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Sujet : Robert Enrico : du solide


De Arca1943, le 2 août 2004 à 19:30

Il y a bien des années, quand on jasait de cinéma avec les Français et qu'on leur disait de prendre exemple sur les Américains, on ne voulait pas dire de se mettre à imiter Hollywood. On voulait dire de regarder dans leur propre cour parce que leur hiérarchisation de la culture cinématographique était castrante et qu'elle nuisait terriblement à leur propre cinéma (et aussi, parfois, à celui des voisins). Parce que la mémoire populaire du cinéma et la mémoire "lettrée" – la culture des revues et des cinémathèques -, il y avait un fossé énorme. Tandis qu'aux États-Unis, Miracle on 34th street est autant un classique que Citizen Kane – ce qui est une des forces principales de la culture cinématographique américaine.

De nos jours, c'est moins pire, bien qu'on sente encore passer, de ci de là, moult courants d'air désagréables (un exemple parmi d'autres : que l'on songe aux critères assez curieux qui fondent la démolition des Invasions barbares dans Le Monde et Libération, par exemple – laquelle démolition est passée comme de l'eau sur le dos d'un canard, ce qui montre bien que l'époque a heureusement changé).

Mais à ce moment-là (disons il y a encore une quinzaine d'années) le simple fait de mentionner, par exemple, combien on appréciait le comique Pierre Richard suffisait à vous attirer des regards mi-outrés, mi-méprisants, des commentaires incrédules. Suivi (dans les cas les plus drôles) de questions intempestives comme "Mais alors, que fais-tu avec L'Homme sans qualités dans ta bibliothèque?". (Tout est dans le "mais").

Sans doute par préjugé d'étranger, ou parce que j'ai été malchanceux dans mes rencontres, j'ai toujours eu tendance à identifier le mépris (et plus encore l'incompréhension) de la culture populaire comme un phénomène "très français", où la doxa semble (ou semblait?) imposer l'idée qu'un artiste doit être un intellectuel et aussi, comme disait Vittorio Gassman, un conditionnement de la culture scolastique à considérer comme nobles les oeuvres ennuyeuses et le divertissement comme un genre inférieur. "C'est une grave erreur, disait-il, une antique erreur de notre culture officielle." Il était bien placé pour en parler, si l'on songe au triste sort que connurent, aux mains des critiques de l'époque, des chef-d'oeuvre comiques comme La Grande guerre ou Le Fanfaron.

Alors, tout ceci pour dire que quand on reprochait aux Français de suivre trop facilement leurs intellos et de lever le nez, par snobisme moutonnier, sur des films français formidables, eh bien, les premier auxquels je pensais, c'étaient ceux de Robert Enrico : du cinéma qui n'a pas peur de raconter une bonne histoire (péché mortel aux yeux des Cahiers et consorts), du cinéma solide, charpenté, prenant, qui va droit à l'essentiel, dans un langage qui va droit au coeur d'un vaste public – en France mais aussi à l'étranger. Ici au Québec, par exemple, Le Vieux fusil a laissé un souvenir impérissable, quoique plus dans la mémoire du public que dans celle des critiques

Que les fâcheux sus-mentionnés aiment ça ou pas, plusieurs films de Robert Enrico sont des classiques immortels du cinéma français. Les Grandes gueules, Le Vieux fusil sont les deux premiers qui me viennent à l'esprit. Est-ce aussi le cas des Caïds? Je ne saurais dire, parce qu'il y a trop longtemps que je l'ai vu.

Et c'est pour ça qu'il me le faut en DVD. Mais j'ai évidemment un préjugé favorable; je sens que je vais adorer ça. Il n'y a vraiment aucune raison de ne pas trouver ce film bientôt sur les étagères, d'autant plus que Reggiani vient de nous quitter…

Arca1943


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De Arca1943, le 6 novembre 2004 à 03:23

Voilà en effet une excellente nouvelle !! Les Grandes gueules est un film magnifique, que je me plais à revoir souvent, comme un vieil ami. Le cinéma à la Robert Enrico me manque… (Il y a l'homme à tout faire Leconte qui en serait capable, mais je suis en froid depuis qu'il a bousillé Une Chance sur deux). Et pour marquer le coup, histoire de remercier Le Monde de son initiative – dialectiquement, pour parler comme nos amis – je vais me choisir un Godard que je n'ai jamais vu et je vais l'endurer jusqu'au bout, je le jure! Est-ce que c'est-tu de l'abnégation ou est-ce que c'en est-tu pas?

Arca1943


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De Impétueux, le 8 novembre 2004 à 13:22
Note du film : 4/6

Alors là, bravo ! Pousser l'abnégation jusqu'à s'infliger un Godard, c'est pousser l'honnêteté intellectuelle jusqu'à des extrêmités que, pour ma part, je n'atteindrai pas. Malgré tous mes efforts, je me suis endormi deux fois devant Pierrot le fou ; je vais retenter une troisième fois, mais je n'y crois pas !

Est-ce que c'est grave, Docteur ?


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De PM Jarriq, le 8 novembre 2004 à 14:14

Que faire d'autre devant un Godard ? Pas rire, en tout cas. Même pas entre amis… "A bout de souffle" et "Le mépris" font vraiment figures d'heureux accidents dans sa filmo déprimante. Et ne parlons même pas de ses interviews truffées de phrases "définitives" sur la vie, l'amour, la mort, le cinéma…

Robert Enrico, par contre, nous manque, c'est vrai. Ce cinéma populaire, intelligent, physique, a complètement disparu et c'est faire grand honneur à Leconte que d'imaginer qu'il pourrait reprendre le flambeau. Je ne crois pas que Enrico se serait abaissé à mettre en scène la dernière pièce de Laurent Ruquier au théâtre !


