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Forum : Compartiment de dames seules

Sujet : Théâtre filmé de qualité


De Impétueux, le 25 novembre 2012 à 22:26
Note du film : 4/6

Le titre du film paraîtra peu compréhensible à ceux qui ignorent que, dans un passé pas si lointain (mais que je ne puis dater), les compagnies de chemin de fer proposaient aux dames qui craignaient d'être importunées la possibilité de voyager sans qu'un homme pût les déranger. À dire vrai, ça n'a pas, en l'espèce, une importance déterminante, si ce n'est que cette particularité permet d'identifier les protagonistes du vaudeville.

Vingt ans avant son mariage, célébré en grandes pompes avec la jeune Nicole (Janine Merrey), l'homme du monde Robert de Mérinville (Armand Bernard) a, dans la précipitation d'un voyage de Paris à Versailles, par un jour de grand orage, couché avec une inconnue, saisie par la peur du tonnerre et des éclairs dans un de ces fameux compartiments. Sa belle-mère, Mme Monicourt (Alice Tissot) qui a saisi, à la suite d'une indiscrétion, que son gendre ne se laisserait pas mener par le bout du nez, comme elle a pu le faire pour son mari (Pierre Larquey) veut s'en débarrasser. Elle apprend aussi les élans de son gendre dans le fameux compartiment et surgit alors un plan machiavélique : elle lui fait croire qu'elle était l'inconnue qui a subi – ou bénéficié de, c'est selon – ses assiduités. De fait, le pauvre Robert ne peut envisager de consommer son mariage avec qui il pense désormais être sa fille, ce qui pourrait permettre l'annulation du mariage pour cette raison.

Se greffent là-dessus mille péripéties, qui aboutissent, en fin de compte, après bien des quiproquos à la plus heureuse des issues. On voit par là qu'on est en plein vaudeville. On ne saurait d'ailleurs aller plus loin en matière de ruptures de ton, de propos à double-sens, de sous-entendus graveleux, de mines entendues, de propos salaces. Mais c'est fort bien fait, parfois très drôle, grâce à des mots amusants, à des répliques claquantes… et surtout aux acteurs.

Je ne suis pas très amateur de la scène et des tréteaux, et la défunte émission Au théâtre ce soir m'a bien souvent horripilé par son cortège de facilités et, trop souvent, de vulgarités. D'où vient alors ma bonhomie pour ce Compartiment de dames seules, regardé d'un œil bienveillant malgré ses astuces à la noix et ses ficelles grosses comme un cordage de navire ? Sans doute au plaisir de retrouver les visages appréciés de ces acteurs que j'aime, Alice Tissot, Pierre Larquey, Pierre Stéphen, Baron fils. Mais aussi de découvrir mieux le jeu drôle d'Armand Bernard dont le film est sans doute le seul qu'il tournât en premier rôle, ce qui est bien dommage : le revoir chanter l'immortelle Tirelire dans Dactylo de Wilhelm Thiele qui n'est, hélas, toujours pas édité en DVD).

Et puis s'il fallait une autre raison pour regarder avec sympathie Compartiment de dames seules, ce serait parce que c'est une des premières fois que Ginette Leclerc, quatre ans avant La femme du boulanger, neuf ans avant Le corbeau apparaît dans un rôle substantiel, avec tout l'abattage et la sensualité qu'on lui connaît, dans le rôle d'Isabella, danseuse nue des Folies-Bergère. Et l'entendre détailler au piano ses succès de scène vaut la peine …

Qui ne connaît
Les libellules sont en folie,
Pour elles, point de mélancolie
Elles se livrent aux pires orgies…
ne sait pas ce qu'est un plaisir d'esthète raffiné.


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