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Forum : Lucrèce Borgia

Sujet : Fin de siècle


De azurlys, le 15 janvier 2008 à 14:31

Je viens de voir, et d'acheter le DVD de Lucrèce Borgia, de Christian-Jaque, de 1952, qui vient de paraitre – ou de reparaitre, sait-on jamais – en DVD.

Il est édité par "Les Films du Collectionneur"(?). A l'époque, il bénéficiait d'un tournage en Technicolor (trois bandes) avec des couleurs fastueuses. Souhaitons qu'ils ne seront pas trahis (Technicolor, réalisateur et directeur de photographie, s'entend). Décors et costumes étaient superbes, même s'ils penchaient vers un style un soupçon trop décoratif, comme pour profiter de l'aubaine que leurs offraient les vertus du Technicolor.

C'est un film de la même veine que Madame du Barry, tournée deux ans plus tard par le même réalisateur, avec celle qui venait de devenir son épouse – pour quatre ans seulement ! -, avec toutefois des dialogues signé Jacques Sigurd (Une si jolie petite plage, 1948). Je me suis souvent demandé si l'affaire n'eût été mieux amenée et plus rondement conduite, si Henri Jeanson avait été de la partie. Mais il semble bien que le ton du drame était recherché, et Sigurd (qui partagea un moment sa vie avec Gérard Philippe, qui l'eût cru…) ne faisait pas dans la gaudriole. Jeanson aurait donné au film le ton d'ironie claquante et de dérision brillante auxquels ses dialogues, parfois un peu envahissants, conduisaient facilement. Le parti adopté recherchait de toute évidence un autre ton.

Là encore, le mythe d'une Lucrèce monstrueuse est édulcorée, sans doute davantage pour coller à la personnalité de Martine Carol, avec sa beauté et son coté midinette – ici gommé, évidemment – que dans un soucis de vérité historique. Au reste, il est probable que cette figure d'une Lucrèce Borgia assagie et dominée par la raison politique et l'ascendance de son frère César, est plus proche du personnage réel que de la nouvelle Agrippine, doublée de Méduse, que la petite histoire et la légende ont cru devoir retenir.

Maurice Thiriet y composa une musique ample et solennelle, mais utilisa aussi pour la troisième fois, un thème déjà entendu dans "L'Affaire du Collier de la Reine" (Marcel Lherbier, 1947, séquence du début, lorsque le Cardinal de Rohan arrive à Versailles), et Fanfan la Tulipe (doit-on le dire, Christian-Jaque, 1951, séquence dans le bois, quand les bandits attaquent le carosse de la Pompadour et de la fille du roi). Après les pompes versaillaises et l'ascension de Rohan par l'escalier de la Reine, puis la fraicheur élégante d'une musique de cour qui accompagnait l'arrêt du carrosse et la descente de voiture, Maurice Thiriet enfourchait à nouveau son thème en lui donnant la coloration "Renaissance" d'une pavane, dont Martine Carol et Massimo Seratto épousaient les pas.

Le DVD encore emmailloté de cellophane, et partiellement dissimulé derrière quelques étiquette, ne s'est pas encore laissé déflorer. Toutefois, aucune indication d'une quelconque remasterisation (?) n'est mentionnée. Il comporte des suppléments, filmographies, galeries photos, quizz (?) du collectionneur, ce qui laisse entendre peu de choses, sans doute (enfin, c'est mon avis…), et il est chapîtré.

Vous en savez autant que moi. A bientôt !


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De Impétueux, le 15 janvier 2008 à 17:19
Note du film : 2/6

Je serai en tout cas curieux de savoir votre avis, moins sur la qualité technique du support (quoique…) que sur le ton de l'œuvre, sa manière d'aborder le mythe et sur l'éventuelle (et sûrement fort relative) salacité du propos, notamment par rapport avec la Lucrèce Borgia d'Abel Gance, qui m'a laissé un souvenir mitigé, si l'on excepte l'anatomie assez gracieuse d'Edwige Feuillère


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De azurlys, le 17 janvier 2008 à 14:39

Bien trouvé le message !

A vrai dire, en dehors des quelques premières images de "Lucrèce Borgia", pour en tâter – je parle du DVD, bien entendu… – je n'ai pas eu temps d'aller plus avant, et j'en reparlerai après l'avoir revu entièrement.

