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Forum : Le Destin fabuleux de Désirée Clary

Sujet : Désirée, la bien-nommée..


De Tamatoa, le 28 juin 2012 à 00:22
Note du film : 3/6

Présenté dans le cycle des "curiosités du cinéma Français", ce Destin fabuleux de Désirée Clary en est une. Je l'avais déjà vu il y a longtemps et en avais gardé un souvenir mitigé. Cette nouvelle diffusion me conforte dans ma sensation première. Ce n'est pas, et de loin, le meilleur film de Guitry. La firme Continental lui a mis le couteau sous la gorge (je ne sais plus pourquoi, demandez à Patrick Brion) et il est obligé de faire ce film. Et obliger Guitry, il n' y a que les inconscients qui s'imaginent que ça peut marcher. En fin de compte, ça ne marche pas trop trop mal, mais le cœur n'y est pas. Et une grosse première partie, qui se voudrait légère, envolée, mutine comme la bouille de Geneviève Guitry est en fait ennuyeuse. On tourne en rond dans des décors moches et malgré quelques répliques ma foi fort pétillantes, je le redis, c'est l'ennui. Elle se fait attendre cette Désirée..

Bien sûr il y a l'intelligence, la rondeur, le talent verbal. Nous sommes chez Guitry. Mais un Guitry contrarié. Et ça se sent parce qu'il y manque le feutré, le célèbre feutré qui a fait la gloire du Maitre. Là, on est plutôt "Au théâtre ce soir". D'abord, il n'y apparait pas dans cette première partie. Déjà il nous manque. Et puis fallait' il qu'il soit chafoin, le Maitre, pour avoir confié le rôle de Bonaparte à Jean-Louis Barrault, ce qui n'est pas une bonne idée et ce, si ma mémoire est bonne, pour la deuxième fois. Et puis sa garde rapprochée, Jacques Varennes, Aimé Clariond, Jean Périer ( bien humble Talleyrand !) sont invités à une espèce d'opérette oû ils se sentent engoncés dans des habits qui ne leurs servent à rien puisque il leur est interdit de gesticuler avec. Alors l'Histoire est là, oui, contée dans ses moindres détails façon Guitry mais monotone, un brin fastidieuse.

Puis, après un entracte fort original sous la forme d'un générique charmant en plein milieu du film, Guitry semble se reprendre ! Napoléon a vieilli ? Tant mieux : Napoléon, ce sera lui. Désirée Clary a prit quelques rides ? Qu'à cela ne tienne, c'est Gaby Morlay qui remplacera la juvénile Geneviève Guitry. Et là, enfin, le film prend un côté consistant. Sous les traits du Maitre de maison, Napoléon a laissé tomber le gnan-gnan façon Angélique marquise des anges et se remet au service du film. Et comme on est jamais si bien servi que par soi-même.. Enfin on retrouve le "théâtre" de Guitry avec ses mystères, ses phrases ampoulées, ses portes secrètes et ces œillades qui malines, qui assassines. Napoléon est là . Ne faisant qu'un avec Guitry. Et ses confrontations avec Bernadotte, Joséphine, Junot, Talma, et surtout Désirée vont être éclatantes et talentueuses ! Lorsqu'il couvre Bernadotte de privilèges et de fortunes diverses et insensées c'est un moment de pur, d'intense bonheur ! Là, oui, mille fois oui, on est chez Guitry !

Une Désirée Clary qui va enfin pouvoir faire l'Histoire. Tiraillée, dansante, perdue, éperdue, dans un Quadrille entre Joseph Bonaparte, Napoléon, Bernadotte et Joséphine de Beauharnais, le labyrinthe de la grande et des petites histoires la fera devenir reine de Suède. Quelle famille ! Quelle putain de famille ! Ça exulte, ça regrette, ça s'étonne, ça pleure , ça ment et surtout ça se venge ! Bref : Ça fait l'Histoire. Et là, tout le talent de Guitry refait surface. Comme il le narre bien ce passé..Mais avec une voix pareille que ne pourrait-il pas nous conter ? Tournant et retournant de ses mains emperlousées les immenses pages de ses immenses livres, chaussant ses bottes de sept lieues pour sauter les années qu'il ne juge pas nécéssaires à la bonne compréhension du récit, il décide de s'arrêter ici ou là. Le rauque de sa voix est partout, ses soupirs nous en apprennent plus que les faits eux-mêmes. L’Histoire a son approbation ou ne l'a pas. Il insiste sur le vrai, l'indéniable, et re-soupire sur ce qu'il a goulûment rajouté, histoire que l'Histoire soit plus jolie ou moins cruelle suivant les situations. Quoi de neuf ? Molière ? Guitry, assurément !

