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Sujet : Sidérant


De Impétueux, le 31 août 2011 à 23:00
Note du film : 6/6

La polémique déclenchée par quelques absurdes et provocants propos de Lars von Trier au Festival de Cannes n'a pas beaucoup de rapports, il me semble, avec la perfection formelle, la beauté lourde et la qualité hypnotique, à mes yeux absolument fascinante, de Melancholia vu cette après-midi dans une salle vide, film qui me laisse à la fois perplexe et enthousiaste.

Perfection formelle, assurément ; depuis Barry Lyndon je n'ai pas vu beaucoup de films dont les images sont aussi magnifiquement composées, dans une sorte de perfection esthétique impitoyable (je veux dire par là qu'elles n'induisent à aucune empathie ni vis-à-vis des lieux, ni vis-à-vis des personnages). Je me souviendrai longtemps de la cavalcade des deux sœurs, Justine (Kirsten Dunst) et Claire (Charlotte Gainsbourg), au matin des noces saccagées par la névrose apparente de Justine, dans les nappes d'un brouillard qui se disperse, filmée en longue plongée aérienne, d'une grâce et d'une tristesse infinies.

Beauté lourde, parce que tout le film est tourné sous le signe de malaises grandissants, de plus en plus oppressants, qui commencent par la catastrophe d'une réception de mariage qui, en saccades, tourne au désastre. Grand art de Lars von Trier qui place de petites touches obstinées et désespérantes pour faire entrer le spectateur dans la folie ordinaire de Justine, de sa mère (glaçante et parfaite, comme de coutume, Charlotte Rampling), dans la légèreté égoïste de son père (John Hurt), la veulerie de son patron (Stellan Skarsgård) et l'insignifiance absolue de son mari (Alexander Skarsgård).

Et à la fin de cette première partie, on est durablement installé dans une sorte d'anxiété, on est revenu, plutôt, aux images inquiétantes du prologue, dont on ne saisira vraiment le sens qu'au bout du film, lorsque la catastrophe inéluctable sera survenue et aura donné sens au cheval foudroyé, au tableau de Brueghel brûlé, à Justine-Ophélie flottant comme un grand lys, ainsi que dans le tableau célèbre de John Millais (que Justine, d'ailleurs, met en valeur dans la bibliothèque).

Qualité hypnotique, parce que la seconde partie est une sorte de huis-clos de plus en plus resserré, dont ont disparu, bien sûr, tous les protagonistes du mariage raté, mais aussi, au fur et à mesure, les personnages de second plan, le majordome du domaine (Jesper Christensen), puis John (Kiefer Sutherland), le mari de Claire, le personnage positif, rationnel, d'apparence équilibré, huis-clos où ne subsistent plus que Justine, Claire et le petit Léo (Cameron Spurr), le fils de Claire et de John, alors que se rapproche, dans un ciel magnifique, la planète Mélancholia, indifférente et fatidique, qui va anéantir la Terre en croisant son orbite.

Et aux moments derniers, alors que Claire perd peu à peu le contrôle d'elle-même et tente dérisoirement de fuir le cataclysme, c'est bien Justine qui apporte la sérénité, la résignation, l'apaisement car, depuis longtemps, depuis toujours, elle sait bien que c'est ainsi que tout devait se terminer.

Les quelques mots que je viens d'écrire paraîtront bien obscurs, bien abscons, même, à qui n'a pas vu le film, j'en suis conscient. Mais en conter les méandres avec plus de précision dans le récit ne servirait à rien, tant le film de Lars von Trier est homogène, intelligent, fascinant.


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De vincentp, le 1er mars 2012 à 23:46
Note du film : 3/6

L'intérêt de ce forum est de faire figurer côte à côte des avis complètement différents. Je ne partage ici pas du tout l'enthousiasme de Impétueux (qui développe toutefois un bon argumentaire -1-) concernant Melancholia. Certes l'idée centrale du film est originale, on y trouve une belle photo et musique, l'introduction du récit est magnifique. Mais ce récit est interminable et insupportable. Artificiel, superficiel, grandiloquent, larmoyant, peu crédible… Les personnages sont caricaturaux, leur pensée est aussi vide que l'espace intersidéral, et certains acteurs (je ne dénonce personne en particulier) très mauvais. Je ne suis pas du tout en phase avec le mode de pensée et de représentation du monde développé ici par Lars von Trier.

Je ne suis d'autre part pas certain que beaucoup de spectateurs puissent accrocher. Mais c'est un film contemporain à essayer de voir, tout de même, pour ses images, et son concept narratif (représentations oniriques, en lien avec la réalité).

  • 1- Avis surprenant, car notre chroniqueur Impétueux n'aime pas le cinéma de Bergman. On est là dans un mode de pensée typiquement bergmanien, mais poussé à l'extrême.

