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Forum : Retour à la vie

Sujet : Voilà un thème intéressant

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De Arca1943, le 18 mai 2009 à 17:21

Je vote pour ce film à épisodes signalé par l'indispensable Impétueux. Ce thème du retour à la vie normale après les horreurs de la guerre, des camps et des déportations est très prometteur. Du même sujet, Wyler a tiré le magnifique The Best Years of our Lives et Francesco Rosi, La Trève


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De Impétueux, le 18 mai 2009 à 19:56
Note du film : 4/6

Inutile de voter, cher Arca, puisque le DVD est paru il y a quelques années chez René Chateau (sur le site de qui il est disponible) ; les cinq sketchs sont inégaux mais le thème est effectivement fort intéressant.

J'en reparlerai !


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De Romuald, le 22 mai 2009 à 15:59
Note du film : 4/6

Voilà un film , très inégal patchwork de cinq "sketchs", proposés par cinq talentueux cinéastes, qui nous donne à réfléchir sur le sens de la guerre, que nous l'ayons faite ou pas. Les morales à en tirer y sont multiples tant il est vrai que pour ceux qui sont restés, The show must go non…..

Cinq retours de guerre, cinq retours à la vie, autant de façons de "comprendre la guerre" (ou du moins d'essayer ) et d'apprendre la fragilité de nos convictions, la hauteur du muret qui sépare la tragédie du burlesque, et de mettre à bas des siècles d'idées reçues.

Le retour d'Emma nous est proposé par Cayatte. Emma revient des camps. Elle retrouve une famille peut scrupuleuse de son repos. Tantes, oncles, neveux et nièces, pressés d'en finir avec un héritage qui n'attendait que la signature de la revenante. Ce qui m'a fasciné, dans ce premier volet, c'est la beauté de cette femme décharnée, Madame de Revinsky reposant dans la pénombre, à même un matelas posé sur le sol. Dans ce merveilleux noir et blanc, cher à notre cinéma, Tante Emma incarne "formidablement" l'horreur que l'on imagine. Elle se tait. Elle est belle comme une femme et comme tous ceux qui reviennent un jour….Ses yeux clos racontent, crient, dans un silence assourdissant. Car elle ramène avec elle le silence qui règnera à jamais dans les camps libérés… Bernard Blier, le neveu empressé de rentrer dans son argent, pénètrera dans cette chambre et dans son épuisement, comme on profane un tombeau. La signature chérie et tant attendue, récupérée, il rejoindra le clan des vivants, braillant leurs bassesses et leur institution divine : l'argent . Emma, dans sa nuit encore douloureuse laissera passer cet orage de dégout. Et à notre grande surprise, nous entendrons, très faiblement, le son de sa voix lorsqu'elle s'inquiètera de savoir comment son chien est mort….

Puis, André Cayatte fera sur son beau visage, une fondue très lente qui la remportera dans sa nuit. Il est à croire qu'elle préfèrera cette nuit là, au crépuscule des vivants….

Je m'en tiens à ce premier volet. Notre ami Impétueux nous en dira (il l'a promis) plus sur ce film. Et je ne doute pas qu'il le fera très bien, mais je voulais dire un mot sur cette séquence qui m'a toujours donné le frisson…

                           pour \Lagardère

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De Impétueux, le 23 mai 2009 à 17:18
Note du film : 4/6

Vous êtes bien aimable, Lagardère de me laisser la main et de me faire me coller au commentaire d'un film vraiment – vous l'avez dit ! – très inégal, dont les notes des segments, si la chose était possible, oscilleraient, à mon sens de 1 à 5. Mais il est vrai que c'est la loi du genre !

Même si je n'apprécie jamais beaucoup Cayatte, souvent aussi lourd et démonstratif que le sera plus tard son épigone Boisset, je dois bien reconnaître que la première histoire – Le retour d'Emma – est assez poignante ; alors même que le prologue des cinq récits montre des tas d'images heureuses de libération des camps, de gares envahies par des prisonniers et des familles tout à la joie des retrouvailles, on est assez vite glacé, dans le capharnaüm chichiteux d'un appartement petit-bourgeois, devant ce corps presque sans vie, et en tout cas désormais sans souffle, de la rescapée de Ravensbrück, devant qui s'agitent des neveux très ordinaires de médiocrité. Tout ce petit monde a survécu, sans aucun héroïsme, sans beaucoup de fierté mais – on peut l'espérer – sans trop de dénonciations de résistants ou de Juifs – pendant les temps difficiles ; il y a eu besoin d'imiter la signature de la déportée, lors du partage d'une indivision : personne n'a été spolié, sans doute, ou à peine, mais il faut désormais entrer au plus vite dans les clous.

