Forum - La Princesse de Clèves - Avant que Manoel de Oliveira...
Accueil
Forum : La Princesse de Clèves

Sujet : Avant que Manoel de Oliveira...


De RdT, le 5 juillet 2008 à 00:41
Note du film : Chef-d'Oeuvre

…ne tourne La lettre, La Princesse de Clève de Delannoy était la seule adaptation cinématographique de Madame de La Fayette. C'est Jean Cocteau qui s'y était attelé. La distribution avait suivi : Jean Marais et Marina Vlady.

Pour des générations et des générations d'écoliers La Princesse de Clève c'était Marina Vlady, il est des rôles qui collent la peau et celui là en était un fameux.
Marina Vlady y était à son sommet. Est ce qu'une édition de La Princesse de Clève en dvd se profile à l'horizon? Personnellement je vote pour, ce sera mon hommage à Jean Delannoy un grand homme quoiqu'en ait pensé Godard qui le prenait pour un représentant de commerce. La Princesse de Clève demeure pour moi le chef d'oeuvre de Jean Delannoy. Il est vrai qu'il avait ici été aidé par l'immense talent de deux grandes dames : Marina Vlady et Madame de La Fayette


Répondre

De machenka, le 5 juillet 2008 à 15:34
Note du film : 6/6

Nous sommes plusieurs à attendre avec impatience la reédition de ce chef-d'oeuver en DVD . Le film n'a pas pris une ride et le jeu des acteurs reste absolument contemporain . On regrette de ne plus voir Marina Vlady au cinéma, heureusement qu'on a pu l'applaudir récemment au théâtre dans Vladimir ou le vol arrêté … Jean Marais nous manque beaucoup.


Répondre

De RdT, le 6 juillet 2008 à 10:49
Note du film : Chef-d'Oeuvre

Oui assurément Jean Delannoy a su traiter avec talent de La Princesse de Clèves après Hans Holbein, après Madame de La Fayette avant Manoel de Oliveira Jean Delannoy a su ici être talentueux.

Pour Anne de Clèves, pour Madame de La Fayette pour Marina Vlady il est essentiel que La Princesse de Clèves fasse l'objet d'une mobilisation des internautes amateurs de grand style et de belles femmes, et de la courtoisie française.

Pour Michel Butor, La Princesse de Clèves est un des romans les mieux construits qui soit. Une preuve : il résiste admirablement à deux traitements cinématographiques par deux cinéastes d'une longévité et d'un talent remarquables.

Rejoignez nos suffrages à Machenka et moi.


Répondre

De Azurlys, le 29 avril 2011 à 15:07

En 2008, plusieurs correspondants de DVDTOILE manifestaient le souhait d'un DVD de ce film. Il est sur le marché, présenté par Canal + Vidéo (pardon pour la mention du producteur si elle un peu écornée).

J'avais a l'époque beaucoup aimé ce film, et puis, une projection qui date de quelques huit ou neuf ans, à la Cinémathèque – encore installée au Palais de Chaillot – m'a conduit a réviser assez sévèrement ce film. Rien de bien nouveau, on se trouve dans le cinéma "de qualité" que les jeunes loups de la nouvelle vague passaient leur temps à dénigrer. Mais il semble que vu aujourd'hui ce film ait pris un coup de vieux et qu'il s'est couvert de la poussière dont le temps ne nous fait pas grâce.

Peut-être serait-je amené – selon – à en reparler, ces lignes n'étant qu'une introduction pour mieux connaitre l'opinion des collaborateurs de DVDToile. On se trouve devant un film alourdi par un ton trop lent, et ampoulé par la déroutante orientation que lui a donné Jean Delannoy. Les personnages semblent engoncés dans des costumes – magnifiques – mais trop raides, tels que l'on pourrait penser qu'ils descendent d'un tableau que l'Histoire leur avait assigné. Ils se déplacent alors avec difficulté dans les décors comme engourdis par des siècles d'immobilité. La grâce recherchée par les auteurs se crispe et l'aisance fait défaut. On se pose la question de savoir si l'on ne se trouve pas devant une comparaison culinaire dans laquelle tous les ingrédients sont au rendez-vous, mais la mayonnaise ne prend pas.

