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Sujet : Coalition de salauds


De Impétueux, le 8 septembre 2007 à 15:49
Note du film : 5/6

Le DVD de Meurtres a figuré longtemps dans mes prévisions d'achat…jusqu'à ce qu'il disparaisse des bacs, me laissant le bec dans l'eau. Je ne l'ai d'ailleurs plus jamais vu sur un site de braderie…


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De azurlys, le 11 septembre 2007 à 13:10

Je vois votre message sur "Meurtres", d’après Charles Plisnier (vous aviez raison), mais il me semble bien l'avoir vu en DVD, il y a quelque mois seulement, et il est probable qu'il doit être possible de le commander et… attendre. C'est parfois long ! Mais ne serait-ce que pour écouter et écouter à nouveau les dialogues de H.Jeanson, le jeu en vaut la chandelle.


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De Impétueux, le 5 janvier 2008 à 09:08
Note du film : 5/6

Deux remarques à caractère para-historique tout d\'abord

  • la qualité de l\'édition René Château : tout est relatif, avec ce sagouin, bien sûr, mais enfin, pour ce film, sorti il y a trois ou quatre ans, l\'image était de qualité, hors quelques scories, il y avait un chapitrage et même des suppléments (filmographies et petit retour sur le tournage).
  • plus sérieusement, on sent qu\'on est en pleine époque de l'engagement (le film date de 1950) et l\'idéologie ne fait pas dans la dentelle ! C\'est assez curieux, de la part de Fernandel – dont le moins qu\'on puisse dire est qu\'il n\'était pas progressiste, mais aussi de Richard Pottier, qui avait tourné, l\'année d\'avant l\'agréable Barry et allait tourner, l\'année suivante, Caroline chérie, aux accents plutôt réactionnaires !

Lorsque j\'écris que le ton du film ne fait pas dans la dentelle, c\'est d\'ailleurs même une litote ! La coalition de salauds dressée contre le pauvre Noël Annequin (Fernandel, donc) par ses frères l\'avocat Hervé (Jacques Varennes) et le médecin Blaise (Raymond Souplex) et qui mêle indistinctement toute la bourgeoisie d\'Aix-en-Provence, magistrats et aliénistes réunis est tout de même d\'un rare manichéisme ! Et, en plus d\'être dévorés d\'ambitions mesquines (le bâtonnat, une chaire à la faculté), les frères de Noël sont particulièrement crapoteux, l\'avocat, homme à bonnes fortunes, marié à une idiote intégrale, Lola (Colette Mareuil), le médecin à une richissime nymphomane (Mireille Perrey) ; de surcroît, le fils de l\'avocat et de l\'idiote, José ( Philippe Nicaud) est un parfait gandin post-zazou ; il n\' y a donc que la fille du médecin et de la nymphomane, Martine (Jeanne Moreau) qui fait passer un peu d\'eau fraîche sur cette lave de veulerie.

Cela étant, c\'est un bon film classique, pimenté de dialogues souvent très réussis d\'Henri Jeanson, quelquefois un peu trop théâtraux et, de ce point de vue, rendus encore plus emphatiques par le jeu de Fernandel, dont le sens de la mesure n\'a jamais été l\'atout majeur ; ainsi, lors de la scène d\'aveu de l\'euthanasie de sa femme, lorsque Noël désire se livrer à la Justice : Je veux bien qu\'on me condamne, mais je ne permets pas qu\'on me juge !.

