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Sujet : Sur les ailes du corbeau ...

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De Tamatoa, le 13 novembre 2014 à 15:21
Note du film : 4/6

Après donc avoir visionné Les musiciens du ciel dont je continue à penser qu'il est un bien beau film, je décidais de rester chez Georges Lacombe et optais pour une rareté de ce dernier : Les condamnés. A peine eut-il raccroché la soutane de Monsieur Vincent que Pierre Fresnay accepta la proposition de Georges Lacombe qui venait sans trop de succès de raviver la mémoire du public en réalisant un Martin Roumagnac sans éclat pour sortir Gabin d'une nuit que la guerre lui avait infligée. De plus, c'était une époque où le couple Pierre Fresnay/ Yvonne Printemps était très en vogue et la coqueluche du Tout Paris. A l'évidence, Georges Lacombe n'a pas voulu prendre de risques et s'est largement appuyé sur les effluves du Corbeau. Nous avons tous, même les plus Étasuniens d'entre nous, vu Le corbeau. Et bien Pierre Fresnay médecin, amoureux, quelques lettres anonymes, ajoutez à cela les mêmes intonations inimitables, le faux détachement dont il est coutumier pour ses échanges entres les toubibs de son hôpital, et vous obtenez Les condamnés. A une immense nuance près : Lacombe n'est pas Clouzot… Et le scénario n'est quand même pas tout à fait le même à la lettre près, si j'ose dire.

Fresnay ? Même si immense acteur, on ne l'a pas toujours connu parfait. Prétendre qu'il l'est ici serait exagéré. Mais il y est excellent. Yvonne Printemps ? Je dois à le vérité de dire que je ne lui ai jamais trouvé un talent extraordinaire. Elle est loin d'être ridicule, certes, mais aussi bien loin de ses consœurs de l'époque. Par contre, ce film nous réserve une vraie surprise. C'est la présence d'un Roger Pigaut absolument impeccable dans un rôle charnière entre le couple vedette. Et a bien y regarder, une fois survolée la belle prestation de Fresnay, il est le véritable intérêt du film. C'est par lui que le scandale arrive, c'est par lui que la morale reprendra ses droits. Et il est à parier que Fresnay s'en est rendu compte. Il n'en rajoute pas. Il laisse le bellâtre, amant de sa femme, mener le jeu qui lui permettra à lui d'être meilleur encore. Il a conscience du talent ce comédien. Pourtant, Roger Pigaut ne fera pas une carrière des plus remarquées même s'il est ici remarquable. Et donc Fresnay "joue" avec lui et rebondit à l'envie sur la prestation de ce comédien vraiment à sa place dans cette histoire noire. Une histoire où ne passe que le message de l'amour absolu. Pas question, ici, de vouloir comme dans Un grand patron par exemple, dépeindre l'univers bourgeois du monde médical. Dans Les condamnés, le médical s’efface assez vite pour ne laisser la place qu'aux sentiments tortueux autant que torturés. Et plus le film avance, plus il se fait huis-clos ténébreux… Jusqu'à la scène finale, peut-être un peu facile parce que prévisible, mais très prenante. Et autour de cette fatalité s'agitent quelques personnages dont on se demande si il ne sont pas La main du diable. La croustillante, la pétillante Marguerite Pierry joue à la mouche du coche auprès d'un Pierre Fresnay dévasté, rongé par le désespoir. Oiseau de mauvaise augure, elle en rajoute encore et toujours comme pour accélérer les choses. Elle n'aime personne et le fait savoir de sa gouaille inimitable :

"- Qu'avez vous fait, ma tante, aujourd'hui ?-"
"-J'ai changé mon testament. Je lègue toute ma fortune au père Laurent, le curé de la paroisse !-"
"-Et pourquoi donc ?-"
"-Ce type est blanc comme neige, il n'a aucun défaut et il ira sûrement au Paradis. Et c'est une chose que je ne supporte pas !-"
"-Et alors ?-"
"-Alors avec les millions que je lui laisse, il va bien nous faire deux ou trois conneries qui l'empêcheront d'y aller !-"

Avec le talent du dialoguiste Marc-Gilbert Sauvajon, elle fait partie d'un tout qui fait froid dans le dos. Les condamnés est un film fort bien mené par un Georges Lacombe au mieux de sa forme. Même si, je le répète, sans Le corbeau je crois qu'il n' y aurait pas eu de condamnés. Mais c'est un très honnête artisan du septième art ce Lacombe. On lui doit quelques films qui ne dépareillent pas dans notre DVDthèque. Alors bien sûr, je n'ai pas vu La grande illusion, ni L'assassin habite au 21 mais quand même un bon film, un bon Fresnay, bien conçu, et très copieusement défendu par des vieux routiers de cette profession magique. Je crois que Lacombe, même s'il n'est pas un immense technicien du cinéma, a quand même su tirer au mieux parti de ses acteurs . On peut, peut-être, regretter en dernier lieu, le côté théâtre filmé de la toute fin, mais pas plus.

La machine à rêves a quand même bien fonctionné..


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