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Forum : Astérix et Obélix : au service de sa Majesté

Sujet : Pep talk: pourvu qu'ils comprennent ce qu'ils font


De Arca1943, le 6 juin 2010 à 01:35

Même si tout n'y était pas mauvais, la première transposition d'Astérix au grand écran m'avait bien frustré. J'étais même assez dérouté par certains passages et des détails du dialogue qui laissaient transparaître à l'évidence que les auteurs, le producteur, etc, ne comprenaient pas ce qu'ils faisaient, ne maîtrisaient pas leur sujet, ne comprenaient pas qu'il y avait quelque chose à comprendre, un tour à attraper, un esprit à développer. Comparé à ce premier volet, la deuxième tentative, celle d'Alain Chabat, était nettement meilleure – tout étant relatif – car le récit restait constamment ironique et les blagues étaient plus souvent "dans le ton", dans le sillon du matériau original, y compris parfois pour le traitement goguenard des personnages. Puis ce fut le troisième épisode, dont je n'ai pas besoin de rappeler le caractère désastreux.

Je suis content, pourtant, que l'on ait pas renoncé. Face au rouleau compresseur d'Hollywood, il faut absolument développer au moins quelques franchises payantes, sinon un de ces quatre on ne pourra plus rien réaliser ni surtout exporter. Et dans le patrimoine de culture populaire française qui a fait plusieurs fois le tour du monde, s'imposent tout de suite deux idées, Arsène Lupin et Astérix.

Les auteurs de ce nouvel Astérix ne doivent surtout pas se laisser "attacher" par les trois films précédents. Par contre, ils doivent absolument faire certaines choses, en particulier se mettre dans l'esprit de ce qu'ils adaptent. Parce que le problème est toujours un peu le même – et ça inclut les adaptations en dessins animés : un album d'Astérix fait 48 pages, ce qui correspond grosso modo à un moyen métrage d'une heure. Alors, pour avoir un film de deux heures il faut développer, il faut broder, il faut inventer. Et c'est là que ça foire : particulièrement dit-on dans le troisième, mais aussi dans le premier : pas foutus, absolument pas foutus d'inventer, de broder des variations qui soient si peu que ce soit dans le ton, dans l'esprit, dans le sillon du produit original.

J'ai au moins deux tests à faire passer aux auteurs de ce futur Astérix. Premièrement : comprenez-vous, à la lecture, pourquoi les albums scénarisés par Goscinny sont bons et ceux scénarisés par Uderzo après la mort du précédent sont mauvais ? Si vous ne voyez même pas la différence de qualité et même de ton entre, disons, La Zizanie et La Galère d'Obélix, si pour vous c'est un peu la même chose, renoncez à votre projet; passez les rênes à quelqu'un d'autre. Car vous ne comprenez goutte à ce que vous faites et votre film ne sera pas bon.

Le deuxième test est en fait un exercice : c'est midi à quatorze heures. Car il faut relire des Arsène Lupin. Mettons deux classiques de Maurice Leblanc, 813 et L'Aiguille creuse, suivi d'un troisième – tout est là – par Boileau et Narcejac : Le Secret d'Eunerville. Le rapport avec Astérix ? C'est pour vous prouver que c'est faisable, que ce n'est pas une vue de l'esprit. À condition bien sûr d'oublier son petit moi d'auteur et ses petites lubies dont les spectateurs n'ont rien à secouer, yes, you can : humbles artisans, ne sous-estimant pas du tout le produit original (au contraire), Boileau-Narcejac sont arrivés à développer, à broder, à inventer exactement dans le même esprit que Maurice Leblanc. Leur réussite fut éclatante. Et cela, bien sûr, impliquait qu'ils avaient parfaitement saisi l'essence de la célèbre recette, l'équilibre entre les ingrédients, leur nécessaire co-présence (jusqu'à la touche cocardière, peu à la mode en 1973 mais nécessaire à l'équilibre interne du "système" Leblanc), le tour de main : tout, quoi. Ils se sont demandé "Comment ça marche ?", ils ont tout décortiqué et au bout du compte, ils ont compris.

Puisque l'album Astérix et les Bretons dure 48 pages et que vous, vous devez tenir deux heures, alors il vous faut réussir pour Goscinny ce que B-N ont réussi pour Maurice Leblanc. Voilà.

Sur ce, je vous souhaite bonne chance, et toutes ces sortes de choses !


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De Arca1943, le 6 juin 2010 à 03:53

Et on second thoughts, un autre conseil d'oncle Arca : le casting britannique sera décisif. Ne me sortez pas des acteurs Français jouant les faux Bretons avec un faux accent britannique de film français. Le personnage de Jolitorax est protagoniste de l'épisode autant qu'Astérix et Obélix – et par moments souffre-douleur, comme dans la scène de son premier shake-hand avec Obélix – aussi il faut, pour incarner ce personnage, la crème de l'acteur britannique parlant français. (Hum… Daniel Craig parle-t-il français ? Et Simon Pegg ? ) Et de même pour les autres villageois à la lèvre supérieure rigide.

