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Forum : Nosferatu, fantôme de la nuit

Sujet : Stupéfiant


De Impétueux, le 30 octobre 2010 à 19:13
Note du film : 5/6

Et ce qui me stupéfie davantage encore, c'est qu'un film dont deux des principaux acteurs (Ganz, Adjani) parlent terriblement faux, dont un protagoniste important, Renfield (surjoué de façon absolument grotesque par Roland Topor) confine au ridicule, dont les dialogues sont atterrants de fausseté, soit si fascinant et, finalement, si admirable…

Quelle perfection dans les images glacées et terrifiantes ! Le générique, le panoramique sur les momies desséchées et hurlantes d'un caravansérail de fantômes (c'est le musée des momies de Guanajuato, au Mexique) est en soi une splendeur angoissante ; puis la richesse des villes aux ciels gris de la Baltique et de la mer du Nord (Brême, Delft), la marche angoissée de Jonathan dans les gorges inhospitalières des Carpates, le bateau qui conduit Dracula et ses myriades de rats vers la ville inventée de Wismar, aux voiles colorées du rouge du sang, la place centrale de la ville filmée en longue plongée irriguée des cortèges de cercueils…

Tout cela est admirablement mis en musique : le prélude de L'or du Rhin de Wagner dans le cheminement de Jonathan dans le col de Borgo, vers le château de Dracula, d'étranges architectures mélodiques de Popol Vuh lorsque le bateau mortifère vient s'amarrer en glissant sans bruit sur les quais de la ville… Mais aussi, par exemple, les gémissements qui résonnent tout au long du dîner que le Comte offre à son hôte…

Herzog cite beaucoup son chef-d'œuvre : ainsi les radeaux où les Bohémiens chargent les cercueils, ainsi les rats qui pullulent comme pullulent les singes : tout cela semble sorti d'Aguirre ; mais les grises interminables plages où marchent Jonathan et Lucy m'ont fait songer à l'étrange Vampire sterben nicht de Hans W. Geissendörfer, pareillement morbide.

L'angoisse transpire tout le long du film, sauf, malheureusement dans les séquences parlées : est-ce à dire qu'étant en face du modèle – peut-être jugé par lui insurpassable ? – du Nosferatu de Murnau, Herzog n'a pas pu, ou n'a pas voulu trancher ? qu'il a souhaité les grotesques batifolages et gloussements de Renfield, le côté terriblement caricatural des émois terrifiés des villageois lorsque Jonathan indique qu'il se rend au château, les bredouillements incohérents de Van Helsing généralement mieux traité par la vampirologie classique (Walter Ladengast).

Mais que c'est beau, par ailleurs ! Lucy guettant du haut d'une dune ponctuée de croix mortuaires le bateau qui doit lui ramener son mari, la beauté froide des villes hanséatiques, l'architecture torturée du château de Dracula…

Et Klaus Kinski, magistral. Si je suis moins sensible à la présentation du mythe du vampire sous les traits effrayants du monstre au crâne nu, aux ongles démesurés et aux incisives marquées (ces films Nosferatu le vampire et Nosferatu, fantôme de la nuit, donc, mais aussi le Dracula de Coppola) qu'à celle fixée par Christopher Lee, dans les films de la Hammer, mais aussi chez Jésus Franco, je dois bien reconnaître que Kinski, en créature accablée par le sort et malade au dernier degré, est formidable. Et que Werner Herzog, cinéaste atypique et quelquefois maladroit, ne peut pas laisser indifférent.


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