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Forum : Journée de deuil pour le cinéma (bis)

Sujet : Avis


De PM Jarriq, le 31 juillet 2007 à 13:20

Aïe ! Là, ça commence à faire beaucoup…

Pour ce qui est de Antonioni, je dirais à peu près ce qu'Impétueux disait de Bergman. J'avoue avoir toujours été totalement imperméable à son travail, n'y avoir ressenti qu'ennui et froideur. Le seul film que j'aie réussi à apprécier est Profession : reporter, et encore, je crois que la présence de Nicholson y est pour beaucoup.

Arca a peut-être son mot à dire ?


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De Impétueux, le 31 juillet 2007 à 13:59

Je vais pousser le cynisme et le mauvais goût jusqu'à leurs extrémités…

Quelqu'un sait comment se porte Jean-Luc Godard ?

S'il y a une épidémie de cinéastes ennuyeux….


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De droudrou, le 31 juillet 2007 à 15:25

A première vue, je ne risque pas de prendre une bastos perdue mais, sur DVDToile, on ne sait jamais…

Je regrette bien son décès mais je n'ai vu aucun de ses films ne me sentant absolument et toujours pas prêt à pouvoir les regarder ! C'est trop fort pour moi ! Beaucoup trop !


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De PM Jarriq, le 31 juillet 2007 à 15:46

Je me souviens avoir tenté de regarder Le désert rouge… Et m'être doucement assoupi quelques minutes après le générique début. Oui, je sais, comme hommage posthume on peut faire mieux, mais c'est tout ce que j'ai en magasin.


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De vincentp, le 31 juillet 2007 à 19:53

Un immense cinéaste, une oeuvre fabuleuse, des chefs-d'oeuvre à la pelle ! Que dire de plus, sinon de souhaiter aux vétérans De Oliveira et Rohmer de franchir le cap de cet été …


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De Gaulhenrix, le 31 juillet 2007 à 22:55

Comme vincentp, je salue ce grand cinéaste.

Et il me revient à la mémoire les deux séquences magnifiques de Profession : reporter : d'abord, celle du désert – symbolique de l'incompréhension entre monde moderne occidental et culture traditionnelle authentique – qui montre un touareg sur son chameau (magnifique de noblesse) ne répondant pas aux signes (vulgaires et dérisoires) de Nicholson. Et, surtout, le plan séquence, qui clôt le film, où sont filmés – depuis la chambre où meurt Nicholson – les riens de la vie qui en font tout à la fois le sens et la dérision. Une séquence d'une richesse rare : d'après mes souvenirs, le regard caméra filme depuis l'intérieur de la pièce, avant d'en sortir – de façon à traduire, visuellement, le passage de la vie à la mort ; puis le retour aux choses de la vie, alors que la journée, précisément, s'achève… dans une sorte d'apaisement ultime.

Salut l'artiste !


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De lych666, le 1er août 2007 à 01:34

J 'ai découvert La Nuit au cinéma il y a quelques mois et je suis tout simplement resté sur le cul devant tant de virtuosité et de maîtrise d'acteurs ; Jeanne Moreau cherchant des yeux le regard des badauds, au début du film, et se laissant entrainer, comme le spectateur, dans des situations hypnotisantes bourrées de richesses textuelles et visuelles, tout comme Mastroianni, désarmé, succombant devant une nymphomane, à l'hopital où son meilleur ami souffre ses dernières heures… Je suis resté plus sceptique devant Blow-Up qui, selon plusieurs critiques, semblait refleter le talent incontestable d'Antonioni…

Ingmar Bergman, quand à lui, m'a également retourné le rassoudok avec plusieurs de ses films comme Cris et Chuchotements, un film à ne pas regarder lorsque l'on se sent seul, mais malgré le sentiment suicidaire qui plane dans la pièce après visionnage, des fragments révélateurs remontent à la surface et se figent comme des leçons de cinéma trop subtiles pour être formulées…

Michel Serrault était un grand acteur, de Garde à vue à Nelly et monsieur Arnaud, abusant de sa voix aux inflexions trainantes… A propos, est ce que quelqu'un sait à quoi est due sa blessure ou je ne sais quoi qui lui a creusé le haut du nez de cette manière, car entre Le bonheur est dans le pré et Assassin(s) , il y a eu une modification étonnante au niveau de son visage qui a considérablement changé d'expression (coup ou vieillesse?).

Bref, je ne ressens aucune tristesse pour ces monstres sacrés que je n'ai pas connu personnellement, juste la frustration qu'il ne pourront pas continuer à me faire profiter de leur talent… C'est bien dommage…


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De Arca1943, le 1er août 2007 à 04:31

« Ennui et froideur», écrit Jarriq au sujet d'Antonioni. C'est aussi mon avis ( ainsi d'ailleurs que l'avis de mon idole Dino Risi…) Et moi, c'est devant L'Avventura que je me suis endormi (en pleine Cinémathèque québécoise, ce qui est un rien gênant !). Cela dit, les tout premiers films du maestro – souvent considérés comme mineurs par ses exégètes pâmés – me plaisent bien davantage, car contrairement à ses oeuvres subséquentes (à partir de Il grido), ils ne s'intéressent pas à intellectualiser l'émotion (l'émotion est une chose basse et vulgaire, l'intellect est une chose noble, comme vous le savez sûrement).

Avant de lancer la serviette, je vous conseille par conséquent, ami Jarriq, de prendre la vulgate à contre-courant : or donc, quel est le film d'Antonioni le plus volontiers considéré comme mineur par ses thuriféraires ? Il s'agit bien sûr de La Dame sans camélias avec une lumineuse Lucia Bosè dont la beauté fait mal aux yeux mais qui a surtout été très courageuse (ou inconsciente?) d'accepter ce rôle vraiment casse-gueule, qui fut d'ailleurs refusé soit par Loren, soit par Lollobrigida – je ne sais plus laquelle – parce que le personnage lui ressemblait trop. La Dame sans camélias est un mélodrame d'excellente facture sur les coulisses du cinéma. C'est l'histoire d'une toute jeune femme qui est devenue actrice de cinéma en raison de sa très grande beauté et non pour son talent et qui va passer à vitesse grand V du pinâcle aux soubassements de l'industrie. Elle vend des fleurs et un producteur (Gino Cervi) la remarque. (Lucia Bosè, elle, vendait des pâtisseries et c'est un concours de beauté qui lui ouvrit les portes de Cinecittà). Certes, c'est un très vieux film (1953), un film qu'Antonioni semble avoir tourné "pour se refaire", après que la triple censure britannique, italienne et française ait condamné Les Vaincus à l'invisibilité. Mais ici, attention : La Dame sans camélias est un film "qui fait pleurer Margot", ce qui est un crime épouvantable, comme vous le savez sans doute. (Autrement dit, c'est prenant). La scène entre Bosè et Alain Cuny dans le rôle – tiens, tiens – d'un prestigieux comédien chevronné est presque insupportable tellement elle sonne vrai.

Dans le même esprit, je vous recommande donc aussi Chronique d'un amour (1950), premier long métrage de l'auteur, un très beau film noir où la toute jeune Lucia Bosè, déjà, prouve que le talent peut aussi sortir d'un comptoir à pâtisseries. (Massimo Girotti aussi est très bon – mais cela va de soi.) Il y a une intrigue, êtes-vous content ? Moi, en tout cas, je l'étais ! Et disons-le : un premier film aussi maîtrisé, c'est rare. Rendons-lui au moins cet hommage : ce n'était pas un manchot. Et puis, il roulait en Flaminia Zagatto, ce qui n'est pas rien.

Et de trois : pour moi, le plus beau souvenir, quoique tragiquement lointain, que je garde d'un film d'Antonioni, c'est Femmes entre elles. Il est vrai que j'ai toujours eu un penchant pour la Rossi Drago, qui trouve là un des plus beaux rôles de sa frustrante carrière. Comme son titre l'indique, c'est un film (réaliste et choral) sur un groupe de femmes dont les destins s'entrecroisent dans le contexte du monde de la haute couture, au milieu des années 50. Écrit par deux femmes – la romancière Alba de Cespedes et la scénariste au long cours Suso Cecchi d'Amico – ce film très (mais pas trop) maîtrisé m'avait séduit par son ton très juste, très convaincant, sa mise en scène aussi discrète que précise et bien sûr l'interprétation d'une brochette de brillantes comédiennes. (Depuis belle lurette, la diffusion DVD de ce film est annoncée sans date. Pourquoi pas dans un coffret triple "groupes de femmes à l'italienne" avec Roma ore 11 et Adua et ses compagnes ?)

Ces trois films, évidemment, même si on y reconnaît ici et là Antonioni "tel qu'il sera", restent encore enracinés dans le (vaste) courant réaliste du cinéma italien d'alors et on y tiendrait en vain un discours sur la fameuse incommunicabilité et la non moins fameuse aliénation, ces buzzwords tellement à la mode chez les intellos des sixties… et dont il ne reste plus rien de nos jours.


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De Citizen Dave, le 1er août 2007 à 17:46

Antonioni est avec Fellini le sommet du cinéma italien. Visconti est un maestro de la mise en scène, du décor, de la conduite d'acteurs, mais Fellini et Antonioni, c'est la puissance dix mille de l'art, c'est la poésie descendue dans le cinéma.

Fellini n'a jamais été compris. On lui reconnait son cinéma "compréhensible" des années cinquante, on lui accorde la "touch" de La Dolce vita et de Huit et demi, mais on est réticent quant au reste, excepté peut-être Satyricon et Amarcord.

Pour Antonioni, Fellini était un grand. A un critique qui cherchait à démontrer que Fellini était incompréhensible, Antonioni répondait exalté que Fellini était grand et que Et vogue le navire était son film préféré avec Huit et demi.

