Belle rééditiion, qui permet d'apprécier le film dans les meilleures conditions possibles. Il a plutôt bien vieilli, tout ce qui est déco et costumes est impressionnant, le travail sur les visages (qui semblent sortis de toiles d'époque) est magistral et l'adaptation du roman assez réussie. C'est curieusement la mise en scène qui pèche un peu, avec des séquences figées, un abus du zoom vraiment dommageable et un montage parfois trop elliptique ou haché. Tout du long, on sent que Connery est "tenu", il retient ses sourires ironiques, son oeil qui frise, tente d'être crédible en moine (quand il envie l'expérience sexuelle du jeune Slater,
on a un peu de mal...), mais s'en sort bien. Le "must" c'est Ron Perlman,
exceptionnel en Quasimodo difforme, parlant une sorte d'espéranto absurde : il est incroyable !
Bref, une oeuvre estimable, dont la grande qualité est que malgré les aléas de ses copros européennes, elle ne fait jamais "europudding".
Le film « ne fait jamais "europudding" », dites-vous. Amusante expression, que je ne connaissais pas. Quant à savoir pourquoi, je crois que si cette production ne fait pas europudding, cela tient entre autres à l'expertise et à la personnalité de son producteur : Franco Cristaldi,
vraiment un grand monsieur doté d'un flair peu commun, qui tout au long de sa productive carrière - (du Pigeon
à Cinéma Paradiso
en passant par les films de Francesco Rosi
- a toujours su mettre une main de fer dans un gant de velours pour manoeuvrer au plus près entre les nécessités artistiques et les nécessités commerciales.
Pour l'anecdote, certains affirment que c'est lui qui est portraituré par Ugo Tognazzi
dans La Terrasse
de Scola
.
Arca1943
Si je me souviens bien, le portrait qui était fait du producteur dans "La terrasse
" n'avait rien de flatteur... On le voyait glandouiller dans sa piscine et miner le moral de son scénariste (Trintignant
) en lui demandant, à chaque idée que celui-ci lui soumettait : "ça fait rire ?", jusqu'à le rendre complètement fou.
J'aimerais bien le revoir, ce film...
C'est qu'un portrait flatteur n'a pas sa place dans un film satirique ! Mais moi, je m'étais pris de sympathie pour ce personnage dont on finit par saisir qu'il fait exprès d'en remettre dans le genre ignare et butor juste pour énerver les damnés intellos de gauche que son travail l'oblige à fréquenter... Et puis, c'est vrai que Tognazzi
rend fou le scénariste (Jean-Louis Trintignant
) en lui demandant tout le temps «Ça fait rire?» et «Qu'est-ce qu'il fait Sordi?» à tout bout de champ; mais c'est le scénariste qui l'a d'abord rendu fou en lui promettant depuis huit mois un scénario dont il n'a pas été fichu de pondre une seule ligne... Par contre, quand le même scénariste en vient aux mains en plein restaurant avec le critique de cinéma qui méprise la comédie (Stefano Satta Flores), là je suis de son bord à 100% ! Allez Trintignant, colle-lui en une! Pète lui la gueule, à ce taré !
Arca
Faillot !
Mais elle n'a pas tort : c'est excellent ! Et si elle lit, tu lui offres le livre de Umberto Eco. Le film en est une super adaptation. Il est même difficile de concevoir l'un sans l'autre mais sur la même base ils sont très différents et se complètent parfaitement.
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