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Forum : Du mouron pour les petits oiseaux

Sujet : Vaut mieux que son titre


De Impétueux, le 26 juillet 2013 à 17:14
Note du film : 4/6

Je n'aurais évidemment pas acquis le DVD d'un film au titre aussi abominable s'il n'était réalisé par Marcel Carné, à qui je voue une admiration réelle, attristée par les ratages de la fin de sa carrière. (Mais enfin il faut reconnaître que beaucoup des plus grands auraient dû cesser de filmer plus tôt : voyez Duvivier, Autant-Lara, Renoir ; tout le monde n'a pas la chance de mourir aussi jeune que Jacques Becker).

Donc, Carné et Du mouron pour les petits oiseaux ; ne pas chercher à retrouver là le souffle, l'émotion, la poésie de la grande époque de la collaboration avec Prévert ou Jeanson ; ça n'a plus rien à voir. Mais ça tient encore la route, mieux, bien mieux que Terrain vague ou Les tricheurs. Pourquoi ? Peut-être parce que c'est tiré d'un roman d'Albert Simonin, adapté et dialogué par Jacques Sigurd, grand nom bien oublié, indispensable collaborateur des meilleurs films d'Yves Allégret. Et surtout que c'est assez rigolo, un peu déjanté, un peu burlesque, très libre et que ça peut, dans les meilleurs moments, faire songer à la cocasserie de Drôle de drame, par quoi Carné commença sa carrière dans le Parlant. La comparaison est légèrement abusive, mais enfin il y a du rythme, de la vivacité, de la folie, même.

La distribution du film est un des plus curieuses que j'aie jamais vues : juxtaposition d'acteurs de qualité, d'une starlette dont l'étoile montait, de seconds rôles solides et éprouvés (et même d'un jeune rocker lâché dans le cinéma on ne sait par quel hasard de production : Dany Logan, le chanteur des très oubliables Pirates, qui s'emploie à massacrer Donne tes seize ans de Charles Aznavour).

Mais aussi, malheureusement, deux gros ratages : Roland Lesaffre, incontournable chez Carné dont il était l'ami de cœur, dans le rôle d'un tailleur évangéliste misérable et exalté et surtout, surtout, l'affreux, l'insupportable Jean Richard, qui joue un boucher imbécile colérique et qui, même s'il est un peu contenu par le metteur en scène et s'abstient de trop grasseyer, plombe sérieusement le film. Disons pudiquement que Dany Saval, dans un rôle d'écervelée à cuisse légère (dans quoi a excellé ensuite avec bien plus de talent Mireille Darc) a bien fait d'abandonner à peu près complètement le cinéma pour devenir Mme Maurice Jarre, puis Mme Michel Drucker.

Et pour mettre un peu de soleil dans cette eau froide, applaudissons le talent de Jean Parédès, en vieil homosexuel chochotte qui s'envoie à lui-même des pneumatiques pour le plaisir de recevoir la visite d'un petit télégraphiste ; de Robert Dalban qui, lorsqu'il n'interprète pas avec brio un malfrat, est, comme ici, un impeccable policier ; à Suzanne Gabriello, concierge hyperactive et délurée ; à Jeanne Fusier-Gir que je me rappelle avoir toujours vue vieille et toujours formidable, que ce soit chez Guitry, chez Clouzot, chez Becker

Naturellement une mention spéciale à Paul Meurisse, qui sait tout jouer, avec la même distinction, même lorsqu'il emploie la langue verte. Et mon coup de cœur pour Suzy Delair, femme trompée et trompante du boucher Jean Richard, qui a tant de charme, de malice, d'esprit… de talent tout simplement.

Bien long message pour un petit film ; mais, lorsqu'on est heureusement surpris alors qu'on n'attendait pas grand chose, on peut bien tracer un bout d'hommage, n'est-ce pas ?


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De Tamatoa, le 5 septembre 2013 à 01:41

Et pour mettre un peu de soleil dans cette eau froide, applaudissons le talent de Jean Parédès..

Et comme il s'agit d'un film léger, j'ai envie de vous raconter une anecdote assez savoureuse dont ce sympathique acteur fut la victime, si je puis dire…

En 1970/72, nous vîmes débarquer, annoncée de longue date à la maison de la culture de Papeete, une troupe de comédiens-chanteurs qui venait pour trois représentations de La vie Parisienne de Jacques Offenbach. Un baryton très en vogue à l'époque, Bernard Sinclair, tenait le rôle du baron de Gondremarck (me semble t-il) et Jean Parédès celui du célèbre Brésilien . (Yé souis brésilien, yé dé l'or et y'arrive dé Rio d'Janeiro….). La représentation devait avoir lieu à 17h en plein air devant la maison de la culture. L'ambiance était fort bonne et chacun discutait en faisant goûter à nos invités quelques spécialités de la région.

Et dans un coin, étendu sur le sable et entouré de quelques fort jolies manu (nos filles légères), Jean Parédès se délectait de Maitaïs, cocktails à base de rhum blanc, rhum brun et Cointreau, très prisés par chez nous. Mais il faut avoir une certaine habitude pour s'enquiller plusieurs de ces pièges à la queue leu-leu. Ce n'est pas Du mouron pour les petits oiseaux ! Or, Jean Parédès ne possédait pas cette expérience là… Et quand le régisseur appela toute la troupe en scène, je vis l'acteur prit de difficultés pour se relever du sable où il minaudait, rouge comme un gratte-cul, à l'oreille de ses belles. Il essaya bien une, deux, trois fois de retrouver un équilibre enfui mais hélas.. Moi et quelques autres, conscients de la situation, nous nous précipitons vers lui pour lui venir en aide. Puis vint le régisseur, effaré. Prévenu de la bévue, Bernard Sinclair apparut, l’œil des plus noir ! Son Brésilien lui faisait faux bond ! D'un commun accord, tous décidèrent de repousser la représentation d'une heure. Tout allait encore bien… Le régisseur se pencha vers moi et me dis : "- Ne le laissez pas seul surtout ! Dans une heure, on lève !-" . Je ne risquais pas le laisser seul : L'acteur s'était agrippé à moi et sa tête sur mon épaule, ronflait comme une chaudière ! Je vécu ainsi trois quarts d' heure d'intimité avec un "Brésilien" rouge comme un Indien d'Amérique. Je le réveillais à l'heure dite.

"-Monsieur Parédès, il faut y aller !-"
"-Ou ça ??-"
"-La représentation !-"
"-La quoi ??-"
"-Chanter ! L'opérette !-"
"-Ah oui, le truc là..mais j'suis pas bien…..Tu fais quel rôle, Toi ? Vous.. ?-"
"-Aucun… Allez ! On se lève ?..-"

Ce qui fut fait douloureusement et d'un pas très, très hésitant, l'acteur arriva derrière les coulisses où je le remis en mains propres et furieuses à son régisseur. Rideau, introduction et c'est parti ! Inutile de vous dire que sous le regard furibond de Bernard Sinclair, notre Brésilien balbutia ses répliques et le rondo du Brésilien fut à moitié mangé par les effluves des Maîtais . Les deux jours suivant s'écoulèrent aux glou-glou de l'eau minérale et les deux autres représentations de La vie Parisienne furent un triomphe !


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