Forum - Divorce à l'italienne - La tempête satirique du siècle ! (suite)
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Forum : Divorce à l'italienne

Sujet : La tempête satirique du siècle ! (suite)


De Arca1943, le 20 juin 2004 à 15:35
Note du film : 6/6

Réalisé en 1961, Divorce à l'italienne remporta en 1962 l'Oscar du meilleur film étranger. Prix des plus mérités ! Pourtant, cet Oscar aurait pu revenir, aussi bien, à au moins une demi-douzaine d'autres comédies italiennes sorties dans la même période : Une Vie difficile, La Marche sur Rome ou Le Fanfaron l'auraient tout autant mérité , tout comme Le Fédéral, Anni ruggenti ou L'Homme de la Mafia. Car la tempête satirique du siècle s'abattait alors sur l'Italie…

Féroce comédie de mœurs veinée d'humour macabre, Divorce à l'italienne est un classique impérissable, qui plus de 40 ans après sa sortie provoque toujours des éclats de rire inextinguibles. Dans un rôle inhabituel et qui lui va pourtant comme un gant, le versatile Marcello Mastroianni y déploie une force comique peu commune, entouré de protagonistes impayables. Ce film marque aussi une rupture fracassante dans la carrière du réalisateur Pietro Germi, finalement convaincu par son Mario Monicelli de passer avec armes et bagages de son côté de la barricade, c'est-à-dire du drame à la farce… Conversion définitive : à partir de ce moment-là, Germi ne tournera plus que des comédies.

Mais dans sa période "drame social" comme dans sa période satirique, Pietro Germi a toujours raconté de vigoureuses histoires. Lui et son équipe de scénaristes sont des narrateurs vraiment hors pair. Quels conteurs, ces Italiens! Quel sens du récit! C'est merveilleux de voir comment cette histoire s'enclenche telle une machine infernale que rien ne peut arrêter. Grotesque et fantaisiste, l'itinéraire du baron Cefalù* semble pourtant dévaler une pente inexorable…

Et puis quoi, je comprends qu'il craque pour Stefania Sandrelli, le pauvret! Quel canon, cette femme! Je suis tombé amoureux d'elle en regardant Nous nous sommes tant aimés. Mais en 1974 – le fait est d'ailleurs glissé en passant dans le film de Scola – le divorce était définitivement enchâssé dans la loi, suite à un houleux référendum d'initiative populaire. Donc, même si j'avais été marié (à 16 ans!), si j'avais osé déclarer ma flamme à la belle Stefania, je ne me serais pas heurté aux difficultés considérables du malheureux Cefalù…

Les Français – pour ne rien dire des Britanniques – regarderont évidemment de haut ces Italiens "backwarded" (reculés…) qui n'ont eu définitivement le divorce qu'en 1974. À cela, je rétorquerai qu'on est toujours le backwarded de quelqu'un, selon le dossier qu'on considère… Quand la peine de mort a-t-elle été abolie en France, mmh? Et en Angleterre? Sachez qu'en Italie, c'était en 1945. Alors? On fait moins les fanfarons? On a perdu sa vis comica? D'autant plus que 1945, c'est la 2e abolition de la peine de mort en Italie. La première fois, c'était en 1890 ! Elle avait été rétablie en 1922 par les fascistes…

Imaginer une bonne histoire et la raconter restera toujours l'alternative idéale aux grands discours. Comme le disait Hannah Arendt : « Aucune philosophie, aucune analyse, aucun aphorisme, quelque profonds qu'ils soient, ne peuvent se comparer en intensité et en plénitude avec une histoire bien racontée ». Que les politiques, que les militants de tout poil aiment ça ou pas, Divorce à l'italienne a fait plus pour le oui** au référendum sur le divorce que tous les articles enflammés parus à l'époque dans la presse de gauche d'une part et la presse libérale d'autre part.

