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Sujet : Huis-clos total dans un décor unique


De urspoller, le 30 septembre 2007 à 21:54
Note du film : 6/6

Ce métrage expérimental a pour particularité d'être tourné en huis-clos total dans un décor unique représentant un appartement new-yorkais, en plan-séquence avec sept raccords fort discrets pour rattacher les huit séquences (onze selon certains) dont chaque prise durait dix minutes (limite imposée par la technique). En sus de cette démonstration de savoir-faire et de sa virtuosité technique, Alfred Hitchcock fait montre ici une volonté de provoquer, de questionner et placer devant ses responsabilités les auteurs dont les théories peuvent être interpréter ou même appliquer par des individus soumis à des pulsions incontrôlables ou compulsives (Hitch brosse une véritable psychanalyse freudienne d'un acte criminel).

La mise en scène, construite comme un épisode de Colombo, prouve, si besoin était, la haute maîtrise par le réalisateur des différents rouages du suspense. Ainsi, ici, le cinéaste d'origine anglaise souligne que le plus coupable de tous est le professeur Cadell, interprété, par James Stewart qui sema les germes du crime dans deux cerveaux névrosés.

In fine, ce métrage expérimental par sa technique et par ses thèmes ne connut pas le succès escompté ce qui obligea sir Alfred à se diriger vers le thriller conventionnel qui fera de lui le maître incontesté du suspense et le plus grand réalisateur de l'histoire avec John Ford et Fritz Lang.

PS: Désolé Arca, mais pour l'instant, je confesse faire l'impasse -faute de temps- sur les films japonais ou québécois. Mais n'y voyez donc aucun ostracisme… Et merci à vincentp, de bénir la mésalliance des deux dernières bestioles fraîchement arrivées dans le bestiaire des "DVDtoiliens". Mais, si j'en crois ses dires nous serions "les amants du capricorne du vingtième siècle" (sic), donc nous aurions un siècle de retard. Omnia vincit amor!

Heureux qui comme Ulysse…


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De jipi, le 1er octobre 2007 à 10:14

« La corde « est une œuvre symphonique, une initiation expérimentale sur l'art d'assassiner esthétiquement un composant de sa propre génération. On teste les procédures en costumes cravates dans un luxueux appartement richement meublé ou au delà d'une baie vitrée un temps indifférent suit son cours.

Ces jeunes assassins se préparent au combat qu'il faudra mener contre eux-mêmes afin de supporter l'inévitable déferlante de démons accusateurs ainsi que contre la détermination méthodique et intuitive d'un aîné. La dépouille dissimulée active une machinerie déductive par son omniprésence.

Le maître réactive le concept « Rebecca » les devenirs des êtres sont rythmés par le pouvoir d'une nature morte.

« La corde » ressemble curieusement à une partie d'échecs entre deux jeunes présomptueux arrogants endoctrinés par un professeur rotor ayant alimenté volontairement les esprits de ses étudiants sur le mécanisme d'un meurtre dans le but de s'en servir contre eux.

Celui-ci ravi de démontrer qu'il possède encore du jus intuitif devient lucidement l'adversaire de ses propres théories déversées chez une génération montante qu'il désire mettre au pas puis éliminer afin de conserver un territoire basé sur ses pouvoirs de résolutions.

Les deux jeunes tueurs ne sont que des cobayes endimanchés friables à court terme manipulés par un ambitieux avide d'énigmes exécutées selon un plan machiavélique dont il est le chef d'orchestre.

« La corde » se résume en partie à un conflit de générations, une assurance minutée honore deux jeunes étudiants séduits par la mise en puissance d'un interdit expérimental dont la séquence inéluctable renforce la longévité d'un grisonnant.


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De s é p i a, le 1er octobre 2007 à 13:58
Note du film : 4/6

Mon cher (désormais) Urspoller (amant oblige..)je viens , deux secondes , vous parler de ces fameux plans , qui devaient n'en faire qu'un.

J'ai sous les yeux un livre de Jacques Lourcelles , historien du cinéma , qui à propos de "la corde" nous dit ceci :

"- les onze plans de ce film sont trés précisement minutés comme suit et dans l'ordre : 1'54'' , 9'36" , 7'51" , 7'18" , 7'09" , 9'57" , 7'36" , 7'47" , 10' , 4'36" , 5'39" .

