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Sujet : Les bas-fonds...


De Gilou40, le 4 août 2011 à 22:25
Note du film : 5/6

Les ordinateurs se faisant très rares à cette époque, on peut être sur que Jeanne Cordelier écrivit son bouquin à l'encre noire. Cette descente dans Les Bas-fonds du plus vieux métier du monde est vraiment une plaie à vif dans ce chemin des Dames pour les quelques malheureuses qui ont accepté d'y gagner très laborieusement leurs vies. Le portrait sans fards d'un mileu qui en emploie beaucoup nous est asséné par un daniel Duval à qui un "physique" et une "gueule" interdit trop souvent de causer d'autre chose.

Rarement le monde de la prostitution, avec ses règles, ses lois, ses interdits et ses punitions ne nous a été montré d'aussi près. Il y a d'abord, le côté folklore : Bas-résilles, sacs à mains en bandouillière, les tu viens mon biquet, les pavés de la rue, les petits matins froids et les nuits chaudes. L'image d'Epinal pour touriste en goguette. Et puis, sans gratter beaucoup, le désespoir latent de ces filles dites "de joie". Les macques et leurs joujoux, leurs gagne-pain. Les macques et le fric façile. La crasse des bordels oû les inspecteurs de l'hygiène ne viennent pas. Du moins pas proféssionnellement. Les règlements de comptes impitoyables et les filles tabassées pour quelques billets en moins, un jour de grippe. Et le réalisme avec lequel Miou-miou se prend râclée sur râclée nous impressionne, même si on sait que c'est du cinéma.

Miou-miou n'est pas que de passage dans ce film. Et sur une musique des plus sublimes qui soient, elle tient l'image de bout en bout et promène étrangement la même fragilité que dans La femme flic revue très récemment. Elle donne à son personnage de paumée une dimension hors du commun. Rarement on l'a vu aussi déchirée, l'âme et le corps à vif ! Ce qui n'empêche pas qu'une incroyable détermination la fait tenir debout, guerrière au plus profond de ses tripes. Très brillante démonstration de son talent. Mille fois plus intérêssant que ses emplois d'idiôte au rire aigu comme dans Pas de problème ou encore On aura tout vu. Son César reçu pour La dérobade ne peut lui être contesté. A côté d'elle dans le film, Maria Schneider, complètement dénuée d'accent tonique, fait bien pâle figure. Tout comme sont également bien blafârds et terreux, mais pour d'autres raisons, les clients de ces dames.Ces fameux clients, aujourd'hui criminalisés par les âmes bien pensantes d'unn gouvernement hypocrite. Les années soixante dix étaient encore des jours heureux pour qui se servait d'un bordel comme d'un confessional. Et Daniel Duval n'oublie pas de nous livrer quelques scènes pas piquées des vers oû l'on entend Quelques messieurs trop tranquilles se justifier de leurs visites devant la pute choisie, qui n'en a cure…Le folklore, encore, me dira t'on ? Pas sur…Et ce film d'une noirceur sans nom fait aussi la part belle au côté assistante sociale pour messieurs paumés. Les prostituées peuvent écouter sans toucher. Aujourd'hui, les curés ne peuvent pas toujours en dire autant. Les journaux sont pleins de mes dires. Peut on parler, pour autant, d'un film à thèse ? D'un film engagé ? Peut-être pas, mais il y est démontré quelques vérités sur la condition de l'homme dont devraient s'inspirer bien des politiques. Comprend qui peut mais je pense que la morale, en ces années douteuses que nous vivons, commence à être un véritable fléau au même titre que la famine !

Du cinéma coup de poing ! Du cinéma sur le crade de la vie. Un de ceux que nous faisons semblant d'ignorer. Mais qui nous survivra…


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De Impétueux, le 5 août 2011 à 18:19
Note du film : 4/6

Je partage en de nombreux points votre opinion sur La Dérobade, Gilou40 et je me souviens de scènes-choc d'une grande violence, d'une vraie violence, qui n'est pas la violence des étripailles des films gore ou des bastons blockbustés, mais la violence mauvaise des situations tragiques et de la misère humaine.