Ce n'est pourtant pas faute d'avoir fait des efforts, peut-être trop, car les collaborateurs sont prestigieux, Jean Cocteau pour l'adaptation et les dialogues (peut-être très inspirés par les phrases échangées dans l'ouvrage de Mme de Lafayette, que je n'ai pas lu) Georges Auric pour la partition musicale, Delannoy aux commandes et Henri Alekan pour les images, dont on se souvient les superbes compositions en noir et blanc de La Belle et la Bête, inspirés des gravures de Gustave Doré. Enfin, sauf erreur Georges Wakhévitch fut aux costumes. A ce propos, le générique annonce que les trois robes de la Princesse de Clèves, de Catherine de Médicis et de Diane de Poitiers ont été façonnées dans les ateliers de Pierre Cardin. Tout devait y être parfait. Mais cela ne fonctionne pas ou très mal. Plus haut, un(e) correspondant(e?) parle de chef-d'œuvre. Je crains, hélas, que nous n'ayons pas vu le même film. Car ce sont des constations qui me navrent, même s'il arrive parfois que l'on n'est pas opposé aux coup de griffes, et que l'on y trouve quelque joie… Là, ce n'est le pas le cas, et ce constat – pour autant qu'il ait quelque valeur – n'est pas accepté de gaité de cœur.

Je reviendrai, si on le veut, sur les interprétations et quelques anecdotes du film et je voudrais apporter quelques informations techniques. Le producteur ne s'est pas encombré d'efforts : on est parti de la copie existante, image convenable (toutefois non stabilisée) aux couleurs faiblardes et une bande-son médiocre avec des distorsions lors des forte de l'orchestre. Elle semble privée de basses, d'aigus, et offre ainsi ce que j'appelle parfois un son téléphone. Il est très possible aujourd'hui de corriger ces questions que l'on peut, si l'on veut, considérer comme mineures, mais si l'on souhaite considérer que les recherches esthétiques du film en souffrent, on peut signaler cette absence de restauration regrettable.


Répondre

De Impétueux, le 29 avril 2011 à 18:01
Note du film : 2/6

Puisque vous nous faites l'amitié de vous préoccuper de nos opinions… voici la mienne, qui n'est pas bien bonne. Il est vrai que j'ai vu le film à son époque, en 61 ou 62, bien jeune alors… Mais enfin, j'étais féru de culture classique et n'avais pas été décontenancé par l'intrigue, qui me paraît aujourd'hui un peu boursouflée. (Le malheur est qu'en ce moment, si on n'apprécie pas trop le livre de Madame de La Fayette, on est tout de suite catalogué en suppôt du sarkozysme militant).

Je n'ai pas d'animosité envers Jean Delannoy, au contraire, plutôt. Marie Antoinette reine de France (qui, soit dit en passant, vient de paraître en DVD), Maigret tend un piège, Maigret et l'affaire Saint-Fiacre, Le baron de l'écluse, tout cela est d'un honnête artisan, et fait oublier les ratages, L'assassin a peur la nuit, L'éternel retour ou Vénus impériale.

Mais le clinquant Cocteau, le sémillant Marais (qui là, joue la gravité, ce qui lui va encore moins que la cavalcade du Bossu), l'insignifiantissime Jean-François Poron et, en regard, la seule beauté lumineuse et ambiguë de Marina Vlady, ça ne pèse pas bien lourd.


