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Sujet : Âmes esseulées


De verdun, le 22 juin 2011 à 20:43
Note du film : 4/6

Comédie à la française très réussie où l'on retrouve la verve de Francis Veber, notamment la satire de la radio, son ancien métier, ainsi qu'un personnage qui s'appelle François Perrin, comme souvent chez l'auteur-réalisateur .

Dans le rôle de cet homme seul qui appelle les gens au téléphone par hasard pour égayer sa solitude, Jean-Pierre Marielle est prodigieux.

L'utilisation de la voix off est un modèle du genre et on n'oubliera pas certains mots d'auteur où le personnage principal exprime sa malchance : on parle de libération sexuelle mais j'aimerais bien que ce soit avec moi qu'elles se libèrent !.

Si le film était réalisé aujourd'hui, ce serait sans doute sur Internet que le personnage principal exercerait ses talents même ce ne serait peut-être pas aussi drôle !

Les scènes désopilantes sont nombreuses : citons surtout celle où Annie Girardot,l'autre âme esseulée du film, croit que l'homme qu'elle attend et à qui elle a parlé au téléphone est non pas Marielle mais Pierre Vernier.

Le film séduit non seulement par son côté très actuel mais aussi par sa tonalité mélancolique, soulignée par la musique de Stéphane Grappelli et de Vladimir Cosma.

On pourrait croire qu'il s'agit d'un vaudeville mais malgré certaines situations assez grosses comme la perte d'une clé de voiture, il s'agit d'un film sensible avant tout.

A noter que le titre, assez inapproprié, a suscité le mécontentement de Molinaro qui a écrit dans ses Mémoires qu'il ne "pouvait même pas nommer son travail"..


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De Impétueux, le 17 décembre 2015 à 14:51
Note du film : 4/6

Supposons qu'Édouard Molinaro, réalisateur et Francis Veber, scénariste possèdent un peu davantage que leur talent habituel : un talent réel, aimable, mais trop léger, trop souriant, trop désinvolte pour tirer le sujet qui leur est donné vers le grincement et le désespoir souriant. Quelle comédie à l'italienne ils auraient pu tirer de cette histoire triste, parcimonieuse, étriquée, accablante finalement, de ces deux solitaires qui, à la dernière image, finiront bien par se résigner l'un à l'autre !

C'est en tout cas ainsi, malgré son titre grotesque, qu'on pourrait envisager Cause toujours tu m'intéresses : un film sur la solitude, l'isolement même, pour des individus socialement intégrés, François Perrin (Jean-Pierre Marielle), petit journaliste de radio et Christine Clément (Annie Girardot), pharmacienne. Lui est divorcé sans enfant, elle vieille fille, l'un et l'autre seuls un peu sans l'avoir voulu, sans avoir fait grand chose non plus pour éviter cette situation, qui se découvrent au milieu de la traversée, la quarantaine atteinte et dépassée, plongés dans l'ennui. On songe à des personnages de Michel Houellebecq : Sous nos yeux, le monde s’uniformise ; les moyens de télécommunication progressent ; l’intérieur des appartements s’enrichit de nouveaux équipements. Les relations humaines deviennent progressivement impossibles, ce qui réduit d’autant la quantité d’anecdotes dont se compose une vie. Et peu à peu, le visage de la mort apparaît, dans toute sa splendeur. Le troisième millénaire s’annonce bien (Extension du domaine de la lutte).

Dans le film, d'ailleurs, si l'on fait exception du couple passionnel (Brigitte Rouän/Jean-Claude Martin), les comparses ne paraissent pas aller bien mieux de ce point de vue, de Georges (Christian Marquand), grand reporter tombeur de jolies filles à Nicole (Nathalie Courval), secrétaire plutôt facile en passant par Daniel (Jacques François), le confrère de Christine à la pharmacie, vieil homosexuel déjà las…

François a au hasard appelé un soir de cafard un numéro de téléphone. Christine a d'abord été agacée, puis amusée puis intéressée, puis séduite par cet interlocuteur mystérieux qui se baptise Thibault, se prétend romancier, dit vivre dans une belle vieille maison, avoir du succès et du talent. Chacun se prend au jeu, commence à attacher de l'importance à ce bavardage, est tout prêt de se lancer dans une histoire de vie rêvée, fantasmée, excitante, éclatante. La bouteille jetée à la mer par l'un devient pour l'autre une bouée inespérée.

Évidemment prisonnier de ses mensonges, François ne va pas oser révéler à Christine la réalité lorsqu'il la rencontrera ; en tournant le film vers le vaudeville, on aurait pu concevoir qu'il continue à jouer les mirobolants jusqu'à ce que l'imposture éclate. En fait, assez habilement, le scénario amène un peu plus de complexité, tutoie l'amertume, mais n'ose pas s'y installer. Et tout finit dans une apparence heureuse qui ne peut toutefois pas complètement éliminer ce qu'il y a de résignation dans le geste de Christine quand François lui éclaire la réalité banale de sa vie. De leurs vies, finalement.

Molinaro et Veber passent donc à côté d'un aboutissement triste, qui aurait été bien davantage dans la logique des existences desséchées. Ce qui aurait pourtant rendu possibles les scènes comiques assez réussies du film, la méprise au bar de l'hôtel Scribe avec un excellent Pierre Vernier en comparse ravi d'une possible aventure ou les démêlés de François avec un flic mesquin, délicieusement joué par Michel Blanc.

Un film quelquefois un peu porté vers la facilité, mais qui ne tombe jamais dans la vulgarité et aime bien – sûrement un peu trop – ses personnages. Mention très convenable.


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