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Forum : Le Système Poutine

Sujet : Portrait de la Russie contemporaine...


De vincentp, le 26 mai 2010 à 22:53
Note du film : 6/6

… et de ses dirigeants. Cet excellent documentaire de Jean-Michel Carré retrace le parcours politique de Poutine, ses méthodes (mélange de ruse et de force) pour arriver puis se maintenir au pouvoir. Excellente synthèse, avec des points de vue croisés. Remarquable documentaire, à vrai dire, impeccablement écrit et réalisé. La psychologie des uns et des autres, les enchainements historiques apparaissent clairement, avec une belle prise de recul quand il s'agit d'évoquer les aspects géopolitiques.

Le point de vue de Carré via à vis de Poutine est globalement assez critique. Disons que nombre de ses idées ou arguments (certains font froid dans le dos) sont effectivement irréfutables… Carré explique par exemple que 20% de la population de la Tchéthénie a été tuée au cours des guerres menées dans cette "province" russe.

Mais mon point de vue à propos du régime Poutine serait légèrement différent de celui de Carré. On ne peut pas de toute évidence gouverner un pays aussi immense, et aux multiples ethnies, via un système démocratique à l'occidentale. L'usage d'un mode de contrôle dirigiste y est plus ou moins nécessaire. De plus, Poutine me semble porteur d'une vision de l'intérêt général -contrôlant par exemple les oligarques qui s'en mettaient plein les poches sous Eltsine- et sauve peut-être son pays, sa culture millénaire, du chaos et de la désintégration. Enfin, et surtout, contrairement à l'avis exprimé par Carré, il me semble que plus la Russie sera puissante et soudée autour de ses dirigeants, plus elle sera en mesure de sortir d'un certain isolement politique, d'un certain sous-développement économique, de nouer in fine des relations pacifiques avec ses voisins européens, et de se diriger naturellement vers un système plus démocratique. Et puis, ce pays me semble foncièrement, naturellement, et durablement un allié politique, économique des démocraties occidentales, avec lesquelles il partage une histoire, des valeurs et une culture commune. Il me semble donc bel et bien nécessaire -contrairement à ce que formule Carré- de recevoir Poutine et ses consorts en France avec les égards dus aux responsables d'une grande puissance.


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De Arca1943, le 27 mai 2010 à 13:05

« On ne peut pas de toute évidence gouverner un pays aussi immense, et aux multiples ethnies, via un système démocratique à l'occidentale. L'usage d'un mode de contrôle dirigiste y est plus ou moins nécessaire. »

Étrange position que voilà. L'Inde, par exemple, est un pays immense, aux multiples "ethnies" (sic) et plus pauvre que la Russie, et ce n'en est pas moins une démocratie parlementaire.


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De vincentp, le 27 mai 2010 à 15:18
Note du film : 6/6

"de l'immaturité ou de l'hérésie mentale"

C'est moi qui suis visé ??? Il y a une marge entre dirigisme et dictature ! Il s'agit simplement de "real politik". Désolé, si vous installez un régime démocratique et libéral actuellement en Russie, après un demi-siècle de collectivisme, vous installez par la-même un système qui ne peut profiter qu'aux plus forts et créez le chaos immédiat (c'est d'ailleurs ce qui s'est passé avec l'arrivée sur scène des milliardaires oligarques). Les choses s'arrangeront avec le temps. C'est la même chose d'ailleurs avec la Chine. Le progrès économique et l'émergence d'une classe moyenne régleront de façon naturelle dans ces pays les problèmes de gouvernance. Je ne suis bien sûr pas le seul à exprimer ce type d'avis, qui va évidemment à l'encontre des points de vue exprimés par des Robert Ménart, par exemple (ou autres journalistes comme Carré), militants des droits de l'homme, et utopistes. Les droits de l'homme sont avant tout issus du progrès économique (et social).

Mais, je vous invite à regarder le documentaire de Carré, qui doit être le sujet de discussion de ce fil. Ce documentaire présente l'intérêt d'apporter des éléments permettant d'ouvrir un débat mais n'apporte en revanche pas forcément les bonnes réponses aux problèmes abordés.


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De vincentp, le 27 mai 2010 à 22:21
Note du film : 6/6

"En s'enrichissant, la Chine renforce son potentiel militaro-industriel, l'élitisme de sa classe politique et les moyens de ses services de renseignements. La passivité du "monde libre" fait planer sur lui une menace au moins centenaire."

Du tout, du tout… Ou vas-tu chercher des idées pareilles ? Les Chinois à Paris ? Le Syndrome chinois ? Ce pays cherche simplement à se développer.

A propos, les inuits chers à notre ami Arca1943 gèrent aujourd'hui un vaste territoire arctique : l'abondance de biens au Canada y est sans doute pour quelque chose. Le génocide sur lequel a été construit la civilisation nord-américaine (un combat pour l'espace et les biens matériels) cède la place aujourd'hui à tout autre chose. On pourrait dire la même chose pour l'Australie…

Gardons-nous de sortir les pancartes franchouillardes en faveur des droits de l'homme. Ce n'est pas efficace. Le progrès passe par des échanges commerciaux, politiques et culturels fructueux avec des puissances respectables comme la Chine ou la Russie.