Mais hélas, il nous faut attendre la deuxième partie du film pour goûter tout le suc de ce Guitry là. Dommage. Le destin fabuleux de Désirée Clary aurait pu faire partie des "Pavés" Guitryens impérissables, genre Si Paris nous était conté ou Les perles de la couronne dont on se repaît sans jamais se lasser. Désirée Clary se fait attendre, comme la Madeleine de Brel. Lui voulait l'emmener au cinéma, c'est le cinéma qui nous a emmené Désirée Clary. Mais pas avec le Tram 33. Avec un Guitry contrarié. Dans la carrière du grand homme, Le destin fabuleux de Désirée Clary c'est quand même comme la Joconde. Mais une Joconde qui ferait la gueule..

Bref : Une curiosité.


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De Impétueux, le 28 juin 2012 à 13:15
Note du film : 3/6

C'est vrai, ça, je ne sais pas bien pourquoi, mais j'ai une certaine réticence, moi qui suis thuriféraire quasi absolu de Sacha Guitry à retrouver ce film…

Ce que vous dites n'est pas pour me rassurer…


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De Impétueux, le 27 janvier 2013 à 17:41
Note du film : 3/6

Ah oui, pour qui apprécie comme nous, Tamatoa le cinéma méta-historique de Sacha Guitry, Le Destin fabuleux de Désirée Clary est une déception. Et c'est bien dommage parce que, au delà des historiettes habilement mises en scène, brodées, même, de ses plus grandes réussites dans le genre, l'histoire de cette jeune fille de Marseille était un réel trésor. À un tel point, d'ailleurs que le réalisateur étasunien Henry Koster qui venait juste de tourner La tunique (Le premier film en CinémaScope !) en 1953 proposait en 1954 une Désirée, avec Jean Simmons dans le rôle titre, ainsi que Marlon Brando (Napoléon) et Merle Oberon (Joséphine).

Avoir failli devenir Impératrice des Français et finir son existence reine de Suède, belle-sœur d'un (provisoire) roi d'Espagne, tante d'un (plus provisoire encore) roi de Hollande, Désirée Clary avait tout pour susciter une illustration cinématographique enchantée de sa destinée, survenue, qui plus est, durant une des périodes les plus bouleversées de l'histoire de l'Europe (et seulement explicable grâce à elle). Période que Guitry connaît d'ailleurs particulièrement bien, et qui lui donneront la matière d'un de ses plus beaux films, Le Diable boiteux et du moins réussi Napoléon. Et pourtant ça patauge, ça s'englue, ça ne suscite que rarement la jubilation qu'un film de l'auteur dispense à ses amateurs.

Comment l'expliquer ? Contraintes imposées par la Continental, comme Tamatoa le suggère ? C'est possible, mais le film n'est pas produit par la firme à capitaux allemands, mais par la C.C.F.C. (Compagnie Commerciale Française Cinématographique), moins suspecte. Et, comme d'habitude et comme ce le sera de plus en plus chez Sacha Guitry, c'est aussi un beau chant d'amour à la France éternelle, qui n'a que faire de la forme extérieure des régimes, Royauté, Empire ou République, s'ils respectent son âme et sa substance. Écrire en 1942 Aimez surtout la France, elle s'en tire toujours…, ce n'est pas vraiment un signe d'allégeance à la Barbarie venue de l'Est.

Alors quoi ? Un peu de fatigue ? Trop de matière à faire entrer dans une durée restreinte ? Rien de ça n'est avéré, ni convaincant…

Comme Tamatoa, j'ai été surpris par cette nouvelle innovation cinématographique de décrocher de l'intrigue en milieu de film, de réaliser ce qu'il appelle une pause technique, afin de présenter le chef opérateur, l'ingénieur du son, le décorateur, la script-girl, puis d'indiquer les changements de distribution qu'il effectue : lui-même remplace l'excité Barrault (comme une dizaine d'années plus tard Raymond Pellegrin se substituera à Daniel Gelin) ; ce n'est pas plus mal, d'autant qu'on s'ennuie de ne pas voir le Maître à l'écran et de n'entendre que peu ses inflexions de voix. Mais je suis bien plus sceptique sur le changement concernant Désirée, la gracieuse Geneviève Guitry laissant la place à Gaby Morlay, à qui j'ai toujours trouvé une physionomie de dame patronnesse (tout en lui reconnaissant un grand talent) : c'est que la première était née en 1914, la seconde en 1893, et que le tour de passe-passe ne supporte pas ces vingt et un ans d'écart. En sens inverse, charger l'excellent Jacques Varennes de la totalité du rôle de Bernadotte était l'écueil antagonique, aussi mal perceptible : lorsqu'il se présente pour la première fois en 1788 au domicile des Clary, Bernadotte, né en 1763, n'a que 25 ans. Mais Varennes, né en 1894, a déjà 47 ans lors du tournage, et le maquilleur n'a pas fait de miracle.

Bon. Tout cela n'explique pas vraiment la demi-satisfaction qu'on peut tirer du film. Le dernier quart d'heure, débarrassé de l'obsédante présence de Napoléon, exilé en 1815, mort en 1821, c'est-à-dire de la Grande Histoire, n'est pas mal du tout. Mais ce n'est vraiment pas suffisant.

Bah ! On se consolera aisément en regardant une nouvelle fois tant de chefs-d’œuvre !


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