Je me souviens moins nettement du côté quasiment documentaire que vous décrivez fort bien, des pauvres gars tristes qui viennent s'épancher auprès d'une fille à peau douce et tarifée, et puis tirent furtivement leur coup parce qu'il faut bien en finir (Après…ma foi on conclut parce qu'on ne trouve pas toujours de porte de sortie ; Louis Aragon dans Les voyageurs de l'impériale), mais je partage absolument vos réflexions. Le moralisme d'aujourd'hui – c'est-à-dire la dictature du Bien imposée à la société – est un des plus pesants et gluants marécages dont nous souffrons. La société n'a pas à être morale… Mais qui nous débarrassera de ce puritanisme absurde ?

Miou-Miou n'a évidemment pas fait une carrière exemplaire ; mais elle avait de la qualité, du piquant, de l'émotion. Quant à Daniel Duval, trop beau ténébreux pour qu'on ne le confine pas dans un type de rôles, il montrait là qu'il pouvait aussi frapper fort et juste…


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De vincentp, le 5 août 2011 à 20:28
Note du film : 4/6

Un thème qui a été superbement traité dans La rue de la honte (entre autres films) de Mizoguchi. Il y montre de mémoire la rivalité entre filles, le côté business… C'est un des plus beaux films que j'ai vu sur le sujet. Sinon, les mafias des pays de l'est ont remplacé aujourd'hui les macs de La dérobade. Mais c'est aussi un métier en voie de désuétude en France : risqué, surveillé, peu lucratif.


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De kann, le 6 août 2011 à 06:41

RISQUE MAIS TRES LUCRATIF .


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De vincentp, le 6 août 2011 à 09:53
Note du film : 4/6

Il parait que les prostituées du quartier de la goutte d'or à Paris recevaient 60 clients par jour au début des années 1980 (selon un guide-conférencier). Les clients (des immigrés maghrébins, à l'époque) attendaient en file d'attente dans la rue, comme à un concert. Aujourd'hui, la rue est rénovée, et la mairie de Paris y a fait construire des logements sociaux. Les temps ont changé… Le problème de la prostitution, comme pour la drogue, est l'existence d'une clientèle. Tant qu'on aura besoin de main d'œuvre bon marché, la prostitution existera. Quant aux drogués, qu'ils aillent se déstresser par d'autres moyens.


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De gigolo, le 6 août 2011 à 13:00

Voyons "vincent " ,il me semble que vs allez au "bois"


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De Gilou40, le 6 août 2011 à 14:01
Note du film : 5/6

Tant qu'on aura besoin de main d'œuvre bon marché, la prostitution existera.

Vous êtes sérieux, là, Vincentp ? Parce que la prostitution uniquemment "alimentée" par les travailleurs étrangers, puisque c'est eux que vous désignez en substance, vous n'y êtes pas du tout ! Mais alors pas du tout ! Vous parliez, plus bas, des questions existentielles que vous réglez en partie avec Ozu, il va peut-être falloir changer de conversations avec ce Monsieur…


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De Impétueux, le 6 août 2011 à 19:03
Note du film : 4/6

On peut raisonnablement penser que la prostitution d'abattage (comme c'est joliment dit !) qui concernait effectivement beaucoup les travailleurs immigrés maghrébins des Trente glorieuses est en sérieuse diminution… Pourquoi ? sûrement pas à cause d'une prise de conscience éthique, mais tout simplement parce que la lumineuse idée du regroupement familial (autorisé en 1976 par Giscard, Chirac et Stoléru ; en voilà une idée lumineuse et porteuse de conséquences !!!) a permis auxdits travailleurs de faire venir du bled leurs femmes, ce qui était infiniment plus pratique et moins onéreux.

