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Forum : L'Horloger de Saint-Paul

Sujet : Curieux film


De vincentp, le 21 décembre 2009 à 22:00
Note du film : 3/6

3,5/6 Ce film se laisse globalement regarder, des plans de qualité montrent une cité sous ses différentes facettes (très belle photographie de Pierre-William Glenn, probablement l'aspect le plus intéressant du film), mais hélas, quelque chose ne fonctionne pas dans cette histoire.

Tavernier a visiblement des ambitions (raconter la vie des petites gens dans leur monde professionnel et familial) mais n'y arrive pas vraiment. Il manque un peu de tout, du fond et de la forme. De la crédibilité, de l'émotion, du suspens. On a le sentiment d'une oeuvre superficielle, qui aborde les choses en surface. Le cinéaste ne domine pas son sujet. Pire, il verse par moment dans le grandiloquent, et dans l'involontairement risible. La comparaison avec les films de Sautet, chroniqueur de classes émérite des années 70, est particulièrement défavorable à Tavernier. Sans parler d'autres cinéastes français de cette époque comme Truffaut, Rohmer, Malle, Rivette, Pialat, Chabrol, ou Resnais, qui ont fait infiniment mieux.

Tavernier est sympathique, et marquera sans doute la mémoire des cinéphiles pour cette caractéristique, ses critiques avisées sur le cinéma américain…, mais certainement pas pour son oeuvre cinématographique, qui semble aujourd'hui balayée par le passage du temps, comme la marée montante peut emporter un château de sable.

Nb : il ne s'agit pas ici de "démonter" un cinéaste, ce qui n'a aucun sens, mais simplement d'exprimer un avis sans la complaisance que l'on retrouve ici ou là. On peut bien sûr ne pas partager l'avis -totalement personnel et subjectif- qui précède.


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De Arca1943, le 22 décembre 2009 à 12:15
Note du film : 4/6

C'est surtout beaucoup déduire, il me semble, à partir d'un premier long-métrage. Retournons voir le premier long-métrage de Claude Sautet, pour voir…


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De vincentp, le 22 décembre 2009 à 12:59
Note du film : 3/6

Je déduis de ce que je vois entre le premier et le dernier long-métrage de l'auteur ! Beaucoup de caractéristiques communes. Je rangerais l'auteur dans la catégorie des déménageurs de pianos, pas dans celle des pianistes. Il me semble dépenser beaucoup d'énergie pour un résultat modeste, à l'écran tout du moins.

Mais que ceci n'empêche personne d'apprécier les films de Tavernier… Il en faut pour tous les goûts. Et mes attaques, répétons-le n'ont rien de personnel. Elles sont simplement d'ordre "artistique".

J'ai moi-même des débats avec un ami qui n'apprécie pas Walsh ou Huston, parce que les cahiers du cinéma en ont dit beaucoup de mal dans les années soixante. Sa réaction me parait complètement stupide et je lui ai dit.


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De Impétueux, le 5 mars 2011 à 19:13
Note du film : 4/6

Je suis assez d'accord avec ceux qui estiment que Bertrand Tavernier est un bûcheron illuminé d'un amour profond pour le cinéma qui, grâce à cette passion a, ici et là, semé quelques films admirables (Que la fête commence,Coup de torchon, La vie et rien d'autre, Capitaine Conan), réaliser quelques grands succès intéressants (L.627, L'appât) et quelques ratages accablants (La passion Béatrice, Daddy nostalgie)

Le premier long-métrage de Tavernier est plein de défauts, dont certains sont insurmontables, mais aussi chaleureux, fervent, sympathique. Le réalisateur, toujours aussi brûlant de ferveur aujourd'hui que naguère, mais à qui la vie a appris que les choses sont moins simples qu'il ne pensait lors de ses années gauchistes, imaginait alors qu'il tournait L'armée des ombres lorsqu'il représentait la France prospère des années Pompidou sous les oripeaux d'une dictature insupportable. Aux plus beaux moments des Trente Glorieuses, des militants maoïstes croyaient pouvoir vivre une Commune insurrectionnelle et estimaient qu'il était légitime de zigouiller les patrons (et les plus cinglés ont créé Action directe !) et se débarrasser de leurs chiens de garde, agents de sécurité, milices patronales assoiffés de sang prolétarien.

