Forum - La Veuve Couderc - Du beau cinéma intemporel
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Forum : La Veuve Couderc

Sujet : Du beau cinéma intemporel


De verdun, le 25 décembre 2007 à 20:38
Note du film : 6/6

Je n\'avais jamais vu ce film, pourtant l\'un des classiques des diffusions télé.

Je n\'ai pas été déçu par cette belle adaptation de Simenon par Granier-Deferre. Voilà un film qui est bien plus que la rencontre entre un Delon d\'une infinie sobriété, à mille lieues de ses tics ultérieurs et une Signoret émouvante, dont on devine la beauté passée derrière les traits usés. Ce n\'est pas deux vedettes qui sont présentes devant nous mais deux personnages mystérieux au passé énigmatique.

La peinture du monde campagnard sonne juste. Le cinéaste maîtrise son sujet: il s\'agit d\'une magnifique tragédie: c\'est la grande qualité et le défaut du film. Dès le début, on devine qu\'il n\'y a aucun \"happy end\" à attendre.

Voilà du beau cinéma, intemporel. Vive Granier-Deferre adaptant Simenon et à bas le journal \"Libération\" qui a tiré à boulets rouges sur le cinéaste le lendemain de son décès.

Quand les adversaires de la belle qualité française cesseront ils d'avoir des œillères ??

ps: à noter la présence de Bobby Lapointe qui étrangement, fit l\'acteur juste avant sa mort dans de beaux films comme Les assassins de l'ordre, Les choses de la vie, Max et les ferrailleurs et cette belle veuve Couderc.


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De Arca1943, le 26 décembre 2007 à 14:59

« Quand les adversaires de la belle qualité française cesseront ils d'avoir des oeillères ?? »

Des oeillères ? Je vous trouve bien indulgent avec nos amis de 'Libération'.


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De Impétueux, le 26 décembre 2007 à 15:26
Note du film : 5/6

Bien qu\'il n\'en respecte pas la lettre, le film est tout à fait dans l\'esprit du roman de Simenon ; quoi d\'étonnant, de la part de Pierre Granier-Deferre, remarquable artisan du cinéma que nous aimons, disparu il y a peu, qui a su donner, en sus de cette Veuve Couderc, certaines des adaptations les plus réussies du grand écrivain liégeois, avec Le Chat, Le Train et L'étoile du Nord ?

Que ce cinéma de grande qualité, soigné, intelligent, joué par de remarquables acteurs servis par une distribution impeccable ait pu être méprisé sans pudeur par les sicaires et les bachi-bouzouks de la prétendue modernité est une honte !

Signoret est admirable, Delon tout en retenue roide, comme dans les meilleurs Melville et Ottavia Piccolo exaspérante, attendrissante, accablante et délicieuse…


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De xaintrailles, le 1er février 2008 à 18:38
Note du film : 3/6

Mais dans le roman c'est la veuve Couderc que Jean Passerat-Monnoyeur (quel drôle de nom !) tue parcequ'il ne peut plus supporter la surveillance permanente à laquelle elle le soumet, fin tragique qu'André Gide trouvait plus "absurde" et plus admirable que celle de L'Etranger de Camus. Quelle manie ont donc les cinéastes d'édulcorer le sens fort peu conventionnel et souvent terrible des romans de Simenon !


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De David-H, le 6 mai 2009 à 04:49
Note du film : 5/6

J'avais entendu de bonnes choses autour de La Veuve Couderc, je n'ai pas été déçu. D'autant que dans le style classique qui le caractérise, Pierre Granier-Deferre ne filme pas seulement une bonne adaptation d'un roman de Simenon, mais aussi un document étonnant sur quelques us et coutumes de l'entre-deux guerres, l'histoire se déroulant en 1934. Sans grande surprise, le duo Alain Delon/Simone Signoret fonctionne à merveille dans l'atmosphère particulière du film, Ottavia Piccolo nous rappelle qu'elle a compté dans le cinéma à une certaine époque de sa carrière et on se demande jusqu'où le chanteur Boby Lapointe aura joué aux acteurs avant son décès précoce en 1972, soit un an après ce film et Max et les Ferrailleurs et deux après Les Choses de la vie. On n'oubliera pas Monique Chaumette, récemment récompensée d'un Molière, Jean Tissier qui clôturait là sa belle et longue carrière avant de mourir abandonné de tous, et peut-être Jean-Pierre Castaldi, histoire de donner un indice de casting aux jeunes générations. Qui devraient impérativement découvrir ce classique (et joli succès, 2 millions de spectateurs à l'époque) avant qu'un producteur peu scrupuleux ne remette la main dessus…

Et pour parler DVD, il me semblerait intéressant que Pierre Granier-Deferre soit édité en coffret. vu sa filmographie, on peut d'ailleurs se demander pourquoi il n'ait pas été plus reconnu.