J'ai pensé que cela pouvait , peut-être , vous intérésser. En tous cas , je dépose ces chiffres dans la corbeille de mariage..


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De urspoller, le 1er octobre 2007 à 18:19
Note du film : 6/6

Je sais gré à Jipi de ne point réduire cette mélopée tragique à une simple prouesse technique, même si cet aspect ne peut être occulté lorsque l'on parle de cette œuvre. Car, finalement, le scénario et le postulat de départ, pour le moins original, méritent aussi amplement éloges et dithyrambes en initiant le spectateur au jeu macabre des deux jeunes prétentieux un tantinet névrosés. De facto, le public assiste à cette joute verbale entre James Stewart et ses anciens élèves.

En sus, Alfred Hitchcock insinue, censure oblige, dans l'intrigue quelques allusions, par des gestes ou des regards, sur la nature ambiguë du lien qui unit les deux protagonistes principaux du film. Car, sans jamais y référer directement, sir Alfred, perpétuel provocateur et libre-penseur, évoque subtilement par le biais de certaines attitudes équivoques le thème tabou de l'homosexualité.


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De urspoller, le 1er octobre 2007 à 18:25
Note du film : 6/6

Chère Sépia, vous déstabilisez Impétueux, avec certaines allusions, qui utilise à notre endroit des substantifs, ma foi, ayant trait aux arts scéniques, pour qualifier notre relation qui va à l'encontre des doctrines darwiniennes et que je qualifierai de spéciation inversée. Et puis, voyez comme votre impétueux coreligionnaire s'immisce dans notre bonheur conjugal puisqu'il voudrait connaître les circonstances de ce soudain «intérêt » commun ! A moins, qu'il ne veuille nous servir de témoin ou de demoiselle d'honneur! Personnellement, je ne prendrai pas l'initiative de lui répondre car je lui ai déjà cassé du sucre sur dos, eh oui un ours reste un ours…, lors d'une de ses nombreuses diatribes !

En ce qui concerne la corbeille de mariage, pourquoi, se contenter d'y glisser grâce à vos charmantes tentacules seulement ces quelques chiffres, soyez magnanime et déposez carrément l'ouvrage les contenant qui ne déparerai pas dans ma bibliothèque.


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De fretyl, le 15 août 2008 à 17:16
Note du film : Chef-d'Oeuvre

Alfred Hitchcock était extrêmement sévère avec La corde, l'idée de tourner le film en huit plans séquences avait ensuite paru au maitre une chose bizarre et inutile.
Les découpages se font généralement dans le dos des interprètes, en un gros plans sombre sur leur veste noire donnant l'impression très discrète que la caméra ne fait que changer d'angle.
Le tournage fut périlleux, les comédiens était excédés par une telle réalisation et le suspens hitchcockien était extrêmement présent, un seul dérapage de l'un des acteurs pouvait obligé à recommencer tous depuis le début. Cette technique ne peut qu'accentuer le suspens : "Comment le professeur découvrira t'il la vérité dans ses longs plans séquences, quand Brandon cessera-t-il ses sinistre plaisanteries".

Pour beaucoup de gens La corde reste un film homophobe, Hitch parfois moralisateur était à la fois fasciné et écœuré par cette dérive, comme le confirmera L'inconnu du nord-express ; on peut voir dans La corde une vision des homosexuels comme une dérive due à l'adolescence et à la société.
La corde est sans aucun doutes un film politique, réalisé au même moment ou les criminels nazis était jugés, le film s'attaque à une idéologie philosophique dangereuse et répandue, en même temps qu'à une classe sociale bourgeoise où les esprits les plus faibles se voient comme des intelligences supérieures. Et pourtant rien dans le film ne prouve totalement que les deux personnages principaux ont une relation homosexuelle si ce n'est quelques tics précis et maniérés, c'est au spectateur de comprendre.
Un peu de la même façon ou il avait réussi à passer entre les griffes de la censure avec la scène du meurtre dans Psychose, Hitchcock réussi ici à traité de l'homosexualité au moment ou ce sujet tabou est interdit au cinéma.

Même si le film n'est pas considéré comme il devrait l'être, The rope reste un de mes Hitchcock préférés.