Fellini et Antonioni sont les poètes du cinéma que l'humanité n'a jamais eu, ce sont les deux seuls poètes du cinéma, les autres sont poétiques, y compris Orson Welles, Akira Kurosawa ou John Ford.

Fellini et Antonioni sont parmi les sept plus grands réalisateurs du septième art. Ils sont l'orientation d'un cinéma qui se veut de la poésie.

Je n'ai pas vu La Nuit, hélas, un des films préférés d'ailleurs de Stanley Kubrick qui portait encore aux nues les Vitelloni de Fellini à cette époque. Mais, j'ai vu L'Avventura. Ce qui est impressionnant dans ce film aux images classiques, c'est la pureté des images, des temps morts, lesquels imprègnent la mémoire. Ses images restent en mémoire bien longtemps après que l'on ait vu le film.

L'Avventura et Blow up sont les deux chefs-d'oeuvre les plus connus de son auteur, mais le sommet pour moi d'Antonioni reste L'Eclipse, qui témoigne de la perfection de son art, et qui représente la synthèse du style et du propos d'Antonioni.

Profession: reporter (dont je crois qu'il n'a pas fait le scénario) est également un film exceptionnel, vraiment. Le Désert rouge fourmille d'idées géniales qui planent encore une fois dans la mémoire avec notamment le temps contrasté du rêve. Son seul défaut vient de ce que la névrose de la jeune femme sert de ficelle au tremplin poétique.

Antonioni a rencontré des difficultés pour mener à bien ses projets. Les contraintes commerciales du cinéma, néfastes au cinéma d'auteur, ont empêché que la reconnaissance dont il fait l'objet aujourd'hui vienne d'Italie.

Les pertes d'Antonioni et de Bergman sont terribles. Ce sont les deux derniers grands du cinéma qui partent. Combien restent-ils ? Martin Scorses dont le film Les Infiltrés est bien décevant, et qui n'a guère été au sommet depuis Les Affranchis n'est pas l'égal de ces gens -là. Terrence Malick peut-être?

Avec la mort d'Antonioni et de Bergman, la légende dorée du cinéma d'art est derrière nous, comme c'est le cas depuis longtemps pour tant de domaines artistiques : poésie, littérature, architecture, musique, scultpure, peinture,…

Le cinéma, art du vingtième siècle, a connu un âge d'or dont les derniers représentants s'éteignent progressivement. Antonioni comme Bergman appartiennent désormais à la légende du cinéma. Leurs oeuvres leur survivront pour l'éternité.


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De vincentp, le 1er août 2007 à 20:08

Il faut rappeler que Hitchcock lui-même fut démoralisé en découvrant la virtuosité de mise en scène de Blow up. Antonioni, mettant en image les aspects les plus secrets de la psychologie d'individus, a ouvert de nouveaux horizons, contribué à donner au cinéma ses formes modernes, et à l'installer comme un art à part entière.


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De vincentp, le 2 août 2007 à 20:27

Je signale au passage parmi les nombreux témoignages qui accompagnent la disparition d'Antonioni un excellent article de Jean-Luc Douin publié sur une page par "Le Monde" daté du 2 aout 2007.


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De Citizen Dave, le 6 août 2007 à 18:16

Je ne pense pas qu'on puisse comparer un cinéaste populaire comme Hitchcock avec un artiste comme Antonioni. Les films d'Hitchcock m'ont très souvent déçus. Les trucages sont parfois bien faits (la profondeur du convoi de roulottes de cirque dans Le Cinquième élément, ou l'image d'archive de l'épave dans le même film), mais ce n'est pas toujours le cas. Pour Les oiseaux, bêark. Puis, le film e raconte rien, ne communique pas d'émotion. Fritz Lang a gâché une aprtie de son potentiel à imiter Hitchcock dans Le Secret derrière la porte. En réalité, ce que je n'ai pas relevé dans le livre de Lotte Eisner, il est clair comme de l'eau de roche que Lang a voulu refaire des tours réussis des films de Murnau et notamment il a voulu faire une version lang(u)ienne de L'Aurore. C'est tout le sujet du Secret derrière la porte. Le film est une réussite à pas mal de niveau. Mais, Lang s'est laissé aller à la mode Hitchcock. Il a repris un peu la fin de Rebecca, l'incendie par jalousie, ce qui lui permettait de trouver un point de symétrie par rapport au projet de meurtre de la femme jalouse dans L'Aurore de Murnau. Pourquoi? Dans L'Aurore, il y a deux temps du projet de meurtre. D'abord, le mari va renoncer, ensuite la femme jalouse va se bercer d'un espoir dérisoire. Dans Le Secret derrière la porte, le film tourne précisément autout du désir de tuer sa femme. Lang a réduit la question du couple qui se refait et s'attarde sur le désir de meurtre, inversion du film de Murnau. Mais, comme il s'y attarde, il peut à la fin rapprocher en une succession plus hollywoodienne et limite stéréotypée la succession de deux projets de meurtre qui avortent ou échouent, celui du mari, celui de la femme jalouse. Lang reprend tout fait le motif final de Rebecca. Mais il ne s'arrête pas là, il reprend aussi à Hitchcock la logique dérisoire du psychanalytique. Il faut se reporter au film la Maison du docteur Edwardes avec une épigraphe qui met en exergue la procédure psychanalytique dans le générique de début du film, puis évidemment se reporter au moment où Gregory Peck a agacé le docteur ami de Ingrid Bergman à propos de sa défiance à l'égard de la psychanalyse. Aujourd'hui, nous sommes beaucoup moins confiants dans le discours de Freud, et tout particulièrement beaucoup moins confiants dans la psychanalyse. La science n'a pas conforté les convictions d'Hitchcock sur lesquelles il jouait pour broder des polars contes de fée. Hélas, Lang a un côté discoureur analyste lourd à ce niveau, d'où une influence hitchcockienne désastreuse sur son film Le Secret derrière la porte qui tend à la complaisance prédictible grotesque au niveau du scénario, du déroulement narratif du film.

Franchement, Antonioni est très au-dessus d'Hitchcock comme de Lang en ce qui concerne la psychologie des personnages. En tant que réalisateur, Antonioni, Lang sont parmi les plus grands avec Murnau, Kurosawa, Renoir, Fellini, Ford, Kubrick. Mais, Hitchcock, c'est bien gentil, ce n'est pas vraiment un artiste. La signifiance des trucages spectaculaires d'Hitchcock n'est pas artiste. Tout le code de l'information est déroulé bien concrètement. l'effet n'est qu'un effet à sensation, ou bien un gadget dérisoire jusqu'à ces manies (les cheveux devant les yeux d'ingrid bergman dans Les enchaînés pour montrer qu'elle ne voit plus la route ou bien le verre de lait bu par la caméra dans la maison du docteur Edwardes. Hitchcock propose parfois une fin de film pour le simple côté j'ai un truc spectaculaire que j'ai envie de placer quelque part, ainsi de la fin du Cinquième élément sur la statue de la Liberté. Question scénario, c'est du bidouillage pour justifier une scène à sensation.


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De PM Jarriq, le 7 août 2007 à 08:26

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De Impétueux, le 7 août 2007 à 09:19

Je me disais bien qu'il y avait une faille quelque part… Dans le cinéma d'Antonioni, sûrement… Dans le message de Citizen Dave, peut-être…


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De Gaulhenrix, le 7 août 2007 à 15:53

Et si cet acharnement, maintes fois répété, (obsessionnel ?), contre le cinéma d'Antonioni, révélait à son tour une faille ?! ;)


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De Impétueux, le 7 août 2007 à 16:50

Ah mais sûrement, cher Gaulhenrix : ces failles qui nous rendent miraculeusement humains disait je ne sais plus qui !

N'en avons-nous pas tous à foison ? Je serais tout prêt à vous dresser la liste de mes désintérêts, détestations, indifférences dans nombre de domaines si cela avait le moindre intérêt pour les habitués de ce site.

Et je suis sûr que vous en auriez autant à mon service !


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De Gaulhenrix, le 7 août 2007 à 20:33

Certes, Impétueux, certes. L'essentiel, n'est-ce pas, étant de ne point faillir ?…

Pour en revenir aux réalisateurs, je peux comprendre que l'on éprouve de l'aversion pour certains (encore que… ), mais j'ai du mal à comprendre que l'on puisse les rabaisser, surtout quand il s'agit de cinéastes exigeants et ambitieux comme Bergman et Antonioni.


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De Impétueux, le 7 août 2007 à 21:16

Je ne suis pas certain que tous ceux qui, ici, n'ont pas sorti leur mouchoir à la nouvelle de leur mort, les détestent, à proprement parler : ils y sont indifférents, ce qui est moins pugnace et plus vaste !


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De Arca1943, le 8 août 2007 à 14:19

« Pour en revenir aux réalisateurs, je peux comprendre que l'on éprouve de l'aversion pour certains (encore que… ), mais j'ai du mal à comprendre que l'on puisse les rabaisser. »

C'est vrai? Moi aussi. « Pourquoi fais-tu ce petit cinéma ? » demande Antonioni à Dino Risi en 1961 (L'année de Une Vie difficile…) Heureusement, Risi se paie méchamment la tronche d'Antonioni dans un passage célèbre du Fanfaron. (…Et cet aut' truc qu'est tellement à la mode… c'était comment, déjà? Ah oui : l'aliénation ! Tu sais, comme dans les films d'Antonioni? Ah, grand cinéaste, Antonioni : il a une Flaminia Zagatto. » «) Dans la guerre entre Risi et Antonioni, j'ai fait mon choix depuis longtemps. Je suis bien content que le sarcastique milanais ait survécu à son ennemi.


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De Gaulhenrix, le 8 août 2007 à 14:59

Pour ma part, j'apprécie les deux. Et je ne pense pas qu'aimer l'un incline à ne pas aimer l'autre.


