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Forum : Ne nous soumets pas à la tentation

Sujet : De belles promesses


De Impétueux, le 3 novembre 2012 à 11:04
Note du film : 3/6

Je n'avais jamais entendu parler de Cheyenne Carron, jeune réalisatrice au parcours de vie singulier (voir son site http://www.cheyennecarron.com/index.php), jusqu'à ce que je la croise fortuitement et que sa ferveur pour le cinéma, sa détermination et la qualité de son discours m'incitent à regarder son film jusqu'alors le plus abouti qui, mine de rien, a remporté trois ou quatre prix dans des festivals qui ne sont pas négligeables.

Ce n'est vraiment pas mal et, même tourné avec trois francs, six sous, ça ne donne pas du tout l'image d'un cinéma amateur, expérimental, à peine maîtrisé. Bien au contraire.

La photographie, le montage, le découpage, la scansion des épisodes sont de très bonne venue. Les dialogues sonnent extrêmement juste, ce qui n'est évidemment pas chose facile lorsque l'histoire (je vais y venir) met en scène des personnages très différents d'âge et de condition. Les acteurs sont dirigés avec clarté et précision.

Ils sont d'ailleurs remarquablement bons. Notamment le plus connu d'entre eux, Jean-François Garreaud, second rôle remarqué chez Chabrol, Sautet, Verneuil pour y être bien davantage qu'une silhouette. Si je suis moins séduit par Guillemette Barioz, au rôle, il est vrai plus ingrat et moins convaincant, la jeune Agnès Delachair, en apparence démon tentateur au sourire d'ange entre dans son personnage avec beaucoup d'aisance.

On peut croire, au tout début du film, qu'on va assister à une nouvelle interprétation de Théorème de Pasolini : le visiteur maléfique (ou bénéfique ?) qui s'introduit dans une famille sage et qui en perturbe jusqu'aux tréfonds la normalité. Comme c'est bien mené et bien joué, on se laisse prendre.

Mais, la demi-heure passée, on s'aperçoit qu'on n'a vu l'histoire que sous le seul prisme de Tristan (Jean-François Garreaud), quinquagénaire avancé qui s'est laissé avoir avec à la fois volupté, effarement et réticence (c'est bien montré, cela) par la douceur et la fièvre du corps d'Anna (Agnès Delachair), alors qu'il n'aime vraiment que sa femme, Rachel (Guillemette Barioz). On voit bien que, au delà de la banalité du Démon de midi, il y a quelque chose de ténébreux, de trouble, d'exaspéré entre les deux femmes.

Commence alors le récit d'Anna, vu de son angle. On se retrouve en paysage connu, celui de la magnifique Trilogie de Lucas Belvaux (Un couple épatant/Cavale/Après la vie), ce qui n'est pas une mauvaise référence. Les choses se précisent, s'engluent, se densifient, se noircissent.

Et la troisième demi-heure, évidemment, c'est celle de Rachel, qui ouvre la boîte à mystères. Il y a là, à mes yeux, un peu d'artifice, comme dans un Japrisot, avec cette histoire glauque de secret de famille et d'animosité recuite, encore surchargée par un présent crapoteux, avec l'intervention de l'amant d'Anna (Swann Arlaud).

Mais tel que c'est, malgré des moyens d'évidence restreints, c'est très bien. Un vrai talent à qui l'on souhaite une belle route…


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