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De Arca1943, le 29 mai 2010 à 03:27

Je crois qu'une bonne part de la gauche comme de la droite, aujourd'hui, est plombée par l'économisme. C'est une opinion bien personnelle, mais je suis persuadé que le pire danger dans le marxisme (qui continue d'influencer la gauche) réside dans cette observation de Marx selon laquelle le travail fait partie du "métabolisme de l'Homme avec la nature", de même que le pire danger du côté du libérisme ou néolibéralisme se trouve dans la théorie selon laquelle les lois du marché seraient de soi-disant "lois de la nature".

Mais laissons là le naturalisme. La croyance selon laquelle le progrès économique est censé engendrer automatiquement (naturellement ?) le progrès politique est une dangereuse illusion. Illusion que certains nous ont d'ailleurs serinée tant au sujet du Chili de Pinochet que de la Chine communiste. La libre concurrence est censée engendrer la démocratie parlementaire, avoir un effet d'entraînement sur toute la vie humaine. Ce qui me rappelle un druide dans Astérix en Corse, qui cueillait le gui couché au pied d'un arbre. Astérix : « Il s'y prend comme ça pour cueillir le gui ? » Ocatarinetabellatchitchix : « Eh oui. Il attend qu'il tombe. »

Bien que je n'arrive plus à retrouver la date et le lieu dans mes papiers sur le fascisme italien, il y eut à un moment situé entre 1919 et 1922 un congrès du Parti libéral italien où une motion fut présentée demandant que la liberté économique soit liée à la liberté politique. Or, cette motion fut battue par les délégués du parti. Le lendemain, Mussolini félicita les libéraux de leur décision.

Les deux premiers argentiers du régime fasciste en Italie furent Volpi et De Stefani, tous deux des manchestériens pur jus, apparemment décidés à traiter la liberté économique comme tout à fait détachée de la liberté politique. Le fascisme est idolâtrie de l'État, mais pas dans le même sens que le communisme : les entrepreneurs, les commerçants, les industriels disposés à abdiquer leur liberté politique pouvaient tout à fait prospérer économiquement. (Pirelli, par exemple). Rt pendant les premières années du régime, on est donc appeler à constater que si le libéralisme – qui est une philosophie de la liberté – a besoin d'un marché raisonnablement libre comme forme hautement préférable de la vie économique, en revanche l'inverse n'est pas vrai : pendant plusieurs années, la "libre concurrence" a pu s'accommoder d'une dictature et même d'un totalitarisme.

Pour illustrer cette dure leçon de l'histoire, qu'on me permette ici deux petites citations, l'une – de Benedetto Croce – étant incluse dans l'autre – de Carlo Sforza :

« La longue tourmente fasciste aura montré à tous, même à ceux qui se croient conservateurs, que le trésor suprême à conserver est la liberté. Le fait est à mon avis d'une signification suprême que dans la deuxième année de la guerre conduite par Mussolini contre les Nations Unies, Benedetto Croce ait écrit dans un livre paru en Italie :

« Affirmer, comme on l'a fait, l'union indispensable entre les forces morales et économiques, équivaut à proclamer non pas la soumission des premières aux secondes, mais au contraire l'hégémonie des forces morales sur les forces économiques. Il ne faut pas que les forces économiques déterminent les forces morales, ainsi qu'il arrive, par exemple, lorsqu'on établit des relations de dépendance entre la liberté – qui est vie morale – et certains systèmes économiques, entre le Libéralisme et la libre concurrence manchestérienne. »

S'il est vrai – comme écrivit Gramsci dans sa prison – que « Croce est le pape laïque de la pensée italienne », on reconnaîtra qu'on chercherait vainement ailleurs une déclaration aussi autorisée sur le manque de toute valeur de la prétendue "liberté" économique vis-à-vis de la liberté tout court. »

(Cité dans L'Italie contemporaine : ses origines intellectuelles et morales, par le comte Carlo Sforza, ministre des Affaires étrangères d'Italie, Paris, 1948).

Réfutation d'autant plus autorisée que Croce est un libéral de tendance conservatrice, autrement dit un homme de droite.


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De vincentp, le 29 mai 2010 à 06:35
Note du film : 6/6

Bien sûr, le tout économique ne génère pas forcément progrès politique et social, mais c'est un levier important. Un autre levier est le volet culturel. Il faut agir sur tous ces leviers, et c'est en particulier le travail de la diplomatie. Dans certains cas, il n'y a pas grand-chose à faire. Par exemple, actuellement dans le cas de l'Iran (le cinéaste Panahi s'il le peut, à tout intérêt à quitter son pays). Il est par contre possible de développer actuellement des relations fructueuses avec la Chine ou la Russie, même si tout n'est parfait dans ces pays sur le plan des droits de l'homme. Eux, comme nous, y gagneront sur tous les plans.

Nous sommes sur ce fil typiquement dans le débat qui peut opposer un homme de gauche (qui met des principes politiques avant la réalité économique) à un homme du centre (qui met la réalité économique sur le même pied que les principes politiques).


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De Arca1943, le 29 mai 2010 à 14:13

« …un homme de gauche (qui met des principes politiques avant la réalité économique)… »

Allons, VincentP, allons. Si cette définition tenait la route, Croce et Sforza seraient des hommes de gauche !


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