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Forum : Un Amour de Swann

Sujet : Décoratif hors sujet


De PM Jarriq, le 29 septembre 2007 à 16:55
Note du film : 3/6

Je ne suis pas assez familier avec l'oeuvre de Proust pour dire s'il s'agit d'une bonne adaptation ou pas, mais le film suit 24 heures de la vie d'un riche oisif névrosé et obsessionnel, harcelant une jeune femme – plus ou moins prostituée – de son amour étouffant, dont la seule fréquentation, risque de lui aliéner son milieu.

Il ne se passe rigoureusement rien, quelques flash-backs viennent rompre parfois la monotonie, mais grâce à la photo douce de Nykvist, quelques plans d'un Paris débarrassé de ses voitures, aux costumes très réussis, Schlöndorff parvient à faire croire à son voyage dans le temps. On va de salons en jardins, de cafés en bordels, suivant Jeremy Irons, plus blême que jamais. Le côté "europudding" du film est parfois dérangeant : Irons est doublé par Pierre Arditi et Ornella Muti par Micky Sebastian, et tous deux jouent des Français, au sein d'un casting tout ce qu'il y a d'hexagonal. La surprise vient évidemment de Delon, dans un rôle de vieux dandy homo, qui s'est fait une voix nasillarde à la Jean Marais, et joue un personnage pathétique comme dans Le professeur ou Notre histoire, semblant sorti d'un film de Visconti.

Un amour de Swann par sa langueur extrême, ne laisse effectivement pas grand souvenir, mais on peut s'y laisser prendre le temps qu'il dure, comme à la vision d'une vieille photo jaunie.


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De Arca1943, le 29 septembre 2007 à 17:39
Note du film : 3/6

En effet, Delon est assez surprenant, ici. Bien sûr, en vieil habitué du cinéma italien, je n'ai aucune objection à briser le carcan oppressif des nationalités grâce à la magie du doublage (Rod Steiger dans Main basse sur la ville ! Philippe Noiret dans Mes chers amis ! Trintignant dans Le Conformiste !), mais il n'en reste pas moins que cette gageure de porter Proust à l'écran n'est qu'à moitié réussie, notamment parce que les dialogues restent… trop littéraires, malgré la présence de co-scénaristes éminents comme Peter Brook ou Jean-Claude Carrière. C'est regardable, mais en même temps je n'ai jamais vraiment perçu la nécessité d'un tel film.

Cependant, cher Jarriq, comme il serait dommage d'en rester là avec Volker Schlöndorff. Aussi, je me permets de vous signaler qu'on trouve présentement sur DVD en France son chef-d'oeuvre absolu, Le Coup de grâce, sur la guerre des Freikorps dans les Balkans.


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De PM Jarriq, le 29 septembre 2007 à 17:59
Note du film : 3/6

J'avoue que Schlöndorff ne m'a jamais convaincu, que ce soit avec le surchargé, quoique très estimé Tambour, ou l'horrible Servante écarlate. Mais si ce Coup de grâce est son chef-d'oeuvre, j'essaierai.


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De Impétueux, le 29 septembre 2007 à 19:28
Note du film : 1/6

Ça valait tout de même mieux que Le temps retrouvé, de Raoul Ruiz ! Le temps retrouvé est la dernière partie de La Recherche, celle où les fils se renouent ; quand je dis cela, ce n'est évidemment pas en faisant allusion aux intrigues de Sébastien Japrisot ni même aux épilogues de la bien plus talentueuse Comtesse de Ségur (née Rostopchine). Le temps est à la fois le fondement et la trame de l'œuvre du petit Marcel : prétendre, comme a fait Ruiz, le conclure sur le mode Que sont finalement devenus nos héros mystérieusement disparus ? est un contre-sens abominable !


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De kfigaro, le 15 octobre 2008 à 11:57

En fait le film existe bel et bien en DVD et il s'agit d'une excellente édition, par contre il faut traverser les pyrénéens car il n'existe qu'en Espagne !

