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Sujet : Souvenirs du "Central"


De Frydman Charles, le 16 septembre 2006 à 09:41

Ce film me rappelle un souvenir d'enfance…

En 1954 ,j'avais 6 ans et nous habitions dans le faubourg Saint Denis… De ma chambre je voyais le toit du « Central de boxe » ,et le samedi soir nous entendions les speakers commenter les matchs… Un matin, j'accompagnais ma mère pour faire des courses dans le quartier… Des badauds regardaient l'équipe de tournage filmer devant le Central…

Les cinéastes recommencèrent un grand nombre de fois une séquence parce qu'on voyait le boulanger et le boulangère derrière la vitre de la boulangerie « Chez Coin » (c'était le nom du commerce).

Quand au film lui même, tout miser sur la boxe au point de passer à coté de l'amour me semble absurde… Jean Gabin prône une amitié virile et manifeste une certaine misogynie parfois gênante…

C'est une époque révolue… Le "central de boxe " n'existe plus depuis 1968…Et on s'étonne aujourd'hui d'un tel engouement pour boxer au Central.


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De Impétueux, le 22 janvier 2012 à 16:47
Note du film : 4/6

N'était le jeu catastrophique – exalté, lunaire et toujours à côté de la plaque – de Roland Lesaffre, icône incontournable des films du Carné tardif, L'air de Paris serait un très bon film, nourri de la meilleure veine populiste (ah, les pt'its gars du Boxing-Club de Grenelle !) et où l'anecdote romanesque de la rencontre entre le vaillant prolo au grand cœur et à l'estomac vide et la poule de luxe au cœur desséché et à l'âme tendre fonctionne plutôt bien.

Film très curieux, par ailleurs. Au premier plan et demi – c'est-à-dire pas tout à fait au premier plan – deux immenses vedettes d'avant-guerre à la gloire assez estompée, en 1954, Arletty et Gabin ; la première ne se relèvera jamais des avanies qu'on lui a fait subir à la Libération, et davantage encore de la nuit qui la frappe graduellement. Le second, passé de mode depuis quinze ans, va bientôt rebondir et avec Touchez pas au grisbi engagera la suite de sa fabuleuse carrière.

Tous deux sont parfaits. L'une dit avec cette gouaille immense et merveilleuse qu'on lui connaît des mots vaches et drôles, qu'on jurerait écrits par Jeanson tant ils sonnent juste et font mouche et qui sont de Jacques Sigurd, le noir auteur des meilleurs films d'Yves Allégret (Dédée d'Anvers, Une si jolie petite plage, Manèges, Les miracles n'ont lieu qu'une fois), des films qui ne se terminent jamais vraiment bien. Et Gabin vieilli, grossi, aux cheveux blonds qui tournent au gris, est parfait dans le rôle de Victor Le Garrec, ancien boxeur qui fut seulement passable et qui ne vit que pour connaître un triomphe par procuration avec un jeune champion qui sera plus doué que lui, et qu'il pense avoir trouvé en André Ménard – Dédé – (Lesaffre). Il vit son sport comme une sorte d'apostolat laïque, donnant tout son temps, toute sa force, tout son amour à des gamins à qui il répète que La boxe, c'est pas marrant, faut du courage et de la volonté !, sous l'œil sceptique, jaloux, amoureux, tendre et résigné d'Arletty.

Si Lesaffre est très en dessous du rôle, j'ai été très séduit par le charme las de Marie Daems qui interprète Corinne et qu'on n'a sûrement pas assez vue au cinéma ou dans des films insignifiants, des rôles insignifiants. En jolie femme déjà fatiguée de la vie de luxe qu'elle mène, elle choisit en fin de compte la facilité, comme la Lucile de La chamade d'Alain Cavalier, d'après Sagan ; elle se dit peut-être qu'elle s'en va pour laisser à Dédé la chance d'être un grand champion ; plus sûrement parce qu'elle ne se voit pas une existence sans certitudes.

Ce qui est très surprenant, dans L'air de Paris, c'est la constante sexuelle, rare, quand elle est aussi explicite que les offres de service faites à André par la peu ragoûtante patronne de l'hôtel borgne où il vit, ou que la demande que Corinne adresse à André, au matin de leur rencontre nocturne dans un bistro interlope des anciennes Halles ; et plus rare encore quand elle est toute parcourue d'homosexualité.

