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Forum : Le Signe du lion

Sujet : Critique


De dumbledore, le 23 mai 2004 à 22:01
Note du film : 3/6

Il est toujours intéressant de (re)voir les premiers films des grands cinéastes. Surtout ceux qui ont une patte très particulière, un univers propre à eux. Ainsi, il est amusant de voir que François Truffaut était tenté avec Tirez sur le pianiste de faire un cinéma plus intellectuel, plus destructuré alors que Jean-Luc Godard au contraire était tenté à la même époque par un cinéma narratif classique.

Pour Rohmer une surprise de cet ordre nous attend avec son premier long, Le Signe du lion. L'histoire est celle d'un américain à Paris, moins Gene Kelly que Norman Mailer ou Henry Miller, toujours sans argent, fêtard et bon vivant, qui apprend la mort de sa tante à héritage. Il fait la fête, rêve de s'en sortir et découvre que sa tante l'avait déshérité. Son monde s'effondre et ses "amis" prennent leurs distances pour laisser l'américain dans sa solitude destructrice.

On est loin des thèmes de Eric Rohmer, loin de la comédie douce, des personnages petits bourgeois qui aiment à parler beaucoup de la vie, de la vivre un peu et de se complaire surtout dans leur petit monde non dénué – heureusement – de contradictions. Avec ce premier film, Rohmer paye sa dette à ses références, au cinéma français Nouvel Vague, très parisien, avec de longs plans de Paris en voiture, en fête ou en terrasse de café. Il prend même un personnage américain comme Jean-Luc Godard l'avait fait avec Jean Seberg (1). Son histoire est un drame, mais un drame du quotidien comme il se doit, mettant comme il se doit également le doigt sur la difficulté de vivre dans la société actuelle.

Le Signe du lion n'est pas un grand film, tout au plus une belle parodie involontaire de la Nouvelle Vague. Seulement, il faut reconnaître que plusieurs scènes laissent déjà deviner le talent du futur grand metteur en scène. La scène de la grande soirée du début est une des plus réussie du film, avec notamment une construction musicale de la scène tout à fait étonnant. En fonction des endroits par lesquels on passe dans l'appartement, on entend des ambiances sonores très différentes qui a pour effet de donner une impression d'"incohésion" totale des invités. La fête tourne à faux. Eric Rohmer prend également son temps dans cette scène, se contentant de jouer par petites couches, par de petits détails pour décrire ces personnages et les faire évoluer les uns par rapport aux autres. Trait de son cinéma qu'on retrouvera dans toute son oeuvre.

(1) Jean-Luc Godard apparaît d'ailleurs dans le film comme un invité de la soirée de deuil fêtarde. Lunette noire, costume, parlant à personne et se contentant de mettre encore et encore le même morceau d'un disque de musique classique.


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De Impétueux, le 9 août 2009 à 23:10
Note du film : 4/6

Le premier long métrage d'Eric Rohmer laisse présager déjà, en 1959, ce cinéma atypique, qui n'est , bien sûr, ni traditionnel, ni vraiment nouvelle vague, un peu comme celui d'Agnès Varda ; d'ailleurs, l'errance dans un Paris très bien filmé de Pierre, parasite léger et généreux n'est pas sans rappeler, sur un autre registre l'errance de Cléo de 5 à 7, deux ans plus tard…

Le signe du lion pourrait presque arriver à ce niveau s'il n'était pollué par l'invraisemblance de l'anecdote, cette histoire d'héritage espéré, tombé du ciel, perdu et retrouvé qui est trop artificielle pour accrocher l'attention ; sans doute cette maladresse de construction est-elle le fait d'un premier film, mais elle agace passablement, en détournant l'attention de ce qui est vraiment la plus belle qualité du film, la capacité à capter le temps qui passe, la brûlure de l'été, la solitude d'un Paris déserté par les amis en vacances, la faim, l'isolement, les pavés mouillés de Saint-Germain des Prés à l'aube, les grands arbres le long des quais de Seine…