Répondre

De Azurlys, le 30 avril 2011 à 12:29

Impétueux me répond aimablement, et je le remercie de son avis, qui, me semble-t-il, n'est pas éloigné du mien. Je crois que l'extase – enfin, presque – affichée par le ou la correspondant(e) de 2008 qui emploie le mot de chef-d'œuvre m'était apparue, à première lecture, comme excessive, encore avait-il (ou elle) le droit de le penser. Peut-être ses souvenirs étaient-ils très antérieurs à la rédaction du message. Avec le recul, on ne peut être qu'indisposé par le style Musée Grévin, la lenteur de l'intrigue, les scènes trop longuement étirées (la scène de la réécriture de la lettre trouvée au sol), et les personnages paralysés, dirait-on, par des costumes somptueux, sans le moindre doute, mais lourds et excessifs. Même à la Cour, beaucoup plus modeste à l'époque qu'elle ne le sera plus tard à Versailles, les costumes n'avaient pas une telle splendeur. Encore que les chroniqueurs rapportent que Catherine de Médicis, qui disait se geler à Blois, portait sur elle jusqu'à quatorze jupons les uns sur les autres !! Dans le film, on est là dans le portrait officiel tel qu'il sera avec Le Titien, ou avec Rigault. Imagine-t-on un Louis XIV sur le retour, tout attentif qu'il fût de l'étiquette, tenter d'y souscrire dans le costume du sacre ?

C'est pourtant l'impression que l'on éprouve devant les personnages de La Princesse de Clèves. On a voulu faire beau, somptueux. On y parvient, et l'on trébuche sur une outrance décorative qui évacue l'intrigue. Car l'intrigue est belle. L'amour dans le mariage porté à un tel point – celui d'être excessif – que l'héroïne refusera de succomber à la séduction du Duc de Nemours, et préférera la mort au péché et à la trahison de l'amour conjugal. Pour faire court, La punition avant la faute, en somme.

Je dois confesser ne pas avoir lu l'ouvrage de Mme de La Fayette. Après un essai, il m'est tombé des mains… Fâcheuse lacune littéraire, sans doute. Vu sous cet angle, le roman a-t-il les vertus et l'élégance de la littérature classique, qui parvient à faire passer ce n'y n'est peut-être pas vraisemblable ? C'est la magie de l'écriture qu'il faut louer. Sauf interprétation erronée, il me semble bien que la Renaissance n'offrait guère d'exemple de vertus de cette ordre, et que l'on était moins regardant sur les écarts pour lesquels on fut plus sévères au XIXe siècle, lors du triomphe de la bourgeoisie. Mais je puis me tromper. Madame de Clèves était-elle, dans le roman, l'exemple sublimé, l'exception qui confirme, sinon la règle, du moins ce qui était admis dans les mœurs du temps ? En toute ignorance de l'œuvre, je m'abstiens de répondre.

Je n'ai jamais eu une passion pour Marina Vlady, dont la beauté étrange m'a toujours semblé altérée par un regard triste, presque inexpressif. Sa séduction, sa voix haut perchée, et les costumes abusifs qu'on lui fait porter ici, me semblent desservir le personnage qu'elle interprète. J'avais déjà eue la même impression dans AVANT LE DELUGE d'André Cayatte, d'autant plus qu'elle y était entourée de jeunes comédiens mineurs, comme l'insignifiant Jacques Chabassol (qu'est-il devenu ?) ou Jacques Fayet, recyclé plus tard comme animateur de radio.

Je partage avec Impétueux – qui a l'enviable qualité de réduire à quelques lignes des idées aussi claires que complètes – son goût pour l'"autre" Delannoy. Les deux "Maigret", Un Marie Antoinette reine de France, sans doute trop linéaire et sans découvertes nouvelles, mais avec un soin qui pourrait aujourd'hui faire école, et le délicieux Baron de l'écluse, que j'adore, avec les dialogues savoureux d'Audiard. Rien que du cinéma de divertissement – sauf "Marie-Antoinette", peut-être, un octave au dessus – bien fait, de facture classique, et porté par des comédiens excellents.

Quelques idées s'ajouteraient volontiers dans le sens anecdotique, un tantinet marginal, mais devant ce qui précède je n'ose succomber (moins non plus !…) et j'interromps ici ce qui risque de devenir excès. Merci de votre patience, au pluriel, s'il y a lieu…


Répondre

De Azurlys, le 2 mai 2011 à 15:02

Relisant à l'instant le message d'Impétueux, j'y avise l'annonce d'une sortie de "MARIE-ANTOINETTE, REINE DE FRANCE (Delannoy, 55) en DVD. Curieusement j'avais fait état de cette parution dans un ajout au chapître "Marie-Antoinette" après lecture d'un obscur correspondant sur quelque site trouvé par hasard. En effet, il y annoncait cette sortie, encore que cela semblait dater de plusieurs mois, mais sous forme qui m'est apparue comme absurde : Gaumont diffusait le film, mais avec paiement en ligne, commandes prises au coup par coup – enfin, presque – au fur et à mesure des demandes, et les DVD pressés selon l'arrivée des sollicitations.

