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Sujet : Petite perle ! et tant d'amour...


De Lagardère, le 29 octobre 2008 à 12:10
Note du film : 5/6

Longtemps je me suis couché de bonne heure, disait Marcel… Si j'avais fait de même, je serais passé hier au soir, fort tard hélas, à coté d'une petite perle diffusé sur France 2.

Tourné en 1949, juste avant le trés inégal Retour à la vie de Georges Lampin, Cayatte et Jean Dréville, cette École buissonnière que nous offre Jean-Paul Le Chanois est un bain d'amour et d'espoir. Le jeune Bernard Blier nous prouve une fois encore qu'il est un immense comédien. Bien loin des tontons flingueurs, dans lequel on aime par trop souvent à le cantoner, il trouve là, matière à exposer sa pallette de tendresse que son physique rondelet accentue.

Pascal Laurent revient de l'enfer de la grande guerre…. Jeune instituteur bléssé par la vie,la guerre et la mentalité des hommes, il met tout son espoir dans l'éducation des enfants. Mais pas n'importe laquelle : la sienne. Et, débarqué dans le petit village de Salèzes dans le Jura, il lui faudra apprivoiser des gamins que l'enseignement et les méthodes drastiques de son prédecesseur avaient définitivement dégoutés de l'école !

Et bien que l'on ait l'impression que ce film fut tourné dans un placard à balais, avec très, très peu de moyens, c'est un enchantement permanent de voir cet instituteur prendre les enfants pour autre chose que des cancres définitifs. Ils voulaient apprendre, savoir, et attendaient leur Saint Vincent de Paul à eux… Ils avaient faim de connaissances, et pascal va leur apporter ce pain là…Avec sa cuisine à lui. La classe est trop petite et les schémas au mur par trop délavés ? Qu'à cela ne tienne ! "Dehors" regorge de découvertes qui les mèneront tout aussi bien au certificat d'études ! Et les enfants vont apprendre… Et les connaissances grandiront en même temps que l'amour pour cet instituteur pas comme les autres. C'est vraiment Le cercle des poètes disparus avant l'heure.

Mais hélas, les enfants devenant, en cette année 1920, presque plus instruits que leurs parents, certains orgueils adultes le vivront trés mal… Et Jean Aquistapace, Edouard Delmont, Ardisson, se mettront en devoir de faire muter cet instit désobligeant pour leurs égos. Mais les résultats sont là, et, cette année là, toute l'école au grand complet sera reçue au certificat d'études…

Qu'il faisait bon, hier au soir, dans ce Jura, dans cette école et dans le coeur de ses enfants… C'est avec l'espoir vif de revoir ce film que je vote sans hésiter pour une réédition dvd. Ma syntaxe et mon orthographe, tel le cachet de la poste, faisant foi, je n'ai pas mis longtemps les pieds à l'école. Mais si les profs avaient pu ressembler à celui là, j'aurais surement fais un effort…


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De fretyl, le 29 octobre 2008 à 13:47
Note du film : 5/6

Bravo pour votre magnifique critique Lagardére. je recherche moi aussi ce film introuvable en dvd. Il avait je crois été édité chez René Chateau en vhs il y'a longtemps, mais toujours pas en dvd. Il faut espérer que René Chateau réédite tous ces les anciens, ce qui me semble être fait pour certains films ce qui me permettra de pouvoir le revoir.

Sachez que le film s'inspire de l'expérience que connu un des fondateurs de ce que l'on appela "l'école nouvelle" Célestin Freinet. Pour les jeunes élèves en 2008 il est certain que L'école buissonnière est un film démodé, c'est assez vrai, l'éducation à tant évolué que la naissance de l'école populaire et laïque ne sont pour pour quelques incultes dues qu'à Mai 68. Ce film prouve le contraire.

Et vous avez raison Blier montre là toute la mesure de son talent, du moins une face que l'on ne connait pas beaucoup chez lui ; ou plutôt que l'on a oublié. On ne se souvient de Blier que par les rôles de bourgeois faux-cul qu'il a interprété dans les années 70 et on oublie que l'acteur avait un registre immense.
Il faudrait aussi pouvoir le revoir dans Arrêtez les tambours ou sa performance d'assassin déchiré dans Le septième juré.


