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Forum : Décès de Jean Rollin (1938-2010)

Sujet : Jean Rollin est mort


De vincentp, le 17 décembre 2010 à 12:53

J'ai vu cela, rue de la Huchette, rue Xavier Privas, rue de la Harpe, rue Saint-Séverin, dans des cinémas qui n'existent plus,, qui montraient, dans des atmosphères glacées…

Qu'alliez-vous faire dans des endroits pareils ? Il semblerait que vous fréquentiez assidument ces endroits interlopes, même au coeur de l'hiver. Un véritable parcours du combattant érotomane.

Ainsi donc, vous le notable bien sous tous rapports (qui célébrez aujourd'hui "l'enfançon" et chantez des cantiques à tue-tête), vous vous seriez encanaillé…

C'est le grand Sam Peckinpah qui aurait apprécié cette transformation !


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De Arca1943, le 17 décembre 2010 à 16:25

Allons, VincentP, un vrai Parisien accompli a le devoir de connaìtre sa ville dans tous les recoins, quoi qu'il lui en coûte moralement. Et là, je vais vous raconter une des rares bonnes blagues de Un Jouet dangereux. C'est Nino Manfredi qui, tard le soir à la télé, aperçoit un film érotique. « Oh ! » fait-il. Et alors sa femme (Marlène Jobert) : « Quoi ? » Manfredi : « Non, mais t'as vu les cochonneries qu'ils passent à la télé !? » Jobert : « Eh ben alors, change de poste ! » Manfredi : « Ah non, ah non, je veux voir jusqu'où ces misérables vont aller ! »


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De vincentp, le 17 décembre 2010 à 21:18

Vous avez raison monsieur l'écrivain Arca1943. Les extra-terrestres de vos romans font bien pire. Leur redoutable accent québequois a l'étrange propriété de mettre en transe les belles parisiennes.

Je corrige en conséquence mon précédent message : ce n'est pas Peckinpah mais Claude Chabrol qui doit se sentir concerné (par la teneur de son oeuvre cinématographique) des pérégrinations bourgeoises et juvéniles (?) de notre collègue Impétueux. Mais Dieu nous garde cependant de nouvelles révélations de sa part.


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De Impétueux, le 18 décembre 2010 à 00:03

Mais où croyez-vous que sont les rues que je cite ??? Au fin fond de Pigalle ? La rue de la Huchette et toutes celles que j'évoque et qui se croisent et qui s'entrecroisent en quelques mètres prennent leur cours au bas du boulevard Saint-Michel et vont jusqu'à la rue Saint-Jacques… C'est le cœur historique du Quartier Latin, c'est à côté de tout, entre Notre-Dame et la fontaine de Davioud….

J'ai dû, jadis, sur un des messages déposés, évoquer le Midi-Minuit, salle du boulevard de Rochechouart, en contrebas de Montmartre, spécialisée dans le cinéma de troisième zone, à base de films fantastiques et de jeunes femmes très dénudées, et j'aurais pu parler de quelques salles vouées, vers 1971-72, aux vrais films porno, à Saint-Lazare ou Montparnasse, par exemple, mais ce n'est pas là que je voyais les films de Jean Rollin : celui-ci bénéficiait, d'une étrange façon complice, des faveurs de l'intelligentsia et avait donc une sorte de droit de s'abriter dans des salles fréquentées par des publics plus classiques…

Jean Rollin, ça ne valait pas tripette, mais c'était du temps où l'artisanat avait encore le droit de vivre : c'était, en quelque sorte, le Couzinet du sexe…


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De vincentp, le 18 décembre 2010 à 09:41

Difficile de ne pas connaitre la rue de la huchette, là ou est concentrée une horde de restaurants attrape touriste. Mais votre message est bien ambigu : à vos 25 ans (sauf erreur de ma part, il y a plus de 35 ans) ce quartier pouvait abriter autre chose que les cinémas bobos actuels du quartier latin. Un lecteur non-averti pourra avoir compris que vous frenquentâtes des cinémas pornos. Il s'agissait donc simplement de salles de cinéma qui avaient les faveurs de l'intelligentsia de l'époque et une programmation parfois décalée. Curieux mais possible. Un cinéma y a bien brûlé (puis fermé) semble-t-il suite à la diffusion de La dernière tentation du christ, pourtant guère dérangeant.


