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Sujet : Ah ! Les femmes....


De lagardère, le 8 août 2008 à 14:01
Note du film : 5/6

Film noir s'il en est, ce Manèges d'Yves Allégret, le frère de l'autre, mérite un "césar", un "oscar" et surtout toute notre attention ! Un film poisseux, gluant de manichéisme dégueulasse…

Jamais Bernard Blier ne fut plus aussi parfaitement pauvre type , rampant, paumé , que dans ce film ! Jamais Simone Signoret ne nous donna autant envie de la tuer ! Casque d'or qui nous la fit désirer ne viendra que deux ans plus tard…

Un homme se rend compte un peu tard qu'il a été trompé et surtout abusé et volé. Voila pour le scénario. Mais la grande particularité de ce film, c'est qu'il nous en offre deux pour le même prix : très adroitement, Yves Allégret, dans la première moitié du film, semble poser sa caméra sur l'épaule de Bernard Blier, nous faisant vivre l'histoire de cet homme rencontrant ce qu'il pense être le grand amour sous les traits fort jolis d'une blonde incendiaire, minaudant à l'envi et de plus affublée d'une mère "bienveillante" Jane Marken. Mais la belle est gourmande de grande vie et la maman aussi. Et notre couillon de service se verra dans l'obligation de se défaire de plus en plus de ses biens jusqu'à la ruine…

Un jour, un accident : Dora, notre blonde est blessée. Et notre couillon de s'empresser de la rejoindre, en larmes, sur son lit de douleur. Sans savoir que…

Ici recommence le film : et Yves Allégret pose cette fois la caméra sur l'épaule de Simone Signoret nous montrant l'enfer du décor… Les rires étaient des moqueries, les larmes versées n'étaient pas pour lui, les sourires ressemblent à des doigts d'honneur, la complicité n'était que manigance et elle veut qu'il le sache ! Elle va mourir et n'a plus rien à perdre. Elle ne sait pas encore, hélas pour elle, qu'elle n'en mourra pas… L'histoire vécue coté Bernard Blier était trop belle pour être vraie, mais la même histoire vécue avec les yeux de Simone Signoret est tant écœurante que la nausée l'emporte! Rouler un homme à ce point tient plus du diable que de la bêtise de cet homme ! Car Franck Villard et Jean Ozenne, les amants de Dora ont eu gratis ce que notre pauvre héros a du payer le prix fort ! Pourtant, Louis, parfait Jacques Baumer, l'homme de confiance du couillon avait prévenu maintes fois ! Mais l'amour est aveugle, c'est bien connu….

Immense ! De la dentelle finement ciselée dans le noir le plus obscur… Des acteurs qui n'avaient déjà plus rien à prouver depuis lurette. Un cinéaste qui nous avait offert Une si jolie petite plage l'année précédente et Dédée d'Anvers. Sans oublier qu'il réalisa la Fanny de Pagnol et j'en passe… Et il nous en redonne le bougre. Du bon, du bel ouvrage. Mais les femmes, j'vous jure !


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De Impétueux, le 8 août 2008 à 16:02
Note du film : 6/6

Remarquable message, Lagardère, sur un film que, comme vous, j'apprécie infiniment (n°119 de ma liste immarcescible !), sur quoi je méditais depuis longtemps une intervention, et sur quoi vous m'avez intelligemment devancé !

Encore bravo, mais une petite rectif' : Fanny, précisément, c'est un film de l'autre, le moins doué des deux frères Allégret !


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De lagardère, le 8 août 2008 à 17:48
Note du film : 5/6

Autant pour moi, Impétueux  ! J'avais un doute pour Fanny et je n'ai pas vérifié…
Mais qu'elle est donc cette mystèrieuse "liste immarcescible" qui hante ce livre que nous blanchissons de nos écrits ?

Je m'aperçois que l'on corrige mon "Au temps pour moi" par un " Autant pour moi". Et Pourquoi , s'iou plait ?


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De Impétueux, le 9 août 2008 à 18:49
Note du film : 6/6

D'abord, ami Lagardère, allez vite re-corriger le fallacieux, malfaisant et malvenu Autant pour moi qu'une main scélérate et sûrement mal intentionnée a substitué à l'excellent, approprié et nécessaire Au temps pour moi que vous aviez écrit, l'expression étant directement issue de l'équitation (Dictionnaire des difficultés de la langue française – Larousse).

