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Forum : Les Trois visages d'Eve

Sujet : Critique


De dumbledore, le 1er septembre 2004 à 10:21
Note du film : 4/6
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Hollywood et le Freudisme ont longtemps flirté ensemble. Nés au même moment, en 1895, c'est le cinéma qui a fait le premier pas vers la psychanalyse avec notamment une proposition faite à Freud (qu'on retrouve dans la correspondance Freud/Karl Abraham) pour la réalisation d'un scénario sur le sujet et supervisé par Freud lui-même. Il y répondit d'un non catégorique, pour lui "la chose psychanalytique ne se prêtait pas au cinéma".

Pourtant, cette psychanalyse offrit de nombreux films à Hollywood (avant que des psychanalystes ne s'intéressent aux films dans le cadre d'analyse "hors les murs"). Que ce soit La maison du Docteur Edwards d'Alfred Hitchcock ou bien du Freud de John Huston, de tous les films hollywoodien d'avant peut-être Répulsion, on a droit à une vision très simpliste et souvent naïve de la chose. Un personnage agit bizarrement jusqu'à ce qu'il se remémor le souvenir traumatisant et refoulé qui lui permettra ensuite de vivre comme un chacun.

Dans le genre, Les trois visages d'Eve ne fait pas exception. Il fait part de la même fascination pour les méandres de l'inconscient, tellement fasciné même que le réalisateur et auteur ne peut s'empêcher de faire intervenir un narrateur pour nous avertir que l'histoire qui va nous être racontée est vraie, que les dialogues sont souvent les vrais dialogues des personnages vivants.

Même la mise en scène tente de garder une distance "objective", presque "médicale", un peu comme le sont les descriptions psychanalytiques des cas. On reste loin… Un peu trop sans doute.

Ici, le cas est particulièrement savoureux puisqu'il s'agit de l'histoire sur plus de trois ans d'une jeune femme, Eve White, soumise, renfermée, timide, mal mariée, qui se découvre un dédoublement de personnalité en la présence de Eve Black (évidemment) et bientôt une troisième. Deux médecins tentent de lui rendre une personnalité saine et unique… Evidemment aussi, ils y réussiront.

La mise en scène donc est fondamentalement sans intérêt : plan large voir stock shots en début et fin de scènes, champs contre champs le reste du temps. Même le scope noir&blanc est utilisé au minimum : les personnages semblent s'y perdre plutôt que de s'y révéler.

Le film serait totalement sans intérêt s'il y avait deux ingrédients séduisants. Le premier est le cas en lui-même, forcément spectaculaire. Elle permet notamment une scène hallucinante : le mari de Eve White (la timorée) se fait draguer (allumer plutôt) par Eve Black (le double dévergondée). Le trouble de la séduction se rajoute au trouble du décalage causé par le fait que cette Eve est l'épouse sans l'être vraiment. La conclusion de la scène est très belle : Eve Black se refuse à celui qui est pourtant son mari pour lui éviter un adultère !!

Le second intérêt est la comédienne, Joanne Woodward absolument épatante dans son interprétation des trois facettes d'Eve. Son travail physique, ses attitudes, sa manière de se déplacer changent d'un personnage à l'autre, tout comme son regard. On pourrait même dire qu'à n'importe quel arrêt sur image d'elle dans le film, on peut deviner qui elle incarne.

Rien que pour cette prestation, le film mérite d'être vu…


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De Arca1943, le 2 janvier 2005 à 23:41

Il y a, comme ça, des acteurs hors du commun qui rendent les films meilleurs par leur seule et unique présence sur l'écran. Joanne Woodward est une comédienne à couper le souffle, capable de tout. Je ne l'ai jamais vu ni mal jouer, ni surjouer, ni se mettre sur le pilote automatique.

C'est bien vrai que le film n'est pas fort, et de conception simplette. Eh bien, on s'en tape tellement Woodward est géniale. Si bien que ce film pas très bon est pourtant un must. Ceux qui n'ont jamais vu jouer Joanne Woodward ne savent vraiment pas ce qu'ils manquent.

En passant, est-ce que vous avez eu ça, en France, The Effect of Gamma Rays on Man-in-the-Moon Marigolds? Elle y est renversante. (Et puis c'est un très bon film).


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De PM Jarriq, le 25 mars 2009 à 17:42
Note du film : 3/6

Il est clair que l'intro, nous montrant un "spécialiste" austère devant un écran de cinéma, nous expliquant pourquoi ce film va être passionnant, n'augure rien de bon. Et comme il est dit plus haut, la réalisation rudimentaire n'arrange rien. C'est la prestation de Joanne Woodward qui donne ses lettres de noblesse à ce film désuet, et par sa seule intensité tranquille, elle parvient à faire passer les changements de personnalité "à vue" d'Eve. Ses face à face avec Lee J. Cobb sont souvent délectables, par l'évident courant qui passe entre les deux comédiens, mais tout cela ne suffit pas à faire de Les trois visages d'Eve, un bon film. Le scénario est balourd, les ellipses sont trop abruptes, et vraiment la mise en scène de Nunnally Johnson rend l'utilisation du format Scope incompréhensible.

Deux décennies plus tard, la même Joanne Woodward tournera Sybil, un téléfilm sur un cas similaire de personnalités multiples, où elle tenait cette fois le rôle de la psy.


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