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Sujet : Rudement bien fait !


De Impétueux, le 12 août 2011 à 11:16
Note du film : 4/6

En deux mots, le sujet : pour survivre, et élever son petit garçon, une jolie femme intelligente et amère, Évelyne, (Edwige Feuillère), est devenue fille légère de cabaret et de galanterie. Elle retrouve fortuitement Georges, médecin québécois, (George Rigaud), avec qui elle a vécu dix ans auparavant une histoire d'amour merveilleuse. Elle ne veut pas qu'il apprenne sa déchéance et, pour sauver les apparences, elle descend un degré de plus, se plaçant en dépendance financière d'un affreux aigrefin. et ça se termine mal.

C'est donc un mélodrame de la plus belle eau : femme perdue, lourd secret, chantage, quiproquos tragiques, lourd contraste entre l'élévation des sentiments des amoureux et la vilénie, ou même la simple crapoterie du monde qui les entoure. Recettes éprouvées, larmes à l'œil devant la fatalité, beauté des personnages positifs, laideur (le proxénète Paul Mazuraud – Georges Lannes) ou mesquinerie des salauds (Mario – l'affreux Gabriello, tenancier du cabaret où danse l'héroïne) ; ciel clair de l'ami fidèle, prêt à tout pour aider Évelyne (et sûrement amoureux d'elle), Henri (Paul Azaïs).

Mélodrame, donc, histoire triste et sentimentale qui apparaîtra, ainsi décrite à ceux qui liront ce commentaire, comme assez niaise, voire ridicule. Et pourtant ce n'est pas mal du tout, et même, à certains moments, rudement bien.

D'abord parce qu'aux manettes de la réalisation, il y a le grand Max Ophuls, son sens enchanté des mouvements de caméra, la virtuosité et l'élégance de ses plans, son sens du rythme et du montage : il n'y a pas de films d'Ophuls qui puissent être regardés avec indifférence, sans qu'on admire son brio et la sûreté de son regard. Que cela s'applique à une histoire à effets faciles, comme ce Sans lendemain, ou aux grands films (La ronde, Le plaisir, Madame de).

Et puis parce que les acteurs sont excellents : Edwige Feuillère ne tombe jamais dans la facilité larmoyante, parvient à faire tenir droit un personnage chargé de tant de malheurs et de fatalités qu'il pourrait rapidement sombrer dans l'outrancier ; George Rigaud, brillant médecin émerveillé d'avoir retrouvé son amour, est attachant ; et Paul Azaïs, toujours là quand on en a besoin, est très bien ; quant à Georges Lannes, espèce de salopard cynique et gluant, il fait songer, dans certaines de ses intonations à l'immonde Mazelli (Claude Dauphin) de L'important c'est d'aimer, ce qui est un compliment.

L'édition Gaumont à la demande n'est pas bonne, mais demeure lisible ; la présence d'un sous-titrage (pour sourd, je sais !) permet, aux rares moments où le son est difficilement audible de retrouver les propos échangés. Et puis elle a la grande qualité (comme pour De Mayerling à Sarajevo) de mentionner le réalisateur comme il voulait qu'on l'appelât : Ophuls et non Ophüls : naturalisé français, il jugeait le tréma – l'Umlaut germanique, superflu, et avait tout à fait raison. Quand donc DVDToile se conformera-t-elle à cette évidence ?


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