Mais pour le reste, je crains Vincentp que vous ne vous mettiez largement le doigt dans l'œil. Le trafic international d'êtres humains, comme on l'appelle, est une des plus lucratives ressources des mafias diverses et bénéficie, lui aussi, des progrès de la Sainte Mondialisation.

Il y en a pour tous les goûts : Albanaises, Tchétchènes, Nigérianes, qui se répartissent sur les boulevards extérieurs de Paris, chacune ayant des territoires ; il y a la petite industrie familiale (si je puis dire) des autochtones qui font ça en camionnettes dans le bois de Vincennes ; il y a les travelos brésiliens du bois de Boulogne ; il y a les escort girls et toutes les putes de luxe qui hantent (!) les palaces et naturellement les services vendus sur Internet.

Et cette multiplication de la ressource n'a pas fait diminuer le nombre des clients, ce qui n'a rien d'anormal, puisqu'il y aura toujours les timides, les moches, les infirmes, les mecs qui n'aiment pas faire des phrases, et ceux qui veulent un coup rapide et sans problème avec une fille canon (Robert De Niro il y a quelques années au Bristol, DSK vers minuit et demie au Sofitel vous savez quand) qui fourniront la clientèle.

Voir sur ça, une fois de plus, et comme toujours, le grand Michel Houellebecq dans Extension du domaine de la lutte, son plus grand livre : le libéralisme économique, les disparités invraisemblables qu'il créés comporte son pendant sexuel : mêmes orientations et mêmes conséquences.


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De vincentp, le 6 août 2011 à 19:04
Note du film : 4/6

Une partie de la clientèle des prostitués est populaire, mais pas seulement, il faut le reconnaître. Un jour, mon adjudant du service militaire m'a dit : "vincentp, je ne vous emmènerais pas au bordel !". Voilà une clientèle toute trouvée.


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De vincentp, le 6 août 2011 à 20:43
Note du film : 4/6

Les activités illégales me paraissent fondamentalement non rentables, si la démocratie fonctionne correctement (ce qui est le cas en Europe). Rappelez-vous les exploits des espions est-allemands (comme Gunther Guillaume) censés œuvrer pour le marxisme-léninisme. On a vu ce qu'il en est advenu !

Récemment, je suis venu en aide à un adolescent qui s'est fait sauvagement agresser sous mes yeux pour un téléphone portable. Son agresseur a pris ses jambes à son cou avant que je puisse intervenir (j'y serais allé façon musclée). J'ai dit ceci à cet ado. : "ne t'en fais pas ; ton agresseur finira sa vie sous les verrous, et toi tu seras un jour un bon bourgeois comme moi !" Celui qui est gagnant dans tous les cas de figure est simplement le citoyen qui respecte les règles élémentaires en vigueur au sein d'une société démocratique, et pas celui qui les transgresse.

Je dirais simplement que la réponse à la criminalité repose sur la bonne santé des institutions démocratiques, et des principes qu'elles défendent. C'est d'ailleurs la conclusion qu'ont tenu les norvégiens face au drame que vous connaissez.


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De devillries, le 6 août 2011 à 20:53

Vs etes un jeunot . En 2005 , nous avons voté NON , et aujourd'hui , nous nous sommes dans le caca est cela la DEMOCRATIE???


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De Gilou40, le 6 août 2011 à 21:46
Note du film : 5/6

Je dirais simplement que la réponse à la criminalité repose sur la bonne santé des institutions démocratiques, et des principes qu'elles défendent. Voilà une belle preuve de confiance dans le système, qui court dans les milieux protégés, et ce, depuis la nuit des temps.

Seulement voilà : Le sont-elles encore, en bonne santé, les institutions démocratiques ? N'auraient-elles pas besoin d'un revu et corrigé en bonne et due forme ? Mais nous nous égawons, et nous allons nous faiwe gwonder, là dis donc…


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De vincentp, le 7 août 2011 à 01:10
Note du film : 4/6

Si vous avez un problème de sécurité, Gilou, dans votre banlieue, faites appel à mes services, car la nuit je suis L'ombre blanche.


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