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De Citizen Dave, le 8 août 2007 à 18:32

Pour Dino Risi, il a donné son estimation pour Antonioni il y a quelques jours. Evidemment. Ceci dit, il ne me vient pas un instant à l'idée de comparer le réalisateur du Fou de guerre avec Antonioni, c'est le genre de question qui ne se pose pas, sauf pour faire de la provoc sans mordant. Pour Antonioni, il y a un hommage très particulier dans Nous nous sommes tant aimés. Tout à coup, parmi les voix off, de façon inattendue, la femme de Vittorio Gassman dans le film fille niaise d'un gros industriel mais pleine d'une ingénuité franche et souffrant d'incommunicabilité avec son mari arrriviste prend la parole sur des photos des films d'Antonioni L'Aventura et/ou L'Eclipse. Il y a évidemment un effet burlesque de Scola, mais très intéressant. Dans le même sens, on a un fabuleux passage sur l'escalier d'Espagne à Rome. Nicola commente Eisenstein de manière grotesque à la jeune femme éconduite par le même Gassman et sort une phrase en altin de martial sur le rire pour convaincre Antonio de changer d'humeur, ce à quoi Antonio répond: "Oui, je ris, maman a fait des gnochis", c'est de Dante Alighieri. Quand on songe que Dante est le grand écrivain du passage à la langue vulgaire italien, cela ne manque pas de sel dans la bouche d'Antonio. Avec Nous nous sommes tant aimés, Scola a fait un très grand film plein d'allusions cinéphiles avec des hommages à de Sica, fellini et bien sûr Antonioni.

Pour Bergman, ce qui peut se comprendre, c'est que certains le boudent comme trop étroitement pris dans le registre théâtreux. Bergbman n'exploite pas foncièrement toutes les possibilités du cinéma, ce n'est pas un Ford, Fellini ou Kurosawa, ou un Kubrick, ou un Murnau, ou même un Billy Wilder dont le Boulevard du crépuscule que j'ai vu dernièrement vaut le détour. Ceci dit, il va très loin dans Les Fraises sauvages et Persona en féerie de cinéma, et je ne saurais trop recommander Sourires d'une nuit d'été qui est une pure merveille. Là je viens de voir sa version de La Flûte enchantée. Ses idées sont scotchantes, il n'y a pas à dire. J'ai 35 films de Bergman je crois, mais je n'ai pas Fanny et Alexandre malheureusement. J'espère qu'il va être réédité prochainement. C'est pareil pour Antonioni dont on ne peut qu'espérer les rééditions de tous ses films avec La Nuit, Zbriskie point, Le Cri, Femmes entre elles,… Comment est-il possible qu'un cinéma d'une telle importance ne soit pas réédité et constamment disponible? Je ne m'explique pas des travers pareils. Pour Antonioni, ses films ne sont pas des écrits philosophiques par l'image. Antonioni ne pose pas une compréhension sienne du monde qui mise en idées sur le papier serait original à tout crin. La force d'Antonioni, c'est la poésie des préoccupations intellectuelles de son époque sur l'homme, le couple, le monde moderne et son rapport à l'intimité faillible. C'est un enchantement de voir des plans longs silencieux ralentis, de voir ces successions d'images brutes mais expressives. Il est évident que cela appelle le regard d'art, comme il est évident que personne ne peut penser à une sorte de pédante imposture en voyant ses films. C'est très grand comme cinéma. Puis, le ralenti aujourd'hui on l'a perdu, cette capacité à demeurer longuement contemplatif devant de l'image de cinéma, c'est un rapport tout à fait voluptueux et riche. Mais il faut un goût éduqué sans doute pour cela. Ceux qui zappent zappent tout à fait. L'instinct est altéré, perdu. L'activité ne sait plus se ralentir, mais c'est un abrutisme que cette activité fébrile quand on prétend juger d'une oeuvre d'art, quand on prétend à la cinéphilie. Autant alors ne regarder que des films d'action, autant résumer la cinéphilie au spectaculaire.


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De Impétueux, le 8 août 2007 à 19:46

Les abrutis incultes qui n'apprécient pas Bergman ou Antonioni – ou les deux – sont prévenus : ils auront droit, s'ils persistent dans leur veulerie, à de lourds pavés péremptoires !


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De Gaulhenrix, le 8 août 2007 à 20:39

Eh bien, bravo, Citizen Dave, pour votre éloge aux deux grands cinéastes et votre culture cinéphile. A bientôt de vous lire de nouveau !


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De paul_mtl, le 9 août 2007 à 00:25

@Citizen Dave

Aujourd'hui, nous sommes beaucoup moins confiants dans le discours de Freud, et tout particulièrement beaucoup moins confiants dans la psychanalyse.

Lequel de discours et de quelle psychanalyse ? A t'on suffisamment connaissance de ses derniers travaux ? Un certain corporatisme qui lui succéda a gelé semble t'il certaines choses pour un meilleur profit monétaire ou par incompétence. C'est bien dommage pour les patients.

Sinon Hitchcock est anglais et ca se sent bien dans sa froideur et son traitement. Ce n'est pas comparable culturellement avec un réalisateur italien, généralement plus chaleureux et sentimental. Chaque culture a ses forces et faiblesses qui découlent de la mentalité du pays.

D'Antonioni, j'avais bien aimé Le Amiche mais j'ai moins accroché à L'Éclisse, La notte ou L'Avventura malgré la recherche esthétique et le contenu sous-jacent. Scorsese ne semble pas connaitre beaucoup de films italiens à part ces qq classiques là. Je l'ai découvert quand j'ai vu sa "rétrospective" du cinéma italien. Normal peu de films italiens traversaient l'atlantique. Les encyclopédies US que j'ai parcouru sont honteusement réduite en ce qui concerne le cinéma européen et italien en particulier qui était no1 dans les années 50 et 60.

Plutôt que pleurer les morts, regardez la relève de ce genre de film et encouragez là.


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De PM Jarriq, le 9 août 2007 à 09:28

Tous les goûts, toutes les opinions sont valables et défendables, tant qu'on ne pratique pas le terrorisme intellectuel, qui empoisonne souvent les discussions sur le cinéma. Bergman et Antonioni sont des créateurs, des auteurs, pas des icônes indéboulonnables. Si on les apprécie, c'est par le plaisir qu'on a pu prendre à leurs oeuvres, et pas parce que ça fait bien, de se réclamer de ces cinéastes officiellement admis comme "grands". Certains Bergman me fascinent, et pas parce qu'ils portent sa signature, comme je peux admirer des films dont je déteste habituellement le réalisateur (L'important c'est d'aimer). Ces discours sont stériles, et ne convaincront jamais personne. Le seul guide, c'est le plaisir. Personnellement, comme je l'ai déjà dit, j'ai beau lire dans tous les sondages, tous les ouvrages spécialisés, que Citizen Kane est le meilleur film de toute l'Histoire du 7ème Art, j'ai du mal à aller jusqu'au bout. Ce qui ne fait pas de moi un inculte insensible, ou de Citizen Kane un moins bon film…


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De Impétueux, le 9 août 2007 à 09:38

Je m'associe pleinement au message intelligent de PM Jarriq ! Haro sur le terrorisme intellectuel qui obligerait à se pamer devant telle ou telle musique, tel ou tel roman, tel ou tel film !

Les amateurs (prenons ce mot dans son acception première) que nous sommes ici ont, entre eux, des goûts fort variés : tant mieux lorsque, ça et là, nous nous retrouvons sur un film ou un auteur, tant pis si nous divergeons….

Mais que personne ne prenne la position méprisante du gourou qui, du haut de sa science, tance ceux qui n'apprécient pas ce qu'il porte, lui, au pinacle !


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De Gaulhenrix, le 9 août 2007 à 10:47

Nous sommes tous d'accord.

Mais le conseil s'entend dans les deux sens : certes, on n'a pas à mépriser ceux qui n'apprécient pas le cinéma que l'on aime ; mais on n'a pas à rabaisser le cinéma que l'on n'aime pas.


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De Impétueux, le 9 août 2007 à 12:02

Certes, Gaulhenrix, s'il s'agit de ne mépriser aucun genre cinématographique ; mais je suis certain que vous ne souhaitez pas que l'on se censure en s'interdisant de dire son désappointement, sa colère, ou son rejet de tel ou tel film ! Je crois qu'il s'agit toujours de ne parler qu'en son nom propre, sans embringuer, ou essayer d'embringuer la communauté cinématographique ou même les amis et interlocuteurs de DVD Toile.

Si l'on veut mettre des 6 – voire des 7 (chefs-d'oeuvre) – il est normal qu'il y ait des 0 et des 1 !


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De paul_mtl, le 9 août 2007 à 12:50

Je ne voudrais pas être à l'origine de cette charge contre Citizen Dave dont j'ai apprécié le texte même si j'ai apporté un ou deux élements critiques sans faire ce petit préambule. Chacun s'exprime aussi avec son style.

@Citizen Dave

Puis, le ralenti aujourd'hui on l'a perdu, cette capacité à demeurer longuement contemplatif devant de l'image de cinéma, c'est un rapport tout à fait voluptueux et riche.

Je comprend bien mais n'oublions pas aussi d'autres réalisateurs italiens (encore vivant) comme par ex. Ermanno Olmi. Une scene assez statique dans Cantando dietro i paraventi m'a marqué. Un gros plan d'un sablier qui s'ecoule inexorablement et à la même vitesse exprimant le temps qui passe d'une vie humaine jusqu'a sa conclusion finale. On a l'impression que ca s'accelere sur la fin mais ce n'est qu'une impression trompeuse nous dit la voix off. C'est simple, direct et ca va à l'essentiel de notre condition humaine.


