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Forum : Il faut tuer Birgitt Haas

Sujet : Crépusculaire et prenant film d'espionnage

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De Arca1943, le 11 mars 2005 à 03:54
Note du film : 5/6

Un des mes grands coups de cœur au cinéma.

Il faut tuer Birgit Haas, c'est d'abord une excellente histoire, un engrenage implacable mais sans artifice, qui rappelle les meilleures intrigues de John Le Carré (L'Espion qui venait du froid). Enfin, si vous êtes amateur de l'un, vous serez amateur de l'autre.

Mais pour bien capturer le spectateur, la bonne histoire doit être soutenue par la bonne atmosphère (ce qui manque le plus au cinéma de nos jours). Qu'est-ce que l'atmosphère? C'est cette chose incroyablement difficile à définir et qui, pourtant, est à couper au couteau. Dans Il faut tuer Birgit Haas, cela tient à la fois de la justesse du ton jusque dans les plus menus rôles, à la musique prenante et rêveuse de Philippe Sarde (ah, comme j'aimerais mettre la main sur cette B.O.), aux dialogues à la fois naturels et percutants… Mais aussi au fait que ces protagonistes – espions et terroristes – sont des personnages de la nuit. Alors, plus l'intrigue se noue, plus l'action se précipite, plus le film est nocturne.

C'est aussi un trio d'enfer. Noiret, Rochefort et Kreuzer méritent vraiment des lauriers pour avoir fait si bien vivre leurs personnages. Philippe Noiret, en particulier, compose un très crédible chef du Hangar, un « cold fish » tranchant avec, de loin en loin, quelques bouffées d'humanité qui mettent d'autant plus en évidence le caractère inquiétant du personnage. Il faut le voir, au coeur de la nuit, dans le garage mal éclairé de Munich qui lui sert de quartier général, alors qu'il s'apprête à lancer l'odieuse « opération », appeler sa femme pour lui dire « Je t'aime », parce que l'épouse d'un de ses subordonnés vient de mourir d'un cancer…

Et quand l'aube finit par se lever sur les espions et leur opération foireuse, à cette heure où la neige n'est pas blanche mais bleu pâle, et que Bauman (Rochefort) confronte Athanase (Noiret) à quelques pas de l'avion qui les attend, posé en silhouette (bleue) sur le lac gelé, alors que s'insinue cette musique désolée pour petit ensemble à cordes de Philippe Sarde… Ah! Comment vous dire? C'est magique. Ça n'a pas de prix. C'est pour des moments comme ceux-là que je vais au cinéma.

Ce film, qui m'a hypnotisé à plusieurs reprises, est un classique du cinéma français, dont l'absence en DVD est une honte.


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De Impétueux, le 10 juin 2014 à 22:07
Note du film : 4/6

Il est de prime abord évident que le film de Laurent Heynemann, qui date de 1981 s'appuie sur la mythologie tressée autour de ce que fut, en Allemagne, la Rote Armee Fraktion, (la Fraction Armée rouge), aussi connue sous le nom de groupe Baader/Meinhoff et que le personnage de Birgitt Haas a de larges parentés avec celui d'Ulrike Meinhoff, mais aussi, peut-être, avec ceux de certaines de ses homologues d'Outre-Rhin, du groupe Action directe, Joëlle Aubron ou Nathalie Ménigon ; et il devait y avoir, au sein des Brigades rouges italiennes, quelques passionarias tueuses du même acabit.

Ulrike Meinhoff ayant été suicidée dans sa cellule en mai 1976, je suppose qu'il était dans l'air du temps d'évoquer de vertueuses indignations rétrospectives, alors que ce genre de justice sommaire n'est nullement inédit dans l'histoire récente. Miguel Almereyda, le père du grand cinéaste Jean Vigo fut zigouillé itou en 1917, et l'escroc Alexandre Stavisky mêmement dans un chalet de Chamonix en 1934. On sait que la République gouverne mal, mais se défend bien.

Je compte donc pour rien, dans Il faut tuer Birgitt Haas le côté moralisateur, indigné et vertueux, qui se penche sur le sort de la pauvre terroriste, dont les mains dégoulinent encore de sang d'attentats aveugles, mais qui en vient à se poser la question de la pertinence et de la nécessité des actes terroristes qu'elle a commis. Pour les familles des victimes, ces états d'âme sont un peu tardifs et même, d'une certaine façon, assez obscènes. Je songe à la définition donnée par le grand Ambrose Bierce du terme Homicide dans son Dictionnaire du Diable : Homicide. (Nom masc.) : Interruption d'une vie humaine par une autre. Il existe quatre types d'homicides : inexcusable, excusable, acceptable et souhaitable, mais ça ne fait pas une grande différence aux yeux de la personne interrompue.