L'auteur de l'information ajoutait, après s'être fait piéger par ce système, que la copie était médiocre, les couleurs fannées (alors que tirage avait été fait par matricage Technicolor), le son presqu'inaudible au point d'être obligé d'y ajouter des sous-titres (?). Cette dernière partie de son intervention m'a semblée étrange, mais restait sans précisions.

J'ai rapporté cette étrange méthode commerciale, avec du matériel médiocre, et j'ai cru devoir ajouter que si l'on possède une VHS (captation TV ou commerce), il valait mieux s'en tenir là. Evidemment, je n'ai pas d'autres indication. Auriez-vous une information plus fraîche ?

Je profite de ce message pour vous remercier des hypertexte et les italiques dans mes deux interventions sur "LA PRINCESSE DE CLEVE", puisque je ne peux y parvenir, pour des motifs déjà exposés. Merci de votre aide.


Répondre

De Azurlys, le 16 mai 2011 à 13:24

A mes interventions précédentes, je voulais adjoindre quelques détails, à vrai dire marginaux et qui relèvent de l'anecdote.

Une quantité non négligeable de sites offert sur internet parlent de la comédienne Renée-Marie Potet, qui joue la jeune Marie Stuart. Elle y apparaît dans quelques scènes, le bal des noces du tout début, et quelques apparitions plus ou moins discrètes dans le déroulement du récit. J'ai cherché en vain quelques détails complémentaires, mais il semble qu'il faille pour l'instant y renoncer. Elle n'y est stipulée qu'avec une filmographie réduite à un film, un seul, La princesse de Clèves. Je n'ai pas trouvé trace d'interventions au théâtre.

En fait, tout laisse à penser qu'elle fut la comédienne d'un seul film. En effet la presse de l'époque avait rapporté qu'elle fut victime d'un accident de la route au cours duquel elle perdit le vie, dans les quelques semaines qui suivirent la fin du tournage. Rien n'indique qu'elle ait pu voir l'œuvre définitive après montage.

Elle avait une présence un peu effacée, du charme, un joli visage une peu triste, et jouait avec talent le personnage qui allais bientôt quitter la France, à la suite de la mort de son époux François II, emporté à seize ans par une mastoïdite tuberculeuse (évidemment le diagnostic est plus récent, à partir des informations du temps). De l'autre coté de la Manche elle allait connaitre les geôles d'Élisabeth, et le sort que la souveraine lui réservait. Tout semblait réuni pour qu'elle devienne une héroïne de théâtre.

Un point curieux relie, de façon fort arbitraire, Marie Antoinette reine de France (Dalannoy, itou) et La princesse de Clèves. François II y était joué par un comédien qui s'est ensuite intégré dans un groupe rock – ou analogue – Alain Ferral. A vrai dire je n'ai qu'une vague idée de ce que fut ensuite sa carrière, mais il devint plus tard le libraire du village dont la réputation est devenue mondiale, comme Domrémy, mais pour des raisons radicalement différentes : Renne-le-Château. J'ai fait état déjà de cette petite localité de l'Aude, ou la légende sulfureuse d'un prêtre, l'Abbé Saunnière, se répandit comme une trainée de poudre, et laissa entendre la découverte d'un trésor(?) dans les quelques mois qui suivirent son arrivée à la cure du village, vers 1886. De là se forgea une incroyable légende au travers d'écrivains, vaguement journalistes, à la plume facile et à l'imagination généreuse, dont l'ultime avatar – en attendant les suivants, sans doute – fut l'impayable "DA VINCI CODE", suivit d'un film fort ennuyeux au point de faire penser à un cas d'école…