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De Impétueux, le 18 décembre 2010 à 20:56

Mais bien sûr que je suis allé voir des films porno dans des cinémas ! Et je défie quiconque qui a eu entre vingt et trente ans dans les années Soixante-Dix, de n'être pas allé voir ça au moins une fois ! Il fallait voir ce que c'était, au sortir d'années où la vision d'un sein (un seul !) était occasion de songer des heures et des heures (des nuits et des nuits…) à un corps…

Cela dit Jean Rollin n'était pas un cinéaste porno, dans ses films de vampire (sous d'autres pseudonymes, que j'ai découverts sur Imdb, c'est autre chose…) ; son cinéma, comme celui de José Benazeraf était bizarrement exempt de toute critique, alors que c'était d'une absolue nullité. Et c'est parce que c'est nul – mais nul ! – que le nom de Rollin est resté dans l'histoire du cinéma (mais pas pour très longtemps, qu'on se rassure…)


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De vincentp, le 18 décembre 2010 à 21:25

Je ne pense pas que le porno soit du cinéma (mais nous avons déjà eu un débat à ce sujet). L'époque que vous mentionnez, je ne l'ai pas connue bien sûr, mais elle semble aujourd'hui totalement ahurissante. Je crois que c'est le contrôle étouffant des médias par la droite gaulliste (deGaulle puis Pompidou) qui a généré ce phénomène de la vague porno des années 70.

Je vous renvoie à l'excellent film de Raoul Walsh The roaring twenties qui développe une thèse à laquelle j'adhère complètement. La prohibition américaine des années vingt, généré par le puritanisme, aurait en fait développé gangstérisme et alcoolisme. Les autorités japonaises (idée abordée par des spécialistes de l'oeuvre de Mizoguchi, qui se situe souvent dans la rue de la honte) auraient eux manoeuvrés plus habilement semble-t-il pour autoriser et contrôler des lieux de soupape collective.


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De Impétueux, le 19 décembre 2010 à 00:27

Qu'est-ce que le gaullisme et la Droite ont à voir dans la vague de pudeur qui a submergé l'Occident au 19ème siècle ?

La liberté de mœurs du 18ème siècle en France ou Outre-Manche (la joyeuse Angleterre – lisez et voyez Les Aventures amoureuses de Moll Flanders de Terence Young ou, mieux, Tom Jones de Tony Richardson) a été complètement escagassée par le moralisme puritain libéral des années de triomphe du grand capitalisme : on n'a pas à se consacrer aux plaisirs, mais à l'accroissement des richesses…

Si vous imaginez que le parti Communiste ou la SFIO étaient plus libéraux, en matière de fesses et de seins montrés à l'écran que l'UNR, vous vous fichez gravement le doigt dans l'œil.

Après 68, et sa critique radicale du capitalisme – qu'il soit capitalisme bancaire ou capitalisme d’État – le torrent se débonde et la décennie qui suit outrepasse toutes les limites : d'où le porno qui fait florès, la liberté sexuelle, le jouir sans entraves et autres fariboles. Jusqu'à ce que Dame Nature vienne rappeler, avec sa malignité habituelle, qu'il est des bornes à tout. Et arrive le Sida.

Mais ceci est une autre histoire…


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De vincentp, le 19 décembre 2010 à 00:49

"Si vous imaginez que le parti Communiste ou la SFIO étaient plus libéraux, en matière de fesses et de seins montrés à l'écran que l'UNR, vous vous fichez gravement le doigt dans l'œil."

L'idéologie communiste fut effectivement incroyablement totalitaire (et non libertaire). Le superbe documentaire diffusé cette semaine sur Arte et consacré à Molotov, bras droit de Staline, et instrument de la bureaucratie stalinienne, était édifiant sur ce plan-là. Pas un mouvement, pas une pensée contraire à la doctrine productiviste. Même la femme de Molotov a été envoyée au goulag par son époux…

Pour le reste, je ne suis pas d'accord avec votre raisonnement… Le développement du capitalisme, du progrès technologique, des moyens de communication, a facilité l'émergence d'une société plus libre sur le plan des moeurs. Et le couvercle pesant posé par vos amis gaullistes sur la société a fini par sauter ! Regardez Adieu Philippine, perfide remise en question de l'ORTF (et qui annonce en 1962 ce changement à venir d'époque) et vous comprendrez !

Mais nous voilà bien loin du défunt (et inconnu pour moi jusqu'à hier) Jean Rollin !

Nb : j'apprends une nouvelle expression inconnue, de votre plume, à savoir "le torrent se débonde" !


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De Impétueux, le 19 décembre 2010 à 20:11

Autrement dit, Vincentp, il y a eu une rupture fondamentale, pour le cinéma français entre disons 48/58 et 58/68 et les ministères Gouin, Marie, Queuille, Pinay, Laniel, Edgar Faure, Mendès-France, Guy Mollet ou Félix Gaillard ont été illustrés par la grande liberté de mœurs qui régnait sous la 4ème République, alors que le rideau est tombé et la vertu restaurée dès que Michel Debré et Georges Pompidou ont pris les rênes du pays ?

