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Forum : La Fête à Henriette

Sujet : Tour à tour romantique, menaçant, léger...


De dbdum, le 4 novembre 2007 à 20:14

Quelle pitié que presque personne en France ne connaisse ce chef d'œuvre du grandissime Duvivier que j'ai si souvent défendu sur le site imdb!

La fête à Henriette continue les expérimentations de Sous le ciel de Paris, mais en plus ambitieux ; cette histoire dont les scénaristes ne savent pas comment elle va aboutir annonce avec 40 ans d'avance des films comme The Truman show.

Tour à tour romantique, menaçant, léger, avec des allusions à ses collègues (Carné qu'il se permet de parodier en introduisant un aveugle jouant le destin, Vittorio de Sica (cet homme qui vole un vélo ça f'rait pas un bon film).

Avec un "unexpected twist" à la fin, La fête à Henriette renvoie à leurs chères études toute la clique de la nouvelle vaguelette.


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De Léonard, le 14 février 2014 à 01:19
Note du film : 5/6

Je suis tout à fait d'accord avec vous. Ce film est un chef d'œuvre qui confirme bien que Duvivier, plus qu'un simple "artisan du cinéma français" comme on le désigne trop souvent dans la Critique intello (sic), est bien un Maître au même titre que Renoir ou Carne qui figurent sans bémol au Panthéon de notre cinéma.

L'intelligence du scénario et l'habileté de sa mise en œuvre annoncent les débats sur la création artistique qui vont occuper la réflexion de nos intellectuels du nouveau roman dans les années soixante, avec, à l'avantage du film, une légèreté et une ironie dans le ton qui font défaut aux littéraires. La direction d'acteur et la sûreté de la mise en scène sont comme toujours remarquables. Les mouvements de caméra rapides, les plans serrés et les cadrages surprenants, notamment lorsqu'il filme les bals du 14 juillet, anticipent sur la mise en scène d'aujourd'hui. Il serait grand temps que l'on reconnaisse le génie du grand Duvivier!


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De Impétueux, le 14 février 2014 à 10:11
Note du film : 4/6

Je ne pense pas que quiconque aujourd'hui, la Nouvelle vague échouée sur la grève, conteste à Julien Duvivier sa place aux premiers rangs du cinéma. Ce n'est plus un sujet.

Malheureusement quelques uns de ses plus grands films ne sont pas édités en DVD. On peut espérer que le conflit sur La belle équipe s'achèvera bientôt au mieux ; mais La fin du jour ? Et, bien sûr, cette Fête à Henriette si intéressante…


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De Tamatoa, le 24 juin 2014 à 02:57
Note du film : 3/6

Il faudrait voir à se calmer. Bien sûr, l'histoire est sympathique et l'idée originale. Mais où est donc passé Duvivier ? Parce que n'importe quel autre réalisateur aurait pu touner ça : Les frères Allégret, Carné, Ophuls, Renoir… La mise en scène laisse franchement à désirer et la "patte" de l'auteur de Marie-Octobre est absente. Même si la noirceur se le dispute allègrement à une gaieté de kermesse. Et si on retrouve les plans inclinés chers à Duvivier, c'est bien le seul élément qui peut nous mettre sur sa voie royale. Tourné en enfilade juste après Le Petit Monde de don Camillo, ce film nous laisse un peu sur notre faim, malgré la prestigieuse signature. Certes, ce n'est pas mauvais. Mais cette oeuvre est bâtarde. Bancale. Mais sans être lassante pour autant, c'est vrai. Pourtant, on passe du comique ridicule à la rédemption emphatique de Crime et châtiment. Duvivier semble prendre une récréation et donne des vacances à son célèbre pessimisme. "..allusion à son collègue Carné qu'il se permet de parodier en introduisant un aveugle jouant le destin…)" ( dbdum ). Oui, et c'est ridicule ! En revanche, tous les acteurs y sont excellents, le très jeune Michel Roux en premier lieu. Il promettait déjà beaucoup. Dany Robin, mignonette, venait de terminer le dernier film de Jouvet, Une histoire d'amour et se jetait dans une autre, moins triste mais pas moins compliquée. Surtout que ce sont deux histoires confuses, embrouillées par des retours de situations imposées par deux auteurs que tout oppose qu'il lui faut affronter. Elle ne sait pas trop sur quel pied danser, Dany Robin. L'idée de départ de ces deux scénaristes, l'un fleur bleue et le second dramaturge forcené, est excellente. Mais celà nuit à cette histoire où seul le 14 Juillet est le grand gagnant. Le drapeau Français et les dialogues savoureux d' Henri Jeanson. Ces deux amoureux vont et viennent dans une espèce de chahut indescriptible où une chatte aurait du mal à retrouver ses petits. Et puis Duvivier a voulu trop en faire, en virant de bord. Pas de générique de début, mais récité à la fin par un Michel Auclair qui annonce à ces deux auteurs qu'il vient déjà de jouer ce film (où il est omniprésent) et que donc, poubelle ! On se croirait vaguement dans une imitation de Guitry..

