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Sujet : Bon courtroom, affaibli par son but moralisant


De Arca1943, le 9 août 2010 à 01:46
Note du film : 3/6

Au fond, j'ai suivi Michael Apted depuis l'oublié Stardust à nos jours, et c'est un bon réalisateur, consciencieux, même capable à l'occasion de faire mieux que "bon et consciencieux", comme avec son thriller Gorky Park ou le très beau Gorilles dans la brume. Quand il lui échoit un sujet fort, il peut en faire un film fort.

Malheureusement, Class Action n'est pas du nombre. Je ne dis pas ça parce que c'est un courtroom drama ou film de prétoire) : au contraire, j'adore ce genre de récit, je mange du Scott Turow et du John Grisham au petit déjeuner. D'ailleurs le "dossier' juridique dont il est question ici est assez intéressant : il s'agit d'un constructeur automobile dont un des modèles 1985 explose quand certaines conditions sont réunies. Mais jusqu'où s'étend sa responsabilité ?

Alors dans le coin droit, pour défendre le constructeur automobile, la virtuose corporate lawyer (avocate d'entreprise) Maggie Ward (magnifique Mary Elizabeth Mastrantonio), pressentie pour devenir la plus jeune associate de sa grosse firme d'avocats. Dans le coin gauche, le non moins virtuose litigator et avocat-militant Jedediah Tucker Ward (superbe Gene Hackman), un vétéran de la lutte des Droits civiques.

Bien entendu, ces deux Ward virtuoses de la toge sont père et fille, alors vous imaginez la bagarre. D'autant plus qu'ils se détestent, évidemment. Comme le dit l'excellent personnage secondaire interprété par Laurence Fishburne, Maggie a voulu systématiquement devenir le contraire de ce qu'est son père : de droite parce qu'il est de gauche, corporate parce qu'il est litigator, honnête dans sa vie privée parce que lui est hypocrite dans la sienne, etc ; mais du coup, elle est liée à lui, elle a besoin de lui pour se définir. Et coincée entre ces deux cyclones dont le choc s'annonce terrible, madame Ward, mère de l'une et femme de l'autre, très bien rendue par la trop méconnue Joanna Merlin (comédienne qui est en même temps directrice de casting, par exemple sur L'Amant et Le Dernier empereur).

Voilà, selon moi, les prémisses d'un bon courtroom drama pour ceux qui aiment ça. Une cause explosive avec ramifications, deux avocats aussi brillants que contrastés qui connaissent toutes les clauses en petits caractères, énormément d'argent en jeu. Et deux interprètes qui rivalisent de présence et d'aplomb dans les deux rôles principaux.

Malheureusement, comme trop souvent, voici venir la mauvaise bonne fée d'Hollywood. C'est que voyez-vous, il faut encourager les pères et les filles à la réconciliation. Alors, aux deux tiers du récit, Mastrantonio et Hackman se réconcilient, et ils ont beau être très bons, je ne comprends pas trop pourquoi, malgré le tour dramatique qu'ont pris les événements dans la vie des personnages.

Ah, que c'est agaçant, cette façon de harnacher une fiction pour encourager les comportements positifs. Du coup, la tension du récit tombe, l'issue du dossier devient soudain prévisible, les dialogues du tac au tac deviennent téléromanesques et édifiants. Mais surtout, on sent que c'est forcé. Une réconciliation réussie entre les deux personnages aurait été possible, je ne dis pas que c'est infaisable ; mais pour que ça passe, pour que ça ne fasse pas s'effondrer le soufflé narratif, il faut que ça soit sacrément bien amené, et c'est loin d'être le cas. Du coup, les deux torrents se jettent dans une eau plate. Et mon enthousiasme retombe, moi qui avais frôlé le 5 en cours de film, je finis par lui mettre un 3. Pour les bons films judiciaires américains de ces années-là, mieux vaut Présumé innocent, Le Client ou L'Idéaliste.


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