Et ce qui est le mieux fait… c'est cette justesse assez obscène que chacun, placé dans la même situation, agirait à peu près de la même façon… La signature régularisatrice de Tante Emma, il faudra bien qu'elle la donne… Alors, si elle peut le faire le plus vite possible, ça rassurera tout le monde… Et elle peut le faire… Elle est déjà si loin… Comment partager une expérience indicible ? Acteurs impeccables, beaux-frères et belles-sœurs suant de haine et de mépris réciproque, Bernard Blier, Helena Manson, Lucien Nat, Jane Marken… des visages banals de médiocrité, pour une histoire d'évidences cruelles, mesquines et crapoteuses…

Le second épisode, le retour d'Antoine (François Périer) est une bluette insignifiante, réalisée par Georges Lampin, qu'on connaîtra mieux inspiré, dans Les anciens de Saint-Loup. Après le propos cruel qui ouvrait le film, sans doute le concepteur de Retour à la vie, (le producteur Jacques Roitfeld) s'est-il dit qu'il fallait détendre l'atmosphère : c'est alors une histoire un peu douteuse de barman de nuit d'un hôtel où sont logées des femmes-officiers de l'armée américaine. Douteux et niais. À oublier.

Le troisième récit est, il me semble, le plus long et le plus complexe : on y trouve tout Clouzot, la façon de faire exister ensemble des gens très différents, comme dans L'Assassin habite au 21 et l'interrogation sur la nature du Mal, comme dans Le corbeau : dans un caravansérail coloré, ancien hôtel de passe où cohabitent réfugiés et prisonniers de retour des camps, Jean (Louis Jouvet) est revenu brisé et cassé, moins encore dans son corps, qui n'est pourtant pas très vaillant, que dans son âme, meurtrie par l'horreur. Ça commence presque en satire des planqués, des vertueux et des grincheux (l'inévitable Noël Roquevert) mais ça s'achève en tragédie : deux Allemands prisonniers et blessés se sont enfuis et réfugiés dans l'hôtel, l'un d'eux dans la chambre de Jean qui voit en lui davantage un homme qu'un ennemi, d'autant qu'il a l'air d'un brave type, est professeur de langues, etc

Mais c'est aussi, l'apprend-on vite, un des tortionnaires de la Gestapo locale, un de ces méticuleux employés à qui la guerre et les circonstances ont donné l'occasion d'exalter le goût de l'abominable qui est en lui – comme il est en chacun de nous ! – avec toutes les justifications requises : On ne peut s'arrêter avant que l'Autre ait parlé, sinon les coups déjà donnés n'ont pas de sens ! … Il y a là, sur une des questions vraiment graves qui agitent les Hommes, une scène d'une très belle hauteur de vue, et dans quoi Jouvet est impérial. Cela aurait pu, en tout cas, constituer tout un film…

Mais il fallait achever Retour à la vie ; on a donc encore deux histoires assez bien faites, l'une et l'autre tournées par l'aimable Jean Dréville, le bon artisan de La cage aux rossignols.

La première, Le retour de René est à la fois gentille et grinçante. René, c'est l'alors célébrissime Noël-Noël, archétype du Français moyen qui porte, comme toujours, le prénom changeant seul, le patronyme de Martin, le plus porté de France. Voilà que René Martin, quinze cent millième prisonnier rapatrié, et comme tel célébré par les Pouvoirs publics lors d'une cérémonie grotesque à la Gare de l'Est, voilà donc que René Martin, artiste dresseur de chiens de son état, découvre en rentrant chez lui que sa femme est partie avec un autre et que son appartement est occupé par des Havrais dont la ville a été détruite par les bombardements. Il n'a plus rien que la tendresse de ses bêtes, qu'un vieil oncle lui a gardées, mais il va retrouver vite l'amour, grâce à la charmante veuve qui vit dans ses propres pièces. Rien de bien fort, là-dedans, sinon quelques rosseries envoyées aux comités d'épuration qui sévissent partout et qui jugent sévèrement les femmes de ménage qui ont, les malheureuses, travaillé à la Kommandatur, où c'était bien payé ! et aux Résistants qui ont pris d'assaut la station de métro Wagram, une heure avant l'arrivée de la Division Leclerc.