Ensuite… Comment dire !! Vous ignorez ce qu'est L'Immarcescible ? Est-ce possible ?

Mais oui ! Une rapide incursion sur votre profil m'indique que vous êtes un jeunot sur le site , alors que la qualité de vos contributions et la robustesse de votre bon sens me poussaient à vous imaginer parmi les vieux briscards de DVD Toile !

L'évidence apparaît donc : vous n'avez pas participé aux débats ouverts il y a un peu plus de deux ans (et dont l'intégralité – près de cent messages – se trouve sur http://dvdtoile.com/News.php?idNews=2225).

À propos d'un classement institué par la Writers Guild of America, consacrant le Casablanca de Michael Curtiz comme le meilleur scénario de tous les temps, nous avons, comme souvent digressé et abouti à ce que la Haute Rédaction de notre site favori institue un espace consacré aux listes de nos films préférés.

Lorsque vous arrivez sur la page d'accueil du Forum, il y a, en haut à droite, un onglet les films préférés de… Peut-être avez-vous d'ailleurs déjà consulté ces listes, variées et prenantes tout comme DVD Toile !

Alors, pourquoi L'Immarcescible, me direz-vous ?

Il ne vous aura sûrement pas échappé que le pédantisme et l'affectation sont deux des charmes principaux de votre serviteur, qui adore, donc, employer mots rares et désuets, camarilla, stipendiés, thuriféraires ou tourlourou ; et, naturellement, immarcescible, adjectif qui qualifie ce qui ne peut être flétri. Au cours d'une des nombreuses, fructueuses et délicieuses polémiques entretenues ici et là, jadis et naguère (sans doute avec ce sacripant de Vincentp), j'ai qualifié ma liste de films préférés d'immarcescible, et lui ai donné ce nom majuscule, à l'instar des gracieuses beautés du 18ème siècle, qui nommaient les mouches qu'elles posaient sur leur visage pour lui donner du caractère, appelant l'une La boudeuse, une autre La mutine, une autre encore La discrète

Voilà ; vous savez tout, de ce petit mystère qui n'a aucune importance, au rebours de ce magnifique Manèges que vous nous avez si bien commenté…


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De Lagardère, le 9 août 2008 à 22:36
Note du film : 5/6

J'attendais, par respect du correcteur, une réaction, mais je n'aurais pas laissé faire ! Au même titre que le "Django" d'Offenburg ( P.m Jarriq , m'a t'on sussuré..) on m'a bassiné toute ma tendre enfance --fils, petit fils, et arrière petit fils de militaires-- avec le fait que cet "Autant" ci ne devait en aucun cas se substituer à cet "Au Temps" là ! J'avais l'Armée et toute sa bénédiction dans l'dos ! Alors , le "haut" pour le "au", oui….Mais là, Jean Roger Lagarde sent remonter en lui toutes les troupes de France et de Navarre et leurs exigences orthographiques kaki !

Mais j'ai remarqué que depuis que j'avais convié notre ami Silverfox sur le pré , pour un duel au pistolet chargé au Montravel millésimé , on me cherche querelle….

Oui ,jeunot je suis , du moins parmi vous. Et j'ai enfin découvert le mystère de l'immarcescible liste..


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De Impétueux, le 26 juillet 2015 à 15:50
Note du film : 6/6

La noirceur de Manèges, qui est sûrement un des films les plus sombres et les plus amers du cinéma français, s'approfondit encore lorsqu'on le revoit, lorsqu'on en gratte les strates superposées, toutes plus désespérantes les unes que les autres. Parce que, pour prendre son bain de venin, il faut aller encore un peu au delà du récit.

Un brave homme, Robert (Bernard Blier), qui n'est plus tout jeune, qui n'est pas bien beau, qui a été longuement prisonnier pendant la Guerre (ce n'est pas bien loin : on est en 1950) est propriétaire, à Neuilly, d'un petit manège de chevaux, qui marche assez bien. Et il est fou de tendresse, de reconnaissance, de passion, d'amour aveugle pour sa jeune femme Dora (Simone Signoret) qu’il est émerveillé d’avoir séduit. Sa belle-mère (Jane Marken) s'impose bien un peu beaucoup au jeune ménage mais tout irait bien si… Si les deux femmes n'étaient en réalité, tout autant l'une que l'autre, d'effroyables garces, deux monstres, complices pour rouler, dépouiller, gruger, voler, ruiner le brave type qui ne voit goutte à leurs chienneries.