Le bourreau de Marie Antoinette reine de France,…" Amédée, de son vrai nom marquis de Cherisey, participa dit-on au canular, qu'il serait intéressant d'examiner avec l'œil de la sociologie. Alain Ferral, fut le libraire de ce petit village audois, pour l'essentiel consacré au mystère de Renne-le-Château. Actuellement très malade, la gérance de l'affaire est entre d'autres mains. Il est évidement que le rapport antre les deux est arbitraire, et n'engage que moi… Mais les deux éléments qui suivaient comme un ombre, somme toute, La princesse de Clèves, et le sort insolite et dramatique qui fut celui des deux acteurs, pouvaient peut-être passer pour avoir quelque intérêt, et être rapportés. Cela aussi n'engage que moi !














Répondre

De vincentp, le 15 juillet 2013 à 23:41
Note du film : 4/6


4,5/6. Je découvre ce soir ce film de Jean Delannoy (premier film de ce metteur en scène que je regarde). Oui, Marina Vlady réalise une interprétation mémorable : belle comme le jour, et actrice très talentueuse. La princesse de Clèves est un long-métrage de qualité. Académique mais bien fait. Un soin exceptionnel est accordé aux costumes, le faste et les habitudes de la cour sont recréés à la perfection. Les jeux de l'amour sont bien traités, et ce récit est porteur d'émotion. Il me semble que chacun d'entre nous peut se reconnaître dans un personnage (je me suis identifié au duc de Nemours) et c'est un petit exploit de la part des concepteurs de cette oeuvre. Ce film a plutôt bien vieilli et demeure moderne.

Quelques réserves, avec un aspect un peu guindé et figé (mais c'est peut-être intentionnel)… et un scénario convenu. Je ne partage pas l'enthousiasme de Azurlys pour la royauté. Ces gens-là et leurs amis aristocrates avaient une hygiène douteuse, passaient leur temps dans des marivaudages narcissiques ou des loisirs futiles, tout en se posant en donneurs de leçons. Peu de temps à consacrer à la science, à la politique, à l'économie, à la philosophie, au bien public. Ils avaient confisqué le pouvoir à leur profit. Des têtes sont tombées et j'irai pas le regretter ! Si j'avais vécu quelques siècles plus tôt, j'aurais peut-être même actionné la guillotine ! Préférons donc la république actuelle !


Répondre

De azurlys, le 22 juillet 2013 à 15:35

De passage sur le thème de ce film j'y vois l'intervention de Vincentp qui aime ce film et lui accorde de grandes qualités, soin de la réalisation, costumes, et j'ajoute pour ma part, comédiens remarquables, hélas pour les rôles de second plan : Léa Padovani (Catherine de Médicis), Annie Ducaux (Diane de Poitiers) et un Jean Marais, un peu empoté, et moins bien que dans les films de "cape et d'épée". J'étais arrivé aux mêmes constations, en regrettant toutefois que tout ce luxe, trop appuyé, trop présent, trop pesant, noyait le film et l'effaçait en partie. La poussière aidant, la remarque n'était sans un peu d'amertume.

Soudain, j'y avise mon pseudo – déjà flatté – pour déchanter aussitôt… Ce qui frappe, c'est que l'on passe de l'intérêt pour un film dont nous ne partageons pas les impressions, à une remarque succulente et inattendue ! En dehors du fait qu'il était tout aussi simple de brocarder la monarchie au travers l'excès – que j'avais souligné – en protestant sur le luxe, alors que le peuple ployait sous le harnais, que la saleté se devinait sous les costumes, vous m'accordez tout à coup des idées et sentiments dont il se pourrait bien qu'il fussent les vôtres, en confondant sans doute constats et opinions.

S'il est vrai que j'aime l'Histoire, que j'aime également le cinéma qui en tire des œuvres diverses. Dès ma première intervention ici, où j'ai eu la joie d'être bien accueilli, j'ai signalé les erreurs de "L'Affaire des poisons" (d'Henri Decoin). À plusieurs reprises j'ai apporté quelques précisions sur tel personnage, ou tel événement qui supposaient des correctifs. Ceux-ci allaient-ils peut-être dans le sens inverse de vos convictions ? C'est bien possible. Ils relevaient cependant de l'observation.