Toutefois, quelques souvenirs que ma mémoire à su préserver me laissent entendre que l'on est ici dans une imagerie soignée, dont les constituants se marient bien, costumes, décors renaissance, musique de Maurice Thiriet, et aboutissent à une cohérence de construction. Mais il ne faut pas perdre de vue que ce film est inspiré d'un roman de Cécil St.Laurent, que je n'ai d'ailleurs jamais lu, ni celui-ci, ni les autres, et l'on pouvait s'attendre à une sorte de "Lucrèce chérie". Je ne crois pas que ce soit celà, et il faut tenir compte des dialogues de Jacques Sigurd dont il eût été téméraire d'attendre une quelconque fantaisie. Peut-être son talent le lui aurait-il permis, mais les dialogues, et les thèmes abordés dans "Une si jolie petite plage", ou "Dédée d'Anvers" pour ne citer que ces deux films, n'ouvraient pas sur des promesses d'amusement. Le parti adopté par l'équipe se situe entre le drame et l'imagerie soignée, avec quelques points pittoresques, comme le personnage confié à Pieral, et qui fait penser – pour autant que ma mémoire ne me trahisse pas – à celui de "L'Eternel Retour", ou le peintre que joue Maurice Ronet, aussi empoté qu'on puisse l'imaginer.

"Lucrèce Borgia", malgré sa cohérence et le soin apporté à la réalisation et à la direction d'acteurs, laisse un peu l'impression d'être assis entre deux chaises. Mais si l'on veut l'accepter comme un très bon divertissement, avec d'excellentes images (Christian Matras, directeur), un magnifique Technicolor, celà reste un spectacle fort agréable. Là encore, le personnage réel de Lucrèce, chargé du mythe vénéneux dont il est porteur, semble avoir été adapté à son interprète, Martine Carol, qui ne s'en sort pas si mal malgré quelques maladresses, alors que la logique d'une adaptation aurait sans doute amené à espérer le contraire. La même chose se reproduira en 1955 avec "Nana", plus proche, nous en avons parlé, du mythe charmeur de l'interprète, que de la veuve noire, issue de la misère, que développa Zola. Mais dans le cas de cette oeuvre de divertissement, la volonté qui eût été de mieux coller au personnage, il devenait alors nécessaire de solliciter une autre comédienne. Le couple formé par Christian-Jaque et sa toute récente épouse Martine Carol, ici inséparables, lui à la direction, elle à l'interprétation, n'avait, en fait, pas d'autre choix.

Je n'ai aucun souvenir de la Lucrèce d'Abel Gance, ni de l'interprétation qu'en donna Edwige Feuillières.

Une chose enfin, d'ordre technique. Sans mention de remasterisation, il semble que le transfert sur DVD ait bénéficié d'un soin réel. Les images ne "flottent" pas dans le cadre et le Technicolor est superbe. De fait, il n'y aura eu que quelques films, en France, tournés selon la méthode dont usait Hollywood depuis l'apparition de la trichromie en 1934 : Caméras blimpées énormes – 175 Kgs ! – trois films noirs et blancs, filtrés rouge, vert et bleu, copies matricées, façon lithographie ! Technicolor s'était installé en Angleterre à la fin des années trente et donna "Le Voleur de Bagdad", "Le Narcisse Noir", "Les Chaussons Rouges", "La Renarde", avant de s'implanter en France. Ici, on se souviendra de cette Lucrèce, finalement victime de la raison d'Etat, et, toujours avec Martine Carol, d' "Un caprice de Caroline Chérie". Ensuite, les caméras pachydermiques furent remisées au musée… Hélas ! Mais il est vaguement question d'y revenir… Attendons, "la patience est la sagesse des justes". Je trouve cette phrase sympa. Elle m'est venue comme celà ! A ma connaissance, je ne l'avais vue nulle part. Je l'attribue donc arbitrairement à Confucius, ce qui lui donnera des lettres de noblesse ! J'évoquerai le retour possible au Technicolor plus tard… si l'on veut, évidemment.


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De azurlys, le 22 janvier 2008 à 13:19

J'ai pu enfin visionner "Lucrèce Borgia", avec notre chère Martine, mais je suis bien obligé de corriger un tantinet mes deux avis précédents, le premier lors de l'achat du DVD tout neuf sorti des bacs, comme Vénus de l'onde. Sans être d'un enthousiasme à toute épreuve, mon avis allait plutôt dans un sens qui exprimait une certaine satisfaction, me semble-t-il, une fois admis ce qui me semblait difficile de réfuter, l'adaptation du personnage à Martine Carol, et non l'inverse, le choix du drame, dialoguiste-scénariste aidant, le tout sous emballage de luxe.

Il n'y a rien à retirer à cette opinion, sauf qu'il convient d'y adjoindre un bémol. L'impression que j'avais exprimée par la sensation d'être assis entre deux chaises semble se confirmer. A vrai dire, je ne sais que penser et la perplexité ne parvient à l'analyse qu'avec difficulté. Christian-Jaque aurait-il voulu démontrer que son épouse et interprète disposait aussi, hors sa drôlerie, d'un réel talent de tragédienne, qu'il n'eût pas agit autrement. On prétend qu'il est plus facile de faire pleurer que rire – au cinéma, en tous cas – que l'on serait amené à réviser cet avis.

