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Forum : La Charge de la brigade légère

Sujet : Objet de débats


De DelaNuit, le 23 novembre 2008 à 14:59
Note du film : 5/6

Cette charge de la brigade légère des années 30 fait aujourd'hui l'objet de débats.

Si les amateur du cinéma des années 30-40 le considèrent comme un grand classique, ceux qui ont vu en premier la version de la fin des années 60 de La charge de la brigade légère ont plus de mal. En effet, cette version plus récente utilise cet épisode militaire pour brocarder la violence meurtrière imbécile de militaires bornés menant leurs troupes au massacre.

Pour autant, on peut aussi considérer que la version de Curtiz n'est pas une simple ode guerrière à la gloire des héros au premier degré. On y voit clairement que le personnage interprété par Errol Flyn désobéit à ses supérieurs pour lancer sa brigade de cavalerie contre les canons russes à Balaklava tout en sachant pertinemment qu'il les mène au massacre et au suicide.

A cela, plusieurs raison : la volonté de se venger d'un sultan allié des russes, l'espoir que ce gigantesque suicide collectif servira néanmoins les alliés anglo-français en leur ouvrant une brèche dans le front russe… et puis le désespoir d'avoir perdu l'amour de Olivia de Havilland, qui lui préfère son frère cadet…

Ainsi le personnage d'Errol Flynn n'est ici finalement pas si loin – toute proportion gardée – de son rôle du capitaine Custer menant ses hommes au massacre dans La charge fantastique de Raoul Walsh.

Quant au poème de Tennyson qui inspira le film de Curtiz, ne nous y trompons pas : pour ce chantre de la légende arthurienne, il s'agit de mettre en vers des mythes et non pas une réalité historique.

Les deux versions de cette histoire semblent donc plus complémentaire qu'antinomiques.


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De vincentp, le 28 janvier 2009 à 19:44
Note du film : 4/6

Cette histoire n'est néanmoins guère passionnante, regroupant tous les clichés des années trente : des colonisateurs impeccables, de fourbes autochtones. Quelques mouvements de foule (et la bataille finale) sont toutefois très réussis. Et il y a le style Warner intéressant à observer (avec ce rythme rapide, si caractéristique de ce studio, à cette époque). Le jeu de Errol Flynn mérite aussi d'être observé. Il fait passer des idées, des émotions, par son regard, la modulation des intonations de sa voix, et est très convaincant. Son interprétation reste moderne. Avec James Cagney, Gary Cooper, James Stewart, ou Cary Grant, un des acteurs majeurs de la fin des années trente. Olivia de Havilland est quant à elle moins convaincante (moins bien utilisée) que dans d'autres films ou elle figure en première ligne comme The strawberry blonde, ou La charge fantastique (de Raoul Walsh).


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De verdun, le 28 janvier 2009 à 21:40

Alors comme ça cher Vincent vous ave été déçu par ce film rempli de clichés colonialistes ? Dans ce cas je vous recommande un antidote: le remake décapant et iconoclaste réalisé en 1968 par Tony Richardson.


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De vincentp, le 28 janvier 2009 à 22:52
Note du film : 4/6

Et surtout La charge fantastique qui sur un sujet quasi-identique, avec les mêmes acteurs principaux, transforme des lieux communs et une vision un peu simpliste de l'histoire en un portrait mémorable d'un personnage hors-norme. Deux films à visionner en parallèle, pour mesurer les limites de l'un et les énormes qualités de l'autre.