Pourtant, et ça réconforte quand même, c'est une sacrée distribution qui fête la prise de la Bastille, puisque tout le film tourne, comme les chevaux de bois, autour de cette célébration. Du beau monde jeune qui deviendra le grand monde du cinéma pour quelques uns, les autres étant déjà bien installés dans le septième art. Louis Seigner et Henri Cremieux s'amusent à faire tourner leurs pions en bourrique. Eux se régalent franchement de cette bonne idée qui les place en faiseurs d'histoires. Ils mijotent, chacun dans leur état d'esprit, le pire et le meilleur. Et c'est drôle. Quelques fois, pas plus.. On passe de l'intrigue policière tordue à la roucoulade pigeonnesque comme si c'était un jeu entre eux. Et si ce n'était l'appartement cossu qu'ils occupent, on pourrait penser à la trâme de L'Inconnu du Nord-Express. Ces deux ténors du cinéma sont excellents mais le film qu'ils écrivent, inventent, part dans tous les sens. On ne peut pas toujours écrire et tourner La fin du jour, bien évidemment. Mais Duvivier, au moins jusqu'à Marie-Octobre, nous a habitué à une rigueur certaine. Pas à une cavalcade sans queue ni tête. Il nous faudra attendre le très excellent Voici le temps des assassins pour retrouver le véritable visage et l'atmosphère du maître du film noir. Entre temps, Marianne de ma jeunesse, trop mielleuse, et L'affaire Maurizius, trop pompeuse ressembleront aussi à des escapades bizarres ou à des récréations inattendues de la part du réalisateur de La belle équipe.

La direction d'acteur et la sûreté de la mise en scène sont comme toujours remarquables. Les mouvements de caméra rapides, les plans serrés et les cadrages surprenants, notamment lorsqu'il filme les bals du 14 juillet, anticipent sur la mise en scène d'aujourd'hui (Léonard) . Rien du tout . Sans aller jusqu à prétendre que c'est mal filmé, loin de là, mais deux, trois plans pas plus. La fête à Henriette est un film que je qualifierai de correct et même agréable, pas davantage. Mais il nous faut impérativement oublier qu'il est signé du plus grand des metteurs en scène..


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De Commissaire Juve, le 24 juin 2014 à 19:40
Note du film : 5/6

J'aime beaucoup Dany Robin. Vivement une sortie DVD.


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De Impétueux, le 4 septembre à 16:47
Note du film : 4/6

Voilà un film très curieux, très inhabituel, très original, mais qui ne trouve qu'à demi sa place dans la filmographie du grand Julien Duvivier, qui est à mes yeux, par la permanence et la hauteur de son inspiration, le plus grand cinéaste français, avant même Henri-Georges Clouzot et Jacques Becker. Un film qui, comme le dit plus avant notre ami hélas disparu Tamatoa n'a que peu à voir avec l'auteur noir et souvent accablant de La belle équipe, La fin du jour, Panique, Sous le ciel de Paris. Un film qui, certes, perpétue temporellement la veine légère et assez souriante du Petit monde de Don Camillo mais qui paraît tout de même un peu artificiellement conçu. Je gage, d'ailleurs, que d'il n'était pas signé par ce réalisateur incontournable, il aurait un peu disparu des esprits, alors qu'il y survit par l'étrangeté de sa construction.

Ce n'est pas que l'idée d'un film dans le film, ou plutôt d'un film où l'on voit se construire le scénario d'un film soit absolument inédite et originale. Dans le supplément du Bluray, Éric Bonnefille, spécialiste du cinéma de Duvivier, cite deux essais antérieurs : Une idée à l'eau, réalisé par Marco de Gastyne puis par Jean-Paul Le Chanois de 1940 à 1942 et Film sans titre de Rudolf Jugert en 1947 (ce qui est amusant c'est que la vedette de ce dernier film est Hildegard Knef qui a un rôle vénéneux et intéressant dans La fête à Henriette). Il y aura ensuite un remake, Deux têtes folles, de Richard Quine en 1964 et une sorte d'hommage rendu par Robert Guédiguian avec À l'attaque ! en 1999. Je dois dire que je ne connais (et apprécie beaucoup) que ce dernier film, une des très belles réussites du Marseillais.

