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Forum : L'Œuf du serpent

Sujet : Etonnant.


De verdun, le 15 septembre 2007 à 22:47
Note du film : 5/6

Film étrange dans la carrière de Ingmar Bergman, complètement atypique. Tourné en Allemagne sous la direction du nabab Dino De Laurentiis pendant la période d'exil (fiscal) du cinéaste suédois. Un budget important qui permet de reconstituer… la misère de l'Allemagne des années 1920 mais aussi l'hédonisme présent dans les dancings, les bordels. L'une des grandes réussites du film est de parfaitement représenter le paradoxe de la république de Weimar, le régime politique Allemand de 1918 à 1933. D'un côté une effarante pauvreté de la population, une tension politique extrême due à l'extrême-gauche comme à l'extrême-droite, l'humiliation de la défaite. D'autre part, une effervescence artistique fabuleuse marqué par la révélation de Bertold Brecht, Murnau, Marlene Dietrich, Robert Wiene, ls expressionnistes,j'en passe et des meilleurs. Et l'ombre d'un grand artiste plane sur cet Oeuf du serpent: celle de Fritz Lang et de son docteur Mabuse. La présence marquée et inhabituelle de ces références rend le film insolite pour du Bergman..

L'un des traits les plus atypiques du film, c'est la présence comme interprète principale de l'acteur de Kung fu et Kill Bill. Pourquoi un tel choix, de prime abord incongru ? Sans doute Bergman cherchait-il un équivalent anglo-saxon de Max Von Sydow. Mais le résultat final donne raison au réalisateur: David Carradine est excellent dans le rôle de cet acrobate juif américain. Cette bonne prestation permet de cerner le propos du film: ce n'est pas seulement une dénonciation de la montée du nazisme mais une dénonciation de vices que l'on retrouve dans tout totalitarisme comme dans nos démocraties: la paranoia, la peur, la sensation de se sentir observé par quelque "big brother". Hélàs le serpent sortira de son oeuf: on peut reprocher au cinéaste la facilité consistant à avoir forcément en 1977 la préscience de ce qui se passe après l'année 1923 à laquelle se passe l'action du long-métrage. Mais il le fait en prenant des sentiers inhabituels et c'est qui donne sa force au livre.

Par conséquent, ce film que Michel Ciment à qualifié de "plus faible de Bergman" ou que "libération" a traité dans son éloge funèbre de Bergman de "paté" reste une tentative intéressante, même si l'on n'entrevoit pas ici la plénitude de Persona ou des fraises sauvages. Bien que très pessimiste et sombre, donc conforme à l'image austère de l'oeuvre du cinéaste, je le recommanderai aux novices et rétifs à l'oeuvre bergmanienne, car il s'agit d'un opus plus "narratif" qu'à l'accoutumé. Dans tous les cas de figure, voici un beau moment de cinéma.


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De vincentp, le 21 juin 2009 à 08:58
Note du film : 5/6

Tout à fait d'accord avec Verdun pour toutes les excellentes raisons mentionnées dans son avis. Excellent film, extrêmement bien écrit, réalisé, et interprêté, récréant à merveille tout un univers, nocturne, interlope. On s'y croirait. On découvre certaines caractéristiques de cette société, comme David Carradine, de nuit, par la fenêtre, en observant les différentes populations qui se cotoient. Mais tout ceci n'est pas qu'un simple exercice de style. Le sujet (les racines du nazisme) est parfaitement traité. On est convaincu au final de la responsabilité des puissances occidentales par rapport à la montée de ce totalitarisme. L'Œuf du serpent est d'un abord plutôt facile et est accessible à ceux qui sont réfractaires au style rigoriste des années soixante-dix de Ingmar Bergman.

Nb : à noter, Carradine découvre une mort dérangeante dans une chambre d'hôtel. Cette scène prend un relief particulier au vu du sort funêbre et tragique de l'acteur.


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De Arca1943, le 21 juin 2009 à 14:50
Note du film : 5/6

Verdun : « …ce film que Michel Ciment a qualifié de "plus faible de Bergman"… »

VincentP : « …L'Œuf du serpent est d'un abord plutôt facile et est accessible… »

Ceci explique cela.


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De vincentp, le 21 juin 2009 à 15:35
Note du film : 5/6

Un avis de Michel Ciment surprenant. Ciment a parfois des avis que je ne partage pas (l'ayant vu présenter des films, de visu).

Ce qui caractérise Bergman, c'est sa régularité dans la qualité. A-t-il raté un film ? Pas à ma connaissance. La reconstitution du monde nocturne berlinois, budget à l'appui, est réussie. Et que c'est bien filmé (les plans, le rythme) et bien écrit (une intrigue claire, tout en étant ambitieuse,…). Ce film m'a fait penser à des films de Tarkovski (Le miroir), par l'ambition, l'arrière-plan politique, le rythme assez lent.

Le problème de cet auteur est d'arriver à rentrer dans son œuvre, parfois aussi austère que le prêche d'un pasteur luthérien. J'ai rencontré ce problème avec sonate d'automne, et surtout Scènes de la vie conjugale. Un ami cinéphile (OlivierF) -qui ne veut pas s'exprimer sur ce forum, le couard- et qui a ses habitudes de voyage dans les pays nordiques, accoutumé à cette mentalité rigoriste, trouve en revanche ce cinéaste "grandiose", et a vu presque tous ses films.

Mais les premiers films de Bergman, nous l'avions déjà signalé, tels que Monika ou L'attente des femmes sont accessibles à tous.


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De Arca1943, le 21 juin 2009 à 16:27
Note du film : 5/6

« J'ai rencontré ce problème avec Sonate d'automne, et surtout Scènes de la vie conjugale. »

Dans le cas de Scènes de la vie conjugale, il faut fuir comme la peste le long métrage qu'on a tiré de la série : c'est aussi frustrant que de regarder Les Aventures de Pinocchio dans la version tronquée qui circule actuellement ! Scènes de la vie conjugale, c'est de la télévision, pas du cinéma, et ce fut un des grands – et rares – succès populaires de Bergman. Si, si : enfin, tout étant relatif. Ici en tout cas, Télé-Québec avait enregistré des cotes d'écoute inespérées avec cette série (et c'est d'autant plus irritant de constater qu'il n'existe aucune version française de son tout récent sequel, Saraband : pas de VF = pas de télé = pas de cotes d'écoute). Même si j'étais un peu jeune pour ce genre de chose, je suivais moi aussi la série à chaque semaine. De la grande téloche.

Non que je sois cela dit un très grand fan de l'austère Bergman, à qui son compatriote le versatile Bo Widerberg reprochait avec raison de toujours refaire le même film – ou presque : L'Oeuf du serpent, en voilà enfin un qui tranche avec sa production habituelle.

Quant à la déception de Michel Ciment, elle est symptomatique de sa caste et de sa génération: à quoi ça sert de se constituer en communauté jurée d'initiés si même Bergman se met à faire des films accessibles à la plèbe ignare !


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De vincentp, le 3 août 2009 à 01:32
Note du film : 5/6

Je l'ai fini avant-hier, confirmant aujourd'hui que c'est un film parfaitement maitrisé de bout en bout. La fin est très réussie. Cet opus de Bergman est très typé années 70 par le rythme lent, notamment. Effectivement, il est accessible à un large public, adulte, et instruit.


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