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De Impétueux, le 29 octobre 2008 à 15:02
Note du film : 4/6

Le DVD existe et il est très facilement trouvable (Doriane films) ; mais Frétyl, cessez d'espérer que le margoulin René Chateau est un bienfaiteur des amateurs de cinéma ! Moins ce mercanti éditera, plus il laissera la place à des éditeurs soucieux de qualité !

Sur le fond ,si l'enthousiasme de Lagardère est sympathique, rien à dire… La méthode Freinet a connu des résultats très controversés…


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De JIPI, le 15 juillet 2017 à 12:26
Note du film : 6/6

Dorénavant la vie de Charlemagne n'appartient plus à une procédure monocorde récitée par cœur les mains dans le dos devant un auditoire sévère et vieillot mais à un imaginatif décalé libre d'en percevoir ce qu'il veut.

Chaque écolier de cette classe située au bout de nulle part possède une âme qu'il faut découvrir et encourager à se réaliser.

Pour cela il suffit simplement d'atténuer des siècles d'isolements par un langage neuf générant de nouvelles perceptions à une ribambelle de petits oisillons intellectuellement déstructurés découvrant par la fantaisie de leurs propos la montée en puissance de leurs esprits.

Finalement l'échec est un faux problème, le nouveau maître le sait bien en analysant secrètement l'intérieur de tous ses élèves insoumis et rêveurs possédant tous une valeur qu'il faut formater.

En luttant habilement et sans haine contre le ressenti d'abord négatif d'une communauté parentale et administrative sévère et paresseuse se servant de sa sédentarité ancestrale pour ne pas évoluer.


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De Nadine Mouk, le 15 juillet 2017 à 16:37
Note du film : 5/6

Finalement l'échec est un faux problème, le nouveau maître le sait bien en analysant secrètement l'intérieur de tous ses élèves insoumis et rêveurs possédant tous une valeur qu'il faut formater.

Tout à fait d'accord avec vous, Jipi ! Mais comme dit la pub, ça, c'était avant . L'École d'aujourd'hui ne ressemble plus en rien avec l'esprit de celle qui animait Bernard Blier . Le cercle des poètes a bien disparu, emportant avec lui son sacerdoce royal, pour faire place à un laxisme, voire une désinvolture dans l'exercice de ce qui se voudrait une activité d'une noblesse hors-norme … une âme qu'il faut découvrir et encourager à se réaliser. Découvrir l'âme des enfants ? Mais qu'est-ce qu'ils en ont à foutre aujourd'hui, de l'âme des enfants . Ce qui importe c'est qu'ils n'aient pas un élève de plus, "en trop" dans leur classe. Ce qui leur procure une "charge" de travail supplémentaire . "-Faut vous dire, monsieur, que chez ces gens là, on n' pense pas, monsieur, on n' pense pas …. on compte !-"


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De JIPI, le 15 juillet 2017 à 19:43
Note du film : 6/6

Bonjour Nadine Mouk. Merci pour votre commentaire. Si vous avez un peu de temps vous pouvez le voir ou le revoir sur YouTube ce que j'ai fait il y a quelques jours avec une grande émotion.

"Le besoin d'estime entretient le besoin d'appartenance." Albert "l'insoumis" devant l'indulgence de son nouveau maître ayant subi son jet de pierre sans le sanctionner commence à percevoir grace aux propos tolérants de sa victime l'ébauche d'une personnalité il se rapproche donc sensitivement d'un langage lui ayant offert ce premier pas vers l'autre.