Il est curieux que l'inventaire que vous faites s'appuie sur des clichés qui relèvent plus de l'affect que de l'analyse. Cela me fait souvenir d'une conversation avec une amie il y a un ou deux ans, au cours de laquelle, je ne sais trop comment, elle trancha : "Louis XIV était un dictateur". Il m'a bien fallu rectifier : l'organisation juridique de l'époque ne le permettait pas. Ce n'est pas une opinion : c'est un fait. Le chef de l'État, de nos jours, a des pouvoirs nettement plus étendus que le souverain ne pouvait en disposer à l'époque de l'Ancien régime. Quant aux aristocrates, est-il bien utile de remonter dans le temps ? Aujourd'hui, népotisme et oligarchie imposent des systèmes voisins, parce que le pouvoir, quelques soient ses formes, y conduit forcément.

De plus, vos certitudes relèvent d'un avis qui semble présenter de fâcheuses carences d'information que vous comblez par une imagination exemplaire, en omettant pourtant l'essentiel : l'électricité était connue sous Louis XV et les philosophes y firent leur entrée en lices. La République leur doit beaucoup… Serait-ce de l'ingratitude ? Notez que les sentiments nuancés qui sont les miens aujourd'hui étaient jadis plus chaleureux, mais les désaveux, les roueries de politiciens, les errances d'une économie en délire entièrement aux mains de banquiers rapaces, facilitent – en principe – les remises en question. Peut-être est-ce encore trop tôt en ce qui vous concerne.

Enfin, je regrette un peu la conclusion expéditive et trop appuyée pour être solide qui termine votre intervention, par ailleurs sympathique et finalement moins méchante que vous ne le pensez. Votre extase louable pour le système républicain n'est pas choquante puisque que l'on y sent la sincérité. Ce n'est pas toujours sans erreur. "L'esprit que l'on veut avoir gâte celui que l'on a" (Rivarol)


Répondre

De vincentp, le 22 juillet 2013 à 21:31
Note du film : 4/6

Et bien mon cher Azurlys, l'homme érudit que vous êtes se révèle être un parfait avocat au service de la cause monarchique, et nous vous remercions pour ce brillant plaidoyer !

Au-delà de nos différences de point de vue liés à la monarchie et aux aristocrates, nous nous rejoignons pour louer les qualités de La princesse de Clèves.

Vous pouvez cliquer à l'occasion sur le bouton-radio "Note" pour noter ce film.


Répondre

De Tamatoa, le 23 juillet 2013 à 01:07
Note du film : 4/6

Ces gens-là et leurs amis aristocrates avaient une hygiène douteuse.. (Vincentp)

Douteuse ? Vous maniez l'euphémisme avec légèreté..

En fait, sous ses apparences majestueuses, le château de Versailles était le lieu le moins propre du royaume. Quand on songe que les courtisans allaient régulièrement se soulager sous les escaliers ou derrière les portes du palais, cela n’étonne guère. Louis XIV ne s’est guère lavé au cours de son existence. Qui pourrait bien l’en blâmer puisque la médecine de l’époque considérait que les bains étaient dangereux parce qu’ils facilitaient l’entrée des microbes dans l’organisme. Le roi dégageait continuellement une odeur qu’il était difficile de supporter pour son entourage. Il le savait fort bien et quand il entrait dans une pièce, il ouvrait les fenêtres pour ne pas incommoder ses courtisans.
( Michel de Grèce = L'envers du Soleil )

Et nous étions "déjà" sous Louis XIV, et à Versailles… Alors sous le règne d'Henri II, au château de Blois, je n'ai même pas envie de savoir ! Même si les historiens prétendent que l'époque de la Renaissance correspond à un renouvellement profond de la manière de vivre. Et je dois dire que, sachant celà, personnellement, malgré les atours magnifiques, les robes splendides, collants et poudre à volonté, (je ne parle pas des perruques pas encore à la mode) ça me gâche un peu le plaisir quand je vois ces films magnifiques. On ne peut s'empêcher d'y penser.. Celà étant, si on embrasse une jolie fille en pensant qu'elle est composée de 70% d'eau et d'os…


