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Forum : L'Étrange créature du lac noir

Sujet : Noir et blanc en couleurs


De Azurlys, le 7 août 2008 à 14:32

J'ouvre le tiroir "Black Lagon" pour compléter ce qui fut écrit dans le cadre des films en relief.

Ce film est une œuvre mineure, plutôt sympathique, qui a bénéficié de deux suites, peut-être trois (mais c'est moins sûr). Le monstre, amoureux de la jolie héroïne entraine l'adhésion des spectateurs. Toutefois force nous impose à remarquer que la combinaison de caoutchouc portée par les deux acteurs (Ben Chapman, seul, a tourné les scènes sous-marines) ne comportait pas – pudeur oblige – ce qui aurait pu lui permettre d'exprimer la passion que semblait lui inspirer la jeune femme !

Mais le film dans son ensemble est très divertissant, même et surtout peut-être en raison des lieux communs, des clichés inévitables de ce genre de production. D'une certaine manière c'est ce que l'on attend de ce type de spectacle, ici complété par un scénario qui fait état d'un prétexte scientifique, évidemment fantaisiste, sur l'origine de l'Homme. Il comporte des scènes sous-marines plutôt séduisantes, même si l'on ne perd pas de vue que l'on se trouve dans une œuvre de distraction.

Il semble être sorti en zone II depuis quelques années, mais une récente réédition trouvée sur les étagères d'un commerçant parisien, ne semblait pas, sauf erreur, comporter des bonus aussi riches que ceux mentionnés sur l'en-tête du chapitre, avec la photo du DVD.

Il avait été tourné en relief, mais en NOIR ET BLANC et ne fut distribué en France que dans une version plate, si l'on peut s'exprimer ainsi.

Comme je l'ai noté ailleurs (rayon "Le crime était presque Parfait"), il a fait l'objet d'une diffusion télévisée dont j'ai la chance (?) de posséder une version VHS. A l'époque, en 1982, l'expérience avait été annoncée à grand bruit, ramplamplan, les lunettes, remplamplan, la "compatibilité" du procédé – on pouvait voir le film en noir et blanc sans relief -, ramplamplan, le téléviseur doit recevoir la couleur. Ce n'était pas le cas de tous le monde à cette époque-là.

Le jour dit, la France se pressait devant les étranges lucarnes (le Canard Enchainé !) pour assister au miracle. Cela marchait peu ou prou, et semblait étrangement varier selon les émetteurs. Je l'ai vu personnellement dans le Midi, et n'ayant pas de TV-couleurs à l'époque, ce fut chez des voisins que l'on s'y colla, à charge pour moi d'apporter les lunettes rouges et vertes pour tout le monde ! La compatibilité du procédé semblait soulever de réels obstacles. Avec les anaphyphes, les filtres colorés remplissent le rôle de sélecteur individuel. Le filtre rouge laisse passer la couleur correspondante qui devient invisible, mais s'oppose à l'autre, le vert, qui devient alors apparent au travers du filtre. Et inversement. Les deux images étant l'une rouge, l'autre verte, chaque oeil est censé ne recevoir qu'une seule des deux images, celle qui lui est destinée. Cela, c'est le principe, largement utilisé autrefois pour des albums-souvenirs vendus sur les lieux touristiques.

En l'occurrence, j'ai constaté que le rouge du film, de coloris trop sombre, proche du rouge-bordeaux, ne permettait pas au filtre d'absorber la couleur correspondante, et l'on voyait finalement les deux images en même par l'œil gauche. Le relief, déjà complexe, devenait impossible. Devant ce dilemme, nous avions fait le choix de regarder un court moment sans les couleurs du téléviseur. Là ce fut la surprise : alors qu'en toute logique nous aurions du retrouver les DEUX images superposées, mais traduites en gris qu'imposait la suppression de la couleur, il n'y avait plus QU'UNE SEULE IMAGE d'un gris fadasse, à peine visible. Nous nous en sommes contentés, mais nous étions loin, très loin d'un simple film en noir et blanc. En installant à nouveau l'usage de la couleur, nous nous sommes à nouveau retrouvés avec la quasi impossibilité de superposer convenablement les deux images, séparées par les filtres, en raison de la couleur rouge dévoyée. Bref, expérience décevante, et dont témoigne la cassette VHS en ma possession, de plus copiée d'une autre, avec la dégradation de qualité que cela implique. Elle devient impossible à supporter tant elle arrache les yeux !

