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Sujet : Espion, lève toi ..


De Tamatoa, le 6 juillet 2014 à 02:31
Note du film : 3/6

Je ne sais pas pourquoi j'attendais mieux de ce film même si les histoires de révolutionnaires des pays d'Europe centrale me laissent toujours un peu frileux. Les excités, le froid et la politique sont des ingrédients qui font souvent une soupe que je n'aime pas trop. Mais réalisé par les Allegret brothers, j'ai voulu voir. Cette signature vaut bien la peine que l'on goûte au potage en question. Ils en ont fait de si bons. Et puis tous comptes faits, sans faire une moue irréversible sur cette œuvre, je n'aurais peut-être pas du. Parce que je n'ai rien vu de très folichon, sauf peut-être, une première partie qui présageait que la soupe allait être goûtue. Dans des décors à la René Clair, vides, froids, trop spacieux, un Pierre Fresnay tout droit sorti de César, halluciné comme il le sera plus tard dans La main du diable de Tourneur, va être victime d'un terrible malentendu. Ce dernier viendra d'un Jean-Louis Barrault, dans un rôle très court mais bien senti. Pour une fois le tueur de bouchers était moins énervant que d'habitude. Mais que de dégâts il va provoquer !

Le film réserve bien quelques surprises mais de celles qu'on attendait. La politique qui mélange tout, les faits, les êtres, de leurs droits à leurs devoirs, même si ces derniers les dépassent parfois, les faux héros et les vrais salauds. La froideur de Pierre Renoir est bien dans le ton de cette œuvre qui ne restera pas majeure (du moins je ne pense pas) dans l'esprit des cinéphiles. Les frères Allégret ont choisi de nous emmener dans les coulisses d'une révolution sans passion où des acteurs connus tentent de propager un suspens bien plat. La confrontation de Michel Simon et Pierre Fresnay ne fait aucune étincelle. A l'inverse de la musique de Georges Auric, trop présente et pesante. Les sentiments sont pourtant de mise et fort bien servis par Danièle Parola, très jolie femme qui apporte sa touche de sensibilité dans cette atmosphère masculin et guerrier de l'armée des idées trop bien ancrées. Quelques apparitions sont les bienvenues : Jacques Copeau qui désertera très vite le cinéma pour "ré-inventer" le théâtre avec son ami Jouvet. Gabriel Gabrio qui, l'année suivante, embrayera avec Pépé le moko pour enfin éclater au grand jour dans l'inoubliable Regain. Voilà un acteur qui a tardé à éclore. A l'inverse de son collègue Aimos, connu depuis fort longtemps et qui nous joue ici le clochard comme personne.

Sous les yeux d'occident n'est pas un mauvais film. Mais on reste trop dans le prévisible, même si c'est donc un fâcheux concours de circonstances qui est à l'origine des mésaventures de ce pauvre Razumov, titre original du film à sa première sortie en salles, au grand dam de Joseph Conrad auteur du livre éponyme dont le scénario est tiré. On suit sans trop de passion les tourments de ce révolutionnaire malgré lui. La fin est plutôt réussie si l'on considère le tourment du héros. La délivrance viendra de ce qu'il a toujours voulu ignorer : Le sort de ses semblables. Il n' y a pas dans cette œuvre une "performance" de Fresnay. Il est encore bien timide. Même si la trilogie fameuse de Pagnol l'a porté au pinacle, ce n'est que l'année suivante que Renoir en fera son capitaine de Boeldieu pour sa Grande illusion, révolution d'un tout autre genre. Dans ce chef-d’œuvre, Fresnay se battait pour la paix. Dans Sous les yeux d'occident, il se démène pour qu'on lui foute la paix. Il veut vivre reclus et sage dans une société qui explose. Et il joue fort bien ce refus de savoir, de comprendre. Mais les Allegret brothers n'ont pas su lui donner la poussée nécessaire pour qu'il en fasse un grand film.

Cependant, pour sa défense, je dirais que passer de la limonade à l'espionnage en tous genres n'est pas chose aisée ..


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De Impétueux, le 7 novembre 2015 à 17:44
Note du film : 3/6

Je suis plutôt d'accord avec l'excellent et fort complet message de Tamatoa : le film manque d'envergure et de nerf. Mais si je mets la même note moyenne que notre ami disparu, ce n'est toutefois pas pour les mêmes raisons.

Contrairement à lui, j'ai beaucoup d'intérêt pour l'Europe de l'Est, pour les chaudrons révolutionnaires et pour les militants des causes extrêmes (ce qu'il appelle, sûrement pas à tort, les excités). Et je trouve que Marc Allégret n'a pas assez appuyé sur ces thèmes, centrant tout son film sur le conflit insurmontable qui saisit ce brave type de Razumov (Pierre Fresnay) qui ne demande rien à personne, voudrait qu'on lui fiche la paix et se trouve contraint par l'enchaînement des événements à vivre un destin tragique… jusqu'à en mourir, au demeurant.

Je ne dis pas que ce n'est pas le thème du roman de Joseph Conrad (que je n'ai pas lu), mais j'ai trouvé le récit trop romanesque, trop plein de machinerie pour en être bien satisfait ; il y a, à certains moments un côté… comment dire ? Rouletabille chez les nihilistes (les coups de poing et de savate en moins) qui ne me séduit pas : Razumov, qui est le jouet de la police, doit être absolument, pour les terroristes, le symbole, l'image, le mythe du plus pur dévouement révolutionnaire… et il n'est pas question que la moindre ombre puisse être portée sur lui. Il me semble que Fresnay, qui joue le rôle d'une façon presque mièvre, faible, erratique, est plutôt bon en interprétant ce personnage balloté entre les uns et les autres, qui va jusqu'à rater son suicide… mais à réussir sa mort, grâce à son exécution par Nikita (Gabriel Gabrio).

Mais, à part certains seconds rôles (Danièle Parola, de fait ravissante Nathalie, ou Jacques Copeau en préfet de police redoutable et subtil), la distribution n'est pas très réussie. Ou, plutôt, les rôles de certains acteurs n'ont pas de densité. Si j'ai un peu mieux supporté Jean-Louis Barrault que d'habitude, s'il a, de fait, la physionomie hallucinée qu'on prête aux terroristes, il s'effiloche très vite. En second lieu Lespara (Michel Simon), qui fait penser à un vieil instituteur bienveillant alors qu'il devrait être l'image brûlante d'un Lénine prêt à tout sacrifier pour la cause.

J'aurais bien aimé que Marc Allégret fixât sa caméra sur les phalanstères révolutionnaires que la libérale Suisse accueillait avant la première guerre, comme celui du Pilote dans Les Thibault où coexistent fils de famille déshérités en rupture de ban, vierges scandinaves végétariennes, légionnaires moldaves déserteurs, myopes poitrinaires fanatiques, couples de pédagogues adeptes de l'amour libre et plusieurs autres variétés de spécimens singuliers. Dans Sous les yeux d'Occident, à part la tronche gouailleuse d'Aimos, il n'y a aucune physionomie qui ressorte.

Cela dit, j'ai plutôt apprécié la façon de filmer, le rythme des séquences, qui fait qu'on suit sans déplaisir l'histoire et peut-être encore davantage la façon dont Allégret (du fait des petits financements dont il disposait ?) se sert des décors en huis-clos, de la présence, un peu partout, de barreaux, de colonnes, de cages d'escalier, de limites. Et des éclairages blêmes…


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