L'horloger de Saint-Paul est, donc, une adaptation d'un roman (de 1954) de Georges Simenon, qui se passe aux Etats-Unis et dont tout le ressort réside dans les rapports singuliers, et les difficultés de communication, et de compréhension, qu'ont un père et son fils, jusqu'alors opaques l'un à l'autre, et dans le rapprochement qui survient lorsque le fils, présumé assassin, est poursuivi par toutes les polices et que le père, sage et rassis artisan, se range définitivement aux côtés de son fils. Ça n'a pas d'autre souci que de décrire les relations complexes de deux êtres que tout réunit et que tout oppose, le père aimant mais absent et débordé, le fils, affectueux et lointain.

Tavernier transpose l'intrigue dans la France de 1974 et y introduit une dimension militante. Le fils (Sylvain Rougerie, qui a la physionomie ambiguë qui convient) a tué un vigile, gluant et douteux, haï par tous les ouvriers de l'usine où il travaillait et qui, de surcroît, a posé ses sales pattes sur sa fiancée (la lumineuse Christine Pascal) ; c'est vraiment l'époque où la Lutte des classes prend des dimensions violentes : on ne peut pas ne pas penser, dans l'évocation des conflits, aux haines de l'époque : en février 1972, le militant maoïste Pierre Overney, qui manifeste violemment devant les usines Renault, à Billancourt, est tué par un vigile, Jean-Antoine Tramoni ; et ce qui est extraordinaire, ce qui marque que le futur est toujours prédit par les écrivains et les artistes, et non par les futurologues, c'est que Tavernier imagine, en 1974, ce que sera en…1977 l'assassinat de Jean-Antoine Tramoni, meurtrier d'Overney, par les Noyaux armés pour l'Autonomie prolétarienne (NAPAP)…

Tout ceci, qui est bien daté, a terriblement mal vieilli, et ferait même un peu rire (nonobstant la tristesse des situations), tant c'est emphatique et solennel ; mais demeure l'extraordinaire photogénie de la ville de Lyon, magnifiée par Tavernier, qui en est issu : ses rues mouillées, ses soleils obliques, ses traboules, ses cheminements secrets, l'architecture toscane de ses immeubles, tout est merveilleusement mis en valeur ; comme est mise en valeur la tradition gourmande de la ville : dans L'horloger de Saint-Paul, on aurait presque du mal à dénombrer les scènes qui se tiennent à table, tant elles sont nombreuses et voluptueuses : salade de bœuf (qui manque un peu d'oi-gnons, dit Noiret, dans un moment superbe), cervelles de canut, clapotons, tabliers de sapeur… on se croit dans un bouchon…et c'est bien agréable !


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De Pianiste, le 28 novembre 2014 à 07:47

Je viens de revoir L'horloger de Saint-Paul et ce film auquel je porte un grand intérêt sera toujours pour moi le plaisir de retrouver Lyon, qui est tout simplement ma ville natale. Je ne peux que redire mon admiration devant le duo formé par les talentueux Philippe Noiret et Jean Rochefort. Ils sont très justes dans leurs rôles et leurs dialogues sont vraiment savoureux. Ce père se pose beaucoup de questions concernant son fils. Il croyait le connaître et le voilà apprenant que celui pour qui il a choisi de se battre a tué un homme. Face à ce cruel destin, sa vie va basculer dans un cauchemar sans réveil. On a aussi le plaisir de retrouver des endroits pittoresques de la cité, comme le Parc de la Tête d'or et son enclos rempli de daims. Et puis il y a les célèbres bouchons lyonnais qui nous mettent en appétit. Enfin bref, tout est là pour passer un très agréable moment.

Un film comme on aimerait en regarder plus souvent….


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