Plus tard, en rencontrant le responsable du ciné-club de France 3, Patrick Brion, j'ai pu comprendre que cette faribole allemande recourait d'étrange façon à ajouter les décalages colorés rouges-verts normaux du couple stéréoscopique à une image normale du film. Avec un téléviseur couleurs, on pouvait voir en relief (encore que…), avec un appareil noir et blanc les ajouts "colorés" n'apparaissaient pas et l'on recevait le film en version plate, comme lorsqu'il fut distribué en France dans les salles.

Comme indiqué ailleurs, à propos d'une question de Lagardère, ce film aurait pu sans doute fondre les images en une seule copie rouge et verte, et vendue avec des lunettes bi-colores. Le distributeur ne s'est pas encombré la vie, et la version est la plus simple, telle que présentée à l'origine. Au USA, le film fut présenté, selon les salles, en "polaroïd" ou anaglyphes, ce qui ne posait pas de problème majeur puisque l'œuvre avait délibérément choisi le noir et blanc.

Mais ne rêvons pas trop, on est là devant un film amusant, séduisant même, mais mineur, et la comparaison avec "House of Wax" et "Le Crime était presque parfait" ne lui serait pas favorable. En relief, cependant… Mais, là que faire ?

Quand cette expérience télé a eue lieu, "Le Crime était…" triomphait à l'ACTION ODEON à Paris depuis sept mois (en 82, mais je confonds parfois les deux années successives). Le soir même, des retardataires, pressés de voir la version TV du film ci-dessus s'écrasaient à la caisse du cinéma, pour acheter au prix de la place les lunettes qu'ils ne s'étaient pas procurées en temps utile. On était bien obligé de leur dire qu'il s'agissait de deux procédés différents, "polaroïd" au cinéma, rouge et vert à la TV. Certains repartaient furieux, persuadés qu'on les trompait pour préserver les recettes de la salle ! (anecdote authentique) !

Ceux qui ont pu exprimer leur bonheur, en revanche, furent les dirigeants des laboratoires pharmaceutiques qui fabriquaient l'aspirine ! Le lendemain de cette hilarante expérience TV, toute la France avait migraine…


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De Impétueux, le 8 septembre 2011 à 14:56
Note du film : 2/6

J'aurais beaucoup aimé pouvoir regarder cette charmante vieille chose dans son jus, si je puis dire, c'est-à-dire dans la version française de l'époque de sa réalisation (1954), avec les voix viriles de ses héros, le gazouillis de son héroïne et les accents prononcés des serviteurs indigènes (qui sont, il faut le noter, les premiers à être occis par la Créature en ayant à peine le temps de hurler de terreur). Mais le DVD, à l'excellente image remastérisée, ne donne pas cette possibilité. Tant pis !

Au juste, comment se fait-il que cet intéressant nanar ait connu, depuis sa sortie, une réputation qui fait qu'il bénéficie d'une sorte d'aura amicale et d'une note royale de 6,9 sur 10 sur le site Imdb, alors qu'il est semblable à des tonnes de films du quatorzième rayon, ni mieux, ni plus mal réalisés que lui ? Est-ce qu'il dégage une poésie particulière, est-ce qu'il comporte des instants d'angoisse vraiment dérangeants, de ceux qui font qu'on se demande, après que le mot Fin a apparu au générique, si le grincement qu'on entend, devant sa porte, n'est pas un peu bizarre et inquiétant, est-ce qu'il amène à oublier le bricolage sommaire des trucages et à se fondre dans la magie du récit ?

