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Forum : Le Canardeur

Sujet : Alerte et nonchalant


De Gaulhenrix, le 12 juillet 2007 à 23:20
Note du film : 4/6

John Doherty dit Thunderbolt (Clint Eastwood) et Lightfoot (Jeff Bridges) se rencontrent par hasard et sont les personnages essentiels de ce « road movie » assez particulier. Ce premier film de Michael Cimino – réalisateur de Voyage au bout de l'enfer, de La porte du paradis et de L'Année du Dragon – qu'il a écrit et réalisé en 1974, est traité de façon originale et se révèle au final très attachant.

D'emblée, il faut bien dire tout le mal que l'on pense d'un titre français stupide qui, de plus, trahit l'esprit du film. Le titre original « Thunderbolt and Lightfoot / Coup de foudre et Pied léger » a au moins le mérite d'insister sur l'association de deux personnages qui, malgré leurs différences de caractère, seront liés par un commun destin.

Fondé sur un scénario qui allie fantaisie et humour et construit sur un rythme à la fois nonchalant et alerte, ce film emporte l'adhésion. Reprenant les codes du road movie, Cimino les adapte et se les réapproprie à sa façon inimitable. La randonnée de ces deux personnages, sympathiques malgré leurs errements, bientôt rejoints de deux autres, à l'inverse plutôt antipathiques, néglige en effet les centres urbains au profit de petites villes et privilégie des paysages souvent variés, mais toujours amples et magnifiques : vastes étendues des champs, hautes montagnes en toile de fond, rivière remontée sur un bateau à la présence insolite. Passant d'une voiture à l'autre, soucieux de présence féminine, portés par la joie de vivre de Lightfoot, les deux hommes suivent leur chemin en prenant leur temps, à notre plus grand plaisir, car les rebondissements jalonnent leur parcours jusqu'au braquage qui les attend…

D'autre part, Cimino nous propose une galerie de portraits très aboutis, avec des acteurs épatants (Jeff Bridges alors au début de sa carrière fut nommé aux Oscars pour ce rôle et Clint Eastwood, connu alors pour ses rôles de cow-boy sauvage, ouvre le film sous les traits d'un pasteur en train de prêcher dans une église !!!). Le duo initial – qui finit par se transformer en quatuor – croise sur son chemin toute une série de personnages insolites dont Cimino a peaufiné l'originalité : qu'il s'agisse des jeunes femmes peu farouches rencontrées au hasard de la route et des envies, et rabattues par Lightfoot pour un Thunderbolt manifestement dépassé par l'évolution des mentalités féminines ; ou du délirant camionneur amateur de lapins et de chasse ; ou encore du couple ahuri de la station-service ; de celui de la maison investie qui découvre les ébats de sa fille délurée ; de celui visitant l'école, ils nourrissent tous la fantaisie du film. Surtout, on sent chez Cimino une affection particulière pour son duo de personnages : l'homme mûr opposé au jeune homme. Une différence, d'ailleurs, plutôt qu'une opposition car elle lui permet des variations sur le thème de la vieillesse et du conflit des générations : alors que Thunderbolt évoque son âge, Lightfoot joue les jeunes chiens fous irrésistibles avec une jubilation contagieuse. Plus intéressant encore, leurs différences vont finir par s'estomper – de la méfiance et de l'indifférence au respect mutuel puis au lien de l'amitié – et Cimino montre l'évolution vers la complémentarité de leurs talents.

Il est temps de préciser que cette randonnée dans l'espace est aussi, à l'évidence, une interrogation sur l'époque. Maintes fois le passé y est évoqué (les héros de la guerre de Corée sont devenus de vulgaires délinquants) et le regard que porte Cimino, par exemple à travers son personnage de Thunderbolt, sur la jeunesse ne laisse aucun doute : l'évolution des mentalités ne se fait pas dans le bons sens de l'amitié ou de la générosité, mais du plus strict intérêt et de l'individualisme. L'Amérique change. On est en 1974…

Sa réalisation multiplie les angles de vue d'un regard caméra soucieux d'originalité : travellings et plans fixes, plongées et contre plongées, gros plans et plans d'ensemble se succèdent sans jamais être gratuits.

Il faut évoquer la fin – sans la déflorer bien sûr – et signaler que le film s'achève sur deux effets de surprise successifs ; et un changement de ton inattendu, profondément émouvant, nous rappelle que la joie la plus intense peut se teinter d'une grande amertume lorsqu'un sentiment d'injustice l'accompagne


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De PM Jarriq, le 6 octobre 2008 à 13:38
Note du film : 4/6

Les débuts modestes mais très personnels de Cimino, ex-génie disparu corps et biens, valent bien un DVD décent, vu que celui qui circule depuis des années, présente un transfert en Scope 4/3, flou et lavasse.