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De Impétueux, le 7 avril 2012 à 16:45
Note du film : 6/6

Revu en DVD, le film m'a semblé au moins aussi exceptionnel qu'il m'avait paru lors de sa découverte en salle, peut-être même encore plus prenant ; c'est d'ailleurs souvent le cas pour les œuvres fortes : la première fois, l'on est pris par le récit, on veut, quoi qu'on en pense et dise, savoir la suite, connaître l'aboutissement. Et, lorsqu'on revoit, ce préalable posé, effacé, on peut se donner à plein à la qualité des images, à la maîtrise de la réalisation, à la profondeur de l'histoire contée.

Je conçois qu'on puisse n'être pas sous le charme, car c'est bien de charme qu'il s'agit, d'un charme magique, sidérant, qui capte – ou non – le spectateur, comme l'attraction de la planète Mélancholia capte – ou non – les forces et les âmes de ceux qui assistent à sa survenue. J'ai, pour ma part, marché au delà du raisonnable – en tout cas du raisonné – mais j'admets qu'on puisse ne pas ressentir la même fascination.

Je ne connaissais jusque là de Lars von Trier que Breaking the Waves, qui ne m'avait pas bien intéressé, et Dogville, qui m'avait plu, sans me transporter, mais que je reverrais bien désormais. J'ai fondamentalement un refus de regarder Antichrist, sans être sûr d'avoir raison. En tout cas, rien ne me laissait prévoir que Mélancholia me capterait si fort, d'autant que le mode de pensée scandinave m'est étranger. D'où le choc. Et l'admiration.

L'édition DVD est parfaite, ce qui est bien la moindre des choses. Un disque de suppléments présente des éclairages bienvenus. Et, à la prochaine vision, qui ne saurait tarder, je me réjouis d'avance d'entendre, parallèlement au film, les commentaires de von Trier, opportunément proposés.


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De vincentp, le 16 août 2012 à 22:53
Note du film : 3/6

Cet avis me surprend mais à moitié, car Impétueux aime certaines œuvres assez sordides comme celle de Zulawski, et donc le traitement infligé à ce présent film par Lars von Tier.

Le mariage raté est un monument d'ennui par exemple, et cette oeuvre un sommet neurasthénique. Mais soyons positif. Lars von Trier a essayé de produire quelque chose de non conventionnel et il a visiblement trouvé quelques adeptes. Tant mieux !

Le cinéma scandinave n'est effectivement pas exempt d'une certaine lourdeur, ou d'un certain rigorisme. Permettez-moi de préférer le soleil de l'été scandinave et l'enthousiasme de la jeunesse de L'attente des femmes ou la partie ensoleillée de Monika.


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De Nicoco, le 17 juin 2013 à 21:33
Note du film : 4/6

Voilà un film que l'on pourrait qualifier, à l'évidence, de chef-d’œuvre, ou qu'il serait au contraire facile de rejeter totalement . Et pourtant je navigue entre les deux, je reste assez perplexe et partagé. Oui je dois avouer que je n'ai pas été complètement et immédiatement porté par sa beauté magistrale, son intimité angoissante, sa fragilité obsédante.

Mais j'imagine qu'une seconde vision du film pourrait permettre de dissiper quelques interrogations et de vagues moments d'ennui qui ne pourraient être en réalité que subjugation et fascination.

Ce film est l'antithèse du film catastrophe à l'américaine. Un seul point commun : l'apocalypse. Mais ici, pas d'effets spéciaux, pas de rocambolesques et vaines scènes d'actions, pas de coûteuses explosions en tout genre.

Il y a une sorte de pudeur dans la manière de filmer de Lars Von Trier que c'en est profondément touchant. La caméra bouge en permanence, elle est sur l'épaule, très proche des acteurs, ce qui renforce le sentiment de proximité, d'intimité. L'apocalypse est ici vécue seule par quelques personnes, isolées du reste du monde, dans un décor de rêve, une sorte de paradis terrestre, sans qu'on ne connaisse rien de l'extérieur, cette ambiance d'extrême solitude plonge le spectateur dans une terrible et croissante angoisse : la peur de la fin, du néant, du vide absolu annoncé par cette météorite, Melancholia, qui revient dévaster implacablement la Terre. J'avoue avoir été en empathie avec Claire, devant ses terribles angoisses la fin approchant.

J'ai cru revoir Festen, surtout lors de la première partie du film consacré au mariage de Justine. Aussi bien dans la manière de filmer, caméra à l'épaule, qu'à propos du sujet traité : une fête de famille, qui vire au cauchemar, à la catastrophe si je puis dire, comme si cet événement annonçait la triste fin qui s'ensuit.

Il y aurait énormément à dire sur ce film, et certains contributeurs du forum ont déjà été très intéressants à lire.

Mais voilà, je leur ferais part de ma plus grosse interrogation : quel est le lien entre la première partie et la seconde ? J'ai presque l'impression d'avoir vu deux films différents, même si je sais que tout ce qui est vécu et montré lors du mariage annonce les événements futurs, ou plutôt permettent de mieux leur donner un sens, mais rien n'y fait et je ne sais pas pourquoi, je n'ai pas complètement adhéré à ce séquençage du film.


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