Je suis bien loin d'être spécialiste de ce cinéma de quartier, plein de menaces apocalyptiques et de créatures immondes, de péripéties convenues, de héros découpés dans le roc et d'héroïnes sensibles et menacées. Je sais que, durant la guerre froide, comme une sorte de métaphore de l'anxiété qui avait envahi les sociétés, il y a eu plein d'images symboliques de ces menaces qui affolaient les braves gens, menaces de l'envahissement, menaces de la méchante bombe et du savant fou, menaces d'êtres inconnus réveillés au fond de leurs paisibles retraites par la folie des hommes. Les Nippons – qui avaient l'avantage d'avoir directement expérimenté les feux de l'apocalypse – en étaient particulièrement férus, à coup de Rodan et de Godzilla. Mais les États-Unis sortaient à peu près à la même période, La Chose d'un autre monde, L'Invasion des profanateurs de sépulture et, un peu plus tard, La mouche noire. À la fin de la décennie 50, on allait revenir aux mythes plus classiques, inspirés de la littérature, à Frankenstein et à Dracula.

Mais donc, en attendant, L'Étrange créature du lac noir, qui se déroule en Amazonie et présente l'avantage de pouvoir présenter des images exotiques de forêt touffue, de marécages étouffants et, pour faire bonne mesure, de profondeurs marines et lacustres. Le spectateur de l'époque qui n'avait pas encore découvert Le monde du silence devait en être tout baba, d'autant que les images du film de Jack Arnold sont plutôt bien léchées quoiqu'en seul noir et blanc.

Sinon, de quoi s'agit-il ? D'une brave bête de créature hideuse, humanoïde amphibie, qui se trouve dérangée dans sa tranquillité par l'irruption d'une bande de scientifiques à l'œil curieux.

La Créature ressemble un peu – combien elle est disgraciée ! – aux Exterminateurs du Zardoz de John Boorman : on voit par là qu'elle a quelque raison de ne pas vouloir être enquiquinée et de se terrer loin des regards indiscrets. Elle est naturellement dotée d'une force physique colossale et, telle King Kong, elle tombe assez amoureuse de l'héroïne (l'assez jolie Julie Adams). D'ailleurs, dès qu'on voit, à la 23ème minute, surgir sa main griffue autant que palmée du marigot, on sait bien que la suite ne va pas être de la gnognote.

Après avoir fait du dégât parmi les membres de l'expédition, elle est à la fin, comme il se doit, abattue par le héros. Puisqu'il y eut deux suites, La revanche de la créature et La créature est parmi nous, elle devait être seulement blessée, mais ma sympathie pour elle ne va tout de même pas jusqu'à me donner envie de vérifier…


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De Gilou40, le 8 septembre 2011 à 17:17

Ah ! la ! la !… Que réveillez vous là ! J'avais oublié…J'ai vu ce film, dans un très joli cinéma de quartier joliment décoré années 50, qui s'appelait "Le cinématographe", après avoir été "Le Rio". C'était, je crois, en 1983. J'avais une quinzaine d'années. Le cinéma organisait des semaines "terreur", "aventures", "comédies" ou autres. Et ce cinéma était juste en face de la grande et sinistre porte de la prison St Paul, boulevard Suchet dans le deuxième. Et la gamine que j'étais se demandait en sortant dans la nuit tombée, si L'Etrange créature du lac noir ne se trouverait pas derrière ces murs et cette porte abritant plein de menaces apocalyptiques et de créatures immondes… J'avais oublié…


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De annick, le 8 septembre 2011 à 20:30

Personnellement, c'est lors de La dernière séance présentée par Eddy Mitchell en 1982 sur FR3 que j'ai vu ce film. J'avais 12 ans et l'arnaque pour les lunettes m'a valu une bonne engueulade de mes parents que j'avais harcelés pour en avoir la possession.


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De Pianiste, le 10 octobre 2014 à 10:38

L'étrange créature du lac noir, ou comment une arnaque télévisuelle a fait parler d'un film qui sinon, n'aurait pas eu beaucoup de succès. Dans les années 80, Eddy Mitchell présentait La dernière séance sur FR3 et des lunettes spéciales avaient été vendues pour voir le film en 3D. Cela était juste une arnaque et le public en a été pour ses frais. Je me souviens ne pas les avoir achetées et étant adolescent, je m'étais contenté de le regarder sans artifices superflus. Un scénario bien quelconque, avec cependant le charme des premiers effets spéciaux. On en était encore aux hommes portant un costume de monstre, ce qui est bien désuet de nos jours. Rien d'inoubliable, hormis la colère du public.


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