Voilà une observation originale, dont j'aimerais avoir une éclatante démonstration…Le sein est aussi rare à l'écran en 1955 qu'il le sera en 1966… Un peu plus, même… Comment pouvez-vous imaginer que la société, son esprit, ses parti-pris, ses angoisses, ses tabous puissent être dépendants d'un changement en douceur de régime politique ? Croyez-vous vraiment qu'on ait davantage, ou moins, divorcé, eu des relations adultères, conçu des enfants hors-mariage en 1953 ou 1963 ? La tension sur les mœurs a monté avec les enfants de la génération du baby boom (la mienne) ; la marmite a explosé en 68 ; ça n'a aucun rapport avec la politique, ou un rapport extrêmement diffus, qui ne peut que difficilement s'aligner sur le résultat d'élections. Croyez-vous vraiment (sans rire) que si Christine Boutin, ou Olivier Besancenot étaient élus à la Présidence, ça changerait quoi que ce soit sur le plan des mœurs ?

Quand j'ai évoqué le capitalisme moralisateur, c'était évidemment le capitalisme protestant du 19ème siècle, celui de Guizot, celui de la Reine Victoria (vous ne nierez pas, je pense, que l'époque victorienne, les enfants de 5 ans travaillant dans les mines, a été un acmé du capitalisme libéral ?) ; aujourd'hui, je le concède, le sexe est le nouvel opium du peuple ; mais il l'est de façon assez morne et désespérante : lisez Houellebecq, allez voir Luchini lire Philippe Murray: aucun rapport avec la gaieté médiévale ou renaissante…

Bon, vous ne connaissez pas Jean Rollin ; tant pis pour lui…


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De vincentp, le 19 décembre 2010 à 20:25

Le cinéma est le reflet de la société, mais peut aussi agir sur la société, avec des auteurs engagés, dénonçant le racisme ou les guerres coloniales (La bataille d'Alger par exemple).

Pour en revenir à Jean Rollin, peut-être que la production et la diffusion de son oeuvre s'explique-t-elle simplement dans les années 70 parce que ce cinéaste permettait à une population aisée et bourgeoise de fantasmer sur le sexe sans avoir à franchir honteusement les portes des cinémas de bas quartier. En tous cas, je n'avais jamais entendu parler de lui avant que vous n'indiquiez son décès et n'imaginait même pas que ce type de production bizarroïde ait pu exister.

Caroline Cartier, alias la vampire nue, née en 1948, actrice de plusieurs films de Jacques Rozier semble être décédée le 9 août 1991 dans des circonstances assez sordides.


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De Impétueux, le 20 décembre 2010 à 00:05

Ah ben dites donc, il en fallait du courage pour tourner La bataille d'Alger en 1966 !!!!

En 1957, ce brûlot anti-français aurait pu avoir le mince mérite de placer les fellaghas poseurs de bombe qui éclataient comme ça dans les cinémas, dans les bistrots, dans les marchés au rang de combattants héroïques ; en 66, c'était surfer sur la vague anticolonialiste à bien petit risque… C'est comme dénoncer les collabos aujourd'hui : c'est en 42 qu'il fallait le faire…

Bon ; si vous ignorez le cinéma connexe et marginal de 55-70, celui de Jean Rollin ou celui de José Benazeraf, qu'importe ? C'est bien joli d'aller bader sur des films birmans, guatémaltèques ou japonais ; encore faudrait-il d'abord connaître ce qui s'est passé dans son propre pays, ce cinéma ait-il été de troisième ou dixième zone …


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De Arca1943, le 20 décembre 2010 à 00:45

« En 1957, ce brûlot anti-français aurait pu avoir le mince mérite de placer les fellaghas poseurs de bombe qui éclataient comme ça dans les cinémas, dans les bistrots, dans les marchés au rang de combattants héroïques. »

De fait, dans La Bataille d'Alger, on voit une de ces bombes des fellaghas exploser dans un bistrot où se trouve un jeune français de 8, 9 ans qui meurt dans l'attentat. Ce passage du film de Pontecorvo avait d'ailleurs soulevé des critiques indignées en Algérie : car ça ne faisait guère "combattants héroïques", justement. Et la musique de Morricone est la même pour les victimes françaises qu'algériennes. Je ne crois pas que le film soit anti-français, seulement anticolonialiste.


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De fretyl, le 20 décembre 2010 à 01:03

S'il s'agit d'un de ces brulots anti France, comme l'ont été les deux films de Rachid Bouchareb, Hors-la-loi (j'ai manifesté à Cannes contre !) et Indigènes je doute que j'achète un jour le Dvd.