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De Arca1943, le 13 novembre 2004 à 19:08

Eh bien, il y aurait toujours Alphaville (1965)… mais je l'ai déjà vu. Comme j'ai déjà vu aussi (mille fois hélas!) Vent d'est, que je tiens pour le pire film de Godard (qui était alors rabiboché dans un groupe pompeusement intitulé "Collectif Dziga Vertov" – sauf que Dziga Vertov, c'est bon!). Vent d'est, le sommet inégalé du style casse-bonbons "révolutionnaire" (c'est-à-dire doctrinaire). J'y étais allé sous prétexte qu'il y avait dedans Gian Maria Volontè, acteur que je trouve hallucinant. Quel ne fut pas mon malheur !

Parlant de Vent d'est, ça me rappelle une anecdote que rapportait Volonté, justement, sur ce tournage (mais j'ai perdu la source, une entrevue accordée par l'acteur à une revue de cinéma française des '70s genre Image et son, ou Écran, ou Jeune cinéma, je ne sais plus…).

Toujours est-il que Godard, pendant le tournage de l'abominable Vent d'est, n'arrêtait pas de demander à Volonté : " Alors? Qui en a fait le plus contre le système, Staline ou Mao? " Et Volontè chaque fois répondait : " Arlequin, c'est Arlequin… "

Tout est là, dans un sens. J'ai beau être hostile aux positions politiques tant de MM Volontè que Godard, tous deux imbus à leur façon – comme il était courant à l'époque – d'idéologie marxiste, je me rends bien compte que si les messianismes idéologiques passent (finissent par passer dans un râle effrayant), Arlequin reste. C'est ce qui fait que La Classe ouvrière va au paradis est un grand film tandis que Tout va bien, (pour prendre un film tourné en même temps, sur un sujet très voisin : une grève ouvrière) est non seulement d'un ennui mortel, mais surtout – c'est toujours là que les bras m'en tombent avec Godard – d'un simplisme affligeant.

Les bras m'en tombent! Le contenu des films de Godard, ce qu'il a à dire, est SIMPLET. Regardez Prénom Carmen attentivement et vous verrez que j'ai raison. Comment, tout ce verbiage tarabiscoté, tous ces moulinets conceptuels, toute cette esbrouffe chic-choc, pour en arriver, au bout du compte, à cette espèce de plaisanterie estudiantine? Ces clins d'oeil pesants, gros comme des câbles?

Arlequin : c'est encore la réplique la plus cinglante qu'on pouvait lui opposer, parce qu'elle pointe sur sa faiblesse la plus évidente, la plus frappante, celle qui explique le mieux l'ennui pesant qui se dégage de la plupart de ses films (à quelques rarissimes exceptions près) : un imaginaire incroyablement pauvre.

Arca1943


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De PM Jarriq, le 14 novembre 2004 à 09:42

Complètement d'accord avec toi, Arca. Chez Godard ce n'est pas le savoir-faire qui compte, mais comme on dit, le faire-savoir. Qu'il sorte un film et il fera toutes les émissions, donnera des tas d'interviews, sortira des mots d'auteur en enfilade, des vacheries sur ses confrères plus ou moins compréhensibles, etc. Les médias en raffolent car c'est ce qu'on appelle un "bon client". Par contre, qui aurait l'idée saugrenue d'aller voir ses films ? D'autant qu'aujourd'hui, on n'a même plus l'excuse d'être tenté par un cast quelconque.


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De Impétueux, le 17 novembre 2004 à 20:06
Note du film : 4/6

Est-ce que nous nous rendons compte que, d'une envie de revoir un film de Robert Enrico, nous en sommes graduellement venus à pilonner Godard et son système d'envahissement d'un espace médiatique ?

Il faudrait créer un forum spécifique des films que nous n'aimons pas, décerner les étoiles du ratage, stigmatiser les faiseurs, les imposteurs !

Pendant très longtemps, une sorte de dictature insidieuse a prétendu ridiculiser tous ceux qui n'accrochaient pas à Godard, ou s'endormaient devant les films de ses épigones…

Nous en sommes à peu près sortis, mais il y a eu du dégât…

Et pour ajouter à la phrase perfide de PM Jarrig "On ne va pas voir ses films", j'ajoute qu'on ne doit pas beaucoup regarder ses DVD, puisque la plupart peuvent se trouver à 2 euros sur les sites de discount…

Pendant ce temps là, les films de Grangier, Verneuil ou Lautner se vendent… et se regardent !


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De Impétueux, le 10 septembre 2005 à 13:16
Note du film : 4/6

Comme sur bon nombre de sujets, je vais vous suivre et avaliser votre point de vue ; point de vue d'ailleurs confirmé – et si vous en êtes au courant, vous devez rire – par l'inclusion des Grandes gueules parmi les DVD que le quotidien "Le Monde", référence absolue de l'intelligence et de la correction intellectuelle et poiltique, vend le samedi,avec sa livraison du jour.

Que ce film de Robert Enrico voisine avec Ma nuit chez Maud de Rohmer, Le boucher de Chabrol, après, au printemps dernier, Pierrot le fou de Godard va tout de même largement dans le sens de la bonne mesure et de l'effacement des clivages idiots !


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De fretyl, le 22 juillet 2007 à 16:37
Note du film : 4/6

Je souhaite voter pour une (ré)édition de ce film en DVD.


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