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De PM Jarriq, le 9 août 2007 à 12:51

Oui, ce n'est pas tout à fait le même débat. Dire qu'on adore ou qu'on déteste un film ou un cinéaste, c'est une chose, et pourquoi pas ? Ce qui est fatigant, et ne mène qu'à des impasses, c'est d'affirmer que par exemple, Antonioni est un réalisateur majeur, point final, et que ne pas admirer béatement son oeuvre, est signe de débilité mentale, de mauvais goût, et d'ignorance.


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De Citizen Dave, le 9 août 2007 à 15:41

Mais, il me semble qu'Antonioni et Bergman viennent tous deux de décéder. Les premiers messages que j'ai lu étaient dénigrants sur leurs films, j'ai réagi. Quant au mythe de Hitchcock, je le considèrerai, pour reprendre cette formule creuse à la mode, comme une autre forme de terrorisme intellectuel. Et je trouve pas mal de s'exprimer en prenant à rebrousse-poil certaines idées reçues. C'est sans doute plus intéressant que de toujours caresser l'opinion dans le sens du poil. Le vrai souci, c'est que s'ennuyer devant Antonioni et Bergman ce n'est pas un avis sur le cinéma. Quant au principe de plaisir, il peut faire passer pour de l'art tout et n'importe quoi. L'art, ce n'est pas les sucettes ou les montagnes russes. Et je ne pense pas que les gens qui mangent des pizzas, du Macdo, des kébabs, de l'Asian fast food, ont dans leur plaisir culinaire une idée de l'art. Mais là ce qui serait mieux c'est de parler d'Antonioni et Bergman. C'est le moment d'exprimer notre reconnaissance de leurs oeuvres.


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De Gaulhenrix, le 9 août 2007 à 19:15

« mais je suis certain que vous ne souhaitez pas que l'on se censure en s'interdisant de dire son désappointement, sa colère, ou son rejet de tel ou tel film ! »

« affirmer que par exemple Antonioni est un réalisateur majeur, point final, et que ne pas admirer béatement son oeuvre, est signe de débilité mentale, de mauvais goût, et d'ignorance. »

Vos deux remarques, Impétueux et PM Jarriq m'amènent à signaler qu'il me paraît, à l'évidence, naturel que l'on n'aime pas un film et qu'on le signale en le justifiant. Mais, pour ce qui est d'une œuvre dans son ensemble (c'est-à-dire faite d'une somme de films), j'ai plus de mal à comprendre qu'elle soit totalement rejetée. Personne n'a jamais réalisé que des chefs-d'œuvre et, à l'inverse, rares sont ceux qui n'ont tourné que de mauvais films

Nuançons, nuançons… il finira bien par en sortir quelque chose de positif !


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De PM Jarriq, le 9 août 2007 à 20:25

Je n'ai personnellement jamais rejeté en bloc l'oeuvre de Bergman, bien au contraire, et si je suis moins sensible à Antonioni, j'ai été intéressé par Profession : reporter, et j'avais même trouvé de belles choses (mais c'est vieux) dans Identification d'une femme. A l'occasion, je retenterai le coup sur quelques autres films… Sait-on jamais ?


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De Gaulhenrix, le 9 août 2007 à 20:53

En effet, ton propos, PM Jarriq, était nuancé, à l'inverse d'autres points de vue .


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De Impétueux, le 10 août 2007 à 09:56

Je prends pour moi votre propos, Gaulhenrix ; dois-je me justifier en disant que j'ai vu jadis et naguère (plus jadis que naguère, il est vrai) nombre de Bergman et nombre d'Antonioni ? Et que aucune de ces œuvres ne m'a accroché ? Que dois-je faire ? M'y replonger ? Rechercher désespérément dans tout ce que je n'ai pas vu quelque chose qui pourrait me plaire ? Mais pourquoi donc ? A quel titre ? Pour faire plaisir à ceux qui apprécient ? Alors que je ne parviens pas même à voir ou revoir des dizaines, des centaines de films qui me font envie, que je brûle de découvrir ou d'approfondir, il faudrait que je m'impose le (vraisemblable) pensum de passer deux heures de ma vie dans un cinéma où je ne reconnais rien de ce que j'aime ?

Je ne suis pas opposé à forcer un peu ma nature, à dépasser les dix premières pages d'un livre d'abord ennuyeux qui, une fois ces pages lues, va s'ouvrir et m'enchanter ; mais si, après les dix pages, les cent, les deux cents pages suivantes m'endorment ou m'exaspèrent, devrai-je persister ? A soixante ans passés, je commence à savoir ce qui peut me plaire, non ? Et tant pis pour moi si, dans la filmographie de l'un et l'autre des morts cités ci-dessus un film aurait pu m'emballer ! Ce que nous ignorerons toujours, dans tous les domaines, est tellement plus important que ce que nous pourrons connaître !!


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De Gaulhenrix, le 10 août 2007 à 11:31

Mais vous n'êtes pas seul : j'ai relevé qu'Arca1943 se réjouissait qu'Antonioni eût disparu avant Risi

Mais, Impétueux, vous venez précisément de nuancer votre point de vue puisque vous signalez que vous avez vu jadis les films de Bergman et d'Antonioni. Autrement dit, on peut imaginer que ces longues – mais bien trop courtes ! – années passées ont peut-être modifié votre opinion. Si je comprends aisément que vous n'ayez pas envie de vous replonger dans des univers qui ne vous inspiraient pas alors (d'autant que, comme vous l'écrivez justement, il y a beaucoup à voir !), admettez, de votre côté, qu'il est préférable de nuancer un propos qu'une seconde expérience plus actuelle serait susceptible de modifier. Evitons donc les jugements qui peuvent apparaître quelque peu sommaires.


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De paul_mtl, le 10 août 2007 à 12:50

@Gaulhenrix

Petite nuance qui a son importance, Arca s'est réjoui que Dino Risi est survécu à son 'ennemi' Antonioni. (De toute façon passé 80 ans, ils font mieux de prendre leur retraite et laisser la place aux jeunes réalisateurs.)

Disons que les deux avaient à leur maniere un sens aiguisé de la psychologie humaine et que l'un la exprimé par le drame et l'autre par la comédie. Pour le style cinématographique, Antonioni a cherché et pris plus de risque me semble t'il des qq films que j'ai vu de lui. Ensuite à chaque spectateur de voir si ca apporte qqchose d'interessant au film ou pas. Personnellement je prefere généralement la prose à la poesie, la comédie au drame.


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De Impétueux, le 10 août 2007 à 18:13

Je reconnais bien volontiers, Gaulhenrix que mon premier message (le second sur ce fil, après celui de PM Jarriq) n'était pas un modèle de finesse, mais j'avais l'honnêteté de le présenter comme tel : un peu de polémique fraîche et joyeuse ne fait de mal à personne !

Comme – il faut avouer que c'est assez bizarre – Bergman et Antonioni – étaient morts à 24 ou 48 heures d'écart…le hasard faisait curieusement les choses pour ceux qui n'avaient pas apprécié leurs films. Manquait Godard avais-je (légèrement !!) ajouté. Voilà que RdeT va quelque jour me chercher noise…

Et pour le reste, comme je ne suis pas si mauvais bougre que j'en ai l'air, je promets que lorsque je serai à la retraite (le plus tard possible !) je m'efforcerai de prendre le temps pour réviser mes animosités ; il est vrai aussi que ça ne m'a pas beaucoup réussi pour Godard, dont j'ai revu quelques films et que j'ai trouvé pire que dans mon jeune temps….


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De PM Jarriq, le 10 août 2007 à 18:39

C'est la grande force de Godard : comme les mauvais vins, il empire avec les années.


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De Gaulhenrix, le 10 août 2007 à 21:08

Godard a réalisé Le Mépris et ne serait-ce que pour cette raison… Hummm… Bon, j'ai compris ; c'est promis : désormais, je me tiens coi !


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De Arca1943, le 10 août 2007 à 23:36

« A l'occasion, je retenterai le coup sur quelques autres films. »

Je vous engage à voter (dialectiquement !) pour Les Vaincus (1953) histoire au moins de savoir enfin ce qui, dans ce film sur la jeunesse criminelle en trois épisodes – un britannique, un français, un italien – a pu motiver l'interdiction des censures… britannique, française et italienne. En voilà un qui pique assurément ma curiosité. Et puis quoi, il y a Anna-Maria Ferrero dedans !


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De droudrou, le 12 août 2007 à 09:21

Allez ! J'y vais de mon couplet !

Ca m'a intéressé de lire les interventions des uns et des autres tout au long de ce cheminement de 41 messages.

Chefs d'oeuvres. Pas chefs d'oeuvres. Metteur en scène majeur. Metteur en scène difficile à aborder. Cinéma intellectuel. Cinéma restrictif destiné à une élite. On pourrait certainement définir ainsi Antonioni et Bergman.

La question serait peut-être de savoir pourquoi et comment il en est ainsi. Sont-ce les sujets traités ? Est-ce la façon dont ils ont été mis en scène ? Est-ce à la base le choix délibéré des sujets ? Est-ce une volonté du réalisateur de se tenir à distance du public ? C'est peu évident. Si on leur oppose l'oeuvre de Kubrick, Kubrick qui n'a rien d'un cinéma populaire retient plus facilement l'attention des uns et des autres et pourtant les sujets qu'il a abordés et mis en scène ne font pas forcément partie des plus faciles. Mais imaginons, par exemple, Clockwork orange mis en scène par Kubrick sans sa démesure et opposons le même à un Antonioni ! Imaginons de la même façon Eyes wide shut sans cette "Kubrick's touch" ! Que peut-on en penser dès lors ?

Et opposons de la même façon le cinéma de Visconti à l'oeuvre d'Antonioni…

Et puisqu'il a été question au fil de nos échanges du Le mépris de Godard, particularité dans sa filmographie qui a attiré un public important pour les fesses de Brigitte Bardot revues de façon tricolore tandis que Picoli prend son bain ou s'installe sur la cuvette des WC avec son chapeau comme Mastroiani le fait lui-même dans l'oeuvre d'Antonioni à moins que je ne confonde avec Fellini ???


