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Forum : Il était une fois dans l'Ouest

Sujet : Ma modeste pierre à l'édifice


De dumbledore, le 6 octobre 2003 à 16:45
Note du film : Chef-d'Oeuvre

Il est des films pour lesquels faire une critique relève de la gageure tellement ils sont riches aussi bien de sens, de formes que d'ouvertures possibles. Il était une fois dans l'Ouest est l'un d'eux.

Pour parler de ce film, on pourrait évoquer jusqu'à plus soif les anecdotes de tournages, les méthodes de travail de Sergio Leone, évoquer le nombre incalculable de scènes mythiques, comme la présentation de Henry Fonda ou bien encore la scène de la gare ou bien pour finir la scène de la mort de Cheyenne.

Nous allons juste parler d'une facette du film : les personnages.

On a longtemps dit avec nostalgie que Sergio Leone avait tué le genre du western en incarnant le western italien qui parodiaient et pervertissaient les codes du genre. Cette analyse est vraie mais dans une moindre mesure. Si les vrais pourvoyeurs furent Sam Peckimpah, Arthur Penn ou bien encore Robert Altman, on pourrait dire que le seul western crépusculaire de Sergio Leone est Il était une fois dans l'Ouest. Seulement, lui ne détruit par le genre pour le plaisir de détruire des codes historiques-sociaux de l'époque. En réalité, il n'enterre pas le western mais le pousse vers des limites qu'il n'avait pas atteintes.

Il était une fois dans l'Ouest est un film tout à la fois sur la mutation que sur le rêve. Le réalisateur prend ainsi 5 figures du Western – le riche propriétaire, l'homme d'affaire pourri, le bandit romantique, le vengeur, la putain – et les met tous dans une situation de remise en question de ce qu'ils sont, les poussant vers d'autres horizons.

Il suffit de regarder ces personnages pour s'en rendre compte. Tous incarnent des rêves d'avenir, tous incarnent à différents niveaux le rêve américain. Franck alias Henry Fonda est un brigand qui veut évoluer vers un rôle politique et économique. La prostituée (Claudia Cardinale) va acquérir une respectabilité en devant un pilier de la nouvelle ville qui se construit. Cheyenne le romantique rêve également de déposer les armes et de se ranger (aux côté de Claudia Cardinale, ce qui est fort compréhensible), etc.

Et tous ces rêves, toutes ces figures de la mutation sociale s'incarnent comme toujours chez Leone dans le décor : une ville qui se construit du début à la fin du film.

A cet égard, on pourrait dire que Il était une fois dans l'Ouest réussit là où Gangs of New York échoue : montrer la naissance d'une nation, le passage de la violence à la société.

Il était une fois dans l'Ouest est aussi le premier film de Sergio Leone qui met en scène un vrai personnage de femme qui éclatera par la suite dans Il était une fois en Amérique pour prendre une figure plus moteur encore. Or ce personnage de femme dans un monde et dans un cinéma machiste est le personnage clé du film. Tous les personnages masculins tournent d'une manière autour d'elle :

Franck avec qui elle couche pour ne pas être tuée, Cheyenne qui est amoureux d'elle mais qui est déjà mort et même Harmonica qui est toutefois trop prisonnier de sa haine vengeresse pour être sauvé. Mais surtout c'est elle qui incarne le futur. « Le futur est femme » pourrait-on dire sauf que Leone ne fait pas dans le féminisme ni bien même dans le romantique. Elle est l'avenir car elle riche de sa force d'adaptation et de sa persévérance, deux qualités qu'on pourrait attribuer aux Etats-Unis.

Dans l'organisation des personnages du film, elle est une femme-soleil entourée de 5 planètes…


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De Impétueux, le 11 septembre 2006 à 15:50
Note du film : Chef-d'Oeuvre

Les savantes gloses qui s'étagent sur le fil de ce film magnifique interdisent au profane de se livrer à on ne sait quelle exégèse nouvelle d'une oeuvre qui a durablement marqué plusieurs générations de cinéphiles.

Mais aimant passionnément comme beaucoup d'entre nous Il était une fois dans l'Ouest et acharné à donner un mot de commentaire à toutes les œuvres qui figurent dans ma liste de films préférés, je me permets un timide message plus consacré à des impressions et des souvenirs qu'à une tentative d'analyse qui ne parviendrait pas à atteindre le moindre niveau de celles excellemment développées par des spécialistes reconnus ou amateurs passionnés du western.