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De Impétueux, le 14 juin 2014 à 23:39
Note du film : 5/6

Il fut un temps où tout réalisateur qui se plongeait dans l'immense jungle de l’œuvre de Georges Simenon pouvait y trouver un sujet, une orientation, une atmosphère et, même en les maltraitant, parvenir à faire vivre un monde, tant la puissance d'évocation du romancier est intense. Sans doute toutes les adaptations ne sont-elles pas de qualité, notamment celles des Maigret, parce que les metteurs en scène ont généralement privilégié la résolution d'une énigme policière – rarement primordiale – à ce qui importait vraiment à l'écrivain : la recréation d'un univers.

Mais il y a tant de substance dans les romans de Simenon, tant de talent brut et immédiat, qu'on peut le plus souvent trouver son content dans ces histoires simples qui vous prennent dès les premiers paragraphes et ne vous lâchent plus. En tout cas, c'était ce qui ce faisait encore naguère et ce qui ne se fait plus beaucoup. La liste des adaptations publiée dans le site très exhaustif Tout Simenon, et que l'on trouve développée dans http://www.toutsimenon.com/adaptations.h(..) est aussi exiguë, après 2000, qu'elle était dense auparavant ; on dirait que les cinéastes d'aujourd'hui considèrent que des récits ancrés dans le monde d'hier ne peuvent plus intéresser un public féru d'images numériques et de sujets de société.

Ils ont peut-être raison, mais c'est bien dommage. Parce que, même si on les réécrit, les travestit, les modifie, les histoires contées par Simenon ont une telle force intrinsèque qu'elles parviennent à reprendre le dessus. La veuve Couderc est un assez bon exemple de ce point de vue. Le film est notablement différent du roman ; Pierre Granier-Deferre et son scénariste, Pascal Jardin, sont allés jusqu'à changer – sans nécessité objective – le nom du principal protagoniste (Alain Delon), Jean Passerat-Monneyeur en Jean Lavigne, mais aussi à en faire un évadé de prison, et non un prisonnier libéré après l’exécution de sa peine et, de ce fait, dans une démarche plus romanesque, de le faire abattre par un rassemblement considérable de gendarmes mobiles alors que, dans le roman, exaspéré par la jalousie de Tati Couderc (Simone Signoret) qui ne supporte pas qu'il lui préfère Félicie (Ottavia Piccolo) il la tue, plus simplement.

Granier-Deferre et Jardin, dans la mode de l'époque du tournage (1971) ont, de surcroît, ajouté quelques implantations politiques qui paraissent aujourd'hui assez grotesques ; ainsi l'éclusier Désiré (Bobby Lapointe), beau-frère haineux de Tati, lisant L'Action française (beaucoup trop intellectuel pour lui ; tant à faire, on aurait pu lui mettre dans les mains L'Ami du peuple, un vrai journal populiste) ; ainsi l'inscription antisémite sur l'église du bourg, concevable avant la Grande guerre, mais pas en 1934 en France ; ainsi l'usine occupée par des grévistes (on n'est pas en 1936) ; ainsi l'irruption des Dispos (le service d'ordre des Croix-de-feu) prétendant venir prêter main forte à la police pour l'arrestation de Jean. Tout cela irrite un peu.

Et malgré tout cela, La veuve Couderc est un film formidable, au niveau du Chat, œuvre majeure de Pierre Granier-Deferre, qui fut bien mieux qu'un simple artisan du cinéma comme il affectait de se considérer. Un film formidable et qui ne l'est pas seulement par le talent mis à filmer l'eau paisible du canal de la Marne à la Saône et le pont-levis de Cheuge, par la férocité de l’observation de l'aversion campagnarde pour la servante qui est parvenue à se faire épouser et des haines paysannes recuites par les incestes et les attentes d'héritage, par la musique de Philippe Sarde.

Il l'est aussi, évidemment,par l'improbable et parfaite osmose entre Alain Delon et Simone Signoret, par le choix d'Ottavia Piccolo, petit animal ravissant, sensuel et stupide.

Et puis le vieux Père Couderc, qui a violé Tati quand elle n'avait que quatorze ans et qui vient encore lui mendier certaines nuits, rudoyé par celle qui est devenue la maîtresse de la ferme, maltraité par sa fille (Monique Chaumette) et son gendre (Bobby Lapointe), à la fois pitoyable et répugnant, douloureux, buté, amer. C'était l'avant-dernier rôle de Jean Tissier, et peut-être, de la longue suite de ses tournages, le meilleur, avec celui de l'affreux Lalah-Poor de L'assassin habite au 21. Jean Tissier a fini sa vie dans la dépression, dans la déchéance physique et dans la misère. Combien cet apparent plaisantin de tant et tant de nanards savait aussi porter la tristesse…

Est-ce que ce n'est pas une ironie narquoise du sort que celui qu'on avait surnommé Le nonchalant qui passe, en allusion à la chanson qui fit un triomphe en 1933 (et dont avait sottement baptisé L'Atalante de Jean Vigo) ait tourné son dernier rôle auprès d'un canal ?


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