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De Impétueux, le 6 mars 2019 à 20:05
Note du film : 4/6

J'aime beaucoup les films du Parti Communiste Français, dont la plupart sont nimbés d'une espérance presque eschatologique et d'un optimisme très lendemains-qui-chantent. Je parle évidemment de la grande époque du PCF, celle où il s'était constitué en Contre-Église et cherchait à rassembler dans les cellules toutes les classes sociales et intellectuelles et y parvenait presque. Et non, bien sûr, du dégoûtant partipicule d'aujourd'hui qui s'appuie sur une collection de minorités communautaristes. Mais sinon ! La vie est à nous de Jean Renoir (1936), Le temps des cerises de Jean-Paul Le Chanois déjà (1938), avant-guerre. Puis Le rendez-vous des quais de Paul Carpita (1953), La terre fleurira d'Henri Aisner (1954), Les copains du dimanche du même (1956), Premier mai de Luis Saslavsky (1958). Et la nostalgie brûlante de cette époque, après la décadence dans Rouge baiser de Véra Belmont (1985) et Tout le monde n'a pas eu la chance d'avoir des parents communistes de Jean-Jacques Zilbermann (1993)…

Cette démonstration d'érudition faite, voilà donc que L'école buissonnière rejoint mon corbillon. Réglons déjà la mire : si Le Chanois a tourné plus tard des films sans couleurs politiques il était alors encore très engagé dans le Parti, qui d'ailleurs, a financé le film par le biais de ses faux-nez, la Coopérative générale du cinéma français et l'Union générale des cinémas. Le premier assistant Lou Bonin, le photographe Léo Mirkine, le compositeur Joseph Kosma, l'acteur Gaston Modot (qui interprète l'examinateur de français au Certificat d'études) étaient des compagnons de route plus ou moins propres. Et il m'étonnerait que parmi le reste de la distribution, il n'y en ait pas d'autres.

Et Célestin Freinet, dont le film est la biographie romancée et qui est interprété par Bernard Blier (dont les options politiques me sont inconnues) ? Ah, Freinet, c'est un peu plus compliqué puisque le pédagogue, lui-même membre du Parti, qu'il ne quitta qu'en 1952, vit ses méthodes assez vite mises en question (dès avant L'école buissonnière par d'autres courants communistes pédagogistes puis désavouées avec une grande violence parce qu'elles pouvaient, de fait, paraître libertaires.

Tout cela étant exposé, on peut dire beaucoup de bien sur le film, un peu démonstratif et vertueux mais tout à fait charmant. Avec une certaine roublardise Jean-Paul Le Chanois, tout en demeurant rigoureusement conforme à l'esprit de Freinet, l'a émaillé de nombreuses provençalades où le public a retrouvé, à sa grande joie, les ingrédients habituels : accent sentant bon l'ail, flemme institutionnelle, faconde pleine de rondeur, indignations faciles, verve et mots drôles. Et pour bien faire il s'est entouré d'acteurs qui fleuraient bon l'huile d'olive et la lavande : Édouard Delmont (Arnaud, le vieil instituteur qui part en retraite), Edmond Ardisson (M. Pourpre, le coiffeur), Henri Arius (Hector Salicorne, le maire du village), Marcel Maupi (M. Alexandre, le pharmacien). Ceci pour ne citer que les plus notoires.

Village perdu, enfants à réveiller, instituteur brûlant de ferveur pour sa mission, décidé à changer les choses pour éveiller les jeunes intelligences et les conduire à leur épanouissement. C'est un peu (j'exagère) comme La cage aux rossignols, Bernard Blier remplaçant Noël-Noël, l'un et l'autre dotés d'un physique rassurant et modeste mais capables l'un et l'autre de se faire brûler vifs pour l'idée qu'ils ont de leur mission éducative, ce qui est bien sympathique. Le film est naïf, donc, mais attendrissant, bien construit et l'on est tout à fait heureux, à la fin, de voir tous les enfants, même les cancres, rédimés, réussir leur certificat d'études, ce diplôme mythique, largement plus ardu que le baccalauréat à deux sous d'aujourd'hui.

Ah ! Cum grano salis, je me suis fait une remarque un peu narquoise et bien orientée : l'absence totale de la moindre soutane et même de la moindre allusion à une soutane, ce qui est absolument invraisemblable dans le cadre et les coutumes d'un petit village de Haute-Provence du lendemain de la Grande guerre. Si les communistes, de bouffeurs de curés qu'ils avaient été vers 1928, au moment de la tactique de Classe contre classe avaient prudemment évolué vers la politique de La main tendue aux catholiques aux environs de 1936, ils gardaient, après le deuxième conflit mondial un silence prudent sur le thème, en attendant les instructions de Moscou.

Je dois dire que ce genre de petits détails me ravit.


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