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De PM Jarriq, le 12 août 2007 à 09:50

Soyons simples : qu'est-ce qu'un cinéma "difficile", au fond ? Ne serait-ce pas un cinéma où on s'ennuie ? Un cinéma dont les auteurs négligent la forme élémentaire de spectacle et de distraction, pour exprimer leurs idées, de la façon la plus personnelle possible ? Alors, si on est sensible à ce qu'ils racontent, tout va bien. Mais si en plus d'une forme rébarbative, le fond indiffère, rien ne va plus.


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De droudrou, le 12 août 2007 à 10:11

La question :

"Qu'est ce qui fait la grandeur des oeuvres de certains metteurs-en-scène, étrangers ?"

Réponse :

"C'est que le public ne les a pas comprises !"

Moralité :

"Pour Jean-Luc Godard : nul n'est prophète dans son pays !…"


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De Gaulhenrix, le 12 août 2007 à 12:11

"Soyons simples : qu'est-ce qu'un cinéma "difficile", au fond ? Ne serait-ce pas un cinéma où on s'ennuie ? Un cinéma dont les auteurs négligent la forme élémentaire de spectacle et de distraction, pour exprimer leurs idées, de la façon la plus personnelle possible ? Alors, si on est sensible à ce qu'ils racontent, tout va bien. Mais si en plus d'une forme rébarbative, le fond indiffère, rien ne va plus."

Sauf que, PM Jarriq, le fond et la forme étant indissolublement liés dans les grandes œuvres artistiques, si leur forme rebute certains, comment pourraient-ils avoir accès au fond ? Seul un regard bienveillant a priori peut permettre l'empathie avec une œuvre, alors que prévention et préjugé l'interdisent.


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De paul_mtl, le 12 août 2007 à 13:36

@Gaulhenrix si leur forme rebute certains, comment pourraient-ils avoir accès au fond

Je comprends ce que tu veux dire, à savoir quand cette forme participe à souligner/expliquer le propos (dit et sous-entendu). Cependant on peut essayer malgré tout de faire abstraction de la forme (qui rebute) que ca soit à travers les prises de vues, le montage (= le style du réalisateur), la personnalité ou le jeu particulier d'un acteur. C'est qqchose que je peux faire si la forme n'est pas trop rebutante et si le contenu en vaut la peine.

Par ex. dans Emmenez-moi, le réalisateur a voulu montrer des video "amateurs" (comme dans Mr. Bean's Holiday). Pour le propos et la perfomance de l'acteur Gérard Darmon j'ai vu et apprécié cette bonne comedie malgré ce tremblement video "amateur" de plusieurs scenes qui est aggacant à la longue (si on se concentre dessus).

J'ai pris cet exemple de tremblement car il est clairement aggacant. Pour Antonioni, j'ai parfois un peu d'ennui/de désinteret avec ses themes de prédilection mais je comprend ou il veut en venir a travers ses prises de vues qui veulent souligner un etat d'âme/d'esprit de ses personnages. Je n'aime pas bcp la personnalité d'Alain Delon (surtout apres 1970) mais j'ai vu L'Eclisse pour Monica Vitti et son réalisateur.


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De Gaulhenrix, le 12 août 2007 à 14:53

"C'est quelque chose que je peux faire si la forme n'est pas trop rebutante et si le contenu en vaut la peine."

Voici donc un exemple d'attitude bienveillante (malgré les deux restrictions finales)…


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De PM Jarriq, le 12 août 2007 à 15:19

De toute façon, ne pensez-vous pas que, si on se retrouve devant un film, que ce soit au cinéma ou chez soi, c'est qu'on a forcément une attitude bienveillante ? La vie est courte, les films nombreux, donc si on s'installe, et qu'on est prêt à donner deux heures (ou plus) de cette vie pour un film qui nous a coûté quelque chose (en achat, en location, en ticket), c'est qu'on est tout prêt à y adhérer. Je ne me souviens pas m'être attelé à un film, en me disant "Ah ! ça va être sa fête !"…


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De Impétueux, le 12 août 2007 à 16:20

Je partage tout à fait le sentiment de PM Jarriq : lorsque j'ai replongé dans Pierrot le fou, quarante ans après avoir trouvé ça nullissime, je me suis dit et redit que ma jeunesse d'alors, les polémiques ouvertes, l'agacement que les déclarations de Godard suscitaient, etc. m'avaient gâché ce qui, espérè-je, allait être une redécouverte.

Non ! ça a été pire ; et j'ai pourtant inséré une seconde fois la galette dans le lecteur : est-ce que ce n'est pas de la bonne volonté, cela ?

Eh bien, nib de nib… Qu'est-ce qu'on peut faire lorsque l'ennui vous englue les yeux ?


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De RdT, le 12 août 2007 à 19:24

Antonioni autant que Bergman est un cinéaste génial. Deux pertes immenses que la mort de ces deux grands réalisteurs. De telles disparitions laissent un vide considérable dans le monde du cinéma.

Reste leurs oeuvres : elles sont immortelles magnifiques, diverses, foisonnantes, on a pas fini d'en parler et d'en reparler.


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De droudrou, le 12 août 2007 à 19:24

Dormir !

Ce qu'il ne faut pas oublier c'est que nous sommes tous des spectateurs et que quel que soit notre capacité en termes de niveau de perception des oeuvres que nous regardons, c'est bien nous "spectateurs" qui réagissons en fonction de nous mêmes ! Et c'est tout autant valable par rapport à un roman, un récit, une oeuvre d'art. D'aucuns aimeront Picasso quand d'autres ne l'aimeront pas. Il en ira de même par rapport à Michel Angelo ou Van Dick ou Brueghel ! De la même façon, il faut me tirer les oreilles pour me faire aimer le jazz quand je tire l'oreille à d'autres pour aimer l'opéra… Et dans l'opéra je n'ai pas la même réaction si je regarde et écoute Puccini ou Saint Saëns ou Verdi ou que je remonte vers Haëndel ou Mozart !…


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De Gaulhenrix, le 14 août 2007 à 15:01

Je ne puis qu'agréer à ces sages propos d'AlHog.


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De Arca1943, le 14 août 2007 à 15:28

« Il a marqué le cinéma italien et le Septième art probablement davantage que ne l'aura fait Risi. » Biej sûr puisque "le septième art", c'est la mémoire des critiques – à qui les films d'Antonioni sont évidemment destinés – et non la mémoire du public.


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De droudrou, le 14 août 2007 à 16:57

C'est comme cela qu'on rallume les guerres de religion – mais ce qu'Arca sous-entend c'est qu'en fait si on évoque la mémoire de Kubrick auprès du public, par exemple, plus nombreux seront ceux qui répondront présents que vis-à-vis d'Antonioni qui était ce qu'on peut appeler un très grand intellectuel du cinéma… donc d'un abord beaucoup plus difficile pour une grosse part des masses.


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De Gaulhenrix, le 14 août 2007 à 17:52

C'est à se demander si la mutation de la France vers son américanisation toujours plus poussée ne s'accompagne pas d'un rejet (''Cf. l'expression "tête d'oeuf" employé là-bas pour se moquer de ce qui est intellectuel) de ce qui est ou apparaît intellectuel. Si l'on observe ce qui s'est produit à la télévision depuis la privatisation de TF1 – et notamment l'invasion de la télé-réalité -, je vois un mouvement continu pour déprécier les valeurs de réflexion, et – il faut bien le dire – d'intelligence (comme de culture, d'ailleurs) . La déclaration récente d'une ministre ("Assez réfléchi ; il faut agir !") me paraît être de la même veine, même si, bien évidemment, le temps de l'action doit succéder à celui de la réflexion.

Certes, je sais faire la part des choses et mes propos n'incriminent nullement les intervenants de DVDToile. Il n'en reste pas moins que ce jugement de cinéastes et de cinémas intellectuels pour désigner Antonioni, Bergman et leurs oeuvres ne laisse pas d'inquiéter…


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De Citizen Dave, le 14 août 2007 à 17:55

Opposer Kubrick à Antonioni, c'est curieux, on peut faire l'inverse. Quand je suis allé voir une projection ciné de Profession reporter, deux gars derrière moi discutaient et l'un présentait ainsi Antonioni à l'autre en lui disant: tu sais ça va être un film avec des silences un peu abstrait, mais pas un truc lourdement intellectuel, un truc plutôt dans le genre de 2001 l'odyssée de l'espace. Et l'autre gars a répondu: eh mais c'est pas mal ça, ça doit être bien.

Pour moi, dans L'Aventura, je retrouve un truc que je ne partage pas dans la conception faiblarde du couple. Je ne goûte que peu la réconciliation du film L'Aurore de Murnau, ou les épiphanies joyciennes à la fin de Stromboli et Voyage en Italie de Rossellini, ce qui ne m'empêche pas d'apprécier ces films. Ce problème se retrouve dans la fin de L'Aventura. Mais au moins le film L'Aventura est une magnifique traversée. La mer, le ciel, l'île rocailleuse. Quand on parle d'un génie de Kubrick à créer le frisson dans un hôtel blanc lumineux et non pas sombre, que dire de la féerie de la partie minérale du film L'Aventura. Comme émotion pure, c'est du sommet. Rien qu'avec ça, déjà, Antonioni est l'un des plus grands, et il mêle cela à une disparition mystérieuse définitive pour le climat du film. Je suis désolé, mais c'est quand même puissant. Et les nerfs à fleur de peau des personnages qui ne recherchent bientôt plus vraiment leur amie, sa disparition étant doublement prétexte à faciliter leur union. Puis, il y a cette scène hallucinante dans la ville vide à en être hantée, avec la caméra oeil de non personne qui les cerne et avance dans une petite ruelle. Quels cinéastes produisent de tels effets simples et confondants?

