéma de Ridley Scott


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De DelaNuit, le 5 avril 2015 à 10:26
Note du film : 4/6

En re-songeant à Gods and Kings, je ne peux m'empêcher de considérer qu'il est un point sur lequel Les dix commandements se montre – de mon point de vue – supérieur à ce film : c'est celui de la présence à l'écran d'un troisième personnage principal, la princesse puis reine Nefertari, qui n'est dans Gods and Kings réduite qu'à une image sans voix.

Le personnage de Nefertari dans Les dix commandements est intéressant parce qu'elle ne se préoccupe ni de l'obéissance à un dieu ou à une religion ni à la recherche de puissance au nom de l'égo, qu'incarnent respectivement Moïse et Ramsès. Elle veut juste vivre paisiblement avec l'homme qu'elle aime… Puis, forcée à épouser l'autre, elle se ronge de douleur et de ressentiment… pour devenir à son tour destructrice, non pas par fanatisme religieux ou volonté de pouvoir, mais par souffrance. Or, Nefertari n'est pas juste une personne. Elle représente symboliquement le pays, l'Egypte, et c'est pourquoi elle devait épouser le pharaon. Elle représente une troisième voie, une troisième voix, celle du peuple qui se fiche bien de la confrontation entre ses princes et n'aspire qu'à vivre en paix, mais que l'on n'écoute pas.

En donnant vie à ce personnage, Cécil B. de Mille a donné une dimension supplémentaire à son film. En le reléguant parmi les figurants, Ridley Scott se concentre uniquement – certes de façon grandiose – sur la confrontation entre pouvoir spirituel et temporel. Nefertari représentait la volonté d'amour, puis l'amour bafoué. Elle proposait autre chose… et il est dommage que sa voix ne soit même plus présente dans ce nouveau film ! Est-ce représentatif du monde actuel ?


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De vincentp, le 25 décembre 2016 à 20:42
Note du film : 5/6

L'intérêt de ce film est de présenter des personnages non manichéens, se disputant le leadership sur le terrain et dans les hautes sphères. Exodus développe un argumentaire assez habile, bien fichu, stipulant que l'emploi de la force doit nécessairement être liée à une cause juste. Lier une force politique ou militaire à une cause moralement injuste équivaut à une condamnation par les acteurs intérieurs et des observateurs extérieurs, et par l'Histoire en général. Ce sujet est d'actualité. Les effets spéciaux de Exodus sont réussis, l'interprétation de Christian Bale irréprochable, et globalement le mythe de Moïse est dépoussiéré à la quasi-perfection.


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