À dire le vrai, il avait fallu presque que des amis me traînent devant ce cinéma du Quartier Latin où, quelques mois après Mai 68, une bonne file de spectateurs attendait patiemment que les portes s'ouvrissent ! Enfant et adolescent, le western n'était pas un genre qui m'avait emballé – au contraire du péplum, par exemple – et ces films italiens du nommé Leone qui commençaient à gagner de la notoriété me disaient encore moins qui vaille ; et d'ailleurs, dans la file d'attente, regardant les photographies exposées, je ne reconnaissais aucun des acteurs, sauf Claudia Cardinale (que je jugeais, par ailleurs, un peu trop pulpeuse à mon goût) et, naturellement Henry Fonda, ce qui me semblait insuffisant.

C'est dire si j'étais motivé, enthousiaste, fébrile, ouvert à l'aventure et à la modernité ! Mais bon ! Mes camarades étaient fans de ce metteur en scène, dont ils avaient apprécié les œuvres précédentes, tournées avec Clint Eastwood et je n'allais pas jouer au vilain petit canard.

Quand le film a commencé, j'ai, pour la première fois de ma déjà longue existence de spectateur, véritablement goûté la poussière de l'Ouest ; le grincement crispant et délicieux de la girouette s’est installé avec une précision telle dans ma tête que, près de quarante ans après, j'entends ses notes distinctement. Et j'ai été saisi d'emblée par la dimension de la lenteur ; une lenteur qui ne dispensait pas du tout l'ennui, mais qui installait la tension, et révélait l'espace.

A ma courte honte, je dois dire n'avoir pas tout compris alors de l'intrigue, qui me paraissait compliquée, alors que, comme le notent plusieurs contributeurs, elle est des plus simples : c'est que j'étais envahi, fasciné, bouleversé par la scénographie ample, par la musique inoubliable, par une certaine façon de filmer trognes et crasses que je n'avais jamais vue jusqu'alors.

Presque quarante ans ont passé, donc ; Il était une fois dans l'Ouest n'a pas pris une ride.


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De Vincentp, le 11 septembre 2006 à 18:08
Note du film : 6/6

Votre point de vue, Impétueux, bien argumenté, témoigne de votre passion pour ce film. Nombreux en sont les admirateurs, et parmi la petite communauté qui s'exprime sur dvdtoile, on retrouve PM Jarriq, qui l'a classé parmi ses films préférés, et Dumbledore qui le qualifie -avec son talent habituel de critique- de chef d'oeuvre, avec là encore des arguments de poids. On respecte bien sûr chacun de ces points de vue de grande valeur.

Mon avis au sujet de ce film est moins enthousiaste. Je l'ai découvert au cinéma, jeune adolescent, et ce fut là un des deux ou trois premiers films "sérieux" que j'ai vus (le premier étant Butch Cassidy et le kid). Comme vous, Impétueux, j'avais été impressionné à l'époque par ce grand spectacle, ces trognes, sa musique …

Revu il y a quelques années, à la télévision, après avoir vu les autres films de Leone, j'ai été par contre été moins enthousiaste, décelant UNE ESQUISSE de quelques défauts : des personnages qui tendent à se prendre au sérieux, une violence quelque peu gratuite et qui donne artificiellement de l'ampleur au sujet, un propos qui frôle parfois la grandiloquence, et un duel final yeux dans les yeux quelque peu grand-guignol. J'ai découvert ensuite en consultant les critiques télés que ces réserves étaient partagé par d'autres. Il me semble à ce sujet que ce film n'est plus placé aujourd'hui sur un piédestal, alors qu'il le fut jusqu'au début des années 80.

Quoiqu'il en soit, quel que soit le jugement que l'on peut porter au sujet de ce film (et je considère au final que c'est un très bon film), on peut penser qu'il convient de rester nuancé quand on commente une oeuvre : la perception que l'on peut en avoir est bien subjective, et peut évoluer avec le temps. D'autre part, il suffit de peu de choses pour que les qualités ou les points forts d'un metteur en scène soient perçus comme des faiblesses (ou inversement). Le succès ou l'insuccès d'une oeuvre peuvent être éphémères.

Ceci ne concerne pas que le cinéma. En littérature, par exemple, Jean Paul Sartre, qui fit l'objet d'une adulation par toute une génération, et dont l'enterrement fut un événement national, effectue aujourd'hui, de toute évidence, sa traversée du désert. La très belle expo qui lui a été consacrée récemment à la Bibliothèque Mitterrand n'a pas attiré grand monde. Les sujets abordés par cet écrivain de grand talent ne sont plus forcément ceux qui intéressent le public actuel. Mais les choses peuvent changer…


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De Cormega, le 12 septembre 2006 à 00:20
Note du film : 6/6

Je partage également ton point de vue Vincentp, je le considère comme un grand film mais avec quelques défauts. Je ne prend guère de plaisir à le regarder; au contraire de Il était une fois la révolution ou le bon, la brute et le truand, que je ne me lasse pas de visionner.