Des errances dans Paris, Paris toujours reconnaissable et toujours nouveau, il n'y en a pas tant que ça, il me semble, dans le cinéma français, à part celle de Cléo et celle de Florence (Jeanne Moreau) dans Ascenseur pour l'échafaud ; dans ce film-là, il y a aussi Maurice Ronet, Alain Leroy du Feu follet, dont le périmètre de dévastation est précisément le même, à peu de choses près que celui de Pierre Wesselrin (Jess Hahn) du Signe du lion

Car, et c'est là une chose extraordinaire, par la grande magie du talent d'Eric Rohmer, Jess Hahn, qui fut confiné toute sa carrière dans des rôles de lourdaud musclé, Étasunien forcément balourd, trouve, sinon de la grâce, du moins de l'épaisseur et, malgré un scénario un peu faible, tire très largement son épingle du jeu en dilettante touché par la mouise…

On s'amusera à reconnaître, parmi les visages qui allaient dans la décennie suivante se faire connaître, outre Jean-Luc Godard, dans un rôle aussi emmerdant que le sont ses films, un bien jeune Paul Crauchet, une séduisante Stéphane Audran dans un rôle ingrat, une piquante Macha Méril, Marie Dubois aux yeux qui pétillent… Et la seule qui est vraiment en haut de l'affiche, c'est Michèle Girardon, la délicieuse Brandy d'Hatari, morte bien trop jeune, à 37 ans, et vraiment délicieuse…


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De vincentp, le 10 août 2009 à 05:29
Note du film : 4/6

Errance dans Paris : Céline et Julie vont en bateau, Masculin, féminin, Paris vu par…, Les Quatre cents coups, également. Cela correspond généralement à une certaine époque marquée par une volonté de tourner en extérieur réel sans les contraintes d'autorisation actuelles.


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De vincentp, le 19 décembre 2009 à 21:52
Note du film : 4/6

4,5/6.

La mise en scène de Rohmer est de qualité. On le perçoit dès les premières secondes, quand Rohmer opère, à bord d'un véhicule des effets de mise à distance : la caméra se rapproche ou s'éloigne du véhicule qui le précède, opérant de belles transitions entre plusieurs séquences.

D'autre part, les nombreuses scènes filmées à l'extérieur constituent un témoignage prodigieusement intéressant du mode de vie au début des années soixante à Paris. La vision du CNIT, devant lequel circule un autobus m'a soufflé (je travaille à trois cent mètres de là). L'impression de voyager dans le temps. De découvrir aussi le mode de vie de ceux qui nous ont précédé.

Au-delà de cet aspect, ces scènes filmées en extérieur confèrent à la ville la dimension d'un personnage. Rohmer prend le pouls de la ville, à mon avis de façon fine et admirable. Il y a derrière tout cela, on le sent par moment, une vision du monde. L'individu est montré œuvrant à la fois au milieu de ses semblables, cherchant sa voie parmi eux, tout en étant esseulé et à la merci des aléas, des thèmes que l'on retrouvera plus tard dans La femme de l'aviateur (notamment).

Une belle surprise, ou le talent de Rohmer est manifeste, et l'on ne peut que recommander Le signe du lion à tous.


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De JIPI, le 27 août 2014 à 12:50
Note du film : 5/6

Curieux de dérouler une telle déchéance dans un contexte où tout les voyants économiques sont au vert.

Une capitale croulante de positivisme est visitée, à pied, de long en large, par un exclu soudainement réduit à la rue et à son indifférence.

"Le signe du Lion " néo-réalisme italien à la française, tourné pratiquement en décor naturel, restitue dans un concept nouvelle vague le décalage d'un esprit livré à lui-même, face à un environnement respirant bonne humeur, confort et santé.

Cette solitude insoutenable, vécue par un festif devenu un pestiféré sale et ordurier côtoyant en spectateur des marchés croulants sous les victuailles, annonce dans des clichés pathétiques un cataclysme social programmé pour s'éveiller cinquante ans plus tard.

Un message prophétique angoissant touchant une individualité formatée pour se dupliquer par milliers dans un temps encore assoupi.


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De JIPI, le 27 août 2014 à 12:53
Note du film : 5/6

Les volumétries massives et conviviales de la rue Mouffetard du début des années soixante se sont évaporées. Les commerçants ambulants ou autres disparaissent d'années en années. Aurons-nous dans quelques temps à leurs place l'apparition du Kebab, de la pizzéria et du sushi gangréné?


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