Par ailleurs, e ne vois pas ce qui s'oppose à ce qu'on émaille les dialogues du film d'exemples tirés de mauvais manuels de langue. C'était une chouette idée. « Mon jardin est plus petit que Rome, mais mon pilum est plus fort que votre sternum ».

Par ailleurs bis, une des rares choses – mais c'est un simple détail – que j'ajouterais aux personnages d'origine, c'est que, ne serait-ce que pour la symétrie amusante avec le village gaulois, le village britannique aussi devrait avoir son druide, même s'il n'est pas l'heureux inventeur de la potion magique. (Hum…Ian McKellen ? Michael Caine ? ). On pourrait lui trouver une manie en rapport avec ses marmites : par exemple, en dehors de ses secrets druidiques, de ses fioles et de ses onguents, c'est un gastronome, il essaie en vain de faire goûter à ses villageois des recettes de cuisine succulentes venues du lointain Orient, ou d'Espagne ou d'ailleurs, mais ses compatriotes, à son grand désespoir, s'en tiennent obstinément à la bouillante eau qui donne un exquis goût à tout (sic). (Cette idée en passant marche avec l'histoire qu'on trouve déjà dans l'album du thé qui a voyagé d'Orient jusqu'en Angleterre.)

Par ailleurs il ne faut pas se montrer politically correct et par exemple, ne pas déroger de l'idée que du sanglier bouilli avec de la sauce à la menthe, C'EST une recette vraiment horrible. Astérix, c'est de la satire : si on s'y moque des Français, il est normal qu'on s'y moque aussi des Anglais. Et disons-le : qu'une auberge ait le toupet de s'appeler Le Rieur sanglier alors qu'elle sert une telle tambouille, c'est la preuve – mais oui, n'ayez pas peur d'être chauvins – que les Britanniques de cette lointaine époque avaient vraiment besoin du secours des Gaulois. Une fois dans l'auberge, par contre, pour l'équilibre il faut garder la "ligne" d'Astérix : « Mange et ne fais pas de commentaires, Obélix. En Bretagne, il faut faire comme les Bretons. » Voilà bien le courage du héros !

Aussi souvent que nécessaire, les bonnes répliques de l'album doivent se retrouver dans les dialogues du film. Astérix : « Nous devons aider Obélix. Il n'est pas dans son état normal. » Jolitorax : « Il a un état normal, a-t-il ? »


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De Arca1943, le 12 novembre 2010 à 14:14

A-ha ! J'en tiens un !

Eh oui, mes recherches parallèles pour le casting britannique de Astérix chez les Bretons se poursuivent et paraît-il que l'excellent Ciaran Hinds joue en français – avec un accent, rassurez-vous – dans Cash.

Alors, il ferait-tu pas un splendide chef du village britton ?


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De Arca1943, le 5 janvier 2011 à 13:51

God save Britannia ? Qui ça, God ? Hé, ho ! Nous on est des païens, par Toutatis ! On est en 50 avant JC, alors les seuls monothéistes disponibles sur le marché sont en Judée ou quelque part par là, enfin un de ces bleds où coulent le lait et le miel. Et eux aussi, ils en ont plein les bras avec les Romains.

Ce nouveau titre n'est donc pas très judicieux. Il monte à mon nez telle Amora, déesse de la moutarde !


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De Tamatoa, le 25 octobre 2012 à 14:39

je ne suis pas plus surpris que ça ! D'une part le choix de l'inssuportable Edouard Baer dans le rôle d' Astérix est, à mes yeux, une erreur. Pourquoi n'a t-on jamais penser à Michel Vuillermoz ou Serge Riaboukine ? En fait, le seul qui se rapprochait bien du personnage du petit Gaulois était Clovis Cornillac. Et puis la bande annonce n'annonçait rien de bien folichon. D'autre part, les gens se lassent peut-être parce que "déroutés" par, justement, ces changements d'acteurs alors qu'Obélix, lui, reste le même. Astérix aux jeux Olympiques ressemblait à un extravagant dessin animé. Le côté placide de cet Astérix tranche nettement avec son predecesseur. D'oû une certaine méfiance..


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De Arca1943, le 25 octobre 2012 à 15:11

C'est qu'il y a l'effet d'entraînement et l'effet de retard. Effet d'entraînement : portés par la relative réussite du numéro 2 (le moins pire de la série, tellement plus dans l'esprit de Goscinny comparé au no. 1, dont le scénario bancal fait plutôt penser à du Uderzo), les gens se sont précipités en foule, tels des moutons de Panurge, voir le numéro 3. Mais le numéro 3, Astérix aux Jeux olympiques, étant une telle catastrophe, conçue par des gens qui – chose inouïe pour des Français – ne comprenaient manifestement rien à Astérix (sans doute parce que ce n'est pas américain), voici venir maintenant l'effet de retard : où le mouton se rebiffe («Eh ho, j'ai beau être un mouton on ne me tondra pas sur ce coup-ci!»), si bien que le numéro 4 paie pour la calamité du numéro 3.


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