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Forum : La Malédiction finale

Sujet : Cet enfer là est bien tiède...


De Impétueux, le 16 mai 2013 à 16:37
Note du film : 2/6

J'ai trop écrit, à propos des deux premiers épisodes, que le volet terminal était d'une médiocrité sans nom pour ne pas, après l'avoir revu, mettre un peu d'eau dans mon vin, ou plutôt, eu égard au sujet, un peu de ciguë dans mon fiel (ou réciproquement ; on me comprendra). En fait c'est médiocre, mais ce n'est pas atterrant.

Si, comme le prescrivait Alfred Hitchcock, meilleur est le méchant, meilleur est le film, on saisira d'emblée la faille de La malédiction finale ; le premier opus présentait une nébuleuse d'adorateurs de Satan monstrueux et crédibles ; la qualité et la performance du deuxième tenait à ce que le Mal s'incarnait dans un jeune garçon encore ductile, graduellement saisi par sa mission infernale : qu'un presque enfant fût un personnage terrifiant lui donnait des allures impressionnantes.

Mais dans le troisième film de la série, Damien Thorn, qu'on a connu nourrisson, enfant puis adolescent est désormais un trentenaire, chef maléfique d'une multinationale sans scrupule, ce qui est assez banal. Et si l'aspect physique de l'acteur qui le représente, Sam Neill, n'est pas particulièrement sympathique, il s'en faut de beaucoup pour qu'il glace le sang, ce qui devrait être le cas pour que l'histoire demeure un tant soit peu haletante.

Le sourcilleux amateur de bonne théologie que je suis tique aussi notablement par l'appel fait, pour le déroulement de l'intrigue, à des éléments de manichéisme, voire de gnosticisme eschatologique. Si l'on part de prémisses pareilles, il faut essayer d'en donner une image un peu cohérente : il y en a une tentative, avec la mission confiée aux sept moines d'une abbaye franciscaine italienne de tuer Thorn au moyen des poignards consacrés qu'on a déjà vus lors des deux premiers films. Mais ces saints hommes sont assez ridiculement et trop vite éliminés pour ne pas faire pitié.

Enfin il y a quelques séquences ridicules, notamment celle où Thorn harangue ses adeptes et leur demande d'aller tuer tous les enfants mâles nés une certaine nuit, et parmi qui se trouve le Sauveur, fine (!!) allusion au Massacre des Innocents ordonné par Hérode aux temps christiques. La rencontre a lieu dans le beau cadre d'une caverne abritée par un repli d'une côte sauvage. Mais outre que l'arrivée de Thorn en hélicoptère fait un peu gadget, le trop grand nombre des satanistes et la dégaine de la plupart ne va pas dans le bon sens, celui de l'efficacité glaçante : qu'il y ait des jeunes et des vieux, des hommes et des femmes, des prolétaires et des bourgeois n'est pas un obstacle, mais il faut qu'il y ait dans le regard cette distorsion fanatique qu'il y avait chez Mrs Baylock (Billie Whitelaw), la nurse du premier épisode.

Ridicule aussi l'image terminale où Thorn, blessé mortellement dans le cadre fantastique d'une abbaye en ruines, voit se dresser devant lui l'image diaphane du Christ et lui lance avant de s'écrouler un bravache Non, Nazaréen, tu n'as pas encore vaincu !.

Il y a pourtant quelques bonnes idées, la capacité de capter l'atmosphère anglaise, son ciel gris, ses pelouses impeccables, ses murs massifs, quelques meurtres réussis. Et aussi une chasse au renard, vieille somptueuse tradition britannique scandaleusement interdite il y a quelques années…

Et voilà ; le fils de Satan est mort. Mais j'attends toujours un beau film terrifiant sur le Seigneur des mouches et ses séides (quel cinéaste osera adapter le grandiose Là-bas de J.-K. Huysmans ?).


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