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Forum : La Loire n'aime pas le film d'Eric Rohmer.

Sujet : Avis


De PM Jarriq, le 20 septembre 2007 à 09:15

Il y a probablement meilleur moyen de parler écologie, mais au moins cela fait de la pub au film…


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De RdT, le 21 septembre 2007 à 00:51

Une procédure où les avocats vont bien s'amuser à faire assaut d'érudition. J'imagine déjà les soirées studieuses des magistrats du tribunal administratif plongés dans les pastorales d'Honoré d'Urfé pour mieux comprendre quel charme bucolique évoque Rohmer.

Auteur à succès, pendant un demi siècle, Honoré d'Urfé, plaçait lui même Les Amours d'Astrée et de Céladon dans un passé et une géographie vraisemblablement un peu fantaisiste au temps des druides

Le Conseil Général de la Loire n'a donc pas compris qu'il s'agissait de poésie? N'est ce pas un peu comme si on avait reproché à Marcel Proust ou Flaubert d'avoir placé l'intrigue de leurs romans dans des lieux n'existant pas?

Cet intéressant précédent pourrait donner des idées à l'ensemble des collectivités territoriales en mal de ressources : un inventaire juteux reste à faire : les films tournés en studios plutôt qu'en décor naturel; les films tournés à l'étranger plutôt qu'en France; les films tournés en province plutôt qu'à Paris, pourraient être jugés comme hautement préjudiciables aux lieux où ils n'ont pas (mais auraient dû) être tournés. Le fait de filmer les Trois mousquetaires à Pérouges dans l'Ain plutôt qu'à Paris n'est-ce pas de nature à porter préjudice à la France toute entière?

Je frémis aux idées que cette histoire pourra donner dans l'avenir à nos esthètes élus… Le talent artistique est décidément de plus en plus incompris.

Rémy de Gourmont n'avait peut être pas tort d'écrire, en 1900, à propos de l'art : "Jadis il fut libre; ensuite il fut protégé; aujourd'hui, il est toléré, demain il sera interdit. Pratiquons le encore, mais en secret…"


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De Impétueux, le 21 septembre 2007 à 09:42

Mille fois d'accord avec votre intelligente intervention, RdT (j'ai toujours dit qu'il n'y avait pas que du mauvais en vous !!!).

Quand on lit la ridicule algarade que m'a faite un crétin à propos du site où a été tourné le bon film Une si jolie petite plage


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De RdT, le 27 septembre 2007 à 11:46

Selon le monde d'aujourd'hui

Il se pourrait bien que grâce à la susceptibilité des conseillers généraux de la Loire, on puisse ne plus voir Les Amours d'Astrée et de Céladon sur les écrans à partir de Vendredi prochain…

Vouloir instrumentaliser l'esthétique à des fins politiques sera toujours une erreur. Le Président du Conseil Général de la Loire (ancien garde des sceaux) devrait le savoir!!!

Que dirait-on des élus de New-York s'il leur avait pris l'idée saugrenue de censurer «Voyage au bout de la nuit» de L.F. Céline au motif qu'il a écrit de leur ville : «on s'est mis à bien rigoler en voyant ça droit devant nous… Figurez vous qu'elle était debout leur ville absolument droite(…) elle ne se pâmait pas, non, elle se tenait bien raide, là, pas baisante du tout, raide à faire peur.»

Si les New-Yorkais avaient voulu nous supprimer ce sommet de la littérature française, on les aurait qualifié de Yankees puritains et ignares…

Je crains que les conseillers généraux de la Loire n'aient pris un risque inconsidéré en trainant Eric Rohmer devant le Tribunal de Montbrison…

Celui de paraître infiniment moins esthètes que des Américains… alors ils voulaient nous faire croire qu'ils incarnaient un pays de culture…

La poésie des littéraires n'a jamais été et NE DOIT PAS DEVENIR de la prose pour dépliant touristique!!!


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De RdT, le 27 septembre 2007 à 17:29

La logique "artistique" que vous soutenez ne pèse pas bien lourd par rapport à une logique de développement économique, raisonnable, et qui permet d'éviter la désertification rurale.

Vincentp, vous m'avez très mal lu. je n'avais pas opposé pas logique artistique à développement économique… Le développement économique, je n'en ai tout simplement pas du tout parlé ; et je ne n'en ai pas parlé car ça n'a rien à voir avec ce procès de Montbrison…

Dans cette histoire, il ne s'agit que d' «image». Les élus du conseil général de la Loire, ont été froissés car ils ont diffusé Les amours d'Astrée et de Céladon lors d'une cérémonie officielle au chateau d'Urfé et qu'ils se sont rendu compte que ce film ne donnait pas de leur département l'image qu'ils souhaitent faire passer par leur travail d'élus… (et pour cause… iil n'y était pas tourné…) Mais fallait-il absolument que l'adaptation cinématographique d'un roman du XVIIe siècle qu'il soit un clip de soutien à la politique actuelle du Conseil Général?