De ce que je connais de la "Recherche du temps perdu", ce film m'a semblé fort beau et envoûtant en tout cas (l'interprétation est impeccable), à noter une tentative intéressante à défaut d'être totalement convaincante de récréer la sonate de Vinteuil avec un langage musical contemporain par le compositeur allemand Hans Werner Henze (plus connu pour son apport à l'opéra).

pour les mélomanes voici un lien avec la musique : Les musiques de film de Henze


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De Impétueux, le 21 juillet 2015 à 16:51
Note du film : 1/6

Personne n'est obligé de lire La recherche du Temps perdu et moins encore de l'apprécier. Il n'y a pas de pierre à jeter sur qui n'a pas envie d'entrer dans ce monument de plus de 3000 pages, où il ne se passe pas grand chose et où la richesse du style peut passer pour de la préciosité, l’acuité psychologique pour du maniérisme et les particularités des mondes aristocratique et bourgeois décrits pour de l'ethnographie désuète.

On peut ignorer, ou ne pas aimer mais on ne devrait pas avoir le droit de trahir à ce point l'esprit d'une œuvre littéraire d'une telle importance en la confinant à l'anecdotique et au décoratif. Pas plus qu'on ne peut adapter Albert Cohen du fait du déferlement de son langage, intraduisible à l'écran, on ne peut pas transcrire Marcel Proust : Luchino Visconti, que je n'aime pas trop mais dont la subtilité raffinée laissait penser qu'il aurait une certaine pertinence à le faire, y a renoncé, vite découragé par l'impossibilité de la tâche et le pathétiquement mauvais Temps retrouvé de Raoul Ruiz me fait encore grincer les dents. Pour Volker Schlöndorff la tentative était certes d'avance vouée à l'échec, mais Un amour de Swann pouvait paraître une option possible puisque c'était porter à l'écran l'anecdote de Proust et le faire avec cette partie là de La Recherche qui est la seule contée à la troisième personne et qui peut, à la limite, donner lieu à une certaine homogénéité du récit.

Donc grosse coproduction internationale, distribution assez réussie (bien qu'Ornella Muti, excellente actrice par ailleurs, ne me semble pas du tout incarner l'Odette de l’œuvre littéraire) et luxe décoratif. Ah oui, de ce point de vue là le film est agréable, les costumes d'une parfaite élégance, les intérieurs vastes et luxueux et les quelques aperçus du Paris chic de 1880 (les alentours du parc Monceau notamment) enchantent.

Et puis, à l'usage de ceux qui ont simplement entendu parler de La recherche, mais croient pouvoir en citer quelques passages éclatants, il y a quelques références. Certes pas la fameuse madeleine, mais quelques bouts de conversation, les vacheries délicieuses d'Oriane de Guermantes (Fanny Ardant), les jeux de mots idiots du docteur Cottard (Jean-François Balmer) et, en évidence, la constatation effarée de Swann (Jeremy Irons) : Dire que j'ai gâché des années de ma vie, que j'ai voulu mourir, que j'ai eu mon plus grand amour, pour une femme qui ne me plaisait pas, qui n'était pas mon genre !. Mais les adaptateurs, pour enfoncer le clou et déciller les regards de ceux qui n'auraient pas compris montrent surtout la capitulation de Swann, résigné à épouser Odette, incorporent une séquence inventée et située très postérieurement où l'on voit le héros, marié et père de famille se promener mélancoliquement en compagnie du baron de Charlus (Alain Delon) qui, au demeurant, intervient à peine dans Un amour de Swann (le livre) et n'est encore nullement identifié comme homosexuel…

Et, tant à faire, ces mêmes adaptateurs vont chercher des expressions ou des situations qui figurent dans d'autres parties de La recherche et les incorporent sans aucune vergogne dans leur film ; ainsi Tu me mets aux anges ! expression d'amour saphique n'est pas employé, réellement, par Odette, mais par Albertine, dans La fugitive ; ainsi l'anecdote des souliers rouges de la duchesse figure-t-elle dans Le côté de Guermantes.

On peut, bien entendu, estimer que tout cela n'a aucune importance et sans doute, d'ailleurs, n'en a effectivement aucune. N'empêche que si vous ne voulez pas qu'un Proustien vous ricane au nez (ce sont des fanatiques, je le sais : j'en suis !), vous n'avez pas intérêt à citer dans une conversation le film de Schlöndorff autrement que pour vous en gausser avec méchanceté…


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