Pourtant, l'entame de film (les premières 30') est magnifique, l'arrivée à la gare, le voyage en diligence jusqu'au ranch. Après je ne sais pas ce qui se passe, mais j'accroche moins… Je trouve les longueurs vraiment abusives, voire injustifiées, si ce n'est pour "triper" sur la musique de Morriconne et les regards de tueurs que tous se jettent tout au long du film. Quant à l'aspect formel, je n'y vois là aucun défaut, l'utilisation du cinémascope est optimale comme d'habitude chez Leone.

Mais comme tu le dis, les avis peuvent changer au fil du temps et c'est sûr, je tenterais ma chance à nouveau…


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De PMJarriq, le 12 septembre 2006 à 09:25

En fait, la grosse différence avec les autres films de Leone, c'est l'absence presque totale d'humour, voire de dérision. L'oeil "italien" de Leone dans ses quatre autres westerns, empêche toute prétention, et leur acquiert une connivence immédiate avec le public. C'era una volta il West est un opéra, un film que le réalisateur voulait "majeur", sérieux et ambitieux, une tragédie. C'est sans doute ce qui fait qu'aujourd'hui il est souvent remis en question par un public jeune.

Mais pourtant… Quel film !


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De Impétueux, le 12 septembre 2006 à 10:42
Note du film : Chef-d'Oeuvre

Dans tous ces avis, je ne vois rien là qui nous sépare trop et je serais volontiers prêt à vous concéder les insuffisances ou les défauts que vous avez consciencieusement notés, d'autant que, depuis 1968, la sensibilité collective, l'évolution du cinéma, les innovations techniques et bien d'autres choses ont fait leur oeuvre.

Vincentp note très justement un phénomène fréquent en littérature, qui est celui du "purgatoire" ; il trouve que Sartre y est ; je ne suis pas vraiment de son avis sur le personnage, toujours adulé (d'ailleurs, s'il n'en tenait qu'à moi, ce n'est pas au purgatoire, mais en enfer qu'il serait !), mais sur le diagnostic, c'est tout à fait ça.

Le bout de chronique que j'avais déposé n'avait pas pour but de considérer Il était une fois dans l'Ouest avec un esprit critique, mais simplement de redire combien le jeune homme que j'étais (21 ans en 68, tout de même !) guère disposé à l'enthousiasme pour le genre, s'était trouvé retourné comme une carpette dès les premières images…

Et en revoyant le film en DVD, j'ai rechaussé ces bottes adolescentes !


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De cormega, le 12 septembre 2006 à 10:52
Note du film : 6/6

Remis en question par un public jeune, je ne saurais dire. Etant gamin, j'adorais, maintenant à 25 balais passés ce n'est plus le cas, mais l'avis est loin d'être tranché. Mes amis quant à eux peu cinéphiles, le vénèrent pour la plupart. A vrai dire, à part certaines personnes "anti-Leone" (il y en a je vous jure, quel mépris…), je ne connais personne tout âge confondu qui partage mon opinion un peu reservé.


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De Droudrou, le 12 septembre 2006 à 12:18
Note du film : 6/6

Je partage l'avis de Cormega. Pourtant : aucun des personnages d'Il était une fois dans l'Ouest n'est attachant. On se pose la question de savoir où le récit va nous conduire. Il n'y aucun humour à quelque moment du film. De fait, on demeure scotché devant l'écran. L'image est parfaite. La bande son vous demeure dans les oreilles. Les tronches vous restent en mémoire. Les péripéties de l'histoire, je m'en souviens à peine sauf la fin où l'héroïne ( ? ) tenue par Claudia Cardinale distribue de l'eau aux gens qui sont présents autour d'elle. Passage à un nouveau monde. Possible. Quand on voit cette énorme réserve de bois, on sait qu'il pourra être construit un village. On devine un futur.

Par opposition, les héros (Steiger et Coburn) de "Il était une fois la Révolution" nous sont nettement plus attachants et on se souvient de diverses péripéties qui les concerne, aussi bien dans le drame que le tragi-comique, les circonstances où ils viennent à lier connaissance jusque la fin.

Si j'oppose "Il était une fois dans l'Ouest" à "Les professionnels" de Brooks, on se souvient de l'ensemble des personnages, tant principaux que secondaires, que l'on situe parfaitement dans l'action. En plus, le générique de "Les Professionnels" nous les restitue dans leur vie courante, tant dans le travail que dans leurs loisirs si on se souvient de Mister Dolworth, tenu par Burt Lancaster, qui s'échappe en caleçons longs de la chambre où le mari trompé vient brusquement de surgir. Ce générique des "Professionnels" est picaresque. "Il était une fois dans l'Ouest" demeure froid mais c'est un film superbe et très bien fait.


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