Forum - Le Voyage en Arménie - Si loin, si proche...
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Forum : Le Voyage en Arménie

Sujet : Si loin, si proche...


De Impétueux, le 5 août 2013 à 19:08
Note du film : 4/6

Dans la présentation qu'il fait du Voyage en Arménie, le critique Jean-Luc Douin trace un parallèle étonnant avec Le promeneur du Champ de Mars qui le précède immédiatement dans l’œuvre de Robert Guédiguian. Comme ce dernier film traite des derniers mois de vie du Président François Mitterrand, j'ai d'abord trouvé que c'était assez gonflé ; puis, après avoir vu ce Voyage et avoir réécouté Douin, j'ai trouvé cette approche subtile et intelligente.

Anna (Ariane Ascaride), cardiologue marseillaise qui a des relations difficiles avec son père (Marcel Bluwal, étonnant) part à sa recherche après que celui-ci a disparu de Marseille. Une sorte de jeu de piste va se mettre en place et permettre à cette ancienne communiste qui ne croit désormais plus en grand chose (et surtout pas en elle) de retrouver ses racines au fin fond de l'Arménie.

Quels rapports avec Le promeneur du Champ de Mars ? Plus profonds et plus vastes qu'on ne croirait : d'abord la fin de vie d'un vieil homme qui regarde avec une sérénité lucide les derniers temps de son existence et les questionnements que son attitude pose à ceux qui ne comprennent pas la relativité du regard désormais posé sur le monde tel qu'il va. Puis, et davantage, l'ancrage dans l'identité et la recherche des racines. Anna se croit bien détachée de l'Arménie, de l'histoire et de la civilisation de ce qui a été le premier Royaume chrétien d'Europe, après la conversion du Roi Tiridate IV en 301 : elle s'aperçoit graduellement, sous l'influence de Yervanth (Gérard Meylan), qu'elle ne peut renier son ancrage existentiel.

Et pourtant, qu'est-ce que c'est, l'Arménie de 2013 ? Un tout petit pays enclavé, qui n'occupe que le dixième du territoire de son emprise historique, où l'industrie, laissée pour compte de l'ère soviétique, est moribonde, où les voisins, Géorgie et Azerbaïdjan (sans parler de la Turquie génocidaire) sont agressifs et hostiles, où la jeunesse ne rêve que de partir à l'étranger, ou de faire du business. Un pays alimenté, maintenu en survie artificielle par une diaspora qui n'imagine pas la pauvreté, la religiosité, le sous-développement du pays. Un pays où les trafics, les mafias, la prostitution sont le quotidien des habitants. Un pays austère, aride, presque aussi moche que l'Afghanistan.

Alors qu'il montre à Anna-Ascaride, en le survolant, le pays de ses ancêtres, Yervanth-Meylan raconte que, lors de la Création, Dieu, par mégarde, a vidé le fond du tamis grâce auquel il avait dispensé les belles terres fertiles à la France et qui ne contenait plus que des cailloux, sur l'Arménie, devenue donc La terre des pierres. Cela n'empêche pas que, dans la vieille église de Hayravank, qui date du Xème siècle, une émotion profonde surgisse.

Au fur et à mesure que le temps passe, le communiste Guédiguian renoue avec ses racines, lui aussi : en 2009, il va tourner L'armée du crime, consacrée à l'épopée résistante de Missak Manouchian, le groupe de L'affiche rouge.

L'Arménie, la France. Si loin, si proches…


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