Manifestement, il semble bien que Martine Carol n'avait pas l'étoffe de jouer la tragédie, et l'accumulation des plans dans lesquels la pauvre Martine montre un visage défait, contrarié, ruissellant de larmes, au gré des maris et amants que lui impose César Borgia pour établir des alliances et satisfaire ses appétits de domination politique, que l'on frise l'overdose. On a presque envie de la prendre dans ses bras – qui s'y refuserait ? – pour la consoler, la dorloter, et lui dire à l'oreille "viens avec moi, allons chez Lysistrata, c'est tout de même plus sérieux…".

J'exagère, bien sûr. Mais il y a tout de même un peu de ça. Mais je pense si souvent à Sacha Guitry que je trop heureux de citer ses "mots". Notamment "…on peut dire ce qu'on veut, mais Molière c'est tout de même plus sérieux que Corneille !".

Il y a dans ce film une sorte de raideur de jeu, de direction, un ton un soupçon ampoulé, qui laissent entendre que la componction affichée par les comédiens est qu'il fallait, vaille que vaille, coller à un spectacle somptueux (hum…) pour lequel les décors imposants ne devaient pas être démentis. l'ensemble semble un peu pesant… Je répète ici qu' Henri Jeanson, toutes réflexions faites, eût été mieux à sa place que Sigurd, quitte à jouer sur le contresens du personnage et le mieux adapter aux possibilités et au caractère de drôlerie et de fantaisie dont disposait son interprète. Mais les choses sont ainsi, fixées sinon dans le marbre, mais sur la pellicule, et on ne plus plus revenir. Signalons tout de même les costumes, je crois de Wakévitch, qui sont très beaux, presque trop, la qualité de la couleur, avec toutefois des baisses de régime sur certaines séquence où l'on verse dans des tons moins chatoyants, gris-jaunâtres, sans que la situation du sujet en général ou des plans concernés, puissent l'expliquer, un bon traitement du carnaval du début, où les danseurs qui festoient chantent "Lucrèce, Lucrèce, la plus belle putain de Rome" (mais la suite du film reste, sur ce point d'une discrétion de violette). Quant à la salacité elle s'exprime par une orgie "romaine", modèle XVem siècle, ou les gorges des dames, certes, ne laisse pas indifférent, mais dont la sagesse et les travelling compréhensifs évacuent ce qui aurait pu faire jaser. Même remarque à propos de l'impasse sur le fait que César Borgia était Pape. Prudence que tout celà ? Que nenni ! La somptuosité recherchée, les nobles décors et les larmes de Martine se devaient de ne pas être altérés.

Bref, on ne peut pas condamner, mais j'ai du réviser mes souvenirs, et les deux heures du film, qui semblaient s'allonger encore, m'ont permis de le faire…

Et vous ?


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De azurlys, le 19 mars 2008 à 16:00

Je reviens un instant sur "Lucrèce Borgia", façon Christian-Jaque/Martine Carol, pour corriger ce que je j'avais écrit et crois être une erreur : César Borgia n'était pas Pape, mais était le frère du Pape (dont le millésime m'échappe). Je fais ici humblement amende honorable ! Il n'empêche qu'en étant le frère du Pape, il s'offrait une conduite très contestable… On ne peut décidemment compter sur personne, et on est toujours trahi par les siens ! Le film eût-il souffert si cette mention, soigneusement dissimulée en 1953, avait été divulgée par les auteurs ? On peut en douter. Mais à l'époque on restait prudent sur ce que l'on croit pouvoir brocarder aujourd'hui sans vergogne. Il est vrai que Jacques Sigurd, une fois encore, n'offrait rien qui pouvait déboucher sur la gaudriole, et qu'Henri Jeanson, s'il avait fait partie de l'aventure, comme il m'arrive souvent de le rêver rétrospectivement, n'aurait pas manqué d'y aller de son coup de griffe.

Même si le bon goût risquait ainsi de manquer le rendez-vous, au moins aurait-on perçu ce sens de la réplique mordante parfois jusqu'au grandiose qui nous manque tellement aujourd'hui, que nous valaient les dialogues de spécialistes brillants, dont Jeanson semblait être le chef de file !

Bref, César Borgia ne fut pas Pape. Qu'on se le dise !

Je vous salue Mesdames et vous aussi Messieurs ! (Sacha Guitry dixit, auquel j'emprunte abusivement cette formule !)