Répondre

De Impétueux, le 23 juillet 2013 à 10:13
Note du film : 2/6

Outre que les Rois de France n'ont eu de cesse que de lutter contre l'aristocratie et de détruire les féodalités menaçant l'unification de l'Etat (et ceci commence à Bouvines, au moins, en 1214), je note dans ces échanges pas mal d'anachronismes historiques. Mais faut-il y revenir sur un site de cinéma ?

Simplement noter qu'il y a bien des chances que la Cour du Roi Henri II ait senti beaucoup moins fort que celle de Louis XIV. Parce qu'on s'y lavait bien davantage, comme on se lavait beaucoup au Moyen-Âge. Les chroniques foisonnent des descriptions des bains et étuves proposés à la population et Henri IV se baignait fréquemment dans la Seine, paraît-il, au milieu de ses sujets (Essayez de proposer à l'actuel Président de la République de partager un bout de sa plage privée de Brégançon !).

Pourquoi cela ? mais tout simplement à cause de ce qu'on appelle le Petit âge glaciaire qui s'est amorcé en Europe vers le milieu du 14ème siècle, a vraiment commencé vers 1550, a culminé cent ans après, et s'est achevé vers 1850. On a pris l'habitude de ne pas se laver… tout simplement parce que, de l'automne au printemps, on pelait de froid ; c'est aussi simple que ça. Et ça a duré bien au delà de la froidure, jusqu'au milieu du 20ème siècle et de la généralisation des salles de bain…


Répondre

De Tamatoa, le 23 juillet 2013 à 12:25
Note du film : 4/6

Et bien voilà qui est fort intéréssant, ami ! Comme quoi les raisonnements sans la culture qui va avec.. Bêtement, je pensais que si l'hygiène était infecte sous le roi soleil, "forcémment", en amont.. Parcontre, je ne suis pas d'accord quand vous dites que ce n'est pas le lieu pour en parler. Un film (dit sérieux) doit faire se soulever des questions et vous venez d'apporter la preuve flagrante que l'on peut s'égarer dans des divagations stériles. Toutes "réparations" concernant un film, son époque, ses moeurs, etc, doit se faire ici même. Sinon, les analyses de Vincentp et d' Azurlys sembleraient incomplètes et surtout gâchées par mon grain de sel inculte et imbécile.


Répondre

De Azurlys, le 23 juillet 2013 à 12:44

La Princesse de…

Merci de vos interventions, passionnantes les unes et les autres. Pour Vincentp, cependant, je me demande si il ne demeure pas un malentendu – lu, en l'occurrence. Je me suis évertué de développer l'hypothèse – n'allons pas plus loin – que son appréciation sur mon enthousiasme(?) à l'égard de ma monarchie ne trouvait pas de prise réelle. Non qu'il faille s'en défendre, mais enfin, aujourd'hui personne n'est dupe. Si l'on peut trouver quelques nostalgies, celle-ci ne peuvent évacuer la réalité, et en deviennent ainsi un élément d'ornement.

J'ai le souvenir d'avoir dit quelque part (mais z'où ?) que je voyais dans l'Histoire, et les histoires de l'Histoire, une sorte d'héritage de la France éternelle. On demeure dans la profession de foi. Il est cependant patent de se reporter aux déclarations d'un ancien ministre de la Justice qui écrivit, catégorique : "La France est née en 1789", un autre, plus récent, a cru faire dans sublime. Il n'a pas évité le ridicule (je cite de mémoire) "La Révolution française est l'émergence d'un temps dans un non temps, une rédemption du Peuple (c'est moi mets la majuscule) pour l'élever à la dignité de Citoyen". Autrement dit, la France est une création ex-nihilo. Avant cet apport quasi mystique, tout n'était que néant !