La chose est d'ailleurs illustrée dans le film, au cours d'une scène inénarrable : alors que tout le monde dans les environs sait que Cefalù est cornuto (cocu) et chuchote dans son dos, et qu'on se demande quand il va enfin se décider à laver son honneur, voilà qu'un militant communiste, un blondinet venu du Nord, avec foulard rouge et petites lunettes rondes, vient faire son speech sur la piazza du bourg…

Hélas, comme je n'ai jamais retrouvé ce film en VHS et encore moins en DVD, je ne saurais vous le livrer mot pour mot, n'ayant à ma disposition que la V.O. italienne. Enfin bref. Comme les Siciliens, en connaisseurs, apprécient les beaux discours, les voilà qui font cercle et l'écoutent avec attention. Encouragé, le jeune homme se risque même à parler condition féminine – « prenons exemple sur nos camarades chinoises…» – et conclut que la séparation, dans un cas pareil, est la solution civilisée, progressiste; que le moment est enfin venu d'en finir avec ces vestiges du passé qui… etc. Mais il fait la gaffe de conclure par une question :

« Alors, camarades, que disons-nous à Mme Cefalù?»

La foule : « Nous disons…» (Scandant en chœur) : «C'est une pute !! C'est une pute !! C'est une pute !! C'est… »

Plan sur le visage du pauvre militant tout déconfit !

Pour connaître les autres blagues, votez pour la réédition en DVD de ce film hilarant !

Arca1943

(*) Mais rappelons la 14e des «Dispositions transitoires et finales» de la Constitution italienne (Première République, toujours en cours) : « Les titres de noblesse ne sont plus reconnus ».

(**) J'ai simplifié pour la bonne cause. En fait, la loi du Référendum d'initiative populaire (adoptée lors de la Constituante de 1946) spécifie que ce type de référendum est abrogatif : il sert à abolir une loi, non à en introduire une nouvelle. Suite à l'adoption par le Parlement d'une loi autorisant le divorce, un référendum fut lancé en 1974 par le Parti démocrate-chrétien (alors principal parti de gouvernement) pour l'abroger. Mal lui en prit, car les voix des électeurs de tradition libérale se conjuguèrent alors à celles de la gauche pour faire passer définitivement le divorce avec une écrasante majorité. Donc, même si je n'en ai pas le libellé exact, en substance la question était : « Voulez-vous abolir la loi no X autorisant le divorce? » Ceux en faveur du divorce devaient donc répondre : « Non. »


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De adonhiram, le 27 octobre 2004 à 11:08
Note du film : 5/6

Indispensable dans une DVDthèque digne de ce nom.


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De Arca1943, le 21 avril 2005 à 19:11
Note du film : 6/6

Il est inexplicable, en effet, que ce joyau ne soit pas sur DVD. Mais bon sang, que font les éditeurs?


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De Impétueux, le 21 avril 2005 à 19:23
Note du film : 6/6

Où avais-je la tête ? J'ai vu ce film à sa sortie en France, vers 1962, et je me rappelle encore le concert de rires et d'exclamations de la salle….

L'Italie nous paraissait alors un pays absolument incongru, mais tellement délicieusement imprévisible ! (est-ce que ça a tellement changé, il est vrai ?)

Quoi qu'il en soit, voici mon vote et mon appui !


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De Arca1943, le 24 avril 2005 à 01:50
Note du film : 6/6

Incongru ? Comment ça, incongru ? Cette jeune république aux petits problèmes ici et là est décidément bien incomprise. Et puis, on est toujours l'incongru de quelqu'un, vous savez. Et si les spectateurs Français de Divorce à l'italienne avaient bien le droit de se payer la tête de ces Italiens qui, encore en 1961, n'avaient toujours pas de loi autorisant le divorce, on peut aussi – mutatis mutandis – être incliné à penser que le grand succès commercial remporté en Italie par Le Témoin a dû être une bonne occasion pour le public italien de bien se marrer des Français qui, en 1978, n'avaient toujours pas aboli la peine de mort…

Alors, un point partout ?

Arca1943


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De Impétueux, le 24 avril 2005 à 23:09
Note du film : 6/6

J'avais tout de même pris la précaution, avant de me lancer dans une vile provocation, de lire votre excellente critique et de bien relever le parallèle relativisant l'absence, en Italie, de toute possibilité de divorce par un rappel de la suppression dans le même pays de la peine de mort bien plus tôt qu'en France !