Je compte donc pour rien ou pour fort peu, la vertueuse indignation de Laurent Heynemann, mais j'ai pris un certain plaisir à regarder un film souvent maladroit et parcellaire (je m'explique mal le coup de foudre réciproque qui va frapper en un clin d’œil la terroriste lasse Birgitt Hass (Lisa Kreuzer) et le falot Baumann (Jean Rochefort) ; je ne comprends pas pourquoi Athanase (Philippe Noiret), aux dernières images, ne tue pas Baumann, comme la logique le voudrait).

J'ai pris du plaisir, mais je n'ai pu m'empêcher de songer à deux films, deux films passionnants, bien postérieurs à Il faut tuer Birgitt Haas, films qui reprennent de manière plus forte les problématiques exposées par Heynemann.

L'un de bonne qualité, Les patriotes d'Éric Rochant, qui met en scène une cellule secrète et particulière du Mossad israélien, assez comparable au Hangar, une cellule qui agit au delà de toute légalité, pour l'intérêt supérieur de l'État et la défense de ses intérêts vitaux. L'autre, de grande qualité, Cavale de Lucas Belvaux, qui décrit l'errance dramatique d'un terroriste gauchiste poursuivi par toutes les polices, qui erre entre ses anciens amis et ses anciens contacts comme un hanneton perdu dans un monde qu'il ne comprend plus et qui a bougé sans lui.

Il faut tuer Birgitt Haas est un peu la juxtaposition de ces deux types d'aventures, l'une et l'autre mortifères et sombres, qui laissent ceux qui les approchent à peine comme médusés, sidérés et sans espérance. Il n'y a pas beaucoup de gaîté, de légèreté et moins encore d'espérance ; l'amour y est triste, perçu comme une simple façon de s'accrocher à la vie, à la survie, plutôt…

Mais c'est tout de même un peu maladroit, mal dialogué, tourné de façon un peu engoncée. Bien dommage, finalement.


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De Pianiste, le 23 juillet 2014 à 14:00
Note du film : 4/6

Il faut tuer Birgit Haas est vraiment un film réussi du début à la fin. L'histoire de cette terroriste assez frivole qui doit être éliminée par une organisation utilisant le motif du crime passionnel est réellement touchante. Jean Rochefort, toujours aussi excellent, est chargé de séduire la belle Lisa Kreuzer. Ce pauvre type divorcé et chômeur ne sait pas que Philippe Noiret, à la tête de cette organisation, est à la base de la liaison passionnée qui va naître entre elle et lui. Tout sera fait pour lui faire croire que pour une fois, la chance lui sourit. Il pense avoir trouvé amour et travail par le biais de cet homme qui sous une apparence bonasse cache de sombres desseins. Sa femme le trompe et il apprendra même que son rival fait partie de ces hommes qui ont tout fait pour le manipuler. Après une nuit torride avec sa conquête, il réalisera la supercherie mais elle aura la vie sauve et il décidera de rester sur place, afin de la retrouver à sa sortie de prison.

Quoiqu'il en soit, ce film est captivant et la très jolie musique ne fait qu'en rajouter à ce moment de cinéma inoubliable….


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De verdun, le 22 décembre 2015 à 17:51
Note du film : 5/6

Les réserves formulées par Impétueux sont légitimes, notamment concernant la fin, peu inspirée et illogique.

Mais in fine, je rejoins l'enthousiasme d'Arca. Malgré ses défauts et son caractère un peu terne, c'est un film assez envoûtant, qui a sa musique bien à lui. Le mélange d'espionnage et de romantisme est particulièrement heureux, grâce à d'excellents comédiens, Rochefort et Noiret en tête mais surtout Lisa Kreuzer, fascinante dans le rôle-titre. Mention spéciale également pour l'excellent Bernard Le Coq.

Bien que traitant d'un contexte particulier, celui de la bande à Baader et de la fraction armée rouge, il y a quelque chose de profondément moderne dans ce récit bien mené, beaucoup plus limpide que la moyenne des films d'espionnage. On se doute que les magouilles des services secrets décrites dans le film ont toujours cours. Et contrairement par exemple au Serpent, film que j'aime bien soit-dit en passant, l'accent est mis sur l'humain, sur la psychologie, ce qui donne pas mal de chair au récit.

Une bien jolie découverte.


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