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De droudrou, le 6 octobre 2008 à 17:23
Note du film : 4/6

M Jarriq : tu n'es pas seul, tu sais, dans ton combat ! Et merci quant à ton avis : il figurait dans la liste de mes prochains investissements ! Quant à Cimino : je suis en train de réunir diverses de ses oeuvres… Après avoir revu Heaven's gate (intégral zone 1 sachant que le film dure 3 h 40 et qu'à l'origine, il durait 5 h 25…) – il me restera Deer hunter et, si je les trouve à un prix raisonnable The sunchaser et Year of the dragon.


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De PM Jarriq, le 6 octobre 2008 à 18:08
Note du film : 4/6

Year of the dragon gagne à être revu, mais je déconseille Sunchaser, encore plus loupé que Desperate hours.

D'ailleurs, hormis l'excellente édition de Deer hunter, les films de Cimino n'ont pas de chance avec le DVD : le zone 1 de Heaven's gate même s'il a l'avantage d'être "intégral", est assez horrible, et en 4/3. Si un film mérite une belle réédition, c'est bien celui-là. Qui sait, en BRD peut-être ?


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De vincentp, le 6 octobre 2008 à 22:45
Note du film : 4/6

Truffé d'invraisemblances ce canardeur, mais un bon souvenir tout de même !


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De Impétueux, le 11 octobre 2016 à 19:46
Note du film : 2/6

Ah, bien d'accord avec le regretté Gaulhenrix pour dire que le titre du film est minable et qu'il privilégie de façon absurde le seul personnage interprété par Clint Eastwood, alors que celui de Jeff Bridges lui tient la dragée haute durant ce road-movie, genre étasunien s'il en est ; on a d'ailleurs l'impression que ces gens là passent les trois quarts de leur temps chez leur automobile (chez, comme disait Nougaro). Il est vrai que le pays est grand, qu'on y roule, paraît-il, plus lentement que chez nous et on y a une conception de la virilité qui s'exprime par les armes et les bagnoles.

Ce qu'il y a de meilleur dans Le canardeur est ce qu'il y a également de meilleur dans La porte du Paradis : un très grand talent pour filmer les paysages et cadrer les images ; il y a des plans d'une subtilité et d'une beauté qui vaudraient presque qu'on dise du bien du film… s'il ne souffrait pas des mêmes graves défauts que Michael Cimino peut souvent cultiver : l'absence de maîtrise du rythme et la dilution infinie du récit.

Ce n'est pas que le film soit particulièrement long  : il dure un peu moins de deux heures. Mais on a l'impression qu'il s'étale avec beaucoup de complaisance dans l'anecdotique et le pittoresque.

Je n'ai pas vraiment d'arguments pour m'horripiler du style baroque, celui où on mixe sang et pop-corn ou, pour être plus clair, violence absolue et plaisanteries pour teen agers de drive-in. Que ça soit loin de mon paysage mental est une chose, que je ne parvienne pas à y pénétrer est une affaire entendue, mais tout de même, si la chose est difficile, elle ne devrait pas être impossible. Et pourtant je demeure au mieux indifférent, mais généralement agacé par ce salmigondis d'histoire de gangsters appelés à rencontrer sur leur route des palanquées de cinglés, comme l'automobiliste orgasmique de l'oxyde de carbone qui transporte dans son coffre une multitude de lapins blancs, la bourgeoise qui s'exhibe nue à sa fenêtre, le gamin qui se met en rogne parce que le livreur de crèmes glacées ne respecte pas l'itinéraire habituel…

C'est bien gentil, ça peut amuser un temps mais quand ça se lie à un récit de casse, comme il en existe tellement, ça ne marche pas trop, d'autant que ça met un temps fou à démarrer, que ça n'a pas la sécheresse des chefs-d’œuvre du genre, Le cercle rouge, L'ultime razzia (ou même Du rififi chez les hommes) et que, malgré l'inventivité du scénario, ça traîne énormément.

On a pu voir, dans la relation qui s'établit entre le vieux briscard Thunderbolt (Clint Eastwood) et le jeune malfrat Lightbody (Jeff Bridges) une amitié homosexuelle informulée. Après tout c'est possible mais c'est très virtuel. Je comprends encore moins la fin du film, Lightbody, pourtant bien jeune, qui meurt presque subitement.

Dire que je me suis ennuyé serait excessif ; mais de là à apprécier…


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