Que l'Italie, à mes yeux d'adolescent immature du début des années Soixante ait paru "incongrue" ne pouvait que me la rendre à la fois plus proche et plus chère…


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De Arca1943, le 25 avril 2005 à 23:16
Note du film : 6/6

C'est vrai, vous avez raison. Si certains sont impétueux, pour ma part je suis un brin ombrageux. D'autant que j'avais pris la précaution de désamorcer les ricanements (prévisibles) dans mon courriel initial et que je me répète un peu, ici. Mais l'important, c'est de discuter de Divorce à l'italienne, de telle façon que ce titre reste en haut de la liste du forum, en sorte que si un éditeur venait à surfer sur ce site, il se dirait : « Tiens! Divorce à l'italienne! C'est vrai, je n'y avais pas pensé! »

Arca


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De Arca1943, le 4 juillet 2005 à 01:06
Note du film : 6/6

Tiens, j'ai appris une excellente nouvelle en surfant sur le Net : la version restaurée de Divorzio all'italiana diffusée en Italie sur DVD comporte des sous-titres français !


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De verdun, le 4 juillet 2005 à 01:33

Oui et il en est de même pour SEDUITE ET ABANDONNEE et SALVATORE GIULIANo de Rosi!


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De spontex, le 4 juillet 2005 à 10:10

Merci, j'ai ajouté l'information !


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De pitchou623, le 27 octobre 2005 à 21:58

j'ai adoré ce film!!!!!!!!!


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De vincentp, le 17 juin 2006 à 22:55
Note du film : 6/6

Film impressionnant effectivement, par son interprétation, le sujet développé – quelle féroce et lucide description des us et coutumes de la société sicilienne, et au-delà italienne-, la mise en scène bien sûr, et l'usage de toute la panoplie des ressorts comiques possibles et imaginables. L'église de l'époque (mais aussi l'ensemble des institutions locales) en prend pour son grade et est ridiculisée notamment par les inserts de la dolce vita montrant les paroissiens désobéir au prêtre (il faut être gonflé pour montrer Mastroianni regarder un film dans lequel il est lui-même acteur) ! Germi se moque à l'avance de la façon dont son propre film sera reçu… Lucide et brillant !


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De paul_mtl, le 17 août 2007 à 14:22
Note du film : 6/6

La version speciale (Zone 1) de Criterion, sortie en 2005, contient un 2e dvd avec des documentaires interessants sur le film, le réalisateur et des interviews d'acteurs (Stefania Sandrelli). La qualité de restauration du film m'a semblé excelente comme à ce qu'on s'attend habituellement de cet éditeur réputé.

Je l'ai emprunté à la BANQ juste pour ces documentaires/ interviews que je n'avais pas vu. Hein ? non je ne plaisante pas ce sont les initiales de Bibliothèque et Archives Nationales du Québec. On y trouve de nombreux tresors comme ce film.

Excelente comédie.


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De vincentp, le 3 juillet 2008 à 16:43
Note du film : 6/6

Mais il n'a toujours pas été edité en France ? Arca, en savez-vous plus ?


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De Arca1943, le 3 juillet 2008 à 17:06
Note du film : 6/6

Ce qui est vraiment crétin, c'est que depuis plusieurs années, la FNAC propose à ses clients l'import Zone 1 de Criterion avec sous-titres anglais seulement, tandis que pendant tout ce temps, Divorce à l'italienne était sorti sur DVD en Italie AVEC SOUS-TITRES FRANÇAIS !! (De même d'ailleurs que Séduite et abandonnée, autre excellent cru du même Germi). Alors, on importe depuis l'autre côté de l'Atlantique, en anglais, mais du pays juste à côté, où ce DVD Zone 2 est disponible avec l'option francese, pas question !! Ces distributeurs de DVD ne sont pas des lumières, c'est le moins qu'on puisse dire. Ça me rappelle irrésistiblement un passage d'Astérix (La Grande traversée, je crois) où Ordralfabétix, marchand de poisson d'un petit village d'Armorique que nous connaissons bien, se fait donner l'ordre d'aller pêcher parce qu'il faut du poisson pour fabriquer la potion magique. « Mais… quel rapport entre la mer et mes poissons !? J'ai le respect du client, moi, môssieur ! Je ne vends pas un produit sans garantie de qualité ! Mes poissons sont acheminés depuis Lutèce, par chars à boeufs !! »


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De Arca1943, le 13 janvier 2010 à 22:09
Note du film : 6/6

Ils y ont mis le temps : toute une décennie (les années 2000) à attendre que les éditeurs allument enfin et nous sortent ce célèbre classique de la comédie à l'italienne sur DVD Zone 2. Cette fois, c'est fait : sortie le 10 mars ! Qu'on se le dise !