Grâce au Ciel, la Révolution est venue mettre bon ordre parce qu'il convenait que la Lumière fût faite. Et elle le fût ! Elle orchestra une nouvelle Création. "Et l'Ange sonna de la trompette ! Et il y eût une grande Colère ! Et il y eût une petite estrade, où la Mort baissait et levait son rideau rouge, où les acteurs et les actrices du drame saluaient la foule et donnaient leur spectacle d'adieu…" (Jean Cocteau, Spectacle son et lumière à Versailles de 1954 à I964, sur le Parc, musique de Rameau et Jacques Ibert)

Il ne s'agit guère d'approuver ou de réfuter, mais de constater. Passons sur la "France née en 1789", qui oublie que les orages de cette époque furent suivis de trois monarchies et deux empires. Pour le Second, l'humour aidant,après le coup d'état du Prince Napoléon, on parla de "république empirée" ! La joie de Vincentp; pour les mérites républicains ne trouverait-elle sa justification dans le coté monarchique – le panache en moins – d'une république à laquelle il accorde sa confiance ? Quelques mots, dans mon interventions précédente y faisaient allusion. Il se pourrait que j'ai fait un bide…

Sur le chapitre de l'hygiène, il a beaucoup à dire et les interventions d'Impétueux éclairent le propos. On peut ajouter, à partir de l'époque versaillaise, peut-être avant, l'influence des médecins (voyez Molière, on n'en est pas si loin) qui affirmaient que l'eau apportait des miasmes, et l'on passa à la toilette sèche. On peut ajouter qu'il y avaient de nombreuses salles de bains à Versailles, dont une qui existent toujours, à l'arrière de la Galerie des Glaces, dans le corps de bâtiment qui constituait la partie centrale de la terrasse, avant que l'on la construction de la Galerie. Beaucoup ont disparues par les travaux – excessifs – de Louis-Philippe dans l'aile Sud, notamment.

Et pour clore sur une note pittoresque les lettres de Gabrielle d'Estrée rapportent les fumets de son auguste amant. Etait-ce avant la disparition du dernier Valois, ou après l'émergence du premier Bourbon, je l'ignore. Mais le mot est croustillant : "Il a le gousset qui sent un peu fin". Les odeurs corporelles, à l'époque étaient admises et étaient un piquant accessoire d'érotisme… Le voir – ou sentir – avec nos sens d'aujourd'hui c'est ajouter l'anachronisme à la distorsion naturelle du Temps.

Mais est-il bien sérieux de rapporter les mérites (?) ou les déboires de la monarchie à des histoires de "besoins" faits sous les escaliers – le prototype du cliché ? Les courtisans ? Oui, sans doute, mais le public aussi était admis après avoir loué à l'entrée un chapeau et une épée. Alors…

Personne ne nie cette réalité, qui participe également de ce constat.

Quant à la Princesse de Clève, au fait…


Répondre

De vincentp, le 23 juillet 2013 à 13:15
Note du film : 4/6

Je vous recommande à tous La prise du pouvoir par Louis XIV, oeuvre en couleurs admirable de Roberto Rossellini, qui donne une vision nuancée et assez juste de la royauté me semble-t-il à l'époque de Louis XIV. Des réalisations d'envergure en faveur du bien public y ont été menées sous l'autorité du roi et de ses ministres ou assimilés.

Quant à la République à ses débuts, Danton, L'anglaise et le duc et bien d'autres oeuvres, nous montrent les entorses faites aux principes liés aux respects des droits de l'homme.

Je ne suis pas sûr que le petit âge glaciaire explique à lui seul l'absence de salles de bain !

Pour en revenir à La princesse de Clèves, j'ai enregistré cette phrase prononcée par une femme de la cour qui a l'air de s'y connaitre : "un homme pour l'utile, un homme pour l'agréable !". Diantre ! Qu'en pensez-vous, Azurlys ?

  • > Erratum ! Autant pour moi. Cette phrase sidérante provient plutôt de Carmen Jones ! Mais j'ai un doute.

Répondre

Installez Firefox
Accueil - Version bas débit

Page générée en 0.084 s. - 5 requêtes effectuées

Si vous souhaitez compléter ou corriger cette page, vous pouvez nous contacter