Mais si c'est une réussite, c'est précisément parce que l'histoire contée, tricotée par les deux scénaristes et qui prend consistance sous les yeux du spectateur a de la qualité et de l'intérêt. Et ce n'est pas vraiment le cas pour La fête à Henriette.

Qu'on en juge : voici le tronc principal de l'intrigue, élagué de toutes les digressions, bifurcations, variantes, songeries élaborées un instant par les deux auteurs, Louis Seigner et Henri Crémieux. La jeune couturière Henriette (Dany Robin) est la fille de bien braves gens. Le père, (Alexandre Rignault) est garde républicain. La mère (Paulette Dubost) est un peu agacée parce que le soupirant de sa fille, le reporter-photographe Robert (Michel Roux) ne semble pas se décider à la demander en mariage, alors qu'il l'embrasse sur la bouche !. Là un trait délicieux de dialogue (d'Henri Jeanson) : Il ne m'embrasse pas si souvent que ça sur la bouche ! proteste Henriette ; Peut-être, mais il y reste longtemps ! rétorque la mère…

Robert vient inviter sa fiancée à l'accompagner toute la journée du lendemain, qui est le 14 juillet, à la fois Fête nationale et fête de la sainte patronne d'Henriette : il va réaliser dans tout Paris un reportage photographique autour de la joie populaire et de la jeune fille. Tout cela est bien posé et bien conçu. Il faut maintenant inventer les développements de l'intrigue en s'enfonçant dans des directions qui peuvent paraître pertinentes mais qui se révèlent rapidement être des culs-de sac, trouver des biais, des astuces, de nouveaux personnages qui vont influencer le destin des personnages.

De fait, je suppose que c'est bien un peu ainsi que travaillent les duos de scénaristes, chacun apportant sa pierre, se contredisant, se développant, se suppléant… Pierre Bost et Jean Aurenche ou Agenore Incrocci et Furio Scarpelli pour citer les plus connus. Le film de Duvivier oppose deux tempéraments : l'un, poussé par le goût du drame, de la noirceur et de l'érotisme, est incarné par Henri Crémieux (représentation possible de Duvivier lui-même) ; l'autre, plus narquois, subtil et optimiste, par Louis Seigner (c'est-à-dire Jeanson). Les deux hommes sont entourés par leurs femmes (ou leurs maîtresses ?) et par une secrétaire très fine (Micheline Francey) et toutes apportent leur grain de sel au cheminement de l'intrigue.

L'imagination, la folle du logis tire à hue et à dia et suscite évidemment des obstacles à l'hyménée des deux tourtereaux ; et quels sont mieux choisis que l'irruption de deux démons sacrément tentateurs, la belle écuyère de cirque Rita Solar (Hildegard Knef), collectionneuse de beaux garçons pour Robert, le mauvais garçon bel homme et Mozart des coffres-forts, Maurice (Michel Auclair) pour Henriette. Le garçon cède à la passade, la fille y résiste de justesse (on est en 1952 tout de même !) et après dix péripéties hétéroclites, tout s'arrangera.

Le défaut de la structure, c'est évidemment la superposition ou l'accumulation de scènes composites, forcément mal reliées, les unes tragiques, les autres souriantes. Cela peut donner des séquences étonnantes et très réussies , comme des poursuites dans les cadres étranges du Gaumont-Palace de la place Clichy, qui fut le plus grand cinéma d'Europe, démoli en 1973 ou d'un des hideux gazomètres qui bordent la rue de l'Évangile dans le nord-est du 18ème arrondissement, un des endroits les plus glaçants de Paris. Mais souvent, c'est un peu n'importe quoi et on voit surgir des personnages qui viennent faire sans trop de nécessité leur petit numéro, comme Saturnin Fabre ou Julien Carette.

Il y a de la virtuosité, dans La fête à Henriette, dans la façon de filmer de Duvivier bien sûr, avec ses cadrages décentrés et toujours originaux, dans le choix des acteurs (même Michel Roux, exaspérant dans la suite de sa carrière, est très convenable), dans la musique en ritournelles de Georges van Parys, dans Paris, encore bien crasseux d'avant André Malraux mais toujours si sublime. Mais la virtuosité ne suffit pas. Il faudra attendre quatre ans, 1956, avec Voici le temps des assassins et Pot-Bouille pour retrouver le grand Duvivier.


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