Dans Blow up, j'ai encore une fois un petit heurt avec la fin, et, en tout cas, avec les commentaires du film, car malgré la prétention à rendre compliqué l'illusion, le cambriolage chez le photographe demeure de l'ordre du fait. Un autre truc limite, c'est qu'Antonioni n'a pas réussi à avoir les Who, on a les Yardbirds période Beck et Page. Jimmy Page est heureux d'être là, mais Jeff Beck qui casse la guitare, c'est plus près du style Halliday que du style Townshend. Mais sinon ce film est fabuleux comme angoisse tambour battant.

Je parlerai une autre fois de L'Eclipse ou Profession: reporter. Pour Le Sheick blanc, il s'agit d'un scénario d'Antonioni que fellini a revisité à sa manière, et que, malgré la différence, Antonioni apprécie. Après Les Feux du music hall avec Lattuada, Le Sheik blanc est le premier film où Fellini est seul face à la réalisation. Le mythe parle de la première scène de tournage où le premier jour Fellini n'a pas su quoi faire. Il s'est fait engueulé, avant de réagir le second jour. En réalité, Fellini a surmonté avec maestria une réelle difficulté: il devait filmer une scène de bateau, mais sur le rivage, il a parfaitement su donner l'illusion que le bateau était en mer. A vous de voir le film qui est génial comme tout ce que fait Fellini.

Le premier film d'Antonioni Chronique d'un amour est magnifique, il donne un vertige, il a un sujet. Et on sent l'annonce de la suite. La Femme sans camélia n'est pas sans intérêt sinon.


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De PM Jarriq, le 14 août 2007 à 18:41

Evidemment, je suis d'accord avec Gaulhenrix, sur cette tendance dangereuse à ironiser sur tout ce qui est "intello" ou "film d'auteur" ou "prise de tête", comme le font depuis si longtemps, et avec autant de constance, les Christian Clavier ou Patrick Sébastien, tant adulés du "grand public". C'était plus aisé, quand ce cinéma avait pignon sur rue, et était bien représenté et diffusé, c'est moins amusant aujourd'hui où d'autres valeurs ont pris le pouvoir, et presque toute la place.

Il est clair que par goût, mais aussi par principe, je préfèrerai toujours Le désert rouge à La tour Montparnasse infernale.


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De Gaulhenrix, le 14 août 2007 à 19:08

Mais, PM Jarriq, j'en étais persuadé : tu as si souvent fustigé, à juste titre, ces personnages venus de la télévision la moins attrayante pour investir le domaine du cinéma et importer leurs façons de faire – ou leurs plaisanteries – les plus affligeantes !


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De droudrou, le 14 août 2007 à 19:46

Je ne cherche pas à établir une comparaison Antonioni/Kubrick ou Kubrick/Antonioni. J'aurais tout aussi bien pu dire Losey/Antonioni ou jeneséki/Antonioni. Là n'était pas la question.

Quant à évoquer la fin de 2001, je serai tenté de dire que c'est un peu en fonction de son ressenti, et peut-être même aussi de sa culture religieuse que l'on s'explique les dernières images du film.

Mais, pour le moins, je pense qu'aborder Kubrick et toute sa filmographie est beaucoup plus aisé avec une culture moyenne qu'aborder le cinéma d'Antonioni. La profondeur n'est absolument pas la même. Et le choix des sujets traités par l'un et l'autre n'est guère comparable.

Je serai tenté de dire que "Kubrick, c'est une sauce !" c'est une recette très particulière qui l'a conduit à se fâcher, bien que ce ne soit pas lui mais plutôt ceux qui ont travaillé avec lui par rapport à sa façon d'aborder ou retraiter leur sujet de base.

Je ne pense nullement que ç'a été le cas d'Antonioni même si, à ce niveau, ce sont tous des gens de caractère, de tempérament. Pour le moins, la richesse du cinéma est dans ses réalisateurs et, de très loin et si je puis me permettre, si je prends pour exemple "The thin red line" adapté par Terrence Mallick ou par Andrew Marton, on a deux visions totalement différentes de la même oeuvre écrite et on aboutit à deux genres aussi différents. On le sait. Ce n'est pas nouveau.

Ce serait exactement le même débat que celui qui anime les gastronomes : "la différence entre le homard et la langouste…". Il y a ce que l'on veut manger et comme on veut le manger. Et il y a cette préparation qui nous amène à être plus ou moins réceptif aux choses que l'on voit et que l'on déguste !

Pour ma part, il y a de cela 3 ans, je ne connaissais pas du tout Michael Winterbottom. J'ai eu la chance de rencontrer quelqu'un qui m'a permis de pouvoir l'apprécier… Depuis, j'aime. Si je rencontrais les mêmes conditions vis-à-vis d'Antonioni, peut-être deviendrai-je un convaincu. Par contre, j'apprécie Bergman !… Et dans mon propos, je laissais Stanley reposer en paix !


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De Impétueux, le 15 août 2007 à 22:10

Et voilà ! Je m'absente 36 heures et Gaulhenrix écrit une horreur !

Pas sur les mérites comparés de Kubrick et d'Antonioni ; il y a longtemps que j'adule l'un et m'ennuie à l'autre.

Mais sur une chose beaucoup plus importante : la langue française !

Gaulhenrix a écrit,dans un message antérieur : une ministre !!!

Le mot ministre n'a pas, n'a jamais de genre féminin : il ne peut en avoir, puisqu'il est du genre neutre !

Ce n'est pas parce que des crétins féministes ont prétendu imposer préfète, auteure ou écrivaine, qu'il faut tomber dans ces travers ! Seule l'Académie française a le pouvoir d'entériner les modifications de la langue ; en aucun cas le Gouvernement !


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De paul_mtl, le 15 août 2007 à 23:15

Cette féminisation traduit quelque part un besoin impétueux d'une présence féminine sur un forum essentiellement masculin. C'est un symbole et ce n'est pas avec ces 'horreurs' (films ou qualificatifs) qui se croisent ici et là que de belles déesses resteront sur un forum cinéma en fond Noir. Noir tout comme lorsqu'on est en deuil d'une personne disparue.

Citizen Dave Pour Le Sheick blanc, il s'agit d'un scénario d'Antonioni que fellini a revisité à sa manière, et que, malgré la différence, Antonioni apprécie.

Avec le sheik Blanc de Fellini, scenario initial d'Antonioni et la prestation d'Alberto Sordi on va mettre tout le monde d'accord sans exception ou presque.


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De Gaulhenrix, le 15 août 2007 à 23:47

Quelle horreur, en effet, Impétueux ! "Ministre" n'est pas du genre neutre : c'est un nom masculin, et, dans ce cas, pourquoi ne pas le féminiser ?…

Pour ce qui est de comparer Kubrick et Antonioni, relisez les messages car, cette fois, je n'en suis pas l'auteur…


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De Arca1943, le 16 août 2007 à 01:46

À suivre, en tout cas. Je suis présentement dans un triste état – chirurgie mineure, mais anesthésie générale : je me sens tout flagada dans ma tête – mais je ne n'ai pas dit mon dernier mot. Doxa, je te décortiquerai !


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De Impétueux, le 16 août 2007 à 09:48

Cher Gaulhenrix, ce n'est sans doute pas le lieu d'ouvrir ici un débat sur l'absurde, monstrueuse, exaspérante, crétine féminisation imposée par un Gouvernement scélérat (Jospin), et maintenue par trois autres Gouvernements également scélérats et qui plus est lâches (Raffarin, Villepin, Fillon) : si ces choses vous intéressent, allez sur le site de l'Académie, seule habilitée à régir la langue : le français a deux genres : un genre marqué (le féminin), et un genre non marqué, qui comprend à la fois le masculin – pour les choses spécifiquement masculines) – et le neutre pour tout ce qui peut être servi, pratiqué, utilisé, représenté par l'un ou l'autre sexe. Un ministre, un préfet, un recteur peut effectivement être dans ce cas… Madame LE ministre, Madame LE préfet, Madame LE recteur, etc.

Si vous me confiez votre adresse de messagerie personnelle, je vous enverrai volontiers quelques tonnes de bonnes raisons.

Et je ne vous impute pas le rapprochement Kubrick/Antonioni, ou je me suis mal exprimé… Mais plusieurs messages s'étaient intercalés…


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De droudrou, le 16 août 2007 à 11:25

un débat sur l'absurde, monstrueuse, exaspérante, crétine féminisation imposée C'est sinistre quand il faut la vivre mais nous nous éloignons du cinéma et du sujet de base !

C'est le même qui a parlé de notre ami Kubrick mais pas pour en faire une spécificité !


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De Impétueux, le 16 août 2007 à 13:09

C'est pourquoi, ami Droudrou, j'avais précisément écrit juste avant ce que vous citez ce n'est sans doute pas le lieu d'ouvrir ici un débat !


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De Gaulhenrix, le 16 août 2007 à 15:02

Il est vrai… Mais puisque, « Dans les accords, le masculin l'emporte sur le féminin », que va en penser la femme de Colombo et (notre Arlésienne de DVDToile) Madame Droudrou ? Tout à la fois intrigué et révolté, je pose la question.

Cela dit, il est bien spécifié « Dans les accords ». Pour ce qui est des « désaccords »…


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De Impétueux, le 16 août 2007 à 15:44

Nous poserons la question à Sépia – qui nous manque ! – quand ses vacances (que j'espère dorées) seront achevées !


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De Gaulhenrix, le 16 août 2007 à 17:01

Sépia serait donc la femme de Colombo ou l'épouse de Droudrou.