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De Gilou40, le 1er février 2011 à 00:37
Note du film : 4/6

Je dois à la vérité d'avouer que durant cet excellent film, pas une fois ne m'est venue une notion plus ou moins bien sentie d'homosexualité… Un exercice de style des plus huppés de la part de Sir Alfred, oui, peut être moins de suspens que me le laissaient entendre vos critiques consultées avant la diffusion (un James Stewart très insolitement plus curieux que la moyenne), mais d'une homosexualité latente dans ce film, point… Mais un Hitchcock qui surprend par sa forme. Cette Corde existait-elle au théâtre ? Parce que nous assistons là à du théâtre filmé. Aurait-elle été portée à l'écran au même titre que Douze hommes en colère ?


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De Impétueux, le 27 janvier 2016 à 18:36
Note du film : 2/6

Et au bout de ce film heureusement court (80 minutes) mais dont la fin tire pourtant à la ligne, on est tout étonné de ne pas entendre annoncer que les décors étaient de Roger Harth et les costumes de Donald Cardwell. On s'arrête juste avant de se dire que l'émission était proposée par Pierre Sabbagh. Parce que si quelque chose m'a rappelé les soirées boulevardières de Au théâtre ce soir, c'est bien ce film à faux suspense bâti dans un seul cadre et interprété comme sur une scène à l'italienne.

Les premières images montrent le malheureux David Kentley proprement étranglé, puis tassé dans un coffre par les deux amants diaboliques Brandon Shaw (John Dall) et Philip Morgan (Farley Granger), l'un puant de cynisme, l'autre orgasmique fébrile. On sent que toute la pièce va tourner autour de la découverte du zigouillé par les invités à la soirée et par les contrastes faciles entre les conversations superficielles et la réalité de la situation.

On peut décerner à Hitchcock un point de mérite pour avoir mis en scène, au lendemain de la guerre et dans la puritaine Amérique des situations sexuellement originales. D'abord la jolie Janet Walker (Joan Chandler) semble avoir le cœur assez vaste pour avoir été successivement fiancée à Brandon, puis au mièvre Kenneth Lawrence (Douglas Dick) et l'est depuis peu au trucidé David. Rare liberté de mœurs ! Puis les deux tueurs, qui pratiquent l'assassinat comme un des beaux-arts, dans un mélange un peu simpliste des billevesées de Thomas de Quincey, d'André Breton (L'acte surréaliste le plus simple consiste, revolver au poing, à descendre dans la rue et à tirer au hasard, tant qu'on peut, dans la foule) et de Frédéric Nietzsche sont clairement homosexuels. Et ceci même si le diabolique Brandon a donc apparemment (pour donner le change ?) eu un flirt avec Janet. Mais le propos de Philip, qui lui est soumis, ne laisse pas la moindre place au doute : Tu m'as toujours terrifié depuis le lycée. Ça fait partie de ton charme.

Tout cela est assez intéressant comme le sadisme qui consiste à montrer l'inquiétude puis l'angoisse du père (Cedric Hardwicke) de David Kentley et, au téléphone, de sa mère qui se demandent ce qui a bien pu arriver à leur fils et, parallèlement, l'indifférence piapiatante de sa tante (Constance Collier).

Mais bon… C'est bien là l'apanage des pièces policières réussies, des coups de théâtre, des connivences des spectateurs dans la salle qui sont plus au courant que les comédiens de ce qui s'est passé sur la scène. Rien que de classique.

La plupart des commentateurs s'extasie devant l'exploit technique qu'aurait réalisé Hitchcock en faisant en sorte que les raccords entre les huit plans-séquences soient relativement discrets pour donner aux spectateurs l'illusion d'un unique plan-séquence pour tout le film, Je cite Wikipédia sans rien comprendre à cette histoire de boutique, un peu comme lorsque mon garagiste m'explique des histoires de carburateur. Qu'un réalisateur soit, en plus, un excellent connaisseur des techniques, ce n'est pas un admirateur de Duvivier et de Kubrick qui va le regretter. Mais c'est un supplément qui n'est pas indispensable, des techniciens étant là pour ça et cette virtuosité ne devant pas constituer l'unique intérêt du film…


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