Eric Rohmer qui est un des plus grands auteurs de cinéma actuel, un des plus respectables un des plus talentueux. Il a simplement souhaité choisir un décor qui respecte la façon dont Honoré d'Urfé avait imaginé Les amours d'Astrée et de Céladon. Il s'en justifie en termes fort clairs dans Le Monde du 22 et 24 Septembre. Faut-il que je le cite? «Dans mes tournages, je suis très attentif en général à la vérité des lieux, mais s'il faut choisir entre celle-ci et la beauté, naturellement, en tant qu'artiste, c'est poru cette dernière que je dois opter. Le cinéma est un art, et c'est moi seul qui juge des choses que je dois filmer. Si j'ai écrit ce préambule c'est par souci d'honnêteté à l'égard des spectateurs locaux et des touristes, qui pourraient être étonnés de trouver dans ce film des lieux différents de ceux qui sont mentionnés dans ce roman»

Loin de vouloir froisser, Eric Rohmer a simplement voulu être honnête…

Pour faire passer son message Eric Rohmer a choisi une forme littéraire à base de métaphores. Ses mots ne sont pas à comprendre dans leur sens littéral, mais dans leur sens littéraire «imagés». Ils n'avaient pas pour objectif de décrire laudativement, à la manière d'un tract touristique la réalité du département de la Loire!!! Ce préambule visait à dire de manière élégante et esthétique : que le Lignon n'était plus aujourd'hui la «délectable rivière» qu'évoque Honoré d'Urfé dans son roman écrit au XVIIe siècle ; que le chateau d'Urfé est aujourd'hui recouvert de crépi blanc, alors qu'il ne l'était pas à l'époque d'Honoré d'Urfé ; que ce crépi blanc ne correspondait pas aux couleurs désirées par Rohmer

Sur le plan esthétique, Rohmer n'a-t-il pas eu raison de choisir sa formulation plutôt que de nous enquiquiner avec des couleurs de crépi et de débit hydraulique?

C'est un peu comme si on exigeait de Céline dans «Voyage au bout de la nuit» qu'il nous décrive New York à la manière d'un géomètre, au lieu d'avoir dit comme il l'a fait qu' «elle ne se pâmait pas l'américaine» qu'elle «ne s'allongeait pas sur le paysage» mais qu'elle était «toute droite» «pas baisante du tout, raide à faire peur».

Le préambule d'Eric Rohmer ne portera pas plus atteinte au développement économique du département de la Loire, que les phrases de Céline dans «Voyage au bout de la nuit» n'ont porté atteinte à la riche réputation de New-York.

Loin de surestimer l'art par rapport à l'économique, ma vision serait plutôt la suivante : «L'art c'est la cerise sur le gâteau, le développement économique c'est le four qui lui permet de cuire.»

Il ne faut pas tout confondre, et inverser les causes et effets…


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De RdT, le 1er octobre 2007 à 17:28

Ces termes (pour le moins maladroits et qui dépassent peut-être la pensée de Eric Rohmer) remettent bel et bien en question le bien-fondé des actions des élus locaux en faveur du développement économique local.

Je ne vois pas en quoi les termes que vous citez peuvent remettre en question le bien-fondé des actions des élus locaux en faveur du développement économique local…

Eric Rohmer ne souhaitait aucunement porter une appréciation sur la politique d'aménagement du territoire des élus de la Loire. Son oeuvre porte sur un sujet tout différent : Les amours d'Astrée et de Céladon : un roman d'Honoré d'Urfé se déroulant dans un passé champêtre, mythique et un peu improbable…

Eric Rohmer souhaitait simplement justifier (par un petit clin d'oeil plus humoristique qu'autre chose) le fait de ne pas avoir tourné son film sur les lieux réels auxquels avait pensé Honoré d'Urfé en écrivant son roman… Le passage incriminé traduit d'ailleurs une réalité :

Le Lignon était trop bas pour que le héros du film s'y noie; et le Forez est actuellement traversé par une autoroute, ce qui n était pas le cas à l'époque d'Astrée et de Céladon. L'admettre c'est faire preuve de bon sens et ce n'est aucunement insultant pour quiconque. Enfin je vois difficilement comment on peut contester à un créateur artistique le droit de tourner un film dans le décor de son choix (cf mes arguments déjà développer plus haut).

