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Forum : Le Chant de Bernadette

Sujet : Cinéma d'auteur de qualité


De vincentp, le 27 août 2014 à 23:06
Note du film : Chef-d'Oeuvre


L'histoire, les visions de Bernadette Soubirous, et le cadre social entourant cette jeune paysanne. C'est une adaptation hollywoodienne intéressante du roman de l'écrivain autrichien Franz Werfel, réalisée par l'éclectique Henry King en 1943. Gros succès populaire en son temps, couronné de quatre oscars : meilleure actrice (Jennifer Jones), meilleure photographie (Arthur C. Miller), meilleure direction artistique (James Basevi, William Darling et Thomas Little), et meilleure musique de film (Alfred Newman). La qualité du travail de ces contributeurs est incontestable. La musique hyper-travaillée est magnifique, et l'interprétation de Jennifer Jones confirme qu'elle fut l'une des toutes meilleures actrices de sa génération (et bien au-delà).

Le sujet est bien traité, de façon académique, mais dans le bon sens de ce terme. Henry King maîtrise parfaitement le récit, et choisit les bons plans (gros plans, plans d'ensemble, contre-plongées inquiétantes…) au bon moment. La mise en scène agit sur la perception du spectateur. King fut sans aucun doute un des très, très, bons portraitistes de son époque, jetant un regard distancié vis à vis de ses personnages (comme pour Un homme de fer, Capitaine de Castille,…) présentés dans leur cadre social, avec leurs qualités et défauts, convictions et ambiguïtés, proches des préoccupations des spectateurs. Un cinéma d'auteur et de qualité, qui distraie tout en faisant réfléchir sur des concepts sociaux, philosophiques, théologiques.

Nb : on retrouve un traitement similaire dans des films contemporains comme L'enfant sauvage ou Elephant man.


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De Tamatoa, le 27 août 2014 à 23:30

Aussi talentueux que soit ce film (que je n'ai pas vu), réjouissez vous, Vincent, du fait qu'il fut tourné et couronné de succès en 1943. Aujourd'hui, aucun producteur ne se lancerait dans l'aventure. Même après avoir lu votre excellent avis. L'Amérique, aussi puritaine soit-elle, a bien changé… Mais ce n'est que l'avis de votre dévoué aide de camp.


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De DelaNuit, le 28 août 2014 à 15:02
Note du film : 5/6

Le film est il est vrai très intéressant tant il relate avec distance et objectivité l'ambiguïté des événements de Lourdes. La gamine inculte qui se contente de dire ce qu'elle a vu et n'y comprend pas grand chose (admirable talent d'actrice, Jennifer Jones !), les représentants de la commune qui craignent que cette histoire d'apparition ne donne une image arriérée de leur ville, et même les autorités ecclésiastiques, plus gênées qu'autre chose devant ce qui ressemble davantage à de la superstition païenne qu'aux dogmes de l'Eglise !

Il est vrai que la figure féminine vêtue de blanc, avec sa ceinture bleue comme une rivière et les fleurs sur ses pieds ressemble davantage à première vue à une déesse ou un esprit des sources ou de la Nature qui avait autrefois coutume d'apparaître aux païens plutôt qu'aux dogmes stricts de l'Eglise… Même le terme d'immaculée conception dans la bouche de l'apparition est ambigu. Avant de concerner la vierge Marie née sans la tâche de péché originel, on oublie trop souvent qu'il concerne tout autant l'ancienne Déesse Mère du paganisme, née d'elle même et concevant les premiers êtres par autofécondation… Tant il apparaît que le Féminin Sacré resurgit à chaque époque sous des noms différents.

(voir à ce sujet l'excellent téléfilm Les brumes d'Avalon / The mists of Avalon) qui nous montre dans sa dernière scène la prêtresse Morgane tomber en arrêt devant une statue de la Vierge et y découvrir une nouvelle incarnation de l'ancienne Déesse qu'elle servait autrefois, que les hommes ont oublié et dont l'île sacrée s'est évanouie dans les brumes.)

Finalement, on ne doit l'installation pérenne de la dévotion généralisée au miracle de Lourdes qu'à l'impératrice Eugénie, à qui on avait envoyé une fiole d'eau bénite et qui faisait feu de tout bois dans l'espoir de guérir le petit prince de sa maladie du sang. Enfin, dans les dernières minutes du film, les religieuses et la pauvre Bernadette agonisante en viennent à la conclusion que l'apparition ne pouvait être que la Vierge Marie ! Ouf ! On pourra donc s'adonner aux dévotions (et au commerce qui les entoure) avec bonne conscience.


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De vincentp, le 14 septembre 2014 à 23:23
Note du film : Chef-d'Oeuvre


Un film hors-norme, d'une durée tout de même de 2h30. Il faut voir ce film au moins pour deux raisons : l'emploi de la musique de Alfred Newman, assez exceptionnelle qui donne une puissance peu ordinaire par moments au sujet. Idem pour les images (nombreuses contre-plongées inquiétantes et déstabilisantes pour filmer les représentants de l'ordre). Beaucoup de talent de mise en scène chez Henry King. Ce n'est pas un film parfait (il parait surjoué par moments par certains acteurs secondaires) mais ses qualités sont indéniables.


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De vincentp, le 3 octobre 2014 à 23:49
Note du film : Chef-d'Oeuvre


Et j'ajoute que la dernière demi-heure est d'une qualité cinématographique invraisemblable (scénario -mise en scène- photographie- musique et interprétation). Jennifer Jones m'a sidéré (une des dix plus belles interprétations féminines de l'histoire du cinéma, à mon avis). Henry King, ce cinéaste qui était croyant, a tout simplement trouvé l'équation cinématographique parfaite, peut-être lui-même en état de grâce ? Très inspiré au minimum.