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De Impétueux, le 6 mai 2010 à 14:42
Note du film : 6/6

Qu'est-ce que c'est bien, qu'est-ce que c'est narquois, drôle, féroce, mais jamais méchant, ce Divorce à l'italienne à l'intrigue apparemment si désuète, apparemment si datée (la revendication du divorce dans l'Italie du début des années Soixante) et à la pertinence, à l'actualité évidentes !

C'est toujours rosse, toujours subtil, même lorsque Germi ne mégote pas avec les ingrédients habituels de la farce. Récurrence des séquences où Agnese (Angela Cardile), la sœur du baron Fefè Cefalù (Marcello Mastroianni) est surprise en situation scabreuse avec son soupirant Rosario Mulè (Lando Buzzanca), les fantasmes assassins où Féfè rêve de la façon dont il pourrait zigouiller sa femme Rosalia (Daniela Rocca), la poignardant, l'enfonçant dans des sables mouvants, la livrant à une balle perdue d'un règlement de comptes maffieux.

Toujours subtil, parce que jamais dupe : la balance est égale dans le sarcasme, que ce soit à l'égard du curé d'Agromonte, qui appelle en chaire à voter pour la Démocratie chrétienne ou tonne contre l'impudicité de La Dolce vita ou à celle des militants du Parti communiste, avant-garde militante du Progrès, exclusivement composée de machos qui dansent entre eux, faute de femmes et qui, dans une séquence hilarante, traitent de Putana ! Rosalia qui s'est enfuie pour vivre son histoire amoureuse…

Finesse, rythme, musique sautillante, légère, capricante de Carlo Rustichelli, jeu exceptionnel de Mastroianni, époustouflant en séducteur gominé, gommeux, soucieux, satisfait, important, montant une machinerie compliquée pour se débarrasser de Rosalia, lui cherchant un amant possible, la promenant dans la pudibonde (mais alléchée) Agromonte en robe moulante, la montrant à l'opéra ou à l'église jusqu'à ce que, miraculeusement, son amour de jeunesse survienne et que le piège se referme.

G]Si Mastroianni est superbe, si Daniela Rocca joue les idiotes énamourées et frustrées à merveille, Stefania Sandrelli n'est que jolie, jusqu'à la dernière scène, profondément jouissive ; mais la galerie des personnages secondaires, de l'une et l'autre des familles, et tout autant de la ridicule bourgeoisie d'Agromonte, mielleuse, hypocrite, cruelle, d'une médiocrité rassise et satisfaite est remarquablement bien dépeinte…

Et puis des vues bien belles sur l'Italie du Sud, sur la Sicile, qui me semblent bien plus réussies que celles de l'ennuyeux Guépard ; l'enterrement de Don Gaétano (Odoardo Spadaro), la grave harmonie des cuivres, les amis qui tiennent les cordons du poêle, la famille éplorée, les femmes endeuillées, les hommes graves, c'est magnifique.

Un film brillant, drôle, nerveux ; un vrai plaisir !


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De Arca1943, le 10 janvier 2013 à 20:58
Note du film : 6/6

Ce qui fait que ce genre de film passe l'épreuve du temps malgré son thème apparemment d'époque, c'est que le recul instauré par le regard satirique agit comme substitut à celui que procure le passage du temps: si l'on décidait aujourd'hui de faire une comédie d'humour noir située dans la Sicile de 1961, dans l'Italie de 1961, qu'aurions-nous vraiment de plus à en dire qui n'ait été dit alors par ces champions toutes catégories du gnothi seauton ? Tout est déjà dans Divorce à l'italienne ou dans Le Fanfaron !


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