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De urspoller, le 19 mars 2008 à 19:00

César Borgia – qui inspira Machiavel – n'était pas le frère d'un pape, mais le fils du pape Alexandre VI. Les mœurs de cette famille laissent pantois…


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De azurlys, le 20 mars 2008 à 15:17

Merci de la rectification ! Ainsi je me serais encore trompé ? Décidemment, il me faudra décamaliner mes neurones. Fils de Pape ? Soit ! Il est vrai qu'à l'époque on n'y regardait pas de si près…


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De Impétueux, le 2 février 2017 à 16:33
Note du film : 2/6

Lucrèce Borgia fut assurément un des plus grands succès du prolifique Christian-Jaque, du fait, sans doute des scènes un peu dénudées, qui n'étaient pas légion à l'époque (1953) et du succès que remportait alors Martine Carol, star impudique à la carrière mince mais au décolleté pigeonnant. Et puis le nom de Lucrèce résonnait aux oreilles du spectateur égrillard comme une promesse de parcours salace, toujours bon à apprécier.

C'est vrai, ça, à tort ou à raison, lorsqu'on vous citait alors les noms de Cléopâtre, Messaline, Lucrèce Borgia, la Du Barry, Pauline Bonaparte, Mata-Hari, vos yeux s'allumaient d'une lueur aussi vermeille que celle qui luit aujourd'hui quand on évoque Loana, Zahia, Nabila ou Kim Kardashian ; toutes étaient réputées grandes pécheresses de l'Histoire et dès qu'on vous les collait dans un film en costumes qui, sous des prétextes quasi documentaires et instructifs vous les montraient dans des situations et positions coquines (en costumes et sans costumes, si je puis dire), vous regagniez ensuite ravi votre deux-pièces au sixième sans ascenseur, avaliez votre soupe poireaux-pommes de terre et profitiez de la nuit complice pour fabriquer avec Bobonne un enfant du fameux baby-boom avant de regagner au matin usine ou atelier.

Donc Lucrèce Borgia, vieux fantasme dont les historiens discutent encore (assez vainement, à mon sens) dont la légende a donné lieu à une bonne douzaine de films dès les débuts du cinéma, dont celui d'Abel Gance avec Edwige Feuillère et un segment des Contes immoraux de Walerian Borowczyk avec Florence Bellamy. Fille d'un cardinal devenu Pape sous le nom d'Alexandre VI, au début de la Renaissance, à un moment où l'Église connaît une crise majeure (et ce n'est pas tout à fait pour rien que Luther proclamera ses 95 thèses à Wittenberg en 1517, moins de quinze ans après la mort du Pontife), ceci n'est pas contesté.

Ensuite, quoi ? Jouet de son père et de son frère César, qui emploient sa beauté comme un instrument de leur politique ou elle-même cruelle, infidèle et dépravée ? Va savoir ! Ce qui n'est pas mal dans le film de Christian-Jaque, c'est que Lucrèce est présentée plutôt comme une brave fille qui ne demande pas mieux que d'être vraiment amoureuse et de se comporter sagement, mais qu'elle est en même temps parfaitement dévergondée et passablement sadique, riant comme une folle lors du jeu effarant où deux vieillards sont contraints, pour que l'un ait la vie sauve, de se battre juchés sur une mince poutre au dessus d'un brasier et étant à peine choquée lorsqu'une de ses passades populaires, Paolo (Christian Marquand) est abattu comme un chien après une poursuite directement inspirée par les admirables Chasses du comte Zaroff (en beaucoup moins bien).

J'aime assez Christian-Jaque ; beaucoup d'âneries (surtout en début et en fin de carrière) mais quelques trucs assez forts : L'assassinat du Père Noël, La symphonie fantastique, Boule de suif, Adorables créatures, Nana, par exemple. Et deux films formidables au moins, Les disparus de Saint Agil et Un revenant. Souvent des adaptations littéraires (La chartreuse de Parme) et des films en costumes (Madame du Barry). Un cinéma sans génie, plutôt agréable.

Mais là, ce n'est pas le cas : Lucrèce Borgia est plutôt pesant, hiératique, ennuyeux. On n'a certes pas mégoté sur les costumes ni les décors et la distribution n'est pas mauvaise (excellent Pedro Armendariz en César Borgia, Valentine Tessier en nymphomane couguar duchesse d'Este), il y a le nombre congru de figurants et de batailles. Mais enfin le film semble surtout avoir été fait pour mettre en valeur la gorge pigeonnante de Martine Carol (j'y reviens !) et présenter quelques scènes assez dénudées pour l'époque : Lucrèce dans une vasque prenant son bain, une kyrielle d'oiselles déshabillées dans une étuve et une orgie truculente avec des ribaudes hystériques.

Le spectateur de 2017, largement blasé en matière de seins et de fesses ne trouvera donc pas là son content.


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