Utilisations des contre-plongées (et de la lumière) pour représenter l'aspiration au divin, de contre-plongées prononcées pour signifier la menace du regard de l'autorité. Plongées subtiles pour filmer la souffrance du personnage. Le tout impeccablement rythmé, sans aspect artificiel, porté par une musique aux petits oignons. Une véritable chorégraphie, impressionnante de maîtrise et d'efficacité, leçon de cinéma d’obédience classique.

Il me semble que ce film est l'un des plus réussis, complets et nuancés concernant l'expression de la foi religieuse, ses tenants et aboutissants. Il concerne par ces caractéristiques un large public de cinéphiles. Une sacrée surprise, en tous cas, que ce Chant de Bernadette de 1943 tombé aujourd'hui complètement dans l'oubli. Grand cinéaste que ce Henry King, aussi à l'aise dans des films d'aventure que dans cette présente étude de caractère menée dans un cadre religieux ; son oeuvre mérite d'être redécouverte.


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De droudrou, le 7 avril 2015 à 10:40
Note du film : 6/6

authentique chef d’œuvre après les avis de Vincentp il est difficile d'en ajouter un nouveau – simplement dire qu'il est difficile de n'être pas ému à la vision de ce film où s'expriment le talent des interprètes et du réalisateur face à un sujet ô combien délicat qui n'est jamais ridicule.


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De Impétueux, le 20 juin 2015 à 13:46
Note du film : 5/6

Me méfiant comme de la peste de la religiosité étasunienne, trop souvent empreinte d'évangélisme et de littéralisme, je n'aurais certainement jamais regardé Le chant de Bernadette, dont j'ignorais jusqu'à l'existence, si d'éminentes plumes (par ailleurs mécréantes proclamées, mais les voies de Dieu sont impénétrables !) ne m'avaient donné du film d'Henry King, cinéaste inconnu à mon bataillon, les plus élogieuses appréciations.

Eh bien je vous remercie, mes camarades, de m'avoir permis de découvrir un beau film, sans doute moins intense et moins pur que le lumineux et indépassable Thérèse d'Alain Cavalier mais profond, grave, intelligent. C'est que la tâche n'est pas aisée d'évoquer sans caricature le mystère de Lourdes et plus largement l'intervention du miracle dans la contingence du monde. C'est-à-dire sans faire appel au merveilleux et au fantasmagorique et en donnant toute leur place aux contradictions, interrogations, suspicions qui accompagnent légitimement un pareil phénomène.

L'Église, à juste titre, est très circonspecte sur les apparitions mariales : depuis l'an Mil, plus de 20 000 ont été signalées, 16 seulement ont été reconnues et il est prudemment rappelé que la croyance en leur réalité ne fait pas partie des dogmes de la foi catholique. Même circonspection pour les miracles de Lourdes : depuis 1858, des dizaines de millions de visiteurs, 7000 dossiers introduits, seulement 69 guérisons reconnues inexplicables aux yeux de l'état actuel de la science. Tout cela est absolument évident pour qui s'intéresse un peu au sujet : ce n'est pas le miracle qui fait surgir la Foi, mais la Foi qui permet le miracle. Et d'ailleurs, selon les Évangiles, le Christ n'en n'a pas fait des quantités !

Le film d'Henry King, adapté d'un roman de Franz Werfel, juif autrichien qui fut tout proche de la conversion au catholicisme, prend, semble-t-il, quelques libertés avec l'histoire réelle. Ainsi, au lieu d'être les braves et simples gens représentés, le père et la mère de Bernadette avaient-ils plutôt mauvaise réputation ; ainsi le personnage du jeune Antoine, avec qui une inclinaison muette et chaste est prêtée est-il inventé. Mais ces écarts romanesques sont plutôt véniels, compte tenu de l'intelligence du récit.

Car ce qui apparaît d'emblée, devant la situation, c’est l’inquiétude des autorités civiles et religieuses, leur anxiété devant les débordements possibles, la crainte des hallucinations, de ‘’l’hystérisation’’ des apparitions, des mystifications toujours possibles. Il faudra bien des interrogations, là encore tout à fait légitimes, pour que l'accès à la grotte soit autorisé et pour que l'épiscopat admette que quelque chose s'est passé.

Henry King filme cela avec rythme et talent et si, méthodiste converti au catholicisme, il se range clairement dans le camp des fidèles, il laisse néanmoins largement la parole aux sceptiques et aux interprétations positivistes. Je regrette qu'il ait cru devoir montrer, sous les traits de Linda Darnell, la physionomie céleste de la Vierge Marie et il me semble que le film aurait eu davantage de force suggestive s'il s'était privé d'une représentation matérielle. En revanche, on ne peut qu'être absolument admiratif devant le jeu de Jennifer Jones, lumineuse Bernadette qui parvient à rendre de façon très convaincante son interprétation d'une très jeune fille (14 ans lors des apparitions), souffreteuse, pratiquement inculte, mais toute empreinte de sérénité, d'humilité et de confiance.

De fait et alors qu'on aurait pu craindre que l'entrée de Bernadette au monastère de Nevers et ses dernières années de vie terrestre marquent une rupture d'intérêt, et malgré l'apparition finale de la Vierge, bien trop sulpicienne pour être convaincante, la fin du film est grave et belle, paisible et émouvante.

Et laisse la porte ouverte à tous, comme au Procureur Dufour (Vincent Price), atteint d'un cancer à la gorge, qui s'interroge devant la grotte. Pour les croyants, aucune explication n'est nécessaire, pour les autres aucune explication n'est possible


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