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De Citizen Dave, le 16 août 2007 à 17:36

Pour le débat sur une ministre, je ne suis pas du tout d'accord. Certes, dans un discours officiel, on évitera de dire "une ministre", vu que ce n'est pas officialisé. Mais, désolé, l'Académie crée pas le langage et la plupart des mots que l'Académie ou le dictionnaire admettent sont pour suivre les mouvements inéluctables. Ce n'est pas les académiciens, ni les grammairiens, ce sont les gens. On essaie d'en contrôler l'évolution, mais la création de la langue vient d'en bas. C'était d'ailleurs pareil aux XVII et XVIII, les bonnes manières des sociétés de Cour n'ont pas été inventées par la Cour pour descendre vers le bas, mais ces bonnes manières venaient de la bourgeoisie. Et ce qui le fait bien entendre, c'est que l'égalité est étrangère à l'aristocratie: au Moyen Âge, quand les nobles se rassemblaient dans une église, il y avait tout un art pour les distribuer selon un rang de valeur respective un par un de la première à la quatre-vingt-dixième place. Je rassure tout le monde, il n'y a pas des sociétés ultraélégantes venues de la planète Mars qui fixent les manières et les dictionnaires, il n'y a pas de monolithe 2001 de la langue française. Tout cela naît d'évolutions lentes qui impliquent tout le monde et le dictionnaire est le fruit d'un travail d'établissement officiel lent et tâtonnant mené par des êtres humains en chair et en os qui se succèdent aux horizons où les autres se sont arrêtés. Même depuis le dix-septième siècle, la langue a évolué, quoique cette évolution se soit brutalement calmée, suite à l'invention d'académies, dictionnaires, et de diffusion de la langue française parisienne renforcée. Le premier tiers du dix-septième siècle est la dernière période où on a besoin de traduire ce qu'on lit. Et là contre les futures directives, j'oserai dire que je suis contre une réforme de l'orthographe qui empêchera désormais le tout venant de lire le français des cinq derniers siècles, à moins d'être un érudit qui a eu les moyens de réapprendre tout cela. Si on réforme l'orthographe, les gens se détourneront de la richesse des livres; ça c'est un fait. C'est même d'autant plus grave qu'on prétend établir un système maintenant deux options, soit ceux qui respectent l'orthographe, soit ceux qui emploient l'écriture phonétique. Mais, l'orthographe s'apprécie mot par mot, les académiciens risquent bien de l'oublier. Vous imaginez qu'on sanctionnera l'enfant qui fera un effort pour retrouver l'orthographe, et pas le cancre. Imaginez encore que la concurrence de l'orthographe normale et de l'orthographe phonétique brouillera tout dans la tête du gosse qui ne sera jamais sûr de son mot syllabe après syllabe. Il fera mieux de laisser tomber l'orthographe normale au plus vite. Ces directives sont déjà passées en Belgique. Pourquoi ne pas faire des procès aux gens qui proposent de faire pareil en France, acte criminel, c'est ce que je ne m'explique pas. En revanche, l'évolution de la langue est nécessaire et inévitable. Pour ne pas contester la création spontanée en langue.


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De Impétueux, le 16 août 2007 à 17:38

Diable ! D'ici que vous receviez une visite domiciliaire de Peter Falk ou que Droudrou vous envoie du papier bleu !!

Non, non ! De la même façon que L'éléphant est irréfutable, Sépia est Sépia !

Ce qui est déjà fort bien !


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De Citizen Dave, le 16 août 2007 à 17:51

Adulé Kubrick en s'endormant devant un film d'Antonioni, cela me déconcerte. Dans le livre de Michel Ciment, on voit nettement que pour Kubrick Fellini et Antonioni qui n'ont pas encore tant créé de films que ça sont ces cinéastes préférés: Fellini pour les Vitelloni est numéro un et Antonioni est numéro trois pour La nuit, Kubrick évitant de jouer les cartes Dolce vita et surtout L'Aventura. Peut-être qu'il convient de se demander pourquoi Kubrick placent Fellini et Antonioni si haut? Car admirer Kubrick, c'est avoir envie de comprendre comme lui le cinéma, essayer du moins de bien comprendre ce qu'il y a à comprendre. Antonioni est difficile, mais si on l'explique, les gens vont se braquer. La démarche est un peu étrange. Je ne ressens rien parce que je ne comprends pas, je ne ressens rien parce qu'on m'a expliqué. Je ne sais pas trop, je ne trouve pas que Antonioni soit si abruptement difficile à comprendre. Oui, Blow up est plus compliqué peut-être. Mais, on prend Profession: reporter, il a été édité avec un commentaire audio de Nicholson dont j'ai regardé le début. Donc, on a une succession voiture ensablée et gars qui s'effondre les bras en croix suplliant dans le désert et sa sensation de désert, puis on a la scène un peu après où la caméra s'attarde sur le film du téléphone dans la chambre, pendant que Nicholson prend sa douche. En restant dans un contact premier au film, on peut comprendre cette communication coupée, cette situation d'enlisement existentiel, superbement exprimée par un artiste. Mais, au lieu de ça, Nicholson, l'acteur du film, n'a jamais compris ce qu'on lui a fait jamais. Il commente et va chercher des explications complètement à l'ouest sur la façon de prier à genoux dans le désert tourné vers Dieu (gag qui n'est pas dans le film) ou sur l'arrivée du monde moderne dans un point reculé du monde. C'est sûr pour Nicholson il a joué dans un film qui lui est hermétique. Moi, je répète ce que j'ai dit et que je trouve d'une signification accessible au ressenti.

Donc, on a une succession voiture ensablée et gars qui s'effondre les bras en croix suplliant dans le désert et sa sensation de désert, puis on a la scène un peu après où la caméra s'attarde sur le film du téléphone dans la chambre, pendant que Nicholson prend sa douche. En restant dans un contact premier au film, on peut comprendre cette communication coupée, cette situation d'enlisement existentiel, superbement exprimée par un artiste.

Je soupçonne les gens d'avoir un bon "ressenti" (en tout cas, une bonne adéquation de l'émotion première), mais de ne pas savoir le rendre à l'état de pensées. La pensée n'est pas immédiate. Les gens comprennent mal le film, parce qu'ils mettent les mauvais mots sur les émotions qu'ils ont eues. Evidemment, le fait de ne pas savoir expliquer ce qu'on a vu est un problème d'incompréhension, mais déjà le déroulement passif des images n'a pas été accompagné d'une réaction sotte. Par exemple, personne n'y a jamais cru réellement aux explications de Nicholson, on s'en d'emblée que ce n'est pas ça. On ne comprend pas, mais on ressent quand même avec plus de justesse dans la plupart des images d'Antonioni qui est plus artiste que kubrick à mon avis, lequel Kubrick est déjà parmi les tout meilleurs.

Maintenant, peut-être que ça fait chier les gens de regarder une image qui n'est pas accompagnée de paroles ou de précisions sur l'intrigue dans son déroulement. Or, pour moi, il n'est pourtant que trop évident que le film veut cerner de l'impalpable. Il y a le risque de l'esbrouffe esthétisante, mais je peux garantir que dans Antonioni ce n'est pas cela et qu'on peut spontanément s'en rendre compte pour 97 pour cent de ce qui passe sous nos yeux sans problème. Il faut surtout admettre qu'une image montre un décor minéral, puis soit suivie d'une autre, et d'une autre, et d'une autre. Puis ressentir l'unité d'impression qui s'en dégage. IL faut bien sûr parfois que le cerveau fasse une relation symbolique à la situation des personnages. Le décor et le payasage n'intéressent pas Antonioni pour eux-mêmes, il l'a dit dans une interview à propos du Désert rouge, mais ils s'intéressent à ces images parce qu'elles évoquent l'homme, quand elles nous font rencontrer l'humain. C'est peut-être vrai qu'Antonioni demande un regard intelligent, mais je crois aussi qu'on peut éduquer les gens à mieux se saisir de ce qui passe sous leurs yeux. Seules certaines personnes sont dans le bon état d'esprit en regardant Antonioni. Mais comme ON A CHOISI DE REGARDER UN TEL FILM, autant faire l'effort. A quoi cela peut rimer de dire: "moi j'ai vu ce film, j'ai des références, je n'ai pas quitté mon fauteuil pour manger des chips ou boire du petit lait, j'ai vu ce film."


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De Impétueux, le 16 août 2007 à 18:00

On va s'arrêter là, non, sur la féminisation des titres ?

Mais – pour terminer – hélas, CitizenDave, au rebours de ce que vous écrivez, la féminisation des titres est tout ce qu'il y a de plus officiel ! Le 6 mars 1998 une circulaire a prescrit cet usage absurde ; et si vous avez quelquefois l'occasion de voir le Journal Officiel, vous verrez que se posant en militant rigoureux de cette aberration, il multiplie les Censeures, Proviseures, Auteures et autres monstruosités qui ne viennent pas du génie de la langue, mais d'une camarilla de féministes frustré(e)s.

Un simple exemple : Préfète était employé, naguère, de façon familière, pour désigner la femme du préfet. Et, lors d'une réception, d'une inauguration, un élu pouvait employer familièrement le terme. Aujourd'hui, où il y a de plus en plus de femmes préfets, qui peuvent être mariées, pensez-vous qu'on va donner à leur conjoint du Monsieur le Préfet ?


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De paul_mtl, le 16 août 2007 à 18:33

@Citizen Dave

Merci pour l'exposé sur la langue vivante qu'est le français. C'est bien de rappeler les bases que parfois on oublie.

D'apres ce que tu nous racontes sur profession : reporter: C'est étonnant qu'Antonioni n'a même pas pris le soin d'expliquer à son acteur principal (J.Nicholson) le sens qu'il voulait donner à ses scenes. La barriere de la langue (anglais – italien) peut être ? Il lui aurrai fallu un assistant billingue, patient et pédagogue.