Marcel Carné ne faisait pas mystère de ses mœurs. N'en tirait pas gloire, non plus, les considérant plutôt comme une donnée de nature, nullement comme un choix. Dans le film, s'il met en scène une folle trémoussante, le couturier Jean-Marc (joué avec talent par Jean Parédès), c'est moins sur cette image caricaturale que je me fonde que sur l'étrangeté des rapports entre deux couples de protagonistes : d'abord Corine et Chantal (Marie Daems et Simone Paris), le mannequin et la patronne de la maison de couture qui l'emploie ont bien évidement des relations saphiques, que Corinne dissimule à peine à un André bien nigaud ; et puis Victor et André – Gabin et Lesaffre – ; amour filial sublimé ? désir inavoué ? (scène où Victor masse le torse nu d'André)… Blanche ( Arletty) ne se trompe pas sur la place que le jeune homme a prise dans la tête de son mari, en tout cas.

Mais tout cela est très élégamment présenté, n'a rien du plaidoyer ni de la justification ; c'est discret, intelligent, honnête ; excellente musique de Maurice Thiriet ; sans doute le dernier bon, et même quelquefois très bon film de Marcel Carné, qui connaîtra un dernier succès public, quatre ans plus tard, avec les bien moins réussis Tricheurs, avant de sombrer.


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De Tamatoa, le 3 mars 2013 à 16:55
Note du film : 3/6

Ce film a une curieuse particularité : Il traine avec lui une espèce de déprime, non pas due à l'histoire elle-même mais bien aux différentes raisons évoquées par Impétueux. Gabin n'y est pas. Il fut et n'est plus. Il sera de nouveau dans quelques temps. En attendant, Il joue sans cette flamme qu'on lui connaissait avant guerre. Il ne se met même pas en colère, c'est dire. Arletty, elle, ne sera plus jamais. Même si chaque réplique de sa part et de cette voix unique nous fait tréssaillir de plaisir. Mais je souligne quand même que ses problèmes de vue ne commenceront qu'en 1966 quand elle jouait Les Monstres sacrés qu'elle a du interrompre. Tous deux sont parfaits…Moi, j'ai l'impression que tous deux jouent à ce qu'ils ont été. Dans une histoire peu originale et maintes fois fois traitée au cinéma. Quant' à Roland Lesaffre, il a, c'est vrai, un côté Peter Lorre dans M le maudit très pénible. C'est d'ailleurs très curieux que Carné n'est pas rectifié le tir comme il l'avait fait pour Thérèse Raquin.

En ce qui concerne une certaine sexualité, étrangement marquée pour l'époque et qui parcourt ce film de façon fort sensuelle, ce n'est pas faux mais le désir de Gabin pour Lesaffre quand il lui masse le dos, non, quand même pas. L'amour filial inavoué, tant que vous voudrez. Mais déjà que Gabin en entraineur de boxe, ça le fait beaucoup moins qu'en ancien coureur du Vel d'Hiv comme dans Rue des prairies, si en plus vous le rangez dans la catégorie Jacquette…Celà étant, vous avez raison de dire que c'est un bon film. Même si par instants, on a l'impression qu'il part un peu dans tous les sens. Un certain déséquilibre général. Mais le Paris des années cinquante y est largement mis à l'honneur dans ses moindres recoins. Sans doute un bon film, oui, mais qui aurait du être tourné du temps de leur splendeur réciproque à tous. Et surtout avec le grand absent de cette oeuvre : Prévert ! Qu'on le veuille ou non, ça sonne moins bien sans lui ! Même si ce film n'est pas sans poésie, ce n'est pas celle de Prévert, loin s'en faut. Et de même pour les décors : Paul Bertrand, pas maladroit pour autant, n'est pas Trauner.

Oui, une certaine mélancolie. La fin d'une époque, avant que le jour se lève à nouveau pour Gabin et ce Paris qui, tout compte fait, est encore et toujours le centre du film …


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De Impétueux, le 3 mars 2013 à 20:15
Note du film : 4/6

Arletty, je l'ai bien lu aussi, a perdu vraiment la vue en 1966 ; n'empêche que ça ne devait pas aller très bien de ce côté là dès auparavant : regardez Le voyage à Biarritz, qui date de 1963 : il est manifeste qu'elle a de très grandes difficultés…

Quant au désir qu'aurait l'entraîneur Gabin pour le boxeur Lesaffre, il n'est, dans mon esprit, absolument pas avoué, et même complètement refoulé ; Gabin ne songe pas à ça ; c'est son surmoi, pourrait-on dire, qui travaille… Mais, naturellement, ce n'est qu'une hypothèse ; et c'est bien évidemment le désir – bien réel, celui-là – de Carné pour Lesaffre qui serait alors ainsi transposé…


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De Frydman Charles, le 13 juin 2017 à 06:59

Au 57 rue du faubourg saint Denis ou se trouvait l'entrée du Central, il se trouve aujourd'hui encore une Boulangerie !

Ci-après l'entrée du Central dans le film :

Et le 57 rue du faubourg Saint-Denis sur Google maps :


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