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De Impétueux, le 5 avril 2019 à 21:35
Note du film : 5/6

Je sais qu'il est de bon ton aujourd'hui de se gausser du ton du film de Michael Curtiz ; on lui trouve tous les défauts que la doxa contemporaine s'attache à extirper de nos cervelles : apologie du colonialisme, de la bravoure folle, des vertus guerrières, de l'élégance des uniformes et de la discipline des troupes de Sa Majesté britannique. J'ai même lu quelque part que des amis des animaux s'étaient émus parce que quelques chevaux s'étaient cassé les pattes lors des cavalcades et avaient dû être abattus (comme tous les chevaux sur tous les champs de course du monde, en tout cas jadis et naguère ; peut-être que maintenant on sait les soigner, tant mieux pour eux). Je sais aussi qu'il existe une version postérieure de l'aventure, réalisée par Tony Richardson en 1968 (tiens donc ! la date n'est pas insignifiante) qui prend le contre-pied de la légende dorée interprétée par Errol Flynn.

Je sais enfin que La charge de la brigade légère est un film étasunien et non pas anglais. Mais je me dis que si la Grande-Bretagne, isolée, affaiblie, blessée a pu et a su, avec un courage inimaginable, essentiel, résister au Diable entre juin 1940 et juin 1941, c'est aussi grâce à des films comme celui-là. Je n'ai jamais compris (ou j'ai peut-être trop bien compris) ce qu'on a à gagner à revenir sans cesse, sous prétexte d'un prétendu devoir de mémoire sur des faits d'armes et des actes d'héroïsme, sauf à affaiblir ses défenses immunitaires (ce qui est d'ailleurs sans doute ce qu'on recherche). C'est un misérable coup de pied de l'âne que donnent avec complaisance des tas de gens à ceux qui sont morts pour leurs patries ; mais il est de mode maintenant de sanctifier rebelles et déserteurs (revoir Un long dimanche de fiançailles).

Toujours est-il que si nous avons été bien contents de trouver la capacité de fierté et de résistance de nos voisins d'Outre Manche pendant la guerre, nous devrions bien percevoir que c'est dans la fierté des légendes qu'elle s'est forgée. C'est ce qu'on appelle le récit national, ce que l'école pédagogiste haineuse voudrait ôter de la cervelle de nos gamins. Dieu sait si je n'ai pas pour le colonialisme les yeux de Chimène, mais enfin cette armée britannique en avait de la gueule !

J'oublie ma bile noire et reviens au film, qui est magnifique. D'abord parce qu'il est, pour son époque de tournage, extrêmement original. Déjà il est féroce, brutal, sans pudeur : la tuerie des malheureux prisonniers de la citadelle de Chukoti, capturés par fourberie, est d'une violence rare : femmes et enfants sont massacrés sans aucune pitié et Curtiz ne s'interdit pas, tout à fait à raison, de montrer la dépouille sanglante de Prema, charmant petit garçon indigène (Scotty Beckett) et de sa mère. Il n'est pas si fréquent que ces réalités soient montrées aussi crûment.

Puis parce que s'entrecroisent, s'entrelient avec beaucoup de finesse les développements diplomatiques et militaires qu'aboutissent aux scènes de bataille et l'histoire personnelle du commandant Geoffrey Vickers (Errol Flynn) dont la fiancée Elsa Campbell (Olivia de Havilland) préfère le frère Perry (Patric Knowles). Je n'ai pas vraiment souvenir que le principal interprète et héros flamboyant d'un film rencontre de tels mécomptes. D'autant – et c'est sûrement là une des grandes faiblesses du film – que ce frère est d'une si totale insignifiance qu'on ne peut pas comprendre une seconde que la gracieuse Elsa puisse le préférer à son aîné, autrement plus séduisant.

Le film est d'une très belle tenue, doté de moyens exceptionnels et magnifiquement réalisé. Les scènes de bataille sont superbes : escarmouche dans le désert, assaut et défense de la citadelle de Chukoti et, bien entendu, charge de Baklava, geste fou qui ne se comprend qu'à la lumière de la volonté de vengeance des hommes de la 17ème brigade légère sur les traîtres de Surat Kahn (Henry C. Gordon) qui ont tué sans pitié leurs frères d'armes, leurs femmes et leurs enfants.

Et si on ne peut pas comprendre ça, c'est qu'on est bien près de renoncer à tout.


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