Je soupçonne les gens d'avoir un bon "ressenti" (en tout cas, une bonne adéquation de l'émotion première), mais de ne pas savoir le rendre à l'état de pensées

Notre "ressenti" dépend de notre interpretation qui varie suivant plusieurs parametres comme la culture, la sensibilité, l'experience, l'éducation etc … Déjà avec des mots, les gens comprenent differement un même texte alors avec des combinaisons d'images et de symboles ca explose les possibilités d'interpretation. il faut voir davantage si son interpretation est enrichissante ou ne l'est pas pour soi. Peut être que l'idée initiale de l'artiste ne m'interesse pas et je prefere mon interpretation de la scene. Quelle importance au fond si c'est bien celle de l'artiste ? Ca arrive aussi que l'interpretation d'un spectateur soit plus interessante pour lui que ne le serait celle personnelle de l'artiste ou d'un critique. Le jeu de l'acteur amene aussi parfois un plus, une nuance au propos du réalisateur. Ensuite c'est interessant de lire de temps en temps une analyse détaillée d'une scene. On est d'accord ou pas avec le critique mais ca peut développer/entrainer notre sensibilité, notre accuité et notre expression linguistique.

Antonioni qui est plus artiste

Que signifie pour toi 'plus artiste' ?


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De droudrou, le 16 août 2007 à 23:10

Adulé Kubrick en s'endormant devant un film d'Antonioni, cela me déconcerte.

Pour te rassurer, Citizen Dave, après t'avoir félicité pour ton travail à propos de la langue française sur laquelle tu vas m'obliger à revenir quelques lignes plus loin, je vais te surprendre en t'avouant qu'il est un film de Kubrick où, régulièrement, en version originale ou en version française, je m'endors. Eh oui ! Il s'agit du fameux Dc Folamour. Le film est bien conçu. Il y a un sens réel de la dérision mais, malheureusement, il manque un rythme. Et si je regrette que les dernières scènes aient été abandonnées par Kubrick, cette gigantesque bataille de tartes à la crême avant que tout un chacun ne meurt sous les effets du rayonnement nucléaire et des radiations, je pense que le film serait devenu trop long. Mais en matière de films burlesques, il convient d'avouer que nos metteurs en scène modernes n'ont pas su trouver et redonner le bon rythme qui caractérisait celui des "débuts du cinéma", ces films de Chaplin, Keaton et tant d'autres.

Et, hors Billy Wilder, je citerai donc notre ami Stanley Kubrick, Kramer et le réalisateur de la Panthère Rose avec sa grande course autour du monde alors que, comme Wilder, il utilise les talents de Curtiss et Lemon…

Mais comme tu le vois, on s'éloigne beaucoup de notre ami Antonioni. Nos amis Impétueux et Sepia comprendront beaucoup mieux ma remarque compte tenu des échanges hors site qui sont les nôtres.

Pour revenir à ce que tu nous dis à propos de notre langue française, et à ces problèmes qui accompagnent son interprétation, je vais t'avouer une chose : j'ai fait mon service militaire dans le chiffre. J'ai donc dû suivre des règles bien particulières pour réaliser mes travaux de chiffrement et de déchiffrement des messages que je recevais. Malheureusement, et ça fait donc aujourd'hui bien longtemps puisque j'ai terminé mes obligations militaires en 1964, je t'avouerai que dans une certaine forme d'orthographe, le recours au dictionnaire ou au correcteur automatique de Word est le bienvenu : je n'ai jamais retrouvé depuis les qualités qui étaient les miennes avant 1963 en matière d'orthographe et de langue française…


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De MaisouBlanco, le 19 août 2007 à 20:30

Je lis avec une vision toute ANTONIONIENNE les désaccords entre ceux qui aiment, ceux qui comprennent, ceux qui méprisent , ceux qui n'ont pas encore compris. ANTONIONI a tout expliqué sur la futilité du désir et des sentiments. Celui qui ne comprend (prendre en soi) pas maintenant comprendra certainement avec l'âge. Celui qui aime maintenant ne peut communiquer avec celui qui n'aime pas. C'est cela l'incommunicabilité. Mais puisqu'on était partis pour parler des géants du 7ème art, parlons aussi de celui qui est toujours vivant et qui nous explique tout dans notre langue maternelle … j'ai nommé Alain Resnais. Souvenez-vous de Mon oncle d'Amérique(1980)où aidé par le prof LABORIT, A. RESNAIS nous explique que nous avons 3 cerveaux. Les 2 premiers nous servent aux choses vitales manger, copuler, attaquer ou fuir impliquant exclusivement avec l'autre un rapport de domination. Le 3ème ést celui nous permettant d'expliquer nos actions et motivations … sans aucune difficulté (mais souvent sans beaucoup d'ouverture … nous sommes comme cela). Sinon, pour parler un peu cinéma, j'ai vu qu'il y a beaucoup d'amoureux de PROFESSION REPORTER .Quel bonheur que ce film ! Ca commence dans le désert, après avoir pris l'identité d'un autre ça continue dans la merveilleuse architecture de GAUDI à Barcelone, dans une voiture décapotable pour montrer la beauté des acteurs et cela finit devant la place de toros pour la mise à mort. Entre temps, à la question posée : "Que fuis-tu ?", le reporter dit "Moi-même … mais je comprends que c'est impossible". Ce n'est pas un ROAD MOVIE, c'est LE ROAD MOVIE. A sa suite, Wim WENDERS s'y est attelé.


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De Citizen Dave, le 20 août 2007 à 14:48

Ce qui est intéressant également, c'est la manière imprécise dont la fille s'inscrit dans l'histoire du reporter. Son implication n'est pas élucidée et, en même temps, elle est le fil rouge qui doit attirer son attention, mais sans devenir le centre.

Pour le débat sur la langue, si les académiciens lancent des directives, il reste encore à leurs choix à vivre l'épreuve du temps. Si les gens n'emploient pas les mots qu'ils proposent, ben ils devront bien faire avec. Enfin, je ne sais pas si ces noms mis au féminin valent une dispute entre les hommes et les femmes, là ça m'échappe un petit peu. De toute façon, la langue a rendu régulière bien des aberration. "chevaux" devrait s'écrire "chevaus", les écrits médiévaux abrégeaient en "chevax", le x correspondant à "us". Pareillement, on doit écrire "groseillier" et "châtaignier", mais à chaque fois un repère orthographique est de trop pour le yod. En réalité, groseiller et châtaigner auraient été plus logiques. IL y en a d'autres. Mais ces tâtonnements montrent bien que la langue évolue par les à coups qu'on lui donne. Et même quand on suit des règles, ces règles sont parfois des superstitions devenues communes. Les puristes réagissent sur plusieurs points à l'heure actuelle, pour des raisons qui tombent vu que la langue non contrôlée par eux a connu mille fois ce qu'ils contestent aujourd'hui.

Pour Bergman et Antonioni, j'en parlerai dans des mails sur leurs films directement, ici ça commence à faire long. Là, je viens de regarder Sonate d'automne et A travers le miroir de Bergman, les deux films sont remarquables. Pour communiquer des choses aisément accessibles, dans A travers le miroir, on a un moment donné une image où le blanc brille sur la Harriet Anderson et où celle-ci répond après quelques secondes que le soleil éblouit. J'ai dit "répond", parce que c'est tellement bienf ait qu'on croirait qu'elle répond au spectateur qui n'a pas pu manquier ce fait de luminosité, lequel se referme ensuite dans le mouvement de la fille suivie des deux hommes habillés en sombre.

Il y a aussi l'épisode vers la fin, je ne décris pas trop, mais juste ceci. Le garçon reste dans la maison. La porte se referme et on a quelques secondes d'intérieur vide, le garçon étant dans une pièce à côté. Là encore on a la note juste.

Sonate d'automne est remarquable dans le jeu d'acteurs avec Ingrid Bergman femme de tête et Liv Ullmann plus bovine. Liv Ullmann va remarquablement exprimer la colère les larmes aux yeux dans le moment où elle s'énerve, et évidemmen Ingrid Bergman joue remarquablement. Là encore, elle n'avait rien compris au film qu'elle devait jouer. Il a fallu une scène entre elle et Ingmar pour lui imposer de jouer une scène qui ne concordait pas avec ses idées. Ingmar, où sont mes krisprolls? Mais, outre les gros plans et la direction d'acteurs, il y a des idées cinématographiques subtiles dans le film. Ainsi, lors d'une scène remémorée qui correspond à ce que raconte Liv Ullmann fille à Ingrid Bergman mère, Ingmar se permet une scène d'audition d'un violoniste où il a photographié le lieu et une partie des personnages dont Ingrid et Liv. L'immobilité de leurs positions révèlent leur fonds de tempérament, en même temps qu'elle mime la fixité de leur attention à la musique. Mais l'effet n'est pas grossier pour rendre leur fascination, car cet effet second a pour but d'attirer l'attention sur les deux seuls personnages qui bougent, à savoir le violoniste amant de la mère et la petite demi-soeur de Liv que son infirmité rend insupportable à sa mère. Une relation privilégiée s'est isntaurée entre le compagnon de la mère et la fille qu'on voit immobile, mais dont on note la respiration, le mouvement des cils pendant que Leonardo joue. Franchement, que cela ennuie ou pas, on est en présence d'un art visuel qui a la note juste. Cela, c'est être artiste. Stanley Kubrick est artiste aussi. Mais, quand je dis qu'Antonioni est plus artiste, il me semble qu'Antonioni a une image mieux maîtrisée. Même dans 2001, les aspérités prosaïques du réel arrivent parfois à contaminer le film. Ainsi, quand les deux astronautes parlent des dysfonctionnements de Karl, je suis dans un film génial, un peu moins dans une oeuvre d'art il me semble. Barry Lyndon est très abouti.


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