Il ne faut surtout pas regarder Meurtres comme une préfiguration des affaires récentes d\'euthanasie, en premier lieu du psychodrame Vincent Humbert ; déjà, en 1950, on sait bien que n\'importe quelle Cour d\'Assises acquittera, ou condamnera symboliquement celui qui a envoyé ad patres un malade condamné, pour lui éviter de souffrir davantage ; la partie qui traite cet aspect-là est d\'ailleurs maladroite et ennuyeuse (mais intéressante par la présence de Line Noro, qui interprète Isabelle, la malheureuse condamnée, qui fut Inès, la belle Algéroise que Pépé le Moko délaisse pour Gaby). Donc, l\'euthanasie est prétexte ; ce qui importe, c\'est la crainte bourgeoise du scandale, quel qu\'il soit… C\'est excessif, outré, même, mais bien fait…en tout cas si on se laisse entraîner…


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De azurlys, le 10 janvier 2008 à 13:57

Analyse d'Impétueux excellente ! Je n'étais pas venu jeter un oeil sur "Meutres" depuis… Septembre, un siècle en somme ! Il a l'enviable qualité de propser des regards justes et pointus, de les confronter à la toile de fond social de l'époque à laquelle se déroule le film, de l'action, et du tournage lui-même.

Il est vrai que le jeu des acteurs et les dialogues de Jeanson ont conduit aux limites de la caricature. Mais on peut se demander si ce n'était pas un souhait plus ou moins conscient du réalisateur – qui part ailleurs n'était pas un aigle – puisqu'il s'agissait de brocarder le milieux bourgeois, tête de turc habituelle des cinéastes, même s'il faut convenir que c'est une ressource inépuisable de caractères soit bien trempés, soit au contraire, pateaugeant dans la bassesse. La bourgeoisie, avec ses intérêts parfois sordides, ses mariages arrangés, issue des structures de la société telle quelle s'était modelée au XIXem siècle,lors des bouleversements imposés par l'émergence des techniques, ouvraient sur de multiples arguments de nature à favoriser la contruction dramatique. Pour échapper à l'excès, le doigté et une plus stricte direction d'acteurs aurait pu faire de "Meurtres" une réussite complète. Hélàs, le bon Monsieur Pottier n'était pas de cette trempe.

Il en reste un spectacle souvent appuyé, et un tantinet agaçant because le jeu outré des acteurs, et l'on est passé à coté d'un sujet passionnant, sans atteindre à la grandeur du mythe. En revanche, un dialogues brillant et un style de "cinéma d'acteur" plutôt sympathique y fournissent un spectacle qu'il est difficile de bouder. Moi, en tous cas !


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De Florian, le 2 juin 2011 à 23:01

Je me permets de réactiver ce fil ancien, ayant vu le film il y a peu.

Rapidement: il est vrai que le sujet de l'euthanasie n'est que le prétexte pour aborder la crasse comportementale de la bourgeoisie provinciale, et qu'il aurait mérité d'être plus développé. En revanche, je ne trouve pas que le jeu des acteurs soit outré. Fernandel est très juste, il est dans une excellente période que lui permet de donner La table aux crevés, Topaze ou l'Auberge rouge.

Line Noro en mourrante est dans le ton ainsi que les notables Souplex, Varennes ou Perrey chez qui on peut éventuellement trouver un soupçon de surjeu qui tient au fait qu'ils jouent tous un rôle, celui de la "respectabilité" et qui les empêche d'être naturels. Il faut donc sûrement comprendre que cet effet est voulu et s'apparente à de la mise en abyme. Et d'ailleurs, il n'y a que des acteurs de renom et une certaine concentration de pensionnaires du Français (Kerjean, Noro, Chamarat et même Jeanne Moreau à ce moment-là). Il y a aussi les comédiens méridionnaux de qui on attend qu'ils soient pleins de verve et donc un peu dans le surjeu, c'est le cas des Fernand Sardou, Arius ou Marthe Marty (soeur de Jenny Hélia). Peut-on envisager une apparition de ces comédiens sans le pittoresque qui les accompagne.

Enfin, pour Richard Pottier, c'est un de ses meilleurs films (sinon le meilleur, mais l'ensemble de son oeuvre n'est pas visible), ce réalisateur parfois bancal signe ici un film exempt de défauts autant technique que diégétique, ce qui tient beaucoup aux dialogues de Jeanson. On ne pas reprocher les longueurs lorsqu'elles sont comblées par un Fernandel en forme et une Jeanne Moreau sur laquelle, exceptionnellement, je n'ai rien à redire.


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