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Sujet : Charmant petit monstre


De Impétueux, le 29 novembre 2009 à 20:04
Note du film : 5/6

Charmant petit monstre, c'est ainsi que François Mauriac appelait Françoise Sagan. Peut-on en dire autant de Lucile (Catherine Deneuve) qui vit avec Charles (Michel Piccoli) une existence élégante, agréable, oisive, ponctuée de dîners dans de beaux endroits, de sorties au théâtre, d'après-midi faciles, ponctuée, aussi, de robes ravissantes et de bijoux de grands joailliers ? Lucile qui, sur un coup de cœur, part vivre avec Antoine (Roger van Hool), jeune homme frêle employé dans l'édition, greluchon d'une très pimpante encore et toujours très riche veuve, Diane (Irène Tunc) ?

Monstrueuse, Lucile, qui, les premiers feux de la passion passés et devant la nécessité de travailler pour vivre, ou même de ne plus travailler, mais de vivre une existence qui lui parait parcimonieuse et limitée, revient alors graduellement vers Charles et, aux derniers moments du film, abandonne vraiment Antoine, parce que c'est ainsi, qu'elle est faite pour ça, pour la vie de luxe et de paresse que Charles lui assure ? Monstrueuse, ou plutôt dénuée de l'hypocrisie qui eût fait que l'amour tsoin-tsoin résistât à la dure réalité des choses ?

Parce que lorsque l'on a passé du temps dans les beaux lieux de Paris (le film s'ouvre sur les images de la rue de Rivoli aux abords des Tuileries, la rue de la Paix, une calme avenue de Neuilly, le pont Alexandre III), est-ce qu'on peut concevoir de venir vivre autrement que pour une tocade dans une petite chambre mansardée sous les toits de Saint-Germain des Prés et – pire ! – d'envisager de devoir emménager dans une barre d'immeuble anonyme sous le prétexte qu'on porte un enfant en soi ?

Cet enfant-là n'a pas de place, et d'ailleurs, n'en aura pas ; il serait incommode, dans une vie tout entière gouvernée par quelques mots de Faulkner dégottés dans Si je t'oublie, Jérusalem et qui sont l'évidence de cette vie : C'est l'oisiveté qui engendre les vertus les plus supportables…. Dès lors, que peut-on reprocher à quelqu'un qui est si évidemment fait pour le polo de Bagatelle, les pelouses du Racing, et les bijoutiers de la place Vendôme ? C'est bien beau qu'Antoine, qu'elle aime, ou croit aimer, elle qui n'aime que son genre de vie, c'est bien beau qu'Antoine lui conseille d'aller voir un film de Bergman et se fiche que sa veste soit mal coupée : ce n'est pas le goût profond de Lucile qui s'étiole, s'affaisse, s'embrunit, comme une plante malade, alors qu'en retrouvant sa vraie place, lors du concert chic, où elle reporte une robe de Saint-Laurent, elle resplendit à nouveau de beauté…

La chamade est un film terriblement vrai, terriblement lucide, terriblement indifférent à la morale commune et terriblement porteur d'une évidence sèche : à la vie d'amour et d'un peu plus que d'eau fraîche (Antoine n'est pas chiffonnier d'Emmaüs, tout de même !), il n'est pas absurde de préférer une vie d'amour plus sage et de champagne millésimé…

Les calmes certitudes du roman de Françoise Sagan sont extrêmement bien rendues par le talent d'Alain Cavalier, qui filme avec beaucoup de grâce et d'intelligence un monde aussi léger et superficiel que tous les autres mondes, mais qui, au moins, a du goût, de la tenue, de l'élégance… Meubles Knoll, costumes Renoma ou Arnys, homosexuels discrets (parfait Jacques Sereys), impression que rien ne peu se passer d'épouvantable autrement que les habituels (donc rassurants) égarements du cœur et de l'esprit…

La chamade est un film de 1968 ; c'est peu dire qu'on n'y aperçoit rien des événements du printemps…. le sujet de Françoise Sagan, c'est évidemment les multiples ruses que l'homme emploie pour lutter contre la solitude, jamais la trivialité de la révolution…


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