La seconde histoire contée par Dréville est plus aiguë, c'est celle de Louis (Serge Reggiani) qui revient dans son village en compagnie de sa jeune épouse allemande. Et l'hostilité des villageois à cette pauvre jeune femme perdue, rescapée de Hambourg ou de Dresde, est d'autant et évidemment plus forte que tous n'ont pas été impeccables durant l'Occupation. Mais il y a aussi un regard sûrement vrai porté sur ces campagnes où pour la troisième fois en soixante-quinze ans, on avait dû durement affronter l'Allemagne et où on n'avait pas forcément le cœur porté à l'indulgence. Il y a une scène, qui n'est pas du tout sotte, où le maire du patelin (Paul Frankeur) accompagné du garde-champêtre et du tambour municipal vient, dans la cour de la ferme de René, lire le long martyrologe de tous ceux qui sont morts au cours des guerres. En 1949, la réconciliation n'est pas chose si simple et on mesure, d'ailleurs, ce qu'il aura fallu de courage au Général de Gaulle et au Chancelier Adenauer pour, en 1963, enterrer solennellement les rancunes…

Doux Jésus ! que j'ai été long, sur un film qui ne mérite pas tant de glose et tant de patience du (très éventuel !) lecteur…. ! Mais je l'ai déjà dit sur un autre fil : ces films-là, si nous n'en parlons pas, qu'est-ce qu'il en restera ?


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De Romuald, le 23 mai 2009 à 21:24
Note du film : 4/6

ces films-là, si nous n'en parlons pas, qu'est-ce qu'il en restera ?

Comme vous avez raison ! Et comme j'ai bien fait de passer la main au diseur que vous êtes ! Après lecture, en rien fastidieuse je vous rassure, j'espère que des âmes jeunes et curieuses -il en reste encore- se précipiteront pour acheter ce genre de films qui en disent si long sur une période de notre Histoire, appelée à disparaître trop vite des mémoires montantes….

                            pour \Lagardère

Je vote quand même parce que le dvd est introuvable. Vous dites qu'il a existé un jour…


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De hvalmit, le 14 juillet 2011 à 19:37
Note du film : 5/6

Franchement, ce réalisateur devrait au moins avoir le privilège d'une intégrale disponible sur Dvd… C'est un manque , certains de ses films deviennent quasiment invisibles !!!!


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De Impétueux, le 14 juillet 2011 à 20:33
Note du film : 4/6

Ce réalisateur devrait au moins avoir le privilège d'une intégrale, écrivez-vous, hvalmit….

Mais de quel réalisateur parlez-vous, en l'occurrence ? Dans Retour à la vie, comme je l'ai abondamment dit, ils sont quatre : Lampin, Dréville, Cayatte, Clouzot

Alors ?


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De hvalmit, le 9 février 2012 à 20:09
Note du film : 5/6

Clouzot , je trouve douloureux de ne pas avoir certains de ses films sous la main.


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De Impétueux, le 9 février 2012 à 22:46
Note du film : 4/6

Lesquels ? Il ne manque que Miquette et sa mère, qui n'ajoutera rien à la gloire de Clouzot, et Les espions, qui est loin d'être réussi, il me semble…


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De hvalmit, le 20 février 2012 à 21:13
Note du film : 5/6

En l'occurrence mon sentiment pour les films de Clouzot est proche de la vénération, le fan perd sans doute un peu de son objectivité . Je tiens donc à voir l'intégrale de ce réalisateur afin de me faire ma propre opinion, et je n'ai jamais réussi à voir Miquette et sa mère…Mais pour le reste je ne partage pas votre scepticisme sur " Les Espions" , c'est à mon humble avis une très belle descente aux enfers en spirale (un peu Kafka, un peu Perutz (le roman "le tour du cadran" )et beaucoup de cette chute inhérente au caractère dépressif de Clouzot) . Le film est certainement plus formel et détaché d'un contexte réaliste que "le corbeau", mais je le trouve loin d'être indigne. Dans l'oeuvre de Clouzot jusqu'à présent , c'est plutôt son Manon qui m'a semblé un peu lourd et balafré d'effets trop voulus…!


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