Le film est le récit très fort, très bien construit, très structuré d'une histoire pitoyable, glaçante, accablante. À son début, on est autour d'un lit d'hôpital où tente de survivre la belle Dora, victime d'un terrible accident de la route. À son chevet, son mari et sa mère, désespérés et dévastés. On revient en arrière, on rembobine l'existence du couple et on voit bien d'emblée que ce pauvre Robert a été joué, dès l'origine, par deux femmes qui n'en voulaient qu'à son argent et dont il a été la triste dupe.

Dès lors Yves Allégret et Jacques Sigurd, le scénariste de ses grands films noirs (Dédée d'Anvers, Une si jolie petite plage, Les miracles n'ont lieu qu'une fois) ne vont pas cesser d'appuyer là où ça fait mal et de montrer, avec un regard presque clinique, la saleté de tout le monde.

On pourrait faire quelques parallèles entre Manèges et Voici le temps des assassins : dans l'un et l'autre film, il y a un couple de goules, mère et fille, et un type honnête et grisé par la belle tournure d'une femme ; mais le film de Julien Duvivier est d'une facture assez classique : les bons sont d'un côté, les méchantes d'un autre et ça se termine dans une dramaturgie sanglante qui permet de respirer. Eh bien on ne respire pas du tout dans le film d'Allégret : la fin est bouchée, fermée, horrible : Dora/Signoret va survivre à son accident de voiture, mais restera paralysée et peut-être muette. Et Robert/Blier, à qui sa belle-mère a voluptueusement révélé toutes les ignominies commises, s'enfuit sous les hurlements de haine de Jane Marken. Seulement le pire est qu'il est aussi insulté par l'infirmière de l'hôpital qui ignore évidemment toutes les immondices déversées par les deux femmes : Salaud, sale individu, lâche, salaud ! On est toujours leurs victimes, c'est notre cœur qui nous perd ! : on n'a pas touché de plus près la fragilité des apparences.

Et non plus la relativité des jugements. On exagérerait beaucoup en prétendant qu'à y regarder de plus près Dora peut appeler la compassion, parce qu'elle est victime de la loi des mâles ou de la dureté des luttes sociales. Mais on peut avec intérêt remarquer combien la misanthropie d'Allégret et de Sigurd fait sentir combien la distance de classe l'enferme dans son inhumanité féroce. C'est le mépris hautain à son endroit des jeunes cavalières clientes du manège, le mépris goguenard de son amant François (Franck Villard), fils de famille décavé, mais éduqué dans un autre monde, le mépris lucide de Louis (Jacques Baumer), l'adjoint et l'ami de son mari, seul à voir clair. Et par dessus le marché le mépris profiteur de l'homme du monde (Jean Ozenne) que Dora croyait avoir séduit, avec qui elle pensait pouvoir partir en abandonnant son mari et qui la lâche sans un mot d'explication dès qu'il a pu la sauter, se gaussant sûrement beaucoup de l'avoir ainsi dupée. Il y a là deux mondes parallèles et celui des gens honnêtes n'est pas forcément beaucoup plus propre que l'autre, seulement mieux éduqué.

Manèges est un film qui, au fur et à mesure qu'il s'avance se densifie et s'assombrit : la fin est plus ample, plus violente, plus noire que le début, ce qui n'est pas si fréquent. Et il a un extraordinaire atout : sa distribution, absolument parfaite. On n'a évidemment plus à célébrer la beauté troublante et la qualité du jeu de Simone Signoret ; je crois bien que Bernard Blier tient là son seul grand premier rôle et il évite d'y être mièvre et seulement pitoyable pour y être bouleversant. Mais je crois que, par dessus tout il faut rendre un hommage majuscule et déférent à Jane Marken ; grand second rôle du cinéma français qui, quand elle jouait pas les rondeurs gloussantes et souvent prête à oublier sa vertu (Mme Dufour dans Une partie de campagne) pouvait être d'une méchanceté de vipère (Mme Josserand dans Pot-Bouille, l'aubergiste de Une si jolie petite plage). Elle est, dans Manèges terrifiante de veulerie et de cruauté. Ce n'est pas par hasard si les dernières images du film se ferment sur elle.


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