J'en ai pourtant entendu parler en bien, mais comme les critiques sont généralement plutôt de gauche, je me méfie un peu. Dans le portrait de la guerre d'Algérie ; Boisset bien que gauchisant a rendu un excellent constat assez véridique, lorsque l'on a lu les témoignages d'appelés et que l'on connais l'état d'esprit qui perdurait dans une tranche de l'armée Française à l'époque, avec R.A.S.

Dans un style plus documentaire Avoir vingt ans dans les Aurès n'est pas mal non plus.

Mais maintenant que je constate que La Bataille d'Alger est en plus produit par l'Algérie, je doute que le traitement puisse malheureusement y être impartial.

Pour en revenir à Jean Rollin, peut-être que la production et la diffusion de son oeuvre s'explique-t-elle simplement dans les années 70 parce que ce cinéaste permettait à une population aisée et bourgeoise de fantasmer sur le sexe sans avoir à franchir honteusement les portes des cinémas de bas quartier. En tous cas, je n'avais jamais entendu parler de lui avant que vous n'indiquiez son décès et n'imaginait même pas que ce type de production bizarroïde ait pu exister.

J'ai lu quelque part que Jean Rollin était aux Etats-Unis considéré comme un philosophe de qualité, comme une stature intellectuelle… Mais est-ce vraiment vrai ?

Je l'ai personnellement toujours vu comme un espèce de Jésus Franco Français.


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De Impétueux, le 20 décembre 2010 à 18:29

Ah, que voulez-vous Arca, La bataille d'Alger eût-elle été La bataille de Nairobi ou La bataille de Benares que je l'aurais sûrement regardée avec des yeux impartiaux.

Mais la douleur de l'Algérie, pour les gens de ma génération, ne s'effacera jamais. Et, même si je n'apprécie pas beaucoup Albert Camus, pour avoir dit Entre la Justice et ma mère, je choisis ma mère, il lui sera beaucoup pardonné (à dire vrai, à part d'être un monumental hypocrite bien-pensant, je ne vois pas comment on pourrait dire autrement). Et ma mère, c'est la France (j'entends déjà les glapissements moqueurs, dont je me fiche d'ailleurs complètement).

Revenons à Jean Rollin, que Frétyl a raison de qualifier de Jesus Franco de notre pays : mêmes intrigues tartemuches, acteurs improbables, goût pour le voyeurisme roublard, même propension à tourner en quantité industrielle, mêmes scénarios, vite épuisés, à prétention fantastique et horrifique…

Mais ce n'est pas pour autant complètement immonde, comme du Philippe Clair ou du Robert Thomas : comme chez Franco, il y avait quelquefois un plan étrange, un éclairage singulier, une idée troublante… des miettes, des bribes, des fragments…

Il faut sûrement se ficher du monde pour prétendre étudier Rollin en universitaire…mais… allez savoir, sa mort m'a presque donné envie de trouver un coffret de lui…


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De Arca1943, le 21 décembre 2010 à 03:41

Eh bien… eh bien rien. C'est le sujet qui fâche par excellence, alors je m'abstiens.

Et pour en revenir à ce Rollin, je ne crois pas qu'il ait franchi l'Atlantique. Quoique… les films de cul français ne manquaient pas, dans le temps (mais j'étais trop jeune alors pour entrer dans la salle). J'ai vu plutôt des trucs softs comme La Marge avec Sylvia Kristel (très mauvais !) ou des âneries au titre évocateur comme Ça glisse au pays des merveilles. Et dites voir, Sept vierges des mers chaudes, c'était un film français, ça ?


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De Impétueux, le 21 décembre 2010 à 15:03

Walerian Borowczyk, c'était autre chose que Jean Rollin : des moyens financiers, des acteurs, des récits tirés d'auteurs de qualité, tout cela au service de l'ardente même pulsion : montrer de la fesse accorte…

En ce sens Rollin ne décevait pas le cochon qui s'était réveillé, mais ses films étaient hyper-fauchés, bricolés avec des bouts de ficelle et des acteurs inconnus, distribués dans des salles secondaires, alors que les Borowczyk passaient dans des cinémas d'exclusivité.

C'est pourquoi les Contes immoraux ou La Bête, si on les revoyait aujourd'hui seraient à pleurer, alors que Le Frisson des vampires ou Les Deux orphelines vampires doivent avoir un petit parfum vintage attachant…


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De Impétueux, le 23 décembre 2012 à 23:51

Et j'ajoute après coup, et après avoir relu la longue suite de messages, que La bataille d'Alger, vue depuis lors, n'est pas le brulôt anti-France que je qualifiais ainsi. C'est un film qui prend parti, certes, mais qui est intelligent et respectable.


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