Le tribunal de Grande Instance de Montbrison vient du reste de débouter le Conseil Général de sa plainte au motif qu'elle était mal fondée. Eric Rohmer et sa société de production étaient poursuivis pour «dénigrement», les juges de Montbrison ont estimé que de telles poursuites devaient engagées sur le fondement de la «diffamation»… Le référé du conseil général a donc été rejeté.

Le conseil général de la Loire va-t-il persister? Va-t-il continuer à poursuivre Eric Rohmer pour diffamation? Confondre des résineux et des feuillus, quand on raconte une pastorale champêtre, est ce vraiment de la diffamation? Dire que les paysages de nos belles provinces françaises d'aujourd'hui sont plus industrialisés que ceux du siècle de Louis XIV, est-ce vraiment constitutif d'une diffamation? Ne se ridiculise-t-on pas plus en plaidant contre un poète qu'en souriant de sa naiveté?

Quelque soit les suites données à cette affaire, la décision du Tribunal de Grande Instance de Montbrison a au moins un mérite : ne pas empêcher, dans l'immédiat, la diffusion d'un film qui mérite d'être vu. Et je fais partie des nombreux cinéphiles qui aimeraient que cette affaire en reste là… L'argent public mérite-t-il d'être dépensé à se battre pour des querelles de clocher? Ne doit-on pas plutôt se réjouir que Rohmer fasse renaitre le nom de d'Urfé que nombre de nos contemporains avaient oublié? Le Conseil Général de la Loire n'a pas besoin de faire des procès en diffamation pour qu'on ait envie de visiter La Bastie d'Urfé.


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De RdT, le 1er octobre 2007 à 23:34

«Les artistes français sont particulièrement bien protégés par la législation.»

Cher Vincentp ,

Vous me surprenez quelque peu ; je vous imagnais plus sensible au talent artistique. Vous trouvez que c'est être particulièrement protégé que de risquer une peine qui peut aller jusqu'à un an de prison et de 12000 euros à 45000euros d'amende?

Telles sont en effet les peines prévues par la loi sur la presse de 1881 qui régit le délit de dffamation. Les artistes ne sont pas plus protégés par cette loi que ne le sont les journalistes.

Dans le cas présent Eric Rohmer n'est pas du tout à l'abri. Selon les dernières dépêches concernant l'affaire de Montbrison, le Conseil Général de la Loire avait l'intention, après avoir été débouté, d'intenter une nouvelle action en diffamation contre Les amours d'Astrée et de Céladon.

Il ne reste plus qu'à espérer en la modération des tribunaux.

Mais je persiste à trouver regrettable que le Conseil Général de la Loire qui est aussi l'organisateur du festival des nuits de la bâtie d'Urfé* prenne le risque de ternir son image en passant pour le censeur d'un réalisateur aussi talentueux qu'Eric Rohmer

Affaire à suivre : un Conseil Général n'est pas plus au dessus des lois que ne l'est un réalisateur de cinéma, fut-il octogénaire. C'est donc au tribunal de Montbrison qu'il reviendra de dire la vérité juridique sur Les amours d'Astrée et de Céladon



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De RdT, le 2 octobre 2007 à 20:14

Malheureusement il ne semble pas que le Conseil Général de la Loire veuille se contenter d'une solution d'apaisement, il a manifesté son intention de déposer un nouveau recours

La seule chose qui nous reste à faire aller en nombre assister aux projections de Les amours d'Astrée et de Céladon pour marquer notre soutien à Eric Rohmer, et exprimer notre souhait qu'il ne soit pas condamné.


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De vincentp, le 2 octobre 2007 à 20:37

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De RdT, le 3 octobre 2007 à 14:34

Heureux de vous voir Vincentp revenir à des sentiments plus favorables aux artistes. Pour ma part je viens de me rendre compte que l'avertissement controversé n'était pas seulement malhabile dans sa rédaction mais peut être aussi fondée sur une erreur matérielle de la part de l'équipe de tournage.

Selon le journal Les échos dans un article intitulé «La Loire manque de crever l'écran» : «Les ulcérés d'Urfé ont mené l'enquête. Apparemment, une collaboratrice du metteur en scène, venue en repérage, aurait confondu l'urbanisation de Saint-Etienne et les massifs boisés de résineux du Pilat qui l'entoure avec le cadre naturel préservé planté de feuillus des environs de la commune de Saint-Etienne-le-Molard où trône le fameux château.» d'Urfé.

Tout s'explique alors : les décors de Ni d'Eve ni d'Adam de Jean-Paul Civeyrac (tourné dans la banlieue de Saint Etienne…) n'ont en effet rien à voir avec les décors champêtres que nécessitent Les amours d'Astrée et de Céladon d'Honoré